vendredi 25 avril 2008

La conscience politique (2) - La mère

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Ma mère, y a rien à faire. Parler avec elle, c’est comme parler avec un mur. Rien ne peut la convaincre. Et pourtant elle saute parfois d’une idée à l’autre comme une coccinelle sous amphétamines. Je ne sais pas trop comment elle fonctionne. Elle a peut-être bâti son existence sur un réseau de symboles et de préjugés, et s’en délester est sans doute un effort trop grand, trop douloureux pour elle.

Ma mère, elle croit encore que Castro est un type bien. Soucieux du peuple, pas soucieux de son image pour un sou. Quand elle entend le petit Ménard de RSF dézinguer le Barbudo Habana, elle rétorque que tout ça c’est rien que de la propagande financée par la CIA. Et puis même si on lui montrait la liste, le pedigree, les photos des mecs qui garnissent les cellules cubaines pour avoir dit un mot de travers à propos de la dynastie castriste, elle continuerait à nier l’évidence ou finirait par dire un truc du genre : « mais on s’en fout de ça, l’important c’est ce que Castro a fait, il aime son peuple et il le protège ». Même quand je lui dis que Raoul, le nouveau leader de l’état cubain, a longtemps financé l’île embargotée en récupérant le trafic de came, abandonné là, dans la débâcle par cette ordure de Miami, Santo Trafficante Jr et ses pourris de sbires, elle ne dit rien. Pour elle Raoul, c’est pas Fidel, et il va de soi, que Fidel, c’est pas le Che, lui, il a les mains moins sales, officiellement en tous cas…

Ma mère, elle dit que depuis la chute du Mur, c’est pire qu’avant, que la Russie, c’était mieux sous ce bon vieux Leonid Brejnev, parce qu’à l’époque, ils avaient à bouffer et la mafia n’existait pas. Malheureusement, depuis que Poutine est au pouvoir, je ne dispose même pas de la queue chétive d’un argument pour lui démontrer son erreur.

J’ai beau lui parler d’arrestations abusives, de violations des droits de l’homme, de sentences de peine de mort (type de justice à laquelle elle est bien sur opposée, surtout quand il s’agit du grand diablotin américain), de détournement de l’économie à des fins personnelles, égotistes…elle ne veut rien entendre. « Si il fallait que je donne ma maison pour la collectivité, je le ferais »., affirme-t-elle.

Tu parles, je me dis, celle-là, c’est la meilleure. Ma mère, c’est l’industrie domestique à elle toute seule. Elle serait capable de faire un comparatif des produits ménagers sur les 30 dernières années pour 60 millions de consommateurs, et juste de mémoire. Elle serait capable de filer une branlée à Hercule au jeu du nettoyage des écuries d’Augias. Quand les grands parents et les oncles et tantes venaient bouffer le dimanche à la maison, à 16h00 tapantes, repas fini ou non, elle retournait les chaises sur la table avec les invités encore dessus pour passer la serpillière et s’atteler à la vaisselle. Alors, filer sa maison, oui, du moment qu’on lui en donne une autre, mais la partager, supporter la promiscuité du collectivisme, mon œil avec un doigt dedans.

Pour ma mère, c’est juste que le communisme est une magnifique illusion. Une chose qui fait rêver, ou qui permet un peu d’évasion ; comme les romans à l’eau de rose, les polars de Michaël Crichton et Les Experts à Miami.

Elle déblatère sur feu Georges Marchais et je ne dis rien. Laisse couler va. Quand je me laisse aller à la moindre objection, de toute façon, elle dit : « la vérité, avec toi M., c’est que tout le monde est con, tout est nul. On ne peut pas discuter avec toi ! ».