mercredi 3 septembre 2008

L'arnaque


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Il fut un temps où l’homme de gauche était fier de son identité. Peut-être l’était-il un peu trop d’ailleurs : sûr de ses avis, sûr dans ses analyses, certain d’avoir la victoire morale de son coté. A coté de lui, l’homme de droite paraissait honteux, semblait porter sur lui toutes les tares humaines.

Bien sur, on pu observer la fabuleux renversement qui s’est opéré depuis la défaite de Jospin en 2002. Un traumatisme qui laissait penser que les tares d’hier allait devenir les qualités d’aujourd’hui et de demain. Quand le gauchiste raillait le bourgeois, son goût des petits pavillons encloisonnés, ses penchants envers la culture de masse et la raison du plus fort ou du plus nombreux, il ne s’imaginait pas qu’il lui faudrait quelques années plus tard plancher sur des sujets aussi détestables pour lui que le travail, l’immigration ou encore la sécurité nationale.

C’est l’axiome le plus sibyllin qui soit : si tu te sens merdeux, tu ne tardes pas à le devenir réellement. Si tu perds confiance en ta capacité de changer les mentalités, tu finis par consacrer la majeure partie de ton temps à leur filer le train. Et, à ce jeu-là, personne n’est plus fort qu’un homme de droite ; c’est donc perdu d’avance.

Je me souviens d’un article publié dans le Monde pendant l’élection présidentielle qui comparait l’évolution des indices économiques sur les 15 dernières années. Ce qui en ressortait était parfaitement troublant. Le chômage, la croissance, la réduction de la dette, le commerce extérieur : tous sont passés au vert pendant le gouvernement Jospin. Tout cela en même temps que la mise en place des 35 heures, de la CMU et autres gouffres à thune comme on aime à nous le dire depuis quelque temps.

Je me souviens qu’à l’époque, la droite prétendait que ces bons résultats étaient dignement hérités de la politique précédente (menée par le gouvernement Juppé). Or, à partir de 2002, la droite n’a jamais été en mesure de redresser la barre. Tous les indices ont lentement plongés. Tous sauf le chômage, dont on n'a plus jamais cessé de truander les résultats à coup de radiations massives. Non, la droite ne s’est plus jamais montré en mesure de reproduire les effets prétendument attribués à Juppé. Mais peut-être est-il réellement le meilleur d’entre nous !

Finalement, le grande faute de Jospin, c’est de n’avoir su, chiffres à l’appui, démontrer le bien fondé de sa politique. De n’avoir su, avec l’autorité qu’on lui conférait à l’époque, crever la bulle de l’insécurité. De n’avoir su fendiller quelque peu son armure de certitudes pour laisser passer le peu d’humanité qui en aurait fait un président. De n’avoir su, en quelque sorte, sentir l’odeur nauséabonde du mauvais vent.

Je ne suis pas vraiment de nature paranoïaque et je n’ai pas tendance non plus à imaginer des complots là où il n’y en a pas, mais force est de constater qu’avec quelques appuis bien disposés, Chirac est parvenu à déplacer le débat là où il l’a voulu. Les collusions que l’on devine entre mondes économique, médiatique et politique ont fait le reste. Chirac récoltait là les fruits de la campagne précédente, quand tous s’étaient empressés de soutenir Balladur. Plus personne n’oserait taper sur ce beau crâne dégarni. Et tous souffleraient avec lui.

6 ans plus tard, les chiffres ne mentent toujours pas. Nous avons une croissance raplapla (mais ce n’est la faute de personne), Fillon espère qu’elle sera en 2008 d’au moins 1 % (il n’ose envisager moins, a-t-il avoué sur une grande radio nationale). Personne n’est capable de savoir ce qu’il en est réellement de l’emploi en France. La dette s’accroît à tel point que nos caisses sont vides (dans le même temps, on procède à tout plein de cadeaux fiscaux).

Il serait donc plus que temps qu’un membre du PS se réveille et vienne, armé de son classeur à graphiques ou à camemberts, expliquer au Peuple de France que tout ce que l’on croit aujourd’hui – la gauche serait mauvaise gestionnaire, dispendieuse, déraisonnable, incapable de faire avancer la France dans le sens de l’efficacité, de la modernité – est faux et que nous vivons sur ce mensonge depuis trop longtemps. Tout ceci en dépit du monstre 35h00 !

Tout plutôt que de chasser encore sur les terres d’une droite monocéphale qui ne donne de la politique qu’un visage étriqué, à la rhétorique simpliste. Il est grand temps de se réveiller.