jeudi 31 juillet 2008

Salted Kiss (6)/Déflagration


source

Tu ne prends jamais le métro. Une phobie de merde, rien de bien original ; depuis que tu as vu Bowie se faire enterrer vivant dans Furyo, l’image te revient sans cesse dès que tu t’imagines en sous-sol ! C’est un cliché sans doute éculé mais vous l’avouerez, le métro fait de nous des rats de laboratoire. Tu es de plus affligé d’une tare qui te rend étranger à ce genre de transport : tu évites les gens. Femmes et hommes pressés fusent comme des balles en tout sens, droit sur vous, sans s’arrêter, sans dévier leur course d’une poussière d’espace et ils vous évitent parfois d’un furtif mouvement d’épaule ; ou vous rentrent dans le lard en s’étonnant de vous trouver sur leur chemin. Toi, t’as seulement l’air de Buster Keaton au pied d’une colline, dansant d’un pied sur l’autre pour éviter une pluie de cailloux.

Pourtant, on a bien essayé de te faire entendre raison. Aucun risque que le plafond du métro ne te tombe sur la trombine, on te dit. Même quand une bombe explose dans le souterrain, que les peaux se déchirent, que les os se brisent, que les vies s’éteignent, que les carcasses des wagons s’éventrent, rien ne s’écroule. Le plafond reste où il est.

Reste, comme tu le penses, que sans fenêtre, sans aération, la fumée t’étoufferait comme une bestiole prisonnière d’un bocal dans lequel tu expulserais de la fumée de cigarette ; comme un rat pris au piège ! Tu préfères de loin sillonner la capitale à pinces. Quand un pote te donne un rendez-vous à l’autre bout de Paris, tu exerces ta foulée pour le rejoindre. C'est une habitude à prendre. Pas question en tout cas d’aller poinçonner un billet de métro ou pire, de te faire poinçonner les allées et venues en faisant sonner le carillon fliqué d’un pass Navigo.

Tu marches, et ce jour, tu marches encore, ta grosse mallette obèse à bout de bras, ta grosse valise qui semble contenir le corps lourd de ta grosse femme découpée en rondelles. Lentement, tu reviens chez toi, pour une douche, une bière fraîche piquée en loucedé dans le stock de Léon, un peu de repos avant d’aller gagner des clopinettes au Blue Note !

L’engagement du Blue Note est encore plus minable que ceux proposés par le Sunset ou Le Baiser Salé (plus misérable même que celui du Duc des Lombards, du temps où l’établissement était géré par un couple anciennement proprios d’une boîte échangiste, pingre à l’extrême). Une jam session, payée deux radis cinquante... La jam session, c'est normalement un truc où tout le monde peut venir jouer mais c'est en réalité réglée comme du papier à musique. Tu sais pertinemment qui va venir jouer. Sinon, ce serait du n'importe quoi ! Au Blue Note, de fait, il s’agit d’amuser le gogo en jouant des trucs vaguement latinos ou caribéen (St Thomas, Mas que Nada, des machins de ce genre), pour que les couples éclusent des Mojito, des Pina Colada, et que se trémoussent tristement quelques gonzesses paumées au regard flou, sur l’air du qui va m'dévorer l’entrejambe ce soir. Dans pareil cas, tu enfiles les notes comme des perles, sans vraiment réfléchir, sans même regarder les musiciens un peu limités qui t’accompagnent et tu campes le gardien surarmé de ce fief sans fortifications (une sorte de camp de nudistes constellé de canadiennes 2 places qui se trouve hélas sur le chemin d’une croisade belliqueuse).

Tu joues. Les filles sur le fil du rasoir essaient de te chiper l’attention et tu te contentes de fermer les yeux en martyrisant ton instrument ; ou tu lèves les yeux vers le vieux plafond noirci du bar ; ou encore tu contemples tes pompes, tandis que le saxophoniste du soir presse un solo sans inspiration ; tu es l’esclave volontaire de la nuit !

Pour l'instant, tu remontes la petite rue qui mène chez toi et tu croises des gosses qui détalent en sens inverse, piétinant tes rêveries de marcheur solitaire, le plat de leur main droite couvrant leur nez et leur bouche. Plus loin, de gros camions rouges en travers de la chaussée bloquent l’artère et une masse informe et inhumaine semble s’être agglutinée devant un immeuble en flammes. Trois étages ont volé en éclats. La façade a complètement dégringolé. Des rires fusent, des cris résonnent, des sirènes éclatent dans tes tympans, c'est l'apocalypse circonscrite à 3 étages. Une série d’appartements sans mur : un Marcel regarderait la télé en plein Armageddon, au milieu d’une fumée noire, s’échappant par l’excavation surréaliste de son mur évanoui d’autrefois. Les gens n’auraient plus de mur mais feraient semblant. Ça ressemble à Sarajevo, à Grozny, ça ressemble à un autre pays et c’est pourquoi tu mets quelques minutes à comprendre que c’est chez toi ; ton chez toi, qui a été soufflé comme un peu de cendre par l’expiration d’un fumeur nonchalant.

Un voisin te tire par la manche de ta chemise. « Pas croyable, hein ? ». Ton regard fait des cercles, va et vient, des yeux, tu cherches son appartement et tu en distingues la façade intacte, plus belle qu’elle ne l’est en réalité, magnifique et solaire comparée au trou béant qu’est devenu ton petit trois-pièces ! Tu répètes ces mots machinalement : « pas croyable » et tu gardes pour toi l’impression que l’étonnement, la stupéfaction, c’est surtout bon pour les gens qui ne tirent pas le mauvais numéro de la cagnotte ! Dans le soleil déclinant de la chape parisienne, tu titubes légèrement en approchant d’un officier de police qui contemple les effets de la déflagration et tu dis que tu habites là, que le trou, c’est ton chez toi, le néant, autour duquel restent piteusement debout quelques vestiges de fer rouillé, c’est chez toi et tu demandes sur un ton calme ce qu’il s’est passé.

Quand il se retourne, tu plonges dans chaque pore de sa peau, tu glisses sur l’huile suée de son épiderme écarlate, tu étouffes comme son cou encerclé par son col de chemise trop serré, inhumain sous cette chaleur ; sans un pète d’air. Son haleine viciée tourbillonne lentement, de manière hypnotique pour s’engouffrer dans tes narines à peine frémissantes : « mon vieux, j’en sais rien de rien. Ce qu’on sait, c’est qu’on a vu une jeune flique monter dans l’immeuble, qu’on l’a entendu cogner chez vous et beugler quand ça n’a pas ouvert. Qu’elle a fait un barouf d’enfer, à réveiller tout le quartier ; sauf que c'est pas la nuit et que personne ne dormait bien sur. C’est après qu’il y a eu l’explosion ! Enfin, une série d’explosions pour être précis ; sur ce point, en fait, les témoignages sont discordants ».

La question qui devrait suivre serait sans doute : « et il y a des survivants ? ».

Mais à quoi bon te tracasser pour ça ! Ta femme obèse sous le bras, d’un pas nonchalant, traînant presque le dessous de tes semelles, tu reprends ta marche ; les filles paumées du Blue Note s’impatientent déjà sûrement ! Tu as tout ce qu'il te faut pour ça.



Fin






Vamos a la playa !


source

On est là, c’est le mois d’août, et franchement, si on est encore là, alors même que tous ont sniffé la poudre d’escampette, c’est qu’on a rien à foutre. Rien à foutre qui vaille la peine, j’entends ! Autant continuer en beauté alors !

Je ne devais pas vraiment bloguer au mois d’août ; ça tombe bien, on est encore au mois de juillet ; c’est l’éternité du salarié qui rêve de vacances, et cette éternité est longue comme deux semaines qui me séparent de la félicité, du sirotage intensif de Pina Colada, de contemplations appuyées de ma femme en maillot de bain, du plaisir simple d’entendre la douce musique des rouleaux bretons ! Sous la pluie…

Toujours est-il que cette rédaction matinale, sous forme de billet simple et court, a le but de tous vous envoyer chez Franssoit, participer à un concours absurde et créatif, qui vous propose de définir l’espace mort qui sépare un billet de blog d’un autre ! Soyez bons...

Ou comment parler du vide en y injectant du contenu : c’est là, il me semble la quintessence même de la condition humaine !

mercredi 30 juillet 2008

Les noces de cire


source

Un simple coup de téléphone peut changer ta vie. Toi, tu ne te doutes de rien. C’est comme si ta vie était immuable, comme si elle ne pouvait pas bouger une oreille, comme si elle ne pouvait pas s’extirper de la toile gluante du quotidien. C’est comme si l’être était seul, comme si le devenir était une silhouette gommée.

C’est un coup de fil qui fait basculer ton existence ; mais comment savoir, ça n’a l’air de rien. C’est un coup de fil comme tu en reçois des milliers dans l’année. En général, ça sonne, tu décroches. Une voix te demande si tu as bien reçu un mail, alors tu regardes, et tu dis oui, et tu dis que tu vas faire ton possible. Et tu raccroches. Et tu fais ton possible, et ton possible devient possible. Tu te conformes au vœu d’autrui. C’est ton boulot. Tu ne le fais pas trop mal.

Ça n’a l’air de rien, sauf que c’est comme si ça carillonnait dans tes oreilles, le souffle du vent qui tourne ! Tout d’abord, la voix qui te demande ce que d’autres te demandent par milliers a une sonorité différente. Une voix pas comme les autres. Un peu comme la voix de la gonzesse qui te dit bonne nuit sur Arte ou t’annonce la soirée Thema de demain. Mais là, elle te demande si tu as reçu son mail. Bizarrement, ça dérape, tu ne l’as pas reçu. Avec une pointe d’agacement qui t’intrigue, la voix décline l’adresse internet vers qui on a expulsé la demande. Et agacé et légèrement moqueur, voire un peu condescendant, tu dis : « ce n’est pas du tout ça, vous vous êtes trompée d’adresse ». Alors, comme de bien entendu, tu donnes celle que tu consultes et tu dis à la voix de la nuit d’envoyer une nouvelle demande, et tu scrutes Outlook en cliquant sur envoyé/recevoir, envoyé/recevoir, envoyé/recevoir. Comme un gosse un peu idiot qui cliques sans arrêt sur la même touche de son ordi d’éveil et qu’une voix inhumaine lui fait : « bleu, bleu, bleu, bleu, bleu »… « Ce serveur est naze, je suis désolé, mon boss fait des économies sur tout, sur l’internet, l’eau, le papier toilette, et bien sur, il économise surtout sur ses employés », tu dis, parce que dans ce boulot, bizarrement, t’en as marre de te censurer, parce que t’en as marre de ce job idiot qui ne sert à rien ni à personne ; et la voix a un rire encore plus charmant que le reste. Et donc, en poireautant, tu enfiles des blagues bêtes les unes après les autres. Tu viens de trouver un auditoire à ta mesure mon gars, et c’est la merveilleuse voix d’Arte, rien de moins, qui te rend amoureux quand tu l’écoutes. C’est une voix que l’on rêve de serrer dans ses bras.

Il faut dire ici que tu es une midinette de première. Le genre de midinette qui pleurniche dans le noir pendant l’heureux dénouement infiniment décliné des comédies sentimentales. On pourrait même dire que tu as l’âme d’un romantique, le genre de type qui vient sous ta fenêtre gratter à poil les cordes de sa guitare. Le genre de mec qui échafaude des plans bidons quand tu rentres du boulot ; si maladroits qu’ils foirent tous. Le genre de mec qui t’emmène à Vierzon voir un ballet pourri. Vous avez déjà vu Vierzon ? C’est laid comme aucune ville ne l’est. Vous avez déjà vu les ballets de Kiev ? C’est la troupe des voisins de palier des danseurs du Bolchoï. Pourtant, t’as tout préparé et c’est tellement pourri et décalé que tu gagnes 100 points de plus sur l’échelle de l’Amour déraisonnable. On t’aime malgré toi, ce n’est pas flatteur mais on s’en fout, en tout cas, toi, tu t’en fous.

Quand la voix d’Arte raccroche, c’est comme si t’avais sniffé la moitié d’une bouteille d’éther. Tu es haut dans des vapes inconnus. Tu croises un collègue un peu con et tu lui dis que quelque chose vient de se passer. Quelque chose d’immatériel comme la résonance infinitésimale d’un gong de kermesse tibétaine, qui meurt entre deux montagnes pleines de cailloux ! Il ne comprend rien, bien évidemment. Lui il te raconte comment il tringle sa femme en se filmant, caméscope au poing (et tu imagines un film de Lars Von Trier, un vieux navet estampillé DOGME, qui te fait mal au cœur). Cette voix, tu voudrais l’entendre encore, tu voudrais qu’elle te chante une berceuse ce soir avant que tu t’endormes, tu voudrais lui faire l’amour – à une voix, c’est pas possible, mouais, mais si, avec un peu d’imagination – tu voudrais que les instants finis se regroupent tous et s’enivrent et dansent une farandole hilare et hystérique.

Tu voudrais tout ça. Un miracle. Et le miracle se produit bientôt. Elle est là chaque matin maintenant, depuis 4 ans. Chaque matin, chaque nuit. Elle est ta voix d’Arte merveilleuse. L’amour cinglant de ta vie de névrosée.

Tu tiens un blog et c’est ton anniversaire de mariage. Tu écris : « je vous aime, voix d’Arte ! »

lundi 28 juillet 2008

Johnny's time !



Doudourou nous l’a annoncé quelques commentaires plus bas, le saxophoniste (ténor) de jazz Johnny Griffin est mort.

Drôle de coïncidence : en ce moment même, je publie ici une série, vaguement inspirée des cahots existentiels de son dernier poulain.

Il y a quelque temps également je parlais – un peu dans l’indifférence générale d’ailleurs – de Von Freeman, grand saxophoniste également originaire de Chicago. Ces deux là et quelques autres ont grandement contribué à édifier un son, une certaine approche du blues et du jazz, qui finalement fera école.

L’école de Chicago, ou :

Une certaine forme de radicalisme totalement dénuée d’acrimonie. Un son puissant, viril, étonnament éloigné du cliché des saxophonistes free jazz en colère. La démonstration parfaite que l’on peut tout à fait savoir où on va et savoir comment on veut y aller, refuser les mauvais compromis sans pour autant oublier l’esprit fondateur de cette musique : le jeu, le rire, la joie et le défi.

Comme Freeman, Griffin n’aura jamais l’aura d’un Coltrane, d’un Sonny Rollins ou d’un Wayne Shorter. Comme tous ces grands ténors que nous aura donné Chicago, il aura vécu dans l’ombre de sa propre réputation, pour ainsi dire. On n’aura cessé de prononcer son nom avec respect, sans jamais que cela lui donne ticket d’entrée au hall of fame des géants du jazz. Dans le fond, on s’en fout. Le coté « usine à breloques » du milieu du jazz n’est pas digne d’intérêt. J’ai eu sans doute l’occasion de l’affirmer, ici ou ailleurs, à de nombreuses reprises : le jazz n’est pas une musique faite de carrières, mais de destins ; les jugements lapidaires qui rayent, effacent, ou surlignent tel ou tel nom du listing de son Histoire sont forcément sans consistance. Ils témoignent en tout cas d’une profonde ignorance de ce qu’est fondamentalement cette musique.

C’est presque une chance que ces noms là échappent aux citations émérites ou furibardes des pseudo-connaisseurs. C’est le signe évident que cette musique reste toujours à découvrir et à défricher. Qu’elle échappe au funeste processus de momification.

Avec ces histoires de son qui voyagent dans l’espace temps, on peut s’amuser à imaginer que nos notes traversent patiemment l’univers, avec bonhomie et humilité. Dans quelques millions d’années, allez savoir, un alien de passage sillonnant la galaxie se fera peut-être fouetter les oreilles par le souffle rauque du ténor de Johnny Griffin ; la gifle éternelle d’un temps oublié secouera sa carlingue comme la plus facétieuse des turbulences !


dimanche 27 juillet 2008

Secousse(s)


source

Bien. Hier, j'ai assisté, en compagnie de mon camarade Doudourou à deux concerts (pour le prix de même pas un) au Parc Floral.

En première partie, un ensemble bien achalandé : le San Francisco Jazz Collective ; ensemble à géométrie variable qui réunissait ce jour entre autres, Joe Lovano (sax ténor), Eric Harland (batterie), Stefon Harris (vibraphone), Dave Douglas (trompette) et le très bon Miguel Zenon (sax alto).

Je n'ai trop rien à en dire. Super musiciens, manque parfois flagrant de cohésion, choix d'arrangements parfois un peu "à l'envers"... Sur la fin, l'ensemble a néanmoins su enfin prendre la mesure de l'après-midi.

On va davantage s'intéresser à la performance suivante, assurée par Steve Coleman & Five Elements accompagnés de deux des anciens Metrics, Opus Akoben et Sub-zero (ou Sub-Z).

La musique de Coleman se base essentiellement sur des techniques de composition "de pointe", hérités de la musique classique (fugues, mélodies inversées...) auxquels s'ajoutent une pratique très aboutie de la polyphonie et de la polyrythmie africaine. Le tout, mélangé à toute une philosophie mystique de la nature, des éléments et du sens de l'art au milieu de tout ça.

Vous avez tout compris, c'est très compliqué. Sauf que Coleman est aussi très attaché au ressenti de l'audience. Et c'est pourquoi sa musique est également très "physique", toujours portée par nombre de musiciens "musclés", déployant des tonneaux d'énergie sans jamais compter.

On notera également la présence de Jen Shyu, une très jolie chanteuse qui marie à la perfection sa voix légère et aérienne au tintamarre alternativement tellurique et solaire du reste de l'ensemble.

Vous l'aurez peut-être également compris, Steve Coleman, ça vaut davantage le détour sur scène que gravé sur mini-galette.

Pour la peine, je vous laisse le soin d'en découvrir un peu plus avec deux extraits musicaux. Une vidéo, tout d'abord, d'un morceau intitulé "Fortitude & Chaos" qui illustre parfaitement la technique de composition de Coleman et son usage assez fabuleux de la polyrythmie ; un extrait musical d'un live enregistré au Hot Brass en mars 95, en compagnie des Five Elements, du tenor David Murray et des Metrics (un titre qui fut joué ce samedi).

Bonne écoute et bon dimanche !



STEVE COLEMAN
& Five Elements
Fortitude & Chaos


boomp3.com


Je ne saurai trop vous inviter également à attendre quelques jours que Doudourou nous fasse également son rapport, il ponctue toujours ses compte-rendus de savoureux croquis.

mercredi 23 juillet 2008

Gunther nous vire !

Né de notre imagination demeurée, Gunther est devenu autonome. Je ne peux reproduire ici son indescriptible accent mais il n'a pas fait dans le consensuel mou en nous congédiant.

Balmeyer est en larmes à l'heure qu'il est et je me sens vaguement nauséeux. Toujours est-il que Gunther m'oblige à faire la publicité de son premier billet officiel. S'il vous plait, soyez gentils avec lui...sinon, il n'hésiterait pas à nous le faire payer...

Salted Kiss (5)/La nuit d'avant


source

Sa respiration lourde a quelque chose de vaguement insoutenable. L’odeur de sa transpiration, sa poitrine molle et velue qui se soulève puis s’affaisse rapidement, comme si ce con venait d’accomplir un exploit olympique. Et cette façon qu’il a de fixer le plafond par peur de regarder dans ses yeux. Elle le foutrait bien dehors, avec fringues, montre en inox, mallette en cuir. Elle le ferait, si ce n’était pas lui qui avait réglé le prix de la chambre d’hôtel !

Sylv ne respire plus. Ce petit yuppie pété de thune qui bosse au 28e étage d’une tour quelconque de la Grande Esplanade lui a démonté le bassin. Elle a l’impression d’avoir un sandwich club entre les jambes ; rose-virage-écarlate comme du jambon de laboratoire, humide comme une jungle sud-américaine ; une superposition de lambeaux. Elle a bien envie de lui dire maintenant : « allez, casse-toi Rico, casse-toi où tu veux et que je ne te revois jamais de près ou de loin ». Elle a presque envie de le cogner, avec sa foutue montre, pile entre les deux yeux, à chaque fois qu’elle émet ce bip incessant ; tous les quart d’heure à vrai dire, comme si il nous fallait savoir tous les quarts d’heure que le temps ne s’arrête jamais, jamais, et qu’à la fin, quand il ne reste plus rien, on canne. « Casse-toi Rico, le temps c’est de l’argent en moins à la fin du mois » ! Mais elle ne dit rien, elle ne respire plus, elle retient ses cris dans le fond de sa gorge, proprement emmaillotés, là où tout est obscur, retenu, immobile, au chaud, latent, obstrué.

Elle se repasse la scène des dernières heures. Cette virée à Stalingrad qui tourne au fiasco. Cette bonne femme qui s’agrippe à elle en hurlant des mots étrangers, du russe peut-être, et qui lui file des coups de talon dans le tendon. Des vieux magazines porno partout, qui tombent des étagères comme de la neige, des trucs indescriptibles shootés dans des appartements sans fenêtre, dans de vieilles gares désaffectées, sur de vieux matelas défoncés pleins d’auréoles de pisse, avec des filles pas normales, des mecs pas normaux, des animaux pas normaux, des objets pas normaux.

« Casse-toi Rico ». Et puis cette virée solitaire qui l’a menée dans un rêve jusque ce petit bar à loupiotes de Montparnasse. Et Rico-casse-toi-Rico au comptoir en train de siroter un cocktail-rainbow plein de poissons clown dedans… Elle se souvient avoir souri, elle se souvient avoir prononcé les mots d’une autre : « dis-donc, t’aimes les trucs sucrés toi » ; avoir commandé ensuite un scotch de vermine en fixant son regard étonné ; l’avoir gentiment défié du sourcil droit en s’enfilant une rasade complète, calcinant les restes de sa raison !

On ne croirait pas mais Sylv sait y faire avec les hommes ; avec certains hommes en tout cas. Elle danse à la perfection le tango des indécis. Fonce dedans et caresse, défie et laisse envisager la victoire à l’horizon. La plupart des mecs adorent ça. Ils ont l’impression de dompter un animal sauvage. Le reflet que ce genre de miroir leur rend les envahit de bouffées de satisfaction ; et les mecs aiment ça plus que tout, être satisfait !

« Casse-toi Sylv ». Elle se lève péniblement. « c’est ça regarde-le, mon cul, tu le vois pour la toute dernière fois ». Elle se penche en avant sans rien dissimuler pour ramasser sa petite culotte, qu’elle enfile comme un militaire de carrière. Puis elle revêt le reste. « Rico, elle lui dit, tu viens de me faire comprendre un truc d’importance et je te remercie pour ça ». Sans ajouter un mot de plus, elle ramasse son sac, ses clés de bagnole, plante ses deux pieds dans ses pompes et disparaît de la chambre.

Rico n’esquisse pas le moindre mouvement. Il entend la porte claquer faiblement contre son armature blindée quatre pièces plus loin. Il se demande pourquoi elle l’a appelé Rico étant entendu qu’il se nomme Sébastien.

lundi 21 juillet 2008

Salted Kiss (4)/Goldfinger


source

Quand tu entres dans le petit hall du Sunside et que tu t’apprêtes à descendre l’escalier qui mène à l’entrée du Sunset, tu croises un type qui a l’allure d’un mauvais sosie de James Bond dans Goldfinger. Petit costume de plouc porté comme un aristocrate. Commissure gauche des lèvres qui rebique comme un col de chemise mal repassé. Il te dit, comme si lui et toi, vous étiez des confidents de longue date, unis par le sang : « Sylv te cherche ».

Allons bon, Sylv ne cherche jamais, elle sait qu’un jour, le destin vous mâche le travail. Qu’un jour, tout bonnement, elle tombera par hasard sur toi, dans cette même rue, parce que c’est ici ton gagne pain et pas ailleurs, et alors…et bien, alors, c’en sera fini de tes maxillaires, de tes genoux, de ton périnée et de ta prostate ! Elle ne bouge pas du Baiser Salé ! Pas une oreille du comptoir, sauf quand elle doit aller faire la bleue dévouée. Le Sunside est quasi mitoyen du Baiser Salé. Ce soir, tu joues avec ton groupe, ce n'est pas ton nom qui est affiché en gras sur la pancarte de l'entrée. Tu essaies de te convaincre que Sylv n'est pas férue de jazzenda, qu'elle ne viendra pas reluquer la pancarte pour voir qui compose le groupe qui anime la soirée du Sunset. Tu te dis qu'il faudra juste faire attention en sortant et filer fissa. Cette fois aussi, il te faudra un taxi, pas question de traînasser dans le quartier. Cette fois par ailleurs, si tu croises quelqu’un qui te propose une jetée au zinc du Baiser salé, il te faudra décliner poliment l’invitation. Parce que quand Sylv, te cherche, elle s’en fout que tu aies de quoi la payer ou non, elle cogne malgré tout, même si tu lui proposes des intérêts. Sylv n’est pas vraiment vénale, elle est incorruptible... A sa façon !

Revenons au Sean Connery du pauvre sans gonzesse en feuille d’or à son bras ! Raie sur le coté. Il est comme une pellicule d’époque ; vague, pleine de grains et d’éclats lumineux. Il te dit : « Sylv te cherche », mais dans le fond, il s’en fout. Elle te cherche toi, pas lui.

Ce qu’il y a de pire dans le jazz, c’est son public. De loin. Des types comme ça, y en a des pelletées. Des gusses mal fagotés qui boivent du champagne pendant que tu te dépouilles et qui font « oui, oui ! », « oui, oui ! » de la tête, qui t’approuvent pendant que tu joues, comme s’ils étaient roi et qu’ils te donnaient là l’appréciation que tu tailles la bonne haie, leur auguste assentiment.

Jouer du jazz, c’est être un citron à presser soi-même. Parfois, quand le citron est à parfaite maturité, il contient ce qu’il faut de pulpe, ce qu’il faut d’acidité, ce qu’il faut de jus, et tu répands ton génie du soir comme s’il était inépuisable. Parfois, tu n’as à portée de pression qu’un vieux citron qui commence à sécher, fripé, recroquevillé, sans pulpe, creux et plein de nervures et il te faut faire avec, avancer dans le noir sans pulpe, sans jus, sans acidité, avec trois pépins et une poignée de sable limite âcre. Chaque soir, les assentimenteurs dodelinent quoi qu’il se passe, parfois font une grimace et en sortant du club, ils te taillent des jambières pour l’hiver : « franchement, ce petit se démène, mais ça ne casse pas quatre pattes à un canard ». Un soir, alors que tu annonçais une composition du claviériste, un mec au comptoir a poussé un soupir faussement intelligent. « Non, parce que le petit M., on ne l’entend pas assez ». Ce genre de mecs, y en un par soir. Qui cherche à se distinguer ; le connaisseur parmi la foule des abrutis congénitaux.

« Sylv te cherche », qu’il te dit ! Si ce blaireau en costume d’époque te le dit, c’est qu’elle le claironne sur tous les toits. Avec sa grande gueule qui déchire le vent ! Pendant que tu joueras ce soir, les mecs se diront : « Sylv le cherche et il gratte ses cordes comme si de rien n’était ; inconscience ou courage, allez savoir ! ».

Heureusement, quand tu débarques en plein Sunset, et que tu distingues la nuque de l’affluence du soir, tu commences à te rassurer. 40 péquins sont venus avec leur bec verseur, récupérer le peu de pulpe de ton citron rachitique.

Deux bonnes heures et demi bien tassées plus tard, tu demandes ton oseille et la serveuse te dit : « dis, on avait pas dit 3 sets ? ». Tu fais un geste pour montrer la pauvreté de l’assistance. « 150 euros, 3 sets ? Vous êtes vraiment des saloperies d’esclavagistes ; si tu veux un 3e set, il faut rallonger, je bouge pas moi, tant que j’ai pas mon oseille ou une rallonge ».

Dix minutes plus tard, le patron du Sunside marchande avec toi au téléphone. Tu t’énerves. Et il te dit que t’es rien qu’un fouteur de merde de première, que des musiciens dans ton genre, Paris en dégueule 23 tous les matins (pourquoi 23 ? T'en sais rien), que ton disque vaut rien tant qu’il ne se vend pas, et tu rétorques : « il se vend ! dix exemplaires rien qu'hier » et l’autre se marre…et dit que t’es un chic type dans le fond, bien qu’un peu taré. Et il te file une rallonge. La rallonge du 3e set. La rallonge de ton taxi.

Tu presses ton citron en air vivant, rien ne sort, les mecs dodelinent en attendant de faire des incisions dans ta réputation. Tu encaisses, tu remercies tes musiciens, tu empruntes le chapeau vaguement efféminé de ton guitariste (sans le mentionner) et son léger imper de saison, et tu ne les vois même pas qui font « non, non », « non, non » de la tête. Tu te faufiles dans la nuit. Un taxi est en bas de la rue. Tu cours vers lui, en réprimant les grands gestes que tu voudrais faire pour attirer son attention, la main sur la poche de ton pantalon qui contient le fruit de ta menue pression.



[Si quelqu’un saisit le rapport entre ce texte et le morceau ci-dessous en écoute, il remporte un trophée…]


boomp3.com

dimanche 20 juillet 2008

Ecorcher des anges


source

Dimanche. Les bonnes traditions sont celles qui ne se perdent pas et nous opérons une petite césure dans le cadre de la série qui nous occupe en ce moment (Dorham parle de lui à la 1ère du pluriel ; devient totalement démago ce type !).

La vidéo qui figure ci-dessous est extraite d'un événement particulièrement manqué de l'Histoire du rock ; le Rock n'roll Circus. Manqué, dis-tu ? La grande plantade tu veux dire !

Un projet initié par les Stones pour réunir le Grand Swingin' London de l'époque, avec des groupes et des personnalités aussi divers que les Who, Hendrix, Lennon. Des grands joueurs, dit-on, ne font pas une grande équipe. L'assemblage hétéroclite fait dans le feu d'artifice foireux, le bouquet d'explosions de pétards mouillés.

En vrac, ça nous donne :

Un opéra-rock ou si l’on préfère un opéra chiant des Who. Une collaboration complètement bidon entre Richards, Hendrix, Lennon et Clapton. Quelques pauvres chansons de ce groupe heureusement sombré dans l’oubli ; Jethro Tull ! Bref, une sauce avec plein d’ingrédients savants pour vous pourrir un plat trop chargé.

Tu ne fais pas jouer ces braillards de Who – persuadés d’avoir une mission particulière au point de nous savater le neurone à coups d’intrigues complètement débiles (le joueur de flipper autiste, personnage principal de l’autre Opéra-rock Tommy ; Tommy Can you Hear Me ? Tu plaisantes, non ?) – avec un groupe comme les Stones, qui n'a pour seul objectif que d’aligner les riffs comme cinq gars évadés de cabane.

Plus jeune, les Stones m’ennuyaient. Leurs mélodies simples, leurs riffs entêtants, leurs gimmicks ressassés me laissaient froid. Je leur préférais de meilleurs musiciens, des mecs plus aériens, Led Zep par exemple. Mais c’est l’adolescence ça, tu veux tirer des coups avec tout le monde mais tu ne comprends rien à la chose. Quand t’y vois enfin clair, les Stones t’éclatent également au visage. Ce qui t’explose en pleine tête, c’est la conscience qu’il n’y a pas dans toute l’histoire du rock, de groupe plus vénéneux, plus sale, plus érotique, plus abouti, plus chien et chienne, rien de plus vicieux. Aucun équivalent aussi salace !

Ça paraît compliqué comme affirmation. Vous allez me dire que nous avons là une petite bande de vieillards milliardaires qui se dandinent en se tenant les hanches. Oui. Bien sur, aujourd’hui, c’est le cas. Mais à l’époque du Rock n’roll Circus ? A l'époque de ces chants souillés, qui écorchent des voix d’ange, ces hurlements de vestales défroquées, cette course vers la folie qui accompagnent la mélodie simple de « You Can’t Always get what you want »... Là ou tout n’est qu’espoir, Jagger décline une philosophie de gagne-petit sur une partition de démon en rut. Vous voyez un équivalent à ça ! Quand tous ces niais se peinturluraient les nénés et paraient leurs chevelures de fleurs multicolores en gobant des pilules d’acide comme des hosties ?

J'ai mis très longtemps à comprendre et aujourd'hui, j'aime ça comme rien d'autre. 30 ans pour comprendre les stones, vous allez dire que je suis un lent...héhé, plus c'est long, plus c'est bon, dit-on !



vendredi 18 juillet 2008

Salted Kiss (3)/Léon


source

C’est un jour où tu es à bout de patience. Tu le vois s’agiter, aller et venir, de la cuisine au salon, en passant par la chambre, de la salle de bains aux toilettes, fermant la porte d’entrée, disparaissant, remontant des trucs insensés de la cave, décapsulant des bouteilles d’un litre de bière, des Heineken, qu’il écluse presque d’un trait et qu’il travaille, en tirant la langue comme le font les mômes quand ils s’appliquent à faire un collage. L’alcool, la mèche de tissu, ok, rentre ta langue, contemple, un rot, emballé c’est pesé. Un molotov de plus. Tu le vois se lever, contempler savamment une petite feuille punaisée au mur, sur laquelle est imprimé un petit tableau Excel de sa confection intitulé « Stock idéal », gommer le chiffre d’avant, et écrire le même chiffre + 1 !

C’est un jour où si t’avais une batte de base-ball sous la main, ou seulement un marteau, tu lui écraserais sur la nuque et soulagé, tu soupirerais : « enfin seul ! »

Alors, tu demandes. Tu La poses. La question, La question, celle qu’il ne fallait pas poser pour tout l’or de ce monde bidon, tu La poses ! « Est-ce que tu sais au moins qui va nous envahir ? Qui ? ».

L’œil tout rond, tout rouge, tout d’houblon, tout doublon, il répond mollement : « non, je ne sais pas ».

« Vraiment tu ne sais pas, tu insistes sur La question, tu ne sais pas ? Des extra-terrestres peut-être, comme dans La Guerre des Mondes, tu as lu la Guerre des Mondes ? Des extra-terrestres à tronche de pieuvres qui cherchent un monde moins hostile que le leur ? Non ? ».

« Une secte alors ! Une secte complètement tarée qui base l’essence de sa croyance sur le fait qu’il faille purifier l’humanité avant de lui offrir le salut ? Tu sais, comme des Témoins de Jehovah, mais en plus décidés ; des témoins qui se seraient réunis pour se dire que ça y est, c’en était assez de sonner comme ça aux portes, qu’il était temps de sortir les couteaux de boucher, les hachoirs à viande, les Smith, les Wesson, pour déglinguer tout ce qui n’est pas témoin, une bonne fois pour toutes ; pour avancer un peu la date du Jugement Dernier qui commence à se faire attendre… non plus ? »

« Ou un truc inexplicable…St Jean est venu dans ta piaule et t’a juste dit, prépare-toi, les damnés s’en relèvent ! Un truc hyper abscons, comme une menace sourde, le combat épique entre le bien et le mal, et puis c’est tout, tu es Léon le prophète, St Martyr des cocktails Molotov et tu sais tout mieux que nous… Et on a pas à demander, comme ça. Demander, c’est déjà une sorte d’outrage, il faut te suivre aveuglément et chacun doit également se constituer son petit arsenal… »

Léon fait non de la tête : « non, je t’assure, je ne sais pas… », et après un très long soupir comme s’il était réellement en train de penser avec toute sa tête, tous ses neurones, toute sa raison, il dit : « mais qu’est-ce que ça change ? ».

Ben oui, tiens, qu’est-ce que ça change ?, tu te dis.

Rien.
Franchement.
Rien de rien.

Des mecs vont venir, peu importe qui ils sont, ils viennent pour éventrer tes voisins, tu ne sais rien de ce qu’ils sont, d’où ils viennent, rien de leurs motivations, de ce qui les conduit à répandre la mort partout, mais tu sais qu’ils arrivent. Alors, tu n’as plus qu’à te préparer. C'est te préparer ou rester là à attendre de crever.

Tu alignes les molotov chargés d’explosifs le long du mur comme de petites bouteilles en verre à balancer au tri sélectif,
patiemment,
raisonnablement,
calmement,
méthodiquement !

Ça ne change rien.

Ils peuvent bien venir nous mettre sur la gueule, Léon est fin prêt pour la grande kermesse et les feux de bengale !


boomp3.com




mercredi 16 juillet 2008

Salted Kiss (2)/Sylv


source

Au comptoir, Sylv se tripote la cheville qu’elle dit s’être tordue en courant après un clandé plus rapide qu’elle. Elle parle de toi et tu n’en sais encore rien. Tu leur racontes ça rétrospectivement. « Ce petit enculé me doit deux semaines de poudre, rien que ça ! », elle vocifère.

Elle se plaint Sylv. Pourtant, elle a le beurre, l’argent du beurre, le cul de la crémière, les deux boules du crémier, la sonnerie du glacier pour faire bonne figure et gagner la sympathie du voisinage et des enfants. Holster à droite, sachets de poudre dans la poche gauche…biftons dans un soutif ultra-serré qui tient les nénés bien haut (comme les joueuses de tennis) sauf qu’elle a une cheville fragile. Et les nerfs tout pareillement en pelote ! Elle trace une ligne verticale sur son front et dit, très fort, pour que tout le monde entende : « dis-moi, y a marqué philanthrope sur mon front ? ». Et quand elle s’aperçoit que son interlocuteur intimidé se ratatine, elle insiste : « non mais dis-moi, est-ce-qu-il-y-a-mar-qué-phi-lan-thro-pe-sur-mon-front ? ». Et le mec qui fait pourtant une tête facile de plus qu’elle murmure à peine : « mais non ! ». « Evidemment, qu’y a pas marqué philanthrope sur mon front ! ça se saurait », elle répète et en giflant légèrement la joue de son partenaire contraint, elle s’envoie une rasade de blonde couleur pisse de jeune puceau, sans prendre le temps d’inspirer ni rien. Dites-lui que c’est de la bière de fillette et elle vous pète les deux genoux ! et vous vous tordez de douleur au sol pendant qu’elle médite sur la faiblesse-génuflexion du genre masculin ; vous pensez l’orage passé ?, elle vous écrase la gueule avec le dessous de ses bottes. Sylv est comme ça, elle est née trop tôt et pas au bon endroit ; Américaine née dans les années 40, elle aurait été l’or de l’opération mangouste, le barbouze idéal ! Le chaînon qui manqua à la CIA quand elle projetait des tentatives de destitution du leader Maximo. Lui faire tomber la barbe, lui livrer des Havanes bourrés de dynamite, lui verser du cyanure dans un Cuba Libre, ce genre de machins. A ce jeu là, elle aurait fait merveille, on aurait retrouvé le gros Fidel ligoté sur la baie des cochons, sans un poil sur le caillou et autour du menton, seulement vêtu d’un caleçon à l’effigie du président Kennedy…

Si tu dis qu’elle est née au mauvais endroit au mauvais moment, tu le dis d’autant plus qu’elle est née au moment et à l’endroit nécessaire pour que tu lui doives un paquet de pognon et qu’elle puisse décider en ingurgitant sa dernière gorgée de mousse qu’il est plus que temps que tu payes ce que tu dois, qu’il est plus que temps que tu arrêtes de te payer sa tête, qu'il est plus que temps que tu arrêtes - bordel ! - de la faire tourner en bourrique.

Elle se retourne vers son infortuné ratatiné et elle déclare : « je vais lui couper deux doigts tiens, ce sera le Django Reinhardt de la contrebasse, ce con ; ça lui fera passer l’envie de me prendre pour un organisme de crédit ! »





lundi 14 juillet 2008

Salted Kiss (1)/La traversée de Paris


source

Il est 3 heures du matin et pourtant il fait chaud comme dans un four. Sans un milligramme de brise pour te rafraîchir un peu. C’est comme si l’air jouait à un, deux, trois, soleil et qu’il restait suspendu parce que le compteur s’est endormi, le front contre le mur. Cherche pas ! La Rue des Lombards a chaud aussi. Plein de types tournent en rond avec le regard mauvais, cherchant quelqu’un à emmerder. Des putes vont et viennent la démarche pénible, les articulations pleines de cailloux. Des flics regardent tout ce beau monde et donnent à contempler le miracle je-m’en-foutiste de leur merveilleux sacerdoce. On les retrouve accoudés au comptoir du Baiser Salé, à vomir leur haine du monde et à picoler comme des trous, et à tenter d'oublier qu'ils ont bien un chez soi, avec parfois une femme dedans, avec parfois des gosses endormis dedans qui finissent par appeler tout le monde Papa, sauf toi ! Leur dépit d’être de pauvres choses lancées en rempart du monde civilisé.

3 heures du matin, comme ça, sans air et accablé par une chaleur anormale, immobile et figée, tu portes à bout de bras cette saloperie trop lourde. Cette grosse mallette à te filer des tendinites. La came de ce soir n’était pas bonne, au lieu de t’euphoriser, elle t’a fichu la mine sous l’eau de l’étang ; un étang de poissons morts, le bide pointé vers le firmament ! Et tu barbotes au milieu avec cet instrument trop lourd et tout Paris à traverser sans l’ombre d’un taxi. Pour rentrer chez toi. Rien que cette petite opération banale. Dans un épisode de la cinquième dimension où tous les taxis ont disparu de la surface de la terre. Tu regardes derrière ton épaule. Non, pourtant, il n'y a pas de mec en noir et blanc qui cause de toi pendant que tu t'actives...

Machinalement, tu sors les biftons de la poche gauche de ton futal. Trois sets. 150 euros. Que dalle. Encore une giclée demain et rien d’autre jusqu’à la semaine prochaine. Mieux vaut oublier le taxi. Paris s’offre à toi, profites-en ! Profites-en, tu parles ! Devant toi, le pas qui vient devant l’autre, une rue pavée sans perspectives.

Tu marches. Paris n’est pas uniforme. Pour rentrer dans ton quartier pourri, tu vaques au milieu de la misère, puis au milieu du tumulte des quartiers qui ne s’endorment jamais, puis encore tu fends l’air vicié des domiciles cossus, où tu ne croises personne ou rien que des pauvres mecs qui ont comme vocation de tambouriner aux portes qui ne s’ouvriront jamais. Parfois, on a l’impression qu’une frontière invisible scinde les humanités. Ceux qui ont un compte en banque garni juste là, et pile poil après cette poubelle, ceux qui mangent des kebabs !

Ce matin, un type à la radio a prononcé ton nom en claquant des doigts. Les gens sont cons. Ils voient ta trogne sur un disque et ils pensent que tu es quelqu’un, que tu es à l’abri de ce genre de choses, que tu es exonéré des piétoneries quotidiennes, tu es quelqu’un et quelqu’un c’est lisse, lisse, comme un cul sorti d’un spa autrichien. Alors qu’en fait, t’es endetté comme un état africain, t’as aucune peau moelleuse pour se frotter contre toi quand tu pousses la porte de chez toi et que tu t’étends comme un autre drap sur ton lit ; juste ce taré de Léon qui s’est spécialisé dans l’art de constituer de belles garnisons de cocktail Molotov en prévisions d’invasions futures.

Près de chez toi, des mecs ne sont pas couchés. Se couchent-ils jamais ceux là ? En te regardant passer, ils s'esclaffent : « tu rentres de ta connerie de jazz, tu vas la jouer encore longtemps ta musique de vieux ? ». Et tu t’esclaffes aussi, parce que t’en as marre de laisser à l’air suppurer tes plaies béantes. Juste, tu constates que c’était long, que c’était un mauvais soir, avec une lune dégueulasse, tu constates que le thermomètre est resté bloqué sur le mode "four dantesque" parce que le grand ordonnateur du climat a déglingué l’air conditionné ; forcément, à force de jouer comme un enfant avec le thermostat ! Il fera toujours chaud, comme ça, sans air, il fera toujours chaud comme ça, comme si c’était l’enfer, mais pas vraiment dans le fond, comme si c’était tout comme mais aussi comme si tu savais bien que si c’était le cas, ce serait encore pire.

Tu glisses la clé dans ta serrure. Léon est debout, complètement à poil, le regard complètement halluciné, rebondissant contre les murs, pendant qu’une blatte escalade la petite montagne velue que crée son pied immobile planté là. Sa queue pendouille comme un artifice sans utilité entre ses jambes, une farce du bon Dieu. Et il dit : « ça y est, ils arrivent ». Et tu sais que c’en est terminé ! Que tout ce qui t'est arrivé jusqu'à maintenant, tout, y compris cette nuit de merde payée une misère, pour laquelle tu récoltes une bouillie de voute plantaire et un ongle incarné, un ego tondu et un amour propre au rez de chaussée, et bien...c'était rien qu'une foutue sinécure !

boomp3.com

dimanche 13 juillet 2008

Cake - I will survive



Pour cet extra-sound traditionnellement dominical, comment ignorer le marathon commémoratif qui célèbre dans tout l'hexagone la décennie sans victoire de l'Equipe de France de football depuis son sacre mondial ?

Il me fallait à mon tour rendre un vibrant hommage. Ci-dessous, en écoute, la reprise du sirpueux I Will Survive par le groupe Cake... La seule réussite post-mondialiste si vous voulez mon avis.

C'est ma manière à moi de vous annoncer les dix révolutions qui viennent, toutes peuplées d'italiens pleurant leur mère en se tenant le tibia à deux mains, d'italiens victorieux, d'italiens sans scrupules ; des rêves de défaites en quelque sorte.

Honnêtement quitte à perdre, autant que ce soit contre des types qui ont le sens du mélodrame.

Ce qui me permet de prédire une prochaine victoire dans approximativement 126 ans. C'est vite fait. Un petit somme et on y est.

Courage !


vendredi 11 juillet 2008

Poubelles de supermarchés


source
------------ L'origine

A la demande quasi générale de la foule en délire, je lance un fabuleux concours-atelier d'écriture autour du thème suivant :

les poubelles de supermarchés.

Il me faut vous révéler qu'en la matière, malgré mon éblouissante production du 7 mai, je ne suis pas précurseur du genre.

Zoridae nous avait en effet ouvert la voie royale.

------------ Le Principe

Le jeu est ouvert à tous, pas de chaîne à la noix. Je tiendrais le compte à condition qu'on m'en avertisse.

A la fin de l'année, nous désignerons notre vainqueur (le règlement exige cependant que le nom du gagnant commence par un "Dor" et finisse en "ham")... Bonne chance à tous ; faites-nous de belles choses avec de vilaines ordures...

---------"Les derniers textes" - mise à jour du 11 juillet 2008

Marie-Georges Profonde
regimbe mais voici le texte qu'elle nous propose. Elle ne vote pas pour elle, faisons-le à sa place... Ce serait manquer à notre estival devoir !

Philtre ne regimbe pas du tout. Sur la pointe des pieds, pluie légère martelant les couvercles, il ouvre une poubelle comme on ouvre une fenêtre. Voici sa très jolie contribution.

-----------et avant, y avait quoi ?

# Le premier à dégainer fut donc Gael avec une sorte de feuilleton-chorale délicieux en forme de mystère et boule de gomme. Par ici, les premier et deuxième épisodes. La suite ; le 3 et le 3bis, olé ! Série poursuivie par les épisodes 4 et 5 ! Le 6, enfin !

# Audine a pris remarquablement la suite dans le cadre d'une série qu'elle écrit toujours actuellement (série très recommandable au demeurant, dont l'épisode 3 est sublime). C'est intitulé La Poubelle des luttes !

# Gloire suprême, Le Parisien nous a rejoint dans la danse. Si c'est pas de la z'influence, ça !

# Nicolas nous a conté l'histoire des poubelles de supermarché du Kremlin Bicêtre, en dissertant sur des types qui se prénomment Marcel et des filles qui s'intitulent "folles". Et à la fin, il a gueulé.

# Balmeyer, s'y est mis. Bravo à lui. Comme toujours...

# Nicolas, sur un autre blog (est-ce une manipulation pour faire connaître tous ses bistrots, même les plus secrets ?) a participé à nouveau ; C'est autorisé quand c'est aussi bien troussé

# Antoine à son tour nous a offert un texte à la première personne, très froid.

# Marc, en ce qui le concerne a entamé, comme Gaël une série dans un style très "naturaliste".

# Trublyonne a imaginé un jeu dans lequel il vous faut nourrir une famille avec rien. On se demande si elle n'a pas le nez creux, c'est saisissant. L'avenir nous le dira...

# Daud nous a proposé une chanson énervée, vive et acidifiée, qui s'intitule ça en jette.

# Zoridae a également participé avec un texte cinglant dont je n'ose rien vous révéler. Le mieux, c'est que vous preniez le temps d'aller le lire.

A qui le tour ?

jeudi 10 juillet 2008

Le tournoi (3)


Noir. Blanc. Il n’est pas possible de soutenir le regard de Pierrot le Fou. On croirait deux mâchoires de piranha qui s’ouvrent et se ferment. Ce qui frappe l’imagination d’emblée, c’est qu’une mâchoire de poisson est bien trop petite pour autant de dents. J’ai lu quelque part qu’un ban de piranha pouvait dévorer une vache entière en quelques minutes ; je me demande combien de temps il faudrait à deux piranhas pour me boulotter moi tout seul. Beaucoup plus de temps sans doute et fatalement, beaucoup plus de douleur.

Tous les deux coups, Pierrot le Fou émet un léger grognement. Il ne réfléchit pas avant d'en jouer un. Dès que Dorham achève le sien, il met un pion en mouvement, comme s’il se trouvait au milieu du damier, comme s’il était le damier lui-même, comme s’il en était l’architecte tout puissant, comme s’il en avait conçu les moindres cases, recoins ; noir, blanc, tout est à lui.

Je m’aperçois soudain que j’ai oublié de mentionner une des règles essentielles du jeu de dames. « Soufflé n’est pas jouer ». Lorsque vous vous retrouvez face à un pion démuni, vous êtes obligé de le découper en rondelles. C'est la règle. C’est lui ou vous, vous comprenez ? Vous êtes en quelque sorte un petit soldat conscient et idéaliste. Vous débarquez dans un village déplumé, que la guerre a encore épargné. Et votre officier, en vous regardant droit dans l’âme désigne une famille alignée devant le mur d’une maison délabrée. Il vous dit : « liquide-les, c’est eux, ou ce sera toi ». Il applique le canon fumant de son arme contre votre tempe et attend que vous fassiez le travail. Aux dames, il n’est pas seulement permis de tuer, c’est une obligation. Dès qu’un pion ne remplit pas sa fonction première : éliminer, détruire, annihiler ; il disparaît !

La force de Pierrot le Fou tient sur les fondations de cette règle atroce et animale. Il sacrifie des soldats pour détruire votre défense. Vous lui bouffez un pion, et derrière il vous en avale deux ou trois. Et une brêche géante s'ouvre comme une ouverture dans un poisson qu'on vide !

Il a fallu deux coups à Dorham avant de comprendre. Au troisième coup de tocsin, sans fuir les mâchoires de piranha de son adversaire, il a joué ailleurs. En peignant son visage d’un demi-sourire, il a jeté son regard dans celui de son soldat et lui a ordonné calmement : « tu ne tires pas, tu te laisses tuer, nous sommes fiers de toi, petit ! »… Pierrot le Fou a prononcé la formule en dévorant le soldat martyr. Une goutte de sueur a dévalé son front pour atterrir dans son œil droit !

L’acidité de la sueur lui écorche la rétine. Faut le voir se gratter le globe comme un mec qui vient de se prendre une flèche microscopique dedans, une poussière d’arbalète, gratte mon gars, gratte, gratte jusqu'à ce que ton orbite te supplie d'arrêter ! Bientôt, l'oeil tout entier vomit des larmes comme des chutes deau, le sang envahit tout l'espace, les vaisseaux éclatent comme au feu d'artifice. Dans l’assemblée, on entend des murmures inquiets. Pierrot le Fou a remporté deux manches et le Nouveau qui passe ses journées à trôner sur son nuage en a remporté quatre, et on entend les dents de Pierrot qui s’entrechoquent comme s’il voulait mordre une proie trop petite pour elles.

Sur le damier, le jeu est serré, il reste 5 soldats à Dorham et 3 à Pierrot le Fou, et une odeur de mort, de souffre, de gabegie souffle sur les tapisseries dégoulinantes. Tout le monde est convoqué, les amis d’hier, les femmes d’hier, les souvenirs dont on ne détermine plus la vérité ou la provenance, des souvenirs du futur si vous préférez, les vaincus, les victorieux, les moi qui périclitent dans des bruits démultipliés de bouchons de champagne qui sautent au plafond. L’odeur de la défaite, d’une bascule, d’une balance dont le poids s’ébranle et s’écrase contre son socle.

Quand le dernier soldat de la dernière manche tombe, et que les yeux de Pierrot le Fou cherchent parmi l’assistance de quoi comprendre la défaite, Dorham a déjà rejeté en arrière sa chaise, s’est déjà agenouillé sur le tapis rouge sang qui recouvre le sol en pierre de la salle de réception. Les poings serrés, le menton relevé vers le plafond, il hurle à la face du dieu des combles, son cri de victoire et de folie furieuse qui les terrasse tous.


----------------------


Dans le jardin d’un petit pavillon de banlieue, un enfant aux cheveux raides et très bruns, est agenouillé sur la mousse d’une pelouse fraîchement tondue. Campant un guerrier imaginaire, il serre des poings victorieux et hurle son triomphe aux nuages qui continuent inlassablement leur course, comme un Capitaine Achab qui aurait terrassé son Léviathan. Son visage propre et lisse est entièrement barbouillé du sang imaginaire de son ennemi.

Derrière lui, la porte fenêtre d’une véranda s’ouvre. Le toubib fakir, passe la tête par l’entrebâillement. Il demande : « Michaël, qu’est-ce que tu fiches ? ». L’enfant, surpris, interrompt brutalement son cri. On entend le ronronnement d’un moteur de bétonneuse au loin. L’enfant répond : « rien, je joue ! ».



Fin

mardi 8 juillet 2008

Le tournoi (2) - L'hallali


source

La finale du tournoi annuel de jeu de dames de l’établissement psychiatrique du Raincy se déroula dans une aile reculée du bâtiment ; la plus ancienne. De grandes tapisseries, représentant d’éprouvantes scènes de chasse recouvraient les quatre murs de la salle. En son milieu, le personnel avait installé une petite table en bois simple, customisée pour l’occasion d’un damier en céramique incrusté dans l’érable. Les cases noires et blanches, fendues pour certaines, étaient agglomérées les unes aux autres par une sorte de mastic poreux qui se barrait dès qu’on y plantait l’ongle.

Autour de la table, le public avait pris place sur des chaises en aluminium. Sans bruit, chacun s’était installé. Les silhouettes semblaient fuyantes, rabougries, écornées comme de petites images pieuses qu’une fille vertueuse colle sous son oreiller.

Dorham était déjà assis. Il jouait, pour patienter, avec un vieux trombone rouillé qu’il pliait au hasard de sa volonté. Malgré l’art qu’il faisait mine d’y employer, le mince fil de fer se bornait à représenter des formes abstraites ; rien qui ne ressemble, comme sur les tapisseries dressées tout autour d’eux à un beau cerf dans la force de l’âge, empalé avant le rut !

Un type que Dorham n’avait jamais vu ici s’avança devant l’assistance en complet bon marché ; ce genre de complet de location mal fichu qui vous donne l’allure d’un provincial éternel, l’ourlet échouant cinq bons centimètres au-dessus des pompes. Micro enserré dans sa main gauche, d’une voix nasillarde, il annonça la finale.  

Quand je dis « nasillarde », je suis parfaitement en deçà de la réalité. Pincez-vous le nez entre le pouce et l’index, forcez votre voix légèrement vers l’aigu (comme si vous souhaitiez imiter la voix d’un personnage de dessin animé) et déclamez :

« Et maintenant, mesdames et messieurs, l’heure est arrivée à son point ultime ! La finale peut commenceeeeeeeeeeeeeeer ».

Une sorte de présentateur de boxe monté sur ressort avec la voix de Max la Menace, pas mieux ; « à votre droite…déjà assis, à la table »…et sa voix retomba comme une balle de caoutchouc crevée : « Dorham ». Ce nom, prononcé comme celui d’une victime expiatoire. Et tout autour, les tapisseries dégoulinaient de sang.

« Face à lui, pour défendre son titre, incontesté depuis cinq ans (un murmure parcourut l’assistance)… »

Faut-il que je m’arrête ici pour détailler l’étonnant palmarès de Pierrot le Fou. Allez ! Personne ne sait vraiment pourquoi Pierrot le Fou est ici. Ce qui est sur, c’est qu’il est interdit de promiscuité. Il ne sort qu’une fois l’an de son sous-sol pour venir étriller les dames adverses. Toute la journée, on lui gicle du sirop de vapes dans les veines, on actionne des pistons de Morphée dans ses neurones. Gling-Gling, les grelots ! On le maintient sous chape de plomb. On s'en prémunit comme d'une peste !  

An I, à l’époque, tous participaient et il les a tous dévorés sans coup férir. An II, rebelote ! An III, la population adverse, démobilisée, s’était réduite de moitié. En finale, il rencontra un mec transféré depuis, Luc chapitre 3 verset 2 (ne me demandez pas), qui confondit le jour de la finale (ne me demandez pas), les pions et ses cachetons, et qui engloutit presque la totalité des pièces blanches avant que le personnel n'intervienne pour empêcher qu'il ne s'étouffe tout à fait. An IV, seul un toubib de l’établissement osa défier Pierrot Le Fou. Pierrot dévasta sa défense en soufflant dessus comme un dieu vengeur, boulotta tous ses pions sans en perdre un seul, pendant cinq manches sans en perdre une seule et en prime, il lui sauta à la gorge pour lui arracher la carotide.  

An V, oui, tout le monde était vacciné.

lundi 7 juillet 2008

Le tournoi (1)


source

Le jeu de dames, si on fait un sondage, vous allez me dire que c’est un jeu à la con. Un jeu pour occuper les après-midi de celles et ceux qui sucrent les fraises, et des marmots qui leur tiennent le crachoir. Vous avez tort ! Vous pensez que le jeu d’échecs, c’est autre chose. Que c’est déjà plus subtil, plus intelligent, plus mathématique, plus stratégique. N’en jetez plus, j’ai compris ! Vous dites ça parce que plein de russes y jouent ! C’est l’exotisme qui parle pour vous en quelque sorte, l'Anna Karénine qui sommeille en vous. Le jeu d’échecs, c’est une métaphore de la guerre, soit ; une métaphore seulement ! Aux Echecs, on joue à la guerre, au Jeu de Dames, on la fait !

De la même façon, aux Echecs, on ne tue jamais vraiment le roi. Ou en tout cas, on assiste jamais à son meurtre. Tout est élégamment suggéré. Il se couche symboliquement. Ou la sentence « Echec et mat » suffit à étouffer toute velléité de résistance. C’est une armistice déclamative. On peut laisser son imaginaire voyager un peu et créer mentalement la geôle qui va embastiller le monarque, les humiliations qu’on va lui faire subir, et peut-être la potence qui va lui rompre proprement la nuque. Mais en l’espèce, aux Echecs, on ne joue jamais que pour l’encercler, que pour le soumettre. Le Roi défait se couche comme une naïade un peu cochonne et le Roi d’en face fait la bringue. Il est russe, alors, il siffle une vodka qui lui calcine l’estomac et il balance son verre dans la figure de son Fou. Il grimpe sa Reine éventuellement ; tristement. Dans quelle guerre a jamais-t-on vu ça ?

S'est-on pareillement embarrassé avec un Saddam Hussein, ou un Ceausescu, ou un Mussolini ? Ou même Louis XVI ? Tu parles, Charles. Le grand Raïs, on l’a pendu comme un goret dans un cagibis puant la sueur et l’urine, et un petit malin a tout filmé grâce à la lentille surexcitée de son téléphone portable. Ceausescu, on l’a tiré comme une poule de foire. En Super 8 ! Avec sa gentille femme. Tout était maquillé, truqué, comme au cinéma ? Peut-être ! Et alors ? Le résultat final diffère-t-il ? On ne l’a pas moins exécuté. Avant ou après, quelle importance ? Le gros Mussolini a quant à lui tiré la courte paille, le gros lot de la boucherie, on est allé le chercher chez lui, on l’a fusillé avec son épouse, puis on l’a savaté jusqu’à ce qu’il en crève une deuxième fois, on a craché sur sa dépouille, on a continué de lui piétiner le crâne, et finalement, pour juguler le torrent sans fin de la haine populaire, on l’a pendu Place Loreto où l'année précédente, quinze partisans avaient été fusillés et exposés en représailles pour un attentat contre les allemands. Et puis, on à laissé pourrir son corps plusieurs jours au soleil. Et le Roi Louis de France au sang cyan et sacré ? Où vous avez vu joué ça qu’on respecte le Roi déchu ?

Aux Dames, pour remporter la victoire, il faut tuer l’adversaire jusqu'au dernier. C’est plus qu’un jeu, c’est une boucherie, un carnage. On dévore tout, sans compter, sans pitié ni rien, on traque le dernier pion jusqu’aux derniers recoins du damier. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus sur le terrain, que l’éclatante domination d’un seul, sa grandiose solitude, absolue, définitive. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul triomphant pour piétiner le champ de bataille, entièrement nappé du sang de l’autre. Un charnier sans chape de terre, giflé par le vent, et une estrade pour que le vainqueur puisse contempler le monde désert qui lui revient en offrande.

Si l’on déblaye un peu la question des quelques préjugés idiots qui scindent le monde entre ce qui est prétendument intelligent et ce qui prétendument ne l’est pas, force est de constater que le jeu de dames est davantage qu’un simple trompe l'ennui. C’est un instrument taillé pour la folie… Pour preuve, les mémées et les petiots qui y passent leurs après-midi massacrent des humanités entières en boulottant des palets bretons.

Quand l’infirmier en chef proposa à Dorham de participer au tournoi annuel de jeu de dames de l’établissement, il accepta sans hésiter une seconde. Il n’hésita pas davantage lorsque son voisin de table lâcha, hilare, l’œil gauche totalement fermé par une ecchymose géante : « tu ne battras jamais Pierrot…il est là depuis 5 ans ! En 5 ans, personne n'est parvenu à le battre ».

Dorham réprima un léger sourire et demanda à l’infirmier :

- Combien de participants ?
- Et bien… Deux ! Vous et Pierrot le Fou. C'est déjà un de plus que l'année dernière...

L'An I de la Guerre des Blogs



Y a pas de raison. Tout le monde a son blog idiot. Tout le monde ou presque ! Certains, il est vrai, n'en ont pas. On en a parlé, ça fait les choux gras, ça pollue la blogosphère, tout ça...on s'offusque, on se pâme, de grands écrivains incompris n'ont pas la visibilité nécessaire et cela nous prive de l'émergence d'un nouveau Jean d'Ormesson...

Qu'à cela ne tienne, j'aurai aussi mon blog idiot ; seulement, il sera bête et méchant. Il recensera toutes les blogowars idiotes et puériles, les plus crasses, les plus indignes, les plus navrantes.

Je compte sur vous pour me les signaler. Je serai en quelque sorte le Tite Live de la blogosphère. Voici, l'an I de la Guerre des Blogs !

Mise à jour du 11 juillet 2008

Ce blog est déjà au paradis des blogs... C'était bien ! Ben non ! C'était chouette alors ? Non plus. Bon ben, c'était en tout cas. Là, on est d'accord ! Veuillez considérer ce billet comme nul et non avenu, et Dorham comme nul et non convenu.

vendredi 4 juillet 2008

Soul Asylum (3)


source

Dorham s’est laissé glisser dans un monde essentiellement thérapeutique, où il fait bon raconter son mal-être. On s’épanche, on se répand, on se distille, on distribue diverses parties de soi-même comme on jette des quignons de pain rassis au milieu d’une foule rachitique. Et la meute de thérapeutes se jette dessus et s’entredévore. Non mais vraiment, quel merveilleux spectacle !

Le nouvel univers de Dorham, affranchi de toutes les règles de base. Pépére. Verveine et psychotropes, homéopathie et drogues dures… Il regarde les autres comme s’il était juché sur un putain de nuage immuable. Un peu incrédule. Il pense : je suis dans le sein des saints, toubib de merde, dans le secret d’alcôve. Tu peux toujours rêver pour me remettre le grappin dessus ! Ce putain de monde caché s’offre à moi comme une pute à deux sous et sa rage soudainement dégouline des pores de ma peau et m’inonde. Puis la Révélation : l’humanité pleine, entière, retrouvée, défrichée du vice, on l’enferme ici parce que dehors, l’artifice a définitivement pris le dessus. Avant l’homme, pense Dorham, ce n’était pas le singe, mais déjà l’homme…et il se jetait délibérément sur toutes les fenêtres en toute liberté…et en toute conscience. Et personne n’y trouvait rien à redire. Un jour, l’homme a cessé d’aller plus loin. Sans que personne ne sache pourquoi, les fenêtres et les hommes, lui ont fait mal aux yeux et à la conscience. Alors, il a divisé le monde de la façon suivante : un dixième de psychanalystes, tout le reste de malades !

Bien entendu, vous devinez sans doute que Dorham déraille un peu à cause de toutes les merdes abrutissantes qu’on lui fait avaler. Il y en a de toutes sortes et de toutes les couleurs. Bien entendu, il délire la plupart du temps. Il prend ses rêves pour des réalités en somme. Dorham voit désormais le monde à travers un brouillard de morphine mais il lui reste encore l’acuité caractéristique de ceux qui cherchent toujours à affiner leur compréhension des choses. Bien entendu, son cerveau est entravé, ralenti, et harassé, à force de thérapies blablateuses et médicamenteuses ; et il associe des idées incompatibles sans distinction logique. On perçoit toutefois derrière cette abondance surréaliste d’images hétéroclites une clarté singulière, éclatante…derrière les bouleversements de son ego ratiboisé, la lumière crue, blafarde de l’évidence indubitable. 

C’est ici, dans cette prison de chloroforme que s’expriment enfin ses désirs inavoués. Ici qu’il commence à prendre conscience de l’individu qu’il est tout à fait. Ici que les rêves deviennent tangibles pour la première fois, que le champ des possibilités a cessé de s’amoindrir. Ici, qu’embué comme jamais, il jouit de l’impression d’y voir enfin clair.

Dorham a fini de contempler. Il s’est glissé dans sa nouvelle peau comme on enfile un costume sur mesure, dans la douceur d’un temps nouveau, dans la moiteur de sa chambre moussue et sans meuble, dans la sérénité d’un abri impersonnel, délesté de la pesanteur qu’évoque sans cesse le chez soi : les souvenirs, les couleurs passées des époques révolues, les photos épinglées au mur, les fragrances de ta jeunesse morte, les vieux livres que tu as lus, les vieux draps dans lesquels tu as fait l'amour avec telle gonzesse, et comment c'était, quelle odeur elle avait, partout, les cadeaux des uns et des autres et les trucs que tu t'es acheté, tu-sais-même-plus-pourquoi ; l’impression cotonneuse d’être neuf, de n’avoir jamais connu aucune joie, aucune peine…de ne rien avoir à regretter ou qui puisse au contraire être sujet de fierté. L’impression d’avoir fait l’inventaire de soi et de ne rien avoir à garder des traumatismes anciens.

Etre un nouveau-né !

mercredi 2 juillet 2008

Soul Asylum (2)



Dorham est en vacation à l’hôpital des fous… Où l’on ne guérit personne. Entre ceux qui ne sont pas récupérables, ceux qui se sont trop enfoncés dans la folie pour en revenir, et dans le néant de leur personnalité morcelée, ceux qui sont venus se réfugier ici pour achever de s’oublier tout à fait… La folie des uns nourrit celle des autres, c’est bien connu. Ici, on a rien d’autre à faire qu’à se replier sur son désespoir comme le font les clébards quand ils sentent que l’heure est venue… L’hospice où l’on ne guérit rien, où l’on cherche le moindre mal, la solution la moins pénible… On ne guérit pas la folie ici, allons, on cherche seulement les moyens d’en atténuer les débordements.

Dorham fait la claque en regardant défiler les blouses blanches, comme au spectacle, l’air endormi mais encore aux aguets. Et si le toubib et ses dents solaires s’étaient planqués derrière une des plantes vertes synthétiques que l’établissement a choisi de disséminer un peu partout dans la salle commune, comme des obus lâchés à l'aveugle. S’ils s’étaient introduits dans le vestiaire des surveillants pour piquer des uniformes et se fondre dans la masse des marchands de sommeil. Et fondre sur toi Dorham, pendant que tu piques ton roupillon, devant une énième pub pour vieilles peaux qui souffrent de fuites urinaires ; ou pour vieilles peaux qui n’ont plus la faculté de grimper les quatre marches de leur escalier et qui claquent leur thune entière pour se doter d’équipements élévateurs, une chaise ascenseur avec un sourire et des yeux, flippante à force d'être lente et aspetisée ; ou pour vieux machins qui ont de grosses baignoires rondes avec une porte sur le devant parce qu’ils n’ont plus la souplesse nécessaire pour enjamber des Anapurnas d’émail. Pendant que tu te laisses bercer par le son de la télé en sourdine, le frottement léger des chaussons qui caressent sans douceur le sol, le rythme des multiples déambulations de quelques tarés qui tournent en rond. Et si ils attendaient que tu sombres pour venir te pomper le sang, te pomper encore, te sucer le neurone et te laisser pantelant comme une vieille chose morte, toute ramollie, toute vidée de substance ? Comme une gourde en peau de chèvre, molle, vide et desséchée.

Le sommeil, c’est l’ennemi. Il te faut lutter contre tes paupières, le blanc de tes yeux, la fatigue qui s'accumule comme un compte en banque truqué, lutter contre les effets désirés des pilules abrutissantes, le silence de l’étage quand la nuit vient, les timides ronflements des uns, les hurlements lointains des plus dégénérés, relégués en sous-sol, comme un ronron de douleur ; ton sang qui se diffuse à travers ton iris comme une traînée d’étoiles.

Au bout de trois nuits sans pioncer une seconde et sans voir venir d'apocalypse, on considérerait presque qu’il n’y a plus rien à craindre, plus rien à espérer non plus. On considérerait presque que le pire est derrière soi. Tu finis par comprendre que la peur te dévorera tout à fait si tu ne te décides pas à la mettre sous l’éteignoir. Transmuer sa peur en vigilance tranquille, c'est plus facile à dire qu'à faire ! 

Aujourd’hui, Dorham contemple son nouvel univers avec le détachement nécessaire. Même causes, même effets. Le monde tourne en boucle comme une chanson de Paul Anka bloquée sur le mode « repeat ». Il sirote une verveine en pensant à ce que lui offre l'existence nouvelle qu’il s’est choisie, quand un bruit mat, sourd, terrible l’interrompt. Il se retourne. Un petit blondinet en costume de conducteur de métro vient de s’écraser la figure sur une des fenêtres renforcée de la salle commune. Le type qui est assis à coté de lui murmure :

- Il est 12h05.
- Pardon ?
- Il est 12h05 ! Chaque jour, à 12h05, Kiki s’envoie valdinguer contre la vitre…il est 12h05…
- Putain, si tout le monde le sait, pourquoi personne ne l’en empêche ?, demande Dorham l’apprenti, avec un sentiment diffus de déjà-vu.
- Parce que ça fait partie de sa thérapie, répond l'autre cinglé.

Bah, si ça fait partie de sa thérapie alors…

mardi 1 juillet 2008

Soul Asylum (1)



Dorham, dégoulinant d’eau puante, s’est pointé chez les dingues à 18 heures en se tapant sur les cuisses. Il a dit : « bonjour, je viens pour me faire interner ». Le type à l’accueil des urgences l’a regardé avec circonspection. « Pourquoi ça », il a demandé en s’enfonçant dans sa chaise avec une petite tête chafouine qui voulait dire : « vas-y, fais-moi marrer un petit peu ». Dorham a répondu en haussant légèrement le ton : « qu’est-ce qu’on peut bien en avoir à foutre du pourquoi et du comment ? Filez-moi un pyjama et gavez-moi de petites pilules planantes toute la journée, je ne demande rien d’autre ». Un mot emmenant l’autre plus loin que la raison ne le peut, il a fini par pousser une gueulante démesurée.

Tout le bazar, tu vois ! Empoignades. Chaises qui volent d’un bout à l’autre de la salle d’attente. Une dizaine de débiles profonds qui chient dans leur froc. Un type aux veines entaillées qui soupire dans un lit de fortune à coté de la porte d’entrée et qui grelotte au moindre courant d’air. Une jeune fille qui se met à chialer sans raison à coté du distributeur de boissons chaudes. Deux vieux qui attendent qu’on vienne leur dire pour combien de temps on pourra les soulager de leur camé de fils.

D’autres encore…trop long pour s’appesantir efficacement. Personne ne profère le moindre son… Dorham dévaste le hall d’entrée. Consciencieusement.

Nouvelles empoignades. Deux infirmiers jettent l’éponge. Quand Dorham considère que la plaisanterie a assez durée, il se laisse maîtriser. Il se laisse ligoter. Il les laisse l’emmener. Destination : nulle part ! Evidemment ! Où ça sinon ?

Avant de l’interner, ils lui font subir une petite batterie de tests. Alcool ? Trois fois rien. Came ? Que dalle. Scanner du cerveau ? Blanc comme neige. Pas de tumeur, pas de métastase. Test allergène, que dalle, du pollen, comme tout le monde et ses petites saloperies d'acariens dégoûtants et invisibles ! Dorham le forcené, emmailloté comme un nourrisson dans une couveuse.

A peine cinq heures plus tard, Dorham passe chez le psy :

- Bien, commence l’autre, on est là pour quoi en somme ?
- Merde, si je le savais, je pense que je ne serais pas là.
- Ne vous en faîtes pas, nous trouverons bien…
- Vous voulez dire vous et moi ?
- C’est tout à fait ça…
- Voilà qui réduit vos honoraires de moitié si j’ai bien compris…

Dorham… Disponible au rayon farces et attrape. La voilà la trouvaille. Tout ce qui échappe à la compréhension finit ici. Ici, tout est calfeutré. Le mal être, l’inaptitude à supporter les coups vicieux de ce monde détraqué, la pression sociale, les suicidés qui appellent à l’aide, les camés de bonne famille, les pervers en tous genres, graves, profonds ou légers, ceux qui cherchent à s’évader de la merde dans laquelle ils se sont fourrés, ceux qui confondent songe et réalité, ceux qui ne distinguent plus les frontières. En file indienne, pour obtenir sa ration quotidienne de psychotropes, d’anti-dépresseurs, et quoi d’autre, une heure à converser avec un type à l’air sombre qui griffonne sur un petit bloc sténo ? Tu parles, Charles. Les bons plans de Dorham : le chat, la souris, une pilule, une gorgée d’eau plate pour faire passer le tout et quelques grammes de quiétude retrouvée. Le guide du routard sans jamais toucher le sol !