mercredi 29 octobre 2008

En attendant que je rentre (2)



Tu peux aller lire deux très jolis billets :

- Celui de Nicolas, qui commente avec pertinence le discours travailliste à la noix de Notre Grand Président (que nous aimons tous, fort-fort-fort).

- Celui de Marie-Georges Profonde, qui tripe grave sur les hommes qui ont l'âge de René Lacoste (l'émérite mousquetaire). Il n'y est, je vous rassure, aucunement question de revers, d'amortis ou de lobes en pleine course. Quoiqu'à bien y réfléchir...

(vu que je ne blogue pas, je peux faire des liens...c'est bien !)

lundi 27 octobre 2008

samedi 25 octobre 2008

Temps-mort



Ce blog entre en phase de pause pour une durée indéterminée.

Rien d'inquiétant, rassurez-vous. Juste beaucoup de boulot jusqu'à mi-novembre et des projets en cours (collectifs et personnels) qui ne me permettront pas vraiment d'assurer la maintenance de cette officine. 

Et aussi, je dois l'avouer, une volonté délibérée de prendre un peu de distance.

A bientôt.

vendredi 24 octobre 2008

Intrusion



Ce texte est dédié
à Zoridae (parce qu'elle m'en a donné l'idée)
à Mtislav, pour qu'il revienne

Il est 3 heures du matin, je porte un pyjama rayé, hérité d’un séjour prolongé chez les dingues. C’est un pyjama fin, comme dans les cartoons. C’est le pyjama de Sam Le Pirate quand il est l'heure d'aller se pieuter ou un vêtement qui ressemble à un costume de bagnard caricatural. Il est 3 heures du matin, le ciel est moins noir qu’il n’en a l’air, et je tambourine depuis 10 minutes à la porte d’un pavillon cossu. Je tambourine jusqu’à ce que mes poings ne me permettent plus de tambouriner davantage. Si j’avais de plus grosses mains, les mains de Tony Soprano par exemple, j’aurais plus d’endurance, et j’enfoncerais peut-être la porte, mais on a les poings qu’on a et on fait avec les moyens qu’ils nous donnent.

C’est un coin charmant de la ville. Avec des bosquets, des petits passages entre deux maisons, bordés de fleurs, de rhododendrons, de saules nains, de troènes parfaitement taillés. Les pelouses y sont toutes fraichement tondues. Toute l’année, flotte dans l’air une légère odeur d’herbe humide, plus évidente encore lorsqu’elle peut profiter de la fraîcheur nocturne. Toutes les maisons sont affublées d’une petite rampe de garage. Toutes les voitures sont dehors. Des monospaces de toutes les couleurs ; enfin, de toutes les couleurs pastels : roses, vertes, bleues. Toutes, portant des noms de peintres célèbres. Comme si la dureté chromatique de ces derniers, pensée ou involontaire, avait été ironiquement bannie de ce lieu à tout jamais. Ici comme ailleurs, on aime faire mentir les morts. Il y a néanmoins quelques exceptions à la règle. Garée le long de la rampe de garage de ce pavillon-ci, un splendide bolide rouge-sang roupille en attendant le réveil de son Saigneur et Maître. Finalement, las d’éreinter le flanc de mes poings contre la porte, j'appuie sur le bouton de la sonnette, mais rien ne se produit. Le quartier reste plongé dans un silence de mort. J’appuie à nouveau, et encore une troisième fois, quand je perçois enfin un son ténu, excessivement aiguë. J’enfonce donc mon index dans mon oreille mais je le retire, aussitôt, constatant qu’elle ne siffle pas. C’est la sonnerie qui retentit. Une sonnerie inaudible et continue, qu’on croirait idéalement conçue pour réveiller des chiens ou des loups. Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre.

- Vous ?, fait le toubib en ouvrant la blinde. (Il ne porte pas de pyjama mais une sorte de chemise courte à rayures irrégulières ; certaines très larges et carnassières ; les autres, fines et sournoises. On distingue en haut de ses cuisses nues un petit caleçon fin, large et gris, lumineux comme un écran de télé sans signal). Vous êtes sorti ?
- Oui…enfin, pas tout à fait. J’ai désormais le droit d’aller et venir.
- Mais…comment vous avez trouvé mon adresse ?
- C’est important ? Vous me croyez dangereux ? Jamais je ne...
- Non, ce n’est pas ça…c’est surprenant, dit-il en appuyant son épaule droite au chambranle de la porte.

Pendant la conversation, la petite sonnerie suraiguë ne s’est pas tue. Quand il en prend conscience, il marmonne : « restez-ici ! », puis disparaît quelques instants. Le sifflet s’interrompt (au début, je peinais à l’entendre tout à fait, mais une fois interrompu, je prends conscience de la place qu’il occupait dans l’espace sonore). Je tourne la tête pour observer la rue, déserte et endormie. Lorsqu’elle revient à sa position initiale, le toubib me fait de nouveau face.

- Quelqu’un est parvenu à entrer en moi !, je dis. J’ai froid aux pieds aussi, je peux entrer ?
- Non, vous ne pouvez pas entrer. Vous n’aviez qu’à vous chausser. Quelqu’un est entré en vous, vous disiez ?
- Oui. J’ai un moi nouveau, je crois, mais il appartient à quelqu’un d’autre, je ne sais qu’en faire, je ne sais pas qui en est le propriétaire…enfin, si… ce n’est pas tout à fait vrai, je sais qui, mais je ne sais pas comment le lui rendre.
- Oui, et vous me réveillez à cette heure pour cette toute petite insignifiance ? Vous faites un transfert, vous avez trop mâché, il faut recracher maintenant.
- Vous voulez dire, vomir ?
- Oui, si vous voulez, dégobillez-le !, ça vous soulagera l’estomac. Vous n’êtes pas idiot, vous pouvez sans doute comprendre ce que je vais vous dire. Vous savez, les hindouistes pratiquent cela à la perfection. Ils savent que le corps et l’âme, s’ils sont indépendants l'un de l’autre, ont toutefois des fonctionnements similaires. Le corps - comme l’âme - a de temps en temps besoin de repos, de latence. C’est pourquoi les hindouistes jeunent. Vous devriez jeûner un ou deux jours et tout s’arrangera.
- J’ai une question.
- C’est moi qui en ai une. Vous avez le droit d’aller et venir. C’est bien. Mais...que se passerait-il si, mettons, je disais à la direction que vous utilisez vos « allées » pour réveiller votre ancien thérapeute à 3 heures du matin ?
- Je n’aurais peut-être plus le droit d’aller et venir, je suppose.
- C’est bien ce que je pensais.

Et il me ferme la porte au nez aussitôt. Je suis en pyjama rayé, je suis une caricature de dormeur, manquerait plus que je me trimballe avec un oreiller, j’ai froid aux pieds comme jamais je n’ai eu froid aux pieds de ma vie. En me retournant, j’aperçois tous les habitants des pavillons alentours, sur leur perron, pâles comme des revenants. Ils portent à la main des petites torches enflammées. Ils sont silencieux. La mâchoire contractée, ils émettent avec leur ventre un sifflement pareil à celui de la sonnette. Je les regarde tous, puis lève la tête vers la fenêtre du premier étage de la maison du toubib. Un petit garçon se tient derrière elle. Il cligne des yeux toutes les cinq secondes, montre en main. Il a un sourire anormal, immense.

Sans me hâter, j’entame ma disparition de leur univers, remonte cette petite rue alambiquée, traverse la haie stridente qu’ils forment tous, le regard de l’enfant du toubib, poignardant sauvagement mon dos de bas en haut, suivant quelque structure géométrique complexe. Au bout de la rue, le sifflement s’interrompt. Mes pieds sont chauds. Ce soir, je suis allé, je m’en retourne d’où je viens.

jeudi 23 octobre 2008

Crevure objective


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Elle était restée assise quelques instants, parfaitement immobile. A peine avait-elle bougé la tête, faisant un non microscopique du menton, pour manifester malgré elle son incrédulité. Elle avait lentement sorti son carnet répertoire de son sac à mains. Encore plus lentement, étudiant minutieusement chacun de ses gestes, visage légèrement de guingois, elle l’avait ouvert à la lettre M. Armée d’un stylo feutre violet, elle avait rayé mes coordonnées jusqu’à censure totale, ensevelissant la moindre inflexion de son écriture d’antan, anéantissant jusqu’au petit point qui finissait le « i » de la deuxième lettre de mon prénom. Refermant son carnet, elle m’avait dit, sans élever la voix : « objectivement, tu es une crevure ! ». Ne sachant pas à l’époque me taire quand il le faut, j’avais aussitôt répliqué : « étant donné la situation présente, tu me permettras de douter de ce que tu prétends être ton objectivité ». Je m’étais aussitôt attendu à un crachat, à une gifle, à une démonstration ultime de colère, mais elle n’avait rien ajouté de plus, pensait-elle sans doute que je portais en moi les propres germes de sa future vengeance ; quasiment inscrite dans le code génétique de ma future maturation, « pour plus tard », aurait-elle pu dire. Naturellement, elle avait fait la seule chose qu’il convenait de faire en cet instant : disparaître. Point final.

Objectivement, j’étais donc une crevure. Une saleté. Une bactérie de l’existence. Objectivement, je l’étais. En dépit du mal que je lui avais peut-être fait, en dépit ce qui la constituait elle, en tant qu’être humain pensant, en tant qu’individu de chair et d’âme, en dépit de ce que nous avions illusoirement en commun, en dépit des petites choses insignifiantes que nous avions vécu ensemble ; objectivement donc, j’étais une crevure ! Je devais en être une, sans doute, puisqu’aussitôt cette accusation contre moi proférée, je m’étais senti fier, méritant, singulier, unique.

J’étais mauvais, j’étais une crevure, objectivement, une jeune fille de mon passé désormais garderait peut-être toute sa vie une amère rancœur, ce souvenir de moi, nimbé de cette impression objective. Peut-être raconterait-elle à d’autres les quelques mois passés en ma compagnie, peut-être dirait-elle aux suivants : « ce type, c’est la pire crevure objective que j’aie jamais rencontré ». Et cela suffisait à l’époque à me rendre heureux. La crevure objective que j’étais alors pensait qu’il valait mieux finir dans cette catégorie que sombrer à jamais dans l’oubli ouateux des petits amis neutres, qui nous semblent rétrospectivement autant d’étapes sur l’échelle de nos réalisations personnelles. « Ah lui, je ne m’en souvenais même plus », aurait-elle dit sans tout cela. Crevure objective ou non, je voulais alors perdurer, comme du chiendent, percer le voile de leurs souvenirs. Crevure ou non, je rêvais de transmuer, d’étape vaporeuse, je devenais un événement fondateur d’une autre existence que la mienne. J’interagissais !

Elle aurait dit salaud, je me serais senti floué, escroqué pour ainsi dire. Le monde est peuplé de tellement de salaud qu’on aurait peine à les distinguer les uns des autres. Conard eut été encore moins satisfaisant. Les conards du quotidien sont pléthore. Les types qui se marchent sur la gueule pour monter dans une rame de métro. Les types qui humilient leurs subalternes au boulot. Ceux qui grillent des feux rouges et vous font des doigts en appuyant sur leur accélérateur, tandis que vous restez coincé au rouge, avec en vous, coincée également, la frustration immobile et léthargique, qui vous fait serrer plus fort votre volant. Des milliers de conards quelconques, des soldats de la connerie par centaines de milliers, œuvrant un peu partout !

Crevure objective, ça sonnait plutôt bien. Pour un temps du moins…

lundi 20 octobre 2008

Le syndrome de Broadway (jus & bouillons)


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Dans le jus, dans le bouillon. Les bras chargés de carcasses mal rongées. La petite navette ringarde de L’Aventure intérieure progresse parmi mon corps, à la lumière d'un projecteur jaune pisseux, elle observe mes petits vaisseaux d’adrénaline qui éclatent, le feu d’artifice visqueux qui fait pulser mon sang plus rapidement ; remonte comme une rafale de mitraillette corse déchargée vers le ciel et redescend tout droit dans mes chaussettes. Mon bureau est comme un étal de poissons morts, bides vers les étoiles, se reflétant dans leurs écailles, petits vers gourmands s’offrant une balade merveilleuse, prometteuse, abondante. On n’en fait plus des comme ça, d’ailleurs ! C’est bien dommage si vous voulez mon avis…

Eux se marrent (les vers), moi (le plus grand poisson de l’étang), je crache une bille nacrée de salive face à un vent contraire, mon mollard s’élève, reste quelques temps en suspension (deux forces contraires luttant l'une contre l'autre ; chacune connaissant pourtant l'inévitable issue du combat) puis revient s'écraser en séquence ralentie sur l’arête de mon nez, j’ai l’air fin, j’ai l’air inutile. Ma salive sent mauvais la vieille nicotine macérée, mauvais les trente cafés ingurgités depuis 7h00 ce matin ! Vaille que vaille !, je ne prends pas la peine de m'essuyer, avec quoi d'ailleurs ?, le revers de ma veste ?, le mouchoir que je n'ai pas ?, pourquoi faire d'ailleurs, essayer de gommer l'affront ?, retrouver un peu de contenance face à l'adversité ?, non !, je baisse la tête et rentre dans le bide gras du quotidien. Touillant avec la langue le jus puis le bouillon, sensass !

Je suis peut-être surmené. Voyez, l’autre soir, j’ai rêvé de l’inénarrable Sarah Palin ; la colistière de Mc Cain, la fondue évangéliste qui se fait exorciser deux fois l'an, qui invoque le Très Haut pour changer les billes de plomb en armes de destruction massive. J'ai rêvé d'elle. Sur la scène géante d’un auditorium dément (semblable au Sénat intergalactique de la Guerre des Etoiles), elle tenait le premier rôle d'une comédie musicale à sa gloire. Des gonzesses emplumées, des types au sourire idiot, blanc, éclatant, taré, tournaient autour d’elle, la suspendaient dans les airs, en énumérant savamment ses présupposées qualités : « elle est cou-ra-geuse, elle n’a-peur-deeeee-rien, c’est notre Vice-Président, qui vous mordra comme-unnnnn-chien !, à elle la-viiii-ctoire, les li-vreu-d’hiiii-stoire ! »… ce genre de trucs, « Broadway salope », j’avais envie de gueuler, "on s’est déjà tapé Hair, West Side Story, Cats, et toutes les niaiseries québécoises du Monde Libre, quand cela cessera-t-il ?", je me disais en moi-même. Rien à faire, les gens étaient envoutés. Ils ne pipaient pas. Le silence était total, religieux. Il n'y avait pas de ballons comme il en flotte toujours dans les conventions ou les investitures américaines. Je tentais de poser des questions à ma voisine de droite mais elle refusait de me répondre, refusait de me considérer, elle avait une tête de vieil homme, un tout petit visage comme un trou noir qui lui avalait progressivement mais goulûment le nez, la bouche, les yeux, la langue. Le voisin de gauche avait quant à lui disparu. Il était parti pisser, sans doute ! Ou se pendre...

A la toute fin du spectacle, une alarme retentissait et des gerbes d’eau, sortant en jets continus de petits extincteurs en forme de canon de fusil éclaté (vous savez, lorsque Le Coyote vise Road Runner avec un 22 long rifle et que le coyote met son index dans le trou d'où est censé gicler la balle...), inondaient les spectateurs, protégés heureusement par une immense bâche transparente.

Tout le monde trouvait ça normal... Tout le monde trouve toujours tout normal. C'est effrayant ! J'ai sommeil...

dimanche 19 octobre 2008

Drop it like it's hot


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Le RH Factor du trompettiste Roy Hargrove, comment dire ?, c’est chaud. C’est typiquement le genre de concerts où l’on crie, où l’on monte sur les tables quand il y en a. On prend à pleines mains les fesses de sa voisine et on s’y colle, bienheureux, ensué comme jamais, profitant des rares moments de latence, muqueuses mêlées, pour exhorter la nuit à ne jamais s’arrêter.

La salle se transforme alors en sauna, les chemises, les t-shirts, les chemisier légers, les pantalons, jeans, jupes amples ou moulantes collent aux épidermes, les pâles ou sombres tétons des filles présentes percent le tissu de leur vêtement, les bassins se démoulent frénétiquement, la sexualité se propage, pire qu’une maladie vénérienne dans un abri anti-atomique.

C’est aussi ça la musique, et même, je serais tenté de dire, particulièrement ça : une expérience physique, déraisonnable et survoltée. Et puis comment vous le cacher maintenant, j’ai un James Brown dans chaque fesse, au moins deux dans chaque jambe, et une bonne demi-douzaine qui gigotent sur mon pelvis. Forcément, j’y suis prédestiné…



envoyé par Galaxy_rangers

RH FACTOR
The Joint - Jazz Baltica - 2003



envoyé par Nugg07_musicman

RH FACTOR
Bop Drop - Jazz à Vienne - 2004

samedi 18 octobre 2008

Dies Irae



Cet après-midi, plongé dans un état semi comateux, profitant du sommeil des enfants, totalement avachi sur le canapé du salon, j’ai regardé le tout premier épisode de L’Incroyable Hulk, vieille mouture, entendons-nous bien avec le gros Lou Ferigno, culturiste de son état.

Je ne vais pas vous mentir, cette série ne présente aucun intérêt, si ce n’est tout à fait comique (comique indépendant de la volonté de l’époque, je suppose). Dans ce premier épisode, après quelques malheureuses manipulations de rayons Gamma, David Banner quitte son laboratoire sous une pluie battante. Déjà, il laisse poindre quelques gestes d’humeur, sans doute excité par quelque découverte majeure. Après s’être glissé dans l’habitacle, il tente de démarrer sa voiture. « Allez », marmonne-t-il quand le moteur refuse de s’ébrouer. Une tempête, un moteur souffreteux, voilà qui a de quoi énerver, pense-t-on, chacun sachant que la moindre contrariété peut suffire à réveiller la bête écologique qui dort en David Banner. Mais rien de tel ne se produit, la voiture démarre enfin, et le véhicule avale la route, sous un déluge continu.

L’image suivante nous propose un plan large et rase-mottes de la route, sur laquelle on distingue un obstacle métallique. Au loin, c’est la voiture que l’on aperçoit, insouciante du danger qui la guette. Bientôt, l’inévitable se produit, le pneu gauche éclate. Après avoir maîtrisé sobrement son véhicule, David Banner se couvre la tête de son manteau et rageant de plus belle, s’en va chercher son cric afin de procéder au changement de roue. Surélevant l’automobile par l’avant, il se porte ensuite au chevet de son pneu malade et s’affaire pour en défaire les attaches. Sous la pluie, les écrous sont aussi glissants que de petites savonnettes humides et la manivelle ripe une première puis une deuxième fois, déséquilibrant David Banner qui s’écorche la main gauche sur le bitume détrempé. C’en est évidemment trop ; c’est un peu la goutte d’eau qui fait déborder la rivière de son lit. Métamorphose verte et destruction du véhicule s’ensuivent. La roue valdingue, le pare-brise vole en éclats, la carrosserie se fait copieusement défoncer la gueule et finalement, toute la voiture s’en va valser dans le fossé.

En rigolant avec mon épouse, on se dit tous les deux que pour Hulk, le quotidien ne doit pas être de tout repos.

Et soudain, c’est l’illumination. Voilà déjà plusieurs semaines que je m’interroge nerveusement pour savoir comment répondre à la question que m’ont posée Cynique Ta Mère et Malbeyer. Comprenez-moi bien, ne citer que trois choses susceptibles de me mettre en colère, c’est comme demander à Sade de ne citer que trois déviances sexuelles qu’il affectionne ; comme demander à une ménagère de citer ses trois épisodes préférés des Feux de l’Amour. C’est impossible, impensable. Tout m’énerve. Je suis L’Incroyable Hulk. Je suis dans ma cuisine, mettons, je veux ouvrir une boite de conserve (du type de celles qui disposent d’une ouverture dite facile) et la languette en métal se casse. Trois heures plus tard, je me réveille, dans la cuisine dévastée, les murs et le plafond recouverts de raviolis aux trois fromages ! Je suis le cinglé que vous croisez parfois et qui pousse des hurlements de bête quand le vent souffle en sens contraire sur l’Avenue de France.

Je suis enfin le mec qui se lamente, assis sur le trottoir, à coté d’une voiture complètement déglinguée. Une jeune femme s’arrête et demande : « vous avez eu un accident ? ». Je répond, des trémolos dans la voix : « non, c’est moi qui ai fait ça, l’allume cigare ne marchait plus ».

vendredi 17 octobre 2008

Toi aussi, fais des phrases avec Didier Goux


En ce moment, je suis comme qui dirait en manque d’idées. En fait, non. Ce n’est pas tout à fait cela. Je suis plutôt en mal de réalisation d’idées. Pour être encore plus précis, j’entre dans une phase où il me semble préférable de prendre quelque recul, le temps de la réflexion avant d’agir.

Je ne serais sans doute pas un rital-à-la-con si le vide ne me terrifiait à ce point. J’ai l’habitude d’engorger les conversations, de ponctuer les plus minces silences, de tout mettre en musique, inlassablement. Je suis invariablement bavard, disert et absolument surexcité. Une sorte d’hyperactif à la fois phraseur et paresseux qui tonne et gronde et blablate. Le seul défaut dont la nature semble m’avoir exonéré est celui de parler haut et fort (quoiqu’il se pourrait bien que quelques uns, passant par ici, pensent à me contredire aussitôt ; tant pis !) comme le font les ménagères napolitaines qui s’apostrophent d’un balcon l’autre et dont les voix portent malgré des nuées de cordes à linge.

Je profite, en conséquence, de cette inhabituelle latence pour vous proposer un petite sortie ludique qui – je vous le promets – ne manquera pas de sel.

Didier Goux, en effet, dans son dernier billet (traitant de coccinelles, de sexualité sous-jacente et de nicotine dénuée de culpabilité), s’est fendu d’une phrase bien alambiquée. Persistant devant l’évidence à la trouver tout à fait équilibrée, quelques uns se sont aussitôt dévoués pour la redresser quelque peu.

Je vous laisse seuls juges de la phrase incriminée :


« Bref, nous nous servons un verre (les adultes assommés), et entrouvrant la porte-fenêtre du salon, afin de pouvoir fumer en toute bonne conscience - ce que nous faisons illico »


Je vous propose, ce jour (par pure peur du néant), et ce, séance tenante, d’aller rejoindre cette grande cause nationale (Audine, Zoridae, Nefisa, Mr Poireau et Balmeyer ont d’ores et déjà apporté leur contribution ; je n'oubliais pas de m’y inclure).

mardi 14 octobre 2008

C'est jour de désinsectisation


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Chaque jour ouvrable, à 7 heures sonnantes et trébuchantes, la mini-chaine que l’aspirant écrivain s’est offert grâce à quelques points de fidélité glanés sur son compte bancaire, vomit une version à l’amplitude blafarde du Watermelon Man de Herbie Hancock. Pareillement blafard, il se lève.

La tête pleine de mots, il se rase, se lave, s’habille, rassure sa femme sur l’amour invisible qu’il lui porte assurément-c’est-certain !, puis il dévale les escaliers de son immeuble – c’est jour de désinsectisation, pense-t-il – et paraît finalement dans la rue calme et huileuse. Il prend le métro, satisfait des mots qu’il combine. Il échafaude. L’aspirant écrivain est un échafaudeur de premier plan. Il échafaude à partir d’embryons indistincts les enfants ! : le temps qui passe, les gonzesses-hyper-trop-bonnes qu’il croise tout en se forçant à ne regarder que droit devant lui, pour ne garder d’elles qu’une image fugace, simple, mal fichue, bancale ; c’est si poétique ainsi, pense-t-il, et les mots échafaudés font le reste, c’est-y-pas-beau-ça ! Idées microscopiques, impressions diffuses, association heureuse des mots, hasards de la vie…

L’aspirant écrit sur un tas de trucs dingues , une manchettes de journaux qui ne vous évoquerait rien de rien provoque chez lui une étincelle qui illumine le néant absolu des journées de travail. C’est la même étincelle invisible qui explose lorsque son patron dès potron-minet le convoque d’une sentence simple : « on peut se voir quelques instants, s’il vous plait ? ». Assis sur sa chaise, attendant que l’aspirant rapproche un siège, il parle du temps qu’il fait et des difficultés rencontrées ce matin dans les transports en commun. L’aspirant enfin assis, il s’empare d’une bouteille d’eau de source pour la vider, d’un trait, comme seul un homme-un-vrai le ferait, et il lui montre ensuite comme il lui est aisé de combiner virilité inébranlable et sentiment écologique ; il écrase la bouteille d’une main, contre la peau dure de son bureau et l’aplatit tout en continuant sa maigre péroraison. Le bruit que fait le plastique en s’écrasant couvre toutes ses paroles. Il revisse le bouchon bleu et enfin, jette cette banale et verte compression par dessus son épaule comme un basketteur facétieux vers l’arceau de la petite poubelle en plastique qui se trouve un mètre derrière lui. Il manque sa cible et son dernier effet. La bouteille roule sur la moquette fine du bureau managérial comme une feuille de papier chiffonnée.

L’étincelle à se remémorer tout ce génie ignorée de tous jaillit encore lorsque le patron de l’aspirant écrivain dit, sans craindre d’élever la voix, et donc de se faire entendre par quelque occupant de bureaux plus éloignés : « vous pouvez m’expliquer ce que c’est que cette merde ? ». Ce disant, il tire d’une chemise à élastiques trois tableaux de bord, mesurant chacun un pan différent de l’activité quotidienne et les dispose avec le souci de l'alignement géométrique en face de l’aspirant ; qu’il puisse sans doute contempler lui-même l’étendue de la faute qu’il a commise. « Tous les indices montrent que vous êtes en retard sur toutes les prévisions. Comment vous vous êtes démerdé pour en arriver là ? ».

On ne sait pas. On s’est mal démerdé sans doute, on a placé les mauvaises charrues au cul des mauvais bœufs, on a refusé de s’avilir tant et plus et on a pris la chose par-dessus la jambe. On a rêvé de mots de sang avant de faire son petit boulot correctement pour gagner la récompense du patron sous forme de petite tape amicale. L’aspirant écrivain a la bouche pleine de pensées interdites à la formulation. Elles piétinent sa langue comme des damnés coincés dans une salle d’attente pour l’éternité. Elles veulent s’affirmer, briser leurs chaînes, témoigner de ce qu’elles sont à la face du monde, montrer qu’elles en ont à revendre, qu’elles valent bien mieux que ce que l’on croit, dire que ce boulot n’est que pur souci d’alimentation générale, bouffer, se vêtir, se loger, glaner des points fidélité auprès de sa banque pour s’offrir une mini-chaîne à manger la magie des sons, dérouler le tapis rouge de leur supériorité sur tous, les pensées de l’aspirant écrivain, et tout en bas, ce patron sans idées, qui, finalement, ne sait pas à qui il parle.

Elles éclatent alors comme de toutes petites étoiles en fin de vie, devenues folles, elles se bousculent, ivres, elles se cognent la gueule les unes les autres, elles méprisent en silence, se tordent en silence, mordent le poing de celles qui les précèdent, valsent dans les murs en carton, faisant dégringoler des affiches racoleuses qui n’ont d’autre dessein que de vous inciter à être moins ci, à être moins ça, à être plus mort. Elles soupirent enfin, éreintées, tandis que la voix de la raison leur répète inlassablement : « Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait ; Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait ; Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait ; Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait ; Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait ; Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait ; Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait ; Monsieur l’aspirant écrivain, personne ne vous connait… »

L’aspirant écrivain regarde les trois tableaux de bord que l‘on a disposé devant lui. Les chiffres abscons s’entrecroisent, les pourcentages dégringolent, les lignes droites et froides semblent avoir été dégobillées là, pour en faire rire d’autres.

dimanche 12 octobre 2008

Plug & Play


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La nature fait parfois drôlement les choses. Elles inverse les proportions, distend ici, rabougrit là, contorsionne, associe des éléments hétéroclites arbitrairement.

Suffit de regarder à quoi ressemble une girafe pour s’en convaincre. Ou un lémurien. Ou un opossum. La nature est capable de tout. Elle coince par exemple la voix de Nina Simone dans le corps mal fichu d’un gros type timide et efféminé. C’est la loi propre aux envoûtements, à ce qu’il me semble !

Et c’est tant mieux, on s’emmerde beaucoup moins comme ça !




ANTONY & THE JOHNSONS
Hope there's someone

vendredi 10 octobre 2008

Retouche(s)



Ça doit être mon coté gonzesse. Comme quand j’écoute à fond Muse dans mon ipod. Je suis le type des codes couleurs. Vous avez un boulot à faire et des instruments de mesure à concevoir pour le mener à bien ? Je suis le type qui sort une quinzaine de stabilos de son tiroir. Je suis le type qui vous rend une copie impeccable, avec un tableau ivoire et lilas pour illustrer toutes les étapes du processus de réalisation. Je suis le type qui assortit aussi bien ses fringues que son travail rendu. Je suis ce type là, celui qui roule des épaules tout en affichant un coté gonzesse que les autres types n’ont pas.

Mon boss plaisante de temps en temps avec ça. « Dorham, dit-il à toute l’assemblée, me taraude depuis des mois avec les illustrations du site internet, je vais le prendre en photo et je vais afficher sa trombine à chaque page ; Dorham, c’est un vainqueur ». Ouais, ouais, marre-toi. C’est pour ça que sans doute il me revient la charge de constituer un stock de 200 photos pour illustrer le site et toutes nos parutions. Objectif avoué : dépoussiérer ; repeindre la vieille façade ; rajeunir ; dynamiser. « De toute façon, la communication, c’est des escrocs qui parlent à des abrutis ». C’est sa maxime. L’autre étant : « la télé, c’est un truc fait par des cons pour des cons ».

200 photos donc, et une banque d’images dans laquelle fouiller et rapatrier la future image infiniment déclinable de la boîte. Passionnant !, la prochaine fois, mon coté gonzesse, je le bâillonne, je lui file la raclée de l’année et je rend mon boulot en noir et blanc sur du papier pelure !

Des mecs sourient. Leurs sourires occupent 90 % de l’écran. Ils sont beaux, ils sont blancs, ils ont l’air d’avoir confiance en l’avenir. On a l’impression que rien ne pourra les ébranler. Ils portent des costumes un peu tape à l’œil et baignent dans une lumière laiteuse qui les rend plus blancs, plus beaux, plus inébranlables encore. Ils défilent sur l’écran. La liste est interminable. Ils sont avec leurs enfants, sur les photos suivantes. Leur enfants sont beaux, blancs, radieux, confiants en leur avenir. Leur tenue manifeste leur apparente décontraction. C’est l’éternel week-end ! Bermudas ou pantalons à tissus fins, chemises à carreaux, petits chemisiers de belles saisons pour les dames. Les sourires sont envahissants, figés, montrent des dents qui semblent prêtes à vous déchirer la glotte et les cordes vocales. Les pères font voltiger les enfants au dessus de leurs épaules, et le ciel qui ne sera plus jamais menaçant ne semble guère qu’un décor à leur service, dont ils disposent à leur gré, un esclave de plus asservi par leurs impératifs de bonheur. Photoshop au service de la Grande Lessive ethnique et sociale. Il y a des noirs aussi, mais ils semblent aussi blancs que les autres ; ils ne sont pas noirs, en fait, ils sont fabuleusement chocolats !

J’entre des critères de recherche aussi fumeux les uns que les autres. Je recherche du retraité qui l’a plutôt bonne, du retraité qui fait de la voile, du retraité qui fait du vélo, du retraité insouciant, du retraité qui vous donnera l’impression que la retraite et la vie sont éternelles et pleines d’une félicité sans cesse renouvelée. J’entre des adjectifs, des verbes : marcher, courir, partager, s’entraider ; je suis bon à ça. J’ai comme un sixième sens pour l’à-propos illustratif. Un vieux beau a l’air d’en remontrer à une bande de jeunes loups : ça, c’est bien, c’est intergénérationnel, c’est une idée du savoir ancestral qu’on transmet aux plus jeunes que soi. C’est bien, c’est tellement bien que j’en ai la bouche lourde et pâteuse. Toutes les 30 minutes, je descends fumer une clope dans la cour et j’y croise des collègues qui se marrent parce que j’ai le teint livide et les pupilles dilatées. Hahahahaha ! Pété de rire, bandes de nases !

Ce monde javellisé hante ma journée, s’incruste dans le temps comme une corruption de la réalité. Plus tard, vers 17h30, mon patron entre dans mon bureau accompagné d’une bande de jeunes cons pour qui tout est grave, pour qui tout est sérieux, pour qui tout ce que l’on fait ici est inextricablement sérieux. J’ai envie d’éclater de rire et de leur planter des agrafes entre leurs putains de sourcils faussement soucieux. Comme si le sort du monde se jouait ici, dans mon bureau, sur mon écran qui fait valser les diaporamas de la Nouvelle Vie.

Je fais défiler la sélection à une vitesse éblouissante, les remarques fusent, les blagues vaseuses aussi. « Ah non, pas ça ; ah, ça, c’est pas mal... pffff, mais il louche un peu celui-là, non ? ». Mon curseur est devenu cinglé. Il fait glisser sans conscience des images d’hommes et de femmes dans la corbeille.





mercredi 8 octobre 2008

La conscience politique (6) - La grand-mère


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« Tu dis des conneries… », je dis en remuant mon café noir. Elle me tourne le dos, vêtue de sa blouse bleue de travail (qu’elle ne porte qu’entre 7 et 15h00 ; elle l’enlève après s’être endormie devant les Feux de l’Amour), elle hausse les épaules menues de son mètre quarante-deux, pour me répondre que je peux bien penser ce que je veux après tout. A travers la fenêtre de la cuisine, j’aperçois la petite rue Salengro qui remonte, d’abord droite comme un « I », puis qui se tord légèrement sur la fin, le mur en vieille pierre qui la borde, et qui à cet endroit là, là où commence la cité H.L.M., porte l’inscription « Paix au Vietnam », qui date de 68. Elle est restée là, toute mon enfance, à me regarder, à me titiller la conscience de gauche, à faire naitre des interrogations. Je m’imaginais enfant, des types chevelus peinturlurant bêtement d’une écriture incertaine cette façade muette, puis courir comme des dingues, leurs sacs besace rebondissant contre leurs hanches. Une expression précoce d'un cliché qui serait bientôt repris par toute une tripotée de cinéastes et d'écrivains bidons et idéalistes. De cette fenêtre, située au premier étage d’un immeuble sans style qui en compte 7 à peine, j’aperçois la barrière de sécurité qui protège le parking des résidents, les gosses de toutes les couleurs qui jouent devant et autour des voitures ; au foot, à la corde à sauter, à simplement se courir après. Leurs cris sont tonitruants mais le double vitrage permet d’être à peu près sauf du bruit et de l’agitation. Elle dit tout doucement : « tu bois du café alors qu’on est midi, toi ?, on va manger dans pas longtemps, tu exagères ». Je m’apprête à demander s’il existe une règle intransgressible ou médicale ou quelque chose de ce genre mais je me ravise. Je n’aime pas trop l’enquiquiner sur la durée, ma grand-mère ! Et puis, là, elle fait son fond de sauce. Un fumet d’antan s’évade de sa grosse casserole à couvercle. Je ne sais pas comment font les grands-mères, leur cuisine a toujours un goût unique, un goût savant. Elles n’ont pourtant pas l’air de faire quoi que soit de plus que ce qu’on fait nous. Mais c’est différent. La cuisine de nos mères est différente. La notre l’est encore davantage. Avec le temps, on constate qu’en fait, tout s’affadit ; quand elles seront toutes mortes, nos grands-mères, tout aura le goût des pates au beurre !

Quand même, elle dit des conneries. Elle dit que depuis que les arabes sont venus ici, c’est le désordre partout. Elle me narre quelques anecdotes de son quotidien campinois. Elle mentionne l’affaire de l’abribus de la mairie. Un jeune homme a descendu la vitre alors que des gens attendaient le 106 ; des familles, des vieux et des vieilles qui patientaient sans embêter personne, et d’un coup de pied, SUBITEMENT, sans aucune raison apparente, il a éclaté la vitre latérale. Ma grand-mère, elle témoigne : « j’avais plein de bris de plexiglas dans les cheveux ». Ce voyou a fait ça, sans raison apparente. La seule raison apparente, finalement, c’est sa couleur de peau. Elle raconte aussi ce qui est arrivé à une amie à elle, une autre vieille italienne de la cité, qui souffle comme une vache parce qu’il lui manque un poumon, ou un bout du poumon, je ne sais plus, (quand elle arrive chez ma grand-mère, avec ses bigoudis plein les cheveux, elle n’a monté qu’un étage, en a descendu deux seulement avant ça, habitant deux immeubles plus loin, ma grand mère ouvre sa porte blindée et elle dit : « vos escaliers me tueront Madame Georgette », tandis que sifflent sa trachée et ses bronches et tout le reste de son corps chétif). Un gars lui a arraché son sac et elle s’est rétamée brutalement sur le trottoir. Teinte indéfinie ?, mais il n’y a pas de fumée sans arabe pour traîner autour, c’est certain. Un jeune déjà, et c’est bien connu, tous les jeunes de cité sont arabes ; tous les autres sont vieux et blancs. Tout cela au milieu d’autres récits sans aucun rapport avec la question. Entre autre, la pauvre histoire de cette vieille écrasée par un camion de livraison, juste en face du Franprix, à la Fourchette. Un terrible drame. J’acquiesce sans le vouloir. Je dis quand même que je ne vois pas le rapport, que si elle fait de sa vie un fait divers permanent, elle n’en sortira jamais des conneries qu’elle dit et de celles qu’elle croit penser. J’ajoute, pour la piquer un peu : « hier, y a un arabe qui m’a tenu la porte de l’immeuble quand je suis rentré ; je l’ai remercié, et il m’a souri en disant : « de rien ! »…j’en ai conclu que les arabes sont vraiment des chics types. » Elle sourit, elle prend ma tasse vide que je n’ai pas mise encore dans l’évier. Elle dit : « C’est Mokhran, c’est pas pareil ».

Mokhran donc, c’est pas pareil. Il est aussi arabe et musulman qu’on peut l’être mais ce n’est pas pareil. Elle est incapable de dire pourquoi, ce n’est pas pareil, pourquoi ?, et bien, parce que c’est pas pareil et puis c’est tout ; Mokhran, il est gentil, respectueux, souriant, propre sur lui, il demande toujours comment ça va, le matin, avec son accent à couper au couteau, il ne vole pas les sacs des petites vieilles, ne balance pas de coups de latte dans les vitres d’abribus, c’est précisément pour ça que je dois me casser le cul à donner des cours d’anglais à sa fille qui n’en a strictement rien à foutre de la prononciation, de la conjugaison et des verbes irréguliers. Et qu’il faut que j’accepte que ce cours soit rémunéré 40 francs pour une heure entière de zozotements débiles. Quand je dis que ce n’est pas assez, ma grand-mère me dit que je fais comme je veux mais elle ajoute aussitôt : « tu sais, ils n’ont pas beaucoup d’argent, ils ne peuvent pas faire plus ». Moi je suis Crésus peut-être. Si cette gamine s’intéressait au moins à ce qu’on essaie de lui apprendre au lieu de me regarder comme un veau à chaque fois que je lui dis qu’on n’accorde pas les adjectifs outre-manche ! Tu vas voir qu’à un moment, elle va m’interrompre dans mes récriminations pour me demander : « dis-donc, M., tu serais pas un peu raciste sur les bords ? ».

Ma grand-mère, j’ai beau essayer mais je ne parviens pas à l’imaginer dans un bureau de vote. Je ne l’ai jamais accompagnée pour qu’elle remplisse son devoir civique, à la belle mairie de Champigny. Elle dit souvent que les communistes sont comme les hommes politiques de droite : des spécialistes de la clientèle à bien soigner. Elle a raison, pour obtenir son H.L.M. à Champigny, il vous faut aller au rendez-vous une écharpe bien rouge autour du cou. Elle a raison. Malgré cette fulgurance lucide, la conscience politique semble être passée à 1m50 du sol, soit trop haut de 8 centimètres pour lui cogner le front. Elle continue à voter pourtant, chaque fois en jurant que c’est la dernière. Parfois en me provoquant qu’elle va voter pour le borgne. Mais elle vote communiste, et ce, depuis que les femmes ont le droit de vote. Comme son fantôme de mari mort l’a fait avant elle. Dans l’urne, elle jette ces espoirs là, nés il y a longtemps d’un embryon de bonheur mort.

mardi 7 octobre 2008

Mtislav est génial





Allez tout de suite le lire ; ce mec est fou et sans doute moi aussi. Bien que je ne sois pas certain de savoir qui est le plus fou, lui, moi, lui, moi, lui, moi, lui, moi, lui ou moi...bref, vous l'aurez compris, j'aime Mtislav, I love Mtislav, Ich Liebe Mtislav ; putain, et je ne sais même pas le dire en pakistanais.

Pardonne-moi Saint Mtislav, j'ai pêché (si je peux me permettre juste un petit détail, il s'agit d'Ellery Elleskin heu, Eskelin me souffle Mtislav qui a le dernier mot).

C'est un privilège de te lire. Tout bonnement...

(vous pouvez et devez lire les pastiches précédents qui sont vraiment fabuleux).

(j'ai été assez dithyrambique là ? ta gueule, tapote, lavette)

(okay !)

(Mtislav bouma-yé)

Vous me connaissez

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Vous le saviez vous, qu’on a même pas le droit d’en griller une dans le bus ? Putain, ce monde est une mine insoupçonnée d’interdits, se tirant la bourre sur la piste olympique du génie liberticide. Ouais, faites vos gueules de petits chiens savants ; moi, je ne savais pas. Remarquez, je ne prends jamais le bus. Pourquoi je l’ai pris aujourd’hui ?, alors là, j’en sais foutre rien, je l’ai vu apparaître tout au bout de la rue, débouler comme une roulure pleine de promesses et je n’ai pas su me raisonner. Il s’est arrêté devant moi, sans même que je lui fasse signe ni rien, comme s’il m’ouvrait ses cuisses. Immobilisé sur la chaussée, le long du trottoir, les portes latérales se sont ouvertes, béantes, pour m’inviter à l’intérieur. J’ai regardé derrière moi mais y avait personne d’autre ; même pas une vieille évadée de la maison de repos, cachée derrière l’abribus. C’est bien moi que ce con de bus voulait. Alors, je suis monté, comme un crétin qui entre dans le château d’un vampire à la manque. Je me suis dit : « monte, c’est bien un des rare endroit dans lequel tu n’as pas encore foutu ta merde » !

Vous me connaissez.

L’intérieur du bus ressemble à un supermarché de places libres, alors je prends illusoirement soin de faire mon choix en toute conscience, tournant vaguement en rond comme un clébard qui ne sait plus où donner de la tête. Décider !, vous recommencez à rire... Vous pensez à cet autre supermarché qu'est la vie, celui du choix perpétuel, les promotions s’imposent à moi naturellement, les produits sautent peinturlurés comme de vieilles putes italiennes dans mon caddie sans que je demande rien. Pourquoi il en serait autrement ? La vie fonctionne sur moi comme un marketing machiavélique. Un exemple ? Le siège vous promet un avenir moelleux mais en posant votre cul dessus, vous découvrez que c’est aussi dur que la pointe d’une aiguille en marbre (chic, non ?). Bof ! C’est comme quand j’achète du jus de fraise et que je découvre pour la énième fois qu’il n’y a rien de plus dégueulasse. Vous me connaissez, je ne choisis pas, la publicité le fait pour moi. En face du siège élu, force du choix qui s’impose à ma volonté toute fluctuante, un fer à souder faite gonzesse. Une salope qui trône tout en haut sur l’échelle des salopes. Des nénés trop lourds pour ne pas m’esquinter les rétines, une jupe bien trop courte qui laisse deviner une petite chatte bien propre et lisse ; du velours que ne mériterait pas un gros salaud dans mon genre. Tu crois qu’elle consentirait à me reluquer un peu ? Que nenni, mon gars. Elle vaut mieux que moi, toutes valent mieux que moi ! Elle tripote son portable, deux écouteurs enfoncés dans le creux de ses oreilles, croisant et décroisant négligemment les jambes, dissimulant, entrouvrant, dissimulant, entrouvrant, dissimulant, entrouvrant les portes du paradis de l’escroquerie (si ça se trouve, elle est carrément poilue comme un singe, sa chatte) ; un petit manège qui me donne presque envie de lui écraser le visage comme une vieille pastèque mûre. Tu es sombre ou sombrero hombre ? Je t’emmerde, je réponds ! Ou t’as qu’à choisir pour moi… Voilà, à condition de t'y connaître en marketing...

Vous me connaissez. Quand je bande, faut que j’en allume une et à l’instant, je bande comme une mule, comme un Tyrannosaurus Rex en pleine saison du rut, je bande tellement que j’en fais une bosse au plafond en plastique de ce bus bidon qui cahote à tous les feux rouges (vous pouvez me dire à quoi ça sert de prendre un bus si c’est pour vous arrêtez à tous les feux ?). Bref, vous me connaissez, j'ai la nicotine qui me démange, la queue qui me démange, je sors mon paquet et j’allume mon bâton de TNT pour poumons déjà endommagés sévère ! Franchement, vous saviez vraiment que c’était interdit ? Merde, je bande, je fume, c’est comme ça, parfois même, je fume en tringlant, ça a la désavantage de me faire ralentir la cadence mais ça vaut mieux que de griller le dos d’une poulette que je brise en levrette ! Je suis un salaud mais pas un con si vous voyez ce que je veux dire. Enfin, l’interdiction tant honnie a un mérite (preuve qu'il y a un marketing pour tout), elle fait lever le minois de notre petite Marilyn du pauvre (ou du peuple, quoi ! faites pas chier…). Pile à cet instant – magique coordination, alchimie de l’instant - j’expulse la fumée dans sa figure, comme une giclée vaporeuse ; c’est beau comme un orgasme insaisissable, sauf qu’au lieu de faire « splash », et de dégouliner ensuite, ça glisse sur sa peau, enturbanne son maquillage trop lourd, sa peau trop recouverte ; c’est un linceul de foutre goudronné.

Putain, vous allez vous dire - puisque vous me connaissez - que maintenant, je vais envisager de prendre le bus bien plus souvent. Ouais ? J’en étais sûr ! Vous me connaissez mal alors, parce je ne suis tout de même pas vulgaire à ce point là.

lundi 6 octobre 2008

C'est maintenant que les ennuis commencent



Vous l’aurez peut-être remarqué, ce blog est parfaitement détendu du caleçon. Ça ne se voit peut-être pas vu que l’atmosphère y est parfois singulièrement névrosée. Mais c’est un fait, je peux y faire sans rougir des billets bidons ou au contraire éclabousser l’hexagone entier de ma grande magnificence. Illuminer le plafonnier des idées d’analyses politiques d’une finesse sans égale ou mettre en ligne de la musique qui n’intéresse que moi.

A la différence de certains néanmoins, je n’en oublie pas de soigner ma ponctuation et je prends soin de ne pas multiplier les fautes d’orthographe (je profite de cette occasion pour remercier mon correcteur androïde qui m’est d’une aide précieuse et signale aux moins attentifs qu’un soulignement écarlate et irrégulier d’un mot ne se manifeste pas pour les féliciter de leur incomparable talent mais au contraire pour leur signaler qu’ils écrivent comme des cochons ou dactylotent avec des moufles).

Revenons donc à nos moutons. Depuis la création de l’extra-ball, nous étions donc plutôt tranquilles et isolés de la blogosphère. Certains, qui manquaient particulièrement d’élégance et de tact, ne se gênaient d’ailleurs pas pour me le rappeler. J’étais à la fois en dedans et en dehors : autrement dit, j’étais un blogueur que personne n’emmerdait (ou que personne ne lisait).

Enfin, tout ça est bien fini. C’était avant la création d’un nouvel algorithme, idéalement conçu pour référencer tous les blogs de la République. Ce matin, à ma grande surprise, j’ai fait une apparition fracassante dans le top 20 du classement Wikio des blogs dans la catégorie « divers » (ou « batarde », c’est selon). Vous me connaissez, j’aurais pu passer la chose sous silence, mais vous me connaissez encore mieux que ça et vous en tirez une conclusion mieux en accord avec ma personnalité. Je jubile. J’explose, j’irradie de bonheur ! A la lecture du classement par exemple, je m’aperçois que je mets une mine copieuse à ce cher Didier Goux ; voilà sans doute un des rares domaines de compétence dans lequel je suis en mesure de le battre à plates coutures. Avec la compassion, on en est donc à deux ! Ce n’est pas un si mauvais score…

Ce billet d’autocongratulation ne pouvait pas être complet si je ne prenais également un peu de temps pour féliciter chaleureusement Nicolas, qui est, depuis ce matin, le 1er blog politique de France. Rien que ça ! Certains vont dire que c’est trop de pouvoir dans les mains d’un seul homme : rendez-vous compte !, les journalistes vont devoir se déplacer à la Comète pour recevoir les impressions du maître des lieux, enquiller les demis par demi-douzaines avant d’obtenir les avis partagés du maître influent sur les grands enjeux français, européens et mondiaux qui nous préoccupent. Il ne va pas falloir qu’il se mélange les pinceaux, notre Nicolas, les questions relatives à la mondialisation ne tolèreront pas que le Gros Loïc (tout gros qu’il soit) fasse figure d’exemple dans le combat qui oppose éternellement les intérêts privés à l’intérêt général.

Vous l’avez compris, les ennuis commencent. Les blogueurs prennent pour la plupart les classements très au sérieux. D’autant plus qu’ils ne cessent de s’en plaindre, ceux-ci ne représentant pas fidèlement, à leurs yeux, la configuration de l’espace internetique. Leur argument massue est imparable : ils ont deux mille visiteurs chaque jour, et moi, à peine une centaine. Indubitable. C’est comme lorsque l’on compare l’équipe du Mans à celle du PSG. Le Mans a l’une des plus faibles moyennes de spectateurs par match de toute la France ; si je reprends les stats, 11 000 supporters se déplacent à chaque rencontre de championnat. Le PSG est loin devant, avec à peu près 37 000 têtes. C’est certes une différence d’importance. Le Mans est pourtant 4ème au classement du championnat et le PSG n’est que 11ème. C’est un autre fait indubitable, le spectateur manceau se fait beaucoup moins chier dans son stade que celui du PSG. On appelle ça le taux de satisfaction. Le classement Wikio ne comptabilisant plus désormais que les liens effectués sur les billets individuels, il ne mesure donc plus que ce seul indice. Non pas le nombre de visiteurs, attiré par la renommée du rédacteur (ou du nègre du rédacteur), mais la qualité de la satisfaction du lecteur qui le fera savoir à d’autres. Ce classement est donc plus juste que celui qui mesurerait seulement l’affluence.

Autre exemple. En tête du classement « divers », Eric de « Crise dans les médias » est peut-être moins visité que le blog de Jean Marc Morandini (quoi qu’on en soit même pas sûr), mais qualitativement, désolé de le dire, il n’y a pas photo. Morandini est et restera l’abruti cathodique et racoleur qu’il a toujours été.

Dernier argument prétendument massue ; dans les prochains jours, nombre de blogueurs vont s’étonner de la présence massive de blogueurs dits de gauche dans la majorité des classements. A défaut, je suppose, de truster la majorité des strapontins parlementaires, la gauche rapatrierait égoïstement ses pauvres ambitions communautaristes sur les combats virtuels. Tigres de papier dirait Mao. On ne va quand même pas s’excuser de ne pas avoir des idées de con, en plus.

dimanche 5 octobre 2008

Infusion mimosa



C’est dimanche et j’ai le choix entre :

1 – publier un texte tout à fait dénué de décence avec plein de gros mots dedans tandis que les enfants dessinent sur la table basse du salon ; qu’en fond sonore, la messe dominicale et cathodique exprime ses messages d’Amour et de Partage universels.

2 – mettre en ligne une autre chose pas vraiment aboutie mais qui, j'en suis certain, pourrait valoir le détour.

3 – partager avec vous un peu de musique histoire de me dédouaner : premièrement, de devoir me justifier d’un texte dont il me faudrait avoir honte (ce qui n’est même pas le cas en plus) ; deuxièmement, de travailler d’arrache pied afin de rendre mon autre bouillie de mots tout à fait présentable.

Vous devinez bien sur que je choisis sans hésiter la 3e solution.

Dimanche dernier, je discutais justement avec mon compère Doudourou, autour d’une mousse, du contrebassiste Paul Chambers.

Je disais à quel point chacun de ses solos m’entêtaient et j’exprimais aussi ma perplexité face à cet instinct qui lui permettait de toujours trouver la note juste, l’épure et l’harmonie (qualité plutôt rare chez les contrebassistes de jazz).

Je vous invite donc à l’écouter ici, sous le leadership du pianiste Herbie Hancock, et en compagnie des percussionnistes Willie Bobo et Osvaldo « Chihuahua » Martinez. Dans l’interprétation d’une très belle et paresseuse composition du pianiste intitulée « Mimosa ».

Bon dimanche à tous.



jeudi 2 octobre 2008

Une bible et un revolver


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Enfant, nous rêvions tous d’être cowboy [avec la raréfaction du genre cinématographique correspondant, la tendance subit à l’évidence un net déclin, mais les propositions qui vont suivre peuvent être substituées par d’autres] ; c’est qu’enfant, nous n’en mesurions pas la véritable nature. Nous ne savions pas à l’époque que le cowboy était ce genre de bouseux de basse extraction, à l’hygiène douteuse et dont le travail essentiel consistait à mener d’immenses troupeaux de vaches du pré jusque l’enclos... Le mythe de l’aventurier sans peur, façonné de toutes pièces par une industrie du cinéma en délicatesse avec la vérité, nous subjuguait sans que nous puissions y résister ou y confronter notre esprit critique à peine naissant.

En tout état de cause, les volontaires ne se chiffonnaient pas pour camper l’indien valeureux. Nous étions inconsciemment favorables à la philosophie de Custer ; un bon indien était avant tout un indien mort. Les indiens n’avaient pas de revolvers ni de fusils. Ils tournaient en rond, sur leurs canassons, armés simplement d’arcs ou de petits tomahawks, et se faisaient inexorablement descendre comme autant de victimes expiatoires. Ils étaient l’incarnation vivante des petits canards qu’on dégomme à la fête foraine. La loi du plus fort prévalait dans la cour de récréation, elle prévalait également dans nos esprits mal fichus.

L’évolution naturelle de notre développement intellectuel modifie lentement notre point de vue. Adulte, nous découvrons avec stupeur que les indiens sont de grands combattants et nous leur reconnaissons un instinct de révolte et d’insoumission unique dans l’Histoire du monde. Nous prenons également connaissance des exactions commises sur la population indienne par cette armée de pouilleux étoilés, ayant pour seul mérite d’avoir appris à défiler unie sous la même bannière. Nous avons non seulement changé de camp mais nous renions même désormais avoir jamais fait partie de celui d’en face. Avec un soupçon mal déguisé de fierté dans la voix, nous prétendons avoir combattu seul contre un monde ignorant. Nous affirmons n’avoir jamais voulu camper le cowboy flingueur mais avoir toujours défendu la figure indienne, démontrant ainsi une exceptionnelle précocité de conscience et de compassion.

Et puis, nous vieillissons. Nous sommes fatigués des cowboys comme des indiens. Les voir tourner en rond sur leurs chevaux, prendre d’assaut de petites collines déplumées, sans raison apparente, se planquer derrière de vieilles carrioles déglinguées pour se canarder à cinq misérables mètres de distance ; voilà un spectacle éternel qui nous lasse naturellement. Devenu vieux, nous rêvons de faire du vélo, avec une jolie jeune femme en équilibre sur le guidon. Nous rêvons d’une existence de rien, sans contraintes, sans sentiment d’appartenance, nous rêvons de liberté absolue. Nous rêvons d’attaque de train, de menus larcins commis dans de vastes vergers, nous rêvons de rires, d’amitiés et d’amour insurpassable. Nous rêvons d’une mort à la fois héroïque et follement nihiliste. Nous rêvons d’être Butch Cassidy.



[Il n’est hélas pas interdit de penser que certains ne dépasseront jamais l’un ou l’autre des stades initiaux.]