samedi 20 février 2010

Revolution blues



I got the revolution blues,
I see bloody fountains,
And ten million dune buggies.

vendredi 19 février 2010

Elvis is dead (4)


source

Mardi 10 février

Gabriel roupillait devant la télé. Des flashs d’information se succédaient sans suite logique, entrecoupés de scènes d’émeute. La décision du Maire avait eu l’effet escompté. Des résistants bariolés étaient descendus dans les rues pour braver l’interdiction du Mardi-Gras. Des mecs déguisés en zulu, portant des tubas, des clairons et des grosses caisses, accompagnés de gonzesses à moitié nues, sauvages, à la peau sombre, qui portaient d’affreux colliers de perles au cou. Les flics les avait reçus. Copieusement. Les manifestants s’étaient fait plier. En moins de deux. La nuit serait chaude, très chaude.

Gabriel baillait. Des mecs se faisaient mettre à terre. Les flics les immobilisaient en pratiquant des clés de bras et en leur enfonçant un genou dans le milieu du dos. Là, un pauvre gars beuglait parce qu’un bleu y avait été trop fort et qu’il lui avait démis l’épaule. Ici, un autre gueulait parce qu’une armoire à glace lui comprimait le visage contre une grillage rouillé. Des gros durs prenaient des coups de matraque sur le crâne et s’étalaient de tout leur long sur le bitume dégoulinant. Des gonzesses hurlaient parce qu’on les bousculait sans ménagement, parce qu’on les tirait par les cheveux. Leurs nibards valsaient de leur soutif panthère ! Des clébards aboyaient, retenus par des laisses plus-lâches-tu-meurs.

Gabriel sirotait une bière pas assez fraiche. Des feux de poubelle, des tires dévastées, des vitrines pillées, des cailloux lancés d’on ne sait où qui tombaient en averse sur une brigade en formation serrée, des lances à incendie dirigées vers une foule clairsemée, vannes ouvertes au maximum ; des louisianais se faisaient éparpiller comme des confettis, des louisianaises se faisaient rafraîchir. Monsieur le Maire avait réussi son effet, le message de Monsieur le Maire avait été reçu cinq sur cinq : « ici, c’est chez nous, ici, ce n’est pas chez vous. » Un reporter de la chaîne locale filmait les prémisses d’un passage à tabac qui avait pour cadre une petite rue à l’écart du grand barnum. Le pauvre mec était seul et à genoux, d’ici on distinguait sa lèvre ouverte en deux qui laissait couler un flot de sang discontinu, trois flics baraques l’encerclaient et s’apprêtaient à envoyer la pointe de leurs pompes dans son menton. Ils aperçurent la caméra. Ils relevèrent le gusse et firent mine de l’embarquer comme s’il s’agissait de leur intention de départ. Merde ! La gueule du reporter maintenant, dépité de voir son scoop s’envoler comme une colombe de paix. Jouez le jeu, éclatez-lui la gueule, je vous mosaïquerai le visage !

Gabriel se disait qu’on vivait dans un monde de dingues. L’écran de télévision arborait des stickers racoleurs dans tous les coins. Des machins qui clignotaient. Qui vous faisaient l’effet d’une aiguille plantée dans les yeux. En direct de Memphis. Emeutes en live. Mardi-Gras sanglant. Le défilé zulu tourne au drame. La racaille louisianaise en prend plein la poire ! Memphis 1 Vaudouland 0. Ce genre de conneries. Le présentateur en plateau souriait à la caméra derrière sa petite table en contreplaqué, son brushing en acier trempé restait planté sur son crâne comme une saloperie de casque. Derrière lui, des mecs à d’autres bureaux, faisaient semblant de trimer. Ils faisaient mumuse et étaient en mode « rédaction en pleine effervescence. » ça ne trompait personne, un des mecs avait un chiffon qui dépassait de la poche arrière de ses jeans. On avait réquisitionné les gars de l'entretien. De temps à autre, le bordel s’interrompait, un défilé d’images pour épileptique tentait de vous vendre de la bière, du papier cul, du ginger ale, des produits d’assurance vie, du déodorant, des climatiseurs. Puis les violences reprenaient là où on les avait laissées. Brutes de décoffrage. Carrément ivres de colère. Incohérentes.

Derek roupillait pour de vrai, pas à demi, ses deux yeux étaient fermés comme deux coffres-forts. Quand il avait entendu le Maire la veille, il avait dit : « ça, ça va foutre la merde. » Derek avait eu le nez fin, tout le monde avait eu le même nez en fait et avait senti le vent souffler du même coté. Des mômes caillassaient maintenant des bagnoles de flics. Des gyrophares éclairaient la nuit malsaine et lumineuse. Un cameraman inspiré à l'âme poétique cadrait une grosse caisse trouée qu’on avait abandonnée dans l’urgence sur le trottoir. Un autre, moins inspiré, jouant du zoom avant/arrière, cherchait nerveusement là où ça castagnait et ne trouvait que le raie des fesses d’un flic bouboule qui ramassait sa lampe-torche tombée par terre.

Gabriel cligna des yeux. Gabriel aperçut le portail ridicule de Graceland. Les notes, les croches. Le mauvais goût illustré par un simple portail, comme rien d’autre ne parviendrait jamais à l’illustrer. Gabriel vit des mecs courir dans tous les sens. Gabriel vit des gars en uniforme les poursuivre. Memphis était cette nuit un vieux disque rayé du King, qui revenait toujours à la même phrase. Devant la grille, une femme au teint blafard vampait la camera. Devant la grille, un regard vous aimantait l’attention et le désir. La caméra ignora les tarés qui se couraient après. La caméra resta sur elle. La caméra oublia les émeutes. La caméra oublia les bras pétés, les nichons pleins d’égratignures, les ecchymoses et les hurlements. Le monde se figea, rétrécit, se concentra en un seul épicentre tumultueux. Il n’y eut plus qu’Elle. Et Gabriel.

jeudi 18 février 2010

Réponse à Kéké


source

Sacré Kéké. Vous connaissez Kéké ? Kéké, c’est le fiston de Balmeyer et de Zoridae. Un bon petit gars beau comme un camion, qui comme tous les bons petits gars, se pose énormément de questions.

Le hic, c’est que le père de Kéké est à moitié idiot. Ou à moitié intelligent, c’est selon. Il arrive donc très souvent que Kéké n’obtienne pas de réponses aux questions d’importance qui rebondissent comme des balles en caoutchouc dans son cortex. A son âge, c'est bien normal...

La question que se pose Kéké en ce moment, et qui le plonge dans le plus noir tourment, est la suivante : « si les docteurs soignent les vétérinaires, qui soigne les docteurs quand ils sont malades ? » [voir ici l’incapacité de son père à apaiser ses vertiges métaphysiques]

Je veux bien me dévouer pour cette fois car j'ai la réponse bien entendu, j’ai trois enfants, ce qui décuple mes capacités intellectuelles. Alors, voici, Kéké, voici la réponse à ta question. Je te prie seulement d’en garder le secret car la vérité cache toujours quelque chose d’abominable.

Kéké, il faut que tu saches que les docteurs sont une espèce particulière qui se reproduit bien plus vite que les autres. Un peu comme les lapins mais en bien pire. C'est pourquoi, on ne les soigne pas. Sinon, ils pulluleraient sur terre et il n'y aurait plus aucun malade mais seulement des médecins. Nous deviendrions tous complètement fous à sans cesse passer des scanners pour rien, à sans cesse nous tâter les uns les autres, à sans cesse nous ordonnancer des examens de sang. Le trou de la Sécu augmenterait de manière exponentielle... Bref, ce serait le chaos. Les médecins, on les laisse donc mourir de simples rhums ou de petites bronchites bénignes. Car, heureusement, les médecins ont un système immunitaire quasi inexistant...Voilà, Kéké, la pure vérité.

Une autre vérité en passant, la prochaine fois que tu as une question à poser, Kéké, évite simplement de la poser à ton père.

mardi 16 février 2010

Elvis is dead (3)



Mardi 10 février

Prévisions météorologiques : 48 ° Celsius ; 68 % d’humidité ; coefficient de marée : 108 ; nuageux

Lundi, 2h00 du matin, le maire de Memphis avait convoqué la presse locale pour décréter l’interdiction pure et simple des festivités du Mardi-Gras. Dégoulinant de sueur malgré la clim balèze de la mairie qui tournait à toute berzingue du 1er janvier jusqu’au 31 décembre, Monsieur le Maire avait décrété tous rassemblements et défilés hors la loi. Avis appuyé d’un clin d’œil à la population louisianaise qui avait intérêt à se tenir à carreau. Toute cérémonie vaudou était verboten. Toute casserole de gombo fumante serait déversée sans ménagement dans le caniveau. Toute jeune femme insouciante des bonnes convenances sudistes surprise en train de dégrafer son soutif et d’afficher ses doudounes au balcon d’un des immeubles de la ville pour quelques perles en toc partagerait bientôt la crasseuse cellule de dégrisement des poivrots puants du cru, le temps que les hormones lui redescendent dans les mi-bas. Monsieur le Maire avait martelé son pupitre du poing : l’addition serait salée pour tout contrevenant. Monsieur le Maire avait fait jouer sa voix de fausset : Mardi-Gras était tricard, les louisianais, les bouffeurs de grenouille et les « mélangés » étaient tricards. Leurs saloperies de fanfares pleines de zulus beurrés étaient tricardes. Monsieur le Maire avait bombé le torse pour finir : « je n’ai plus rien à ajouter », avait-il dit, comme un flic de série B bidon dispersant des badauds voyeuristes : « circulez, y a rien à voir ». Il était sorti de la salle de conférence par une porte dérobée.

Lundi, Rufus avait vu le Maire faire le beau à la téloche. La simple évocation du Mardi-Gras l’avait fait plonger dans le souvenir et la mélancolie. Il avait pensé à Bourbon Street qui dormait désormais sous la flotte. Il avait pensé aux poches des touristes qu’il nettoyait autrefois, quand il était adolescent, le long de la même rue les jours de Mardi-Gras. Il profitait que ceux-là regardaient bêtement en l’air, hypnotisés par le spectacle affriolant des louisianaises dodues qui se dépoilaient aux balcons. Il partageait son butin avec d’autres petits videurs de poches avec lesquels il était associé en combine et il dépensait sa part en disque et en alcool bon marché. Il avait pensé à sa mère et il avait pensé à la Grande Montée des Eaux qui avait noyé la ville en quelques heures seulement, il s’était souvenu du Superbowl 2010 remporté par les Saints, qui avaient déménagé aujourd’hui à Vancouver. A Vancouver, putain ! Il avait pensé : « j’avais 7 ans à l’époque. La ville était devenue dingue de joie » Il s’était rappelé que sa mère parlait tout le temps de Katrina quand il était môme. Elle disait qu’ils avaient failli y rester, elle disait qu’ils avaient pioncé sous le Superdome, elle disait : « j’ai vu des mioches crever de soif à coté de moi, personne n’a bougé le petit doigt. Tu avais deux ans, la fièvre a failli t’emporter ». Elle avait dit, en voyant La Nouvelle-Orléans transformée en Pays de l’Atlantide que finalement, Katrina c’était de la gnognotte. Elle s’était signée aussitôt. Elle s’était éteinte quelques jours après, à l’âge d’Abraham ou quasi. Elle s’était éteinte en un instant, quelqu’un lui avait tourné l’interrupteur. Jour/nuit. On/off.

Rufus aspira une grande goulée d’air. Tout valait mieux de toute façon que fêter encore une année de plus le Mardi-Gras dans cette ville de cinglés. La vue du char d’Elvis, que la mairie leur avait imposé jusque là chaque année avec sa tripotée de sosie tout sauf ressemblant, lui avait toujours filé de l’urticaire. Avec Cointreau, ils envisageaient de se tailler et de pousser vers le Nord. Le Canada peut-être, où il faisait plus frais, le Canada, où on pouvait côtoyer des raclures moitié françaises comme eux.

La Nuit envahissait tout. Elle était chaude, laiteuse, elle était malsaine, elle était le signal qui faisait sortir les insectes de leur tanière gluante. Des insectes, gros comme le poing, qui faisaient des virées-suicide en essaim. Le jour était pire bien sûr. Le jour était inhumain. Le jour les avait bannis. Le jour, tout le monde se terrait dans des caves et dormait.

Rufus entra dans un bar miteux. Il prit place au comptoir à coté de Lucinda, une habituée qui avait le teint très pâle. En l’apercevant, Lucinda dit : « nous sommes tous des oiseaux de nuit, n’est-ce pas ? » Rufus baissa le menton pour dire oui, ou peut-être pour dire autre chose tout compte fait.

- Tu ne défiles pas aujourd’hui, Rufus ? Tu as laissé tomber ta fanfare ?
- Tu n’as pas entendu ? Mardi-Gras a été interdit par le Maire, répondit-il, en reniflant un verre vide que quelqu’un avait abandonné ici.
- Oh que si, j’ai entendu mais je n’aurais pas pensé que tu étais du genre à te laisser dicter ta conduite par ce vieux machin de Maire de mes deux.
- C’est un titre long comme le bras, ça, dis-moi ! (un temps) De toute façon, ici, ça ne rime à rien.

Lucinda offrit son plus beau sourire à Rufus. Lucinda descendit de son tabouret et fit l’aguicheuse. Elle tira Rufus par la manche et l’entraîna dans la rue. Ils ne prononcèrent pas le moindre mot. Ils remontèrent l’avenue, prirent deux fois à gauche. Une fois à droite. Ils coupèrent par le parc. Rufus commença à se sentir plein dans le pantalon. Lucinda désigna Graceland qui faisait la fière devant eux. Elle dit : « c’est chez moi ! » Cointreau était devant le portail géant, constellé de noires et de double-croches. Il avait un air. Un air, quoi ! Un air difficile à définir, l’air à la con habituel de l’abruti qu’il était avec un petit truc en plus : un air « entendu » qu’il partageait avec Lucinda. Lucinda qui semblait pâlir à vue d’œil. Quasi translucide maintenant. Cointreau dansait d’une jambe sur l’autre. Il était excité comme une puce. Il était en nage. Il venait de se faire piquer trois fois au front par le même moustique. Et aussi, deux fois au cou, pile sur la jugulaire.

vendredi 12 février 2010

Some Think He Might Be King Elvis


source

23 mars 1991

Pathétique. Ce masque, cette tignasse grotesque qui lui retombait sur le crâne comme un soufflé raté. Ces fringues vulgaires et tape-à-l’oeil.

Rien que son pseudonyme, Orion... Il s’était documenté au tout début, il avait découvert dans le manuel de 6ème du gosse de son voisin que dans la mythologie grecque, Orion était un chasseur légendaire qui tuait toutes sortes de bêtes féroces et de monstres fantastiques. Un matin, il lui était venu l’envie absurde d’embrasser Artémis, la déesse de la chasse, avec qui il battait campagne de temps à autre. Artémis s’était fâché toute rouge et lui avait envoyé dans les pattes une sorte de scorpion géant qui l’avait piqué mortellement. En le voyant mourir, comme ça, pour pas grand chose finalement, un baiser volé, la déesse s’était émue et, pour se faire pardonner, l’avait transformé en constellation d’étoiles. Tu parles d’une consolation... Jimmy retournait cela dans tous les sens, il ne parvenait pas à distinguer le moindre rapport entre ce mythe débile et le personnage qu’il était censé camper. En se recoiffant et en jetant contre le miroir son regard de chien battu, il pensa que son producteur était un con. Doublé d'un requin sans âme.

Son dernier album sortait tout juste. Il s’intitulait « Some Think He Might Be King Elvis ». Jimmy avait dit à son producteur, qui n’était pas à une mesquinerie près : « Ne pousse pas le bouchon, Vincent ». Vincent avait haussé les épaules – rien à foutre – et avait mis à découvert deux belles canines de carnassier. Peu importait d’où venait l’argent, peu importait l’odeur qu’on lui prêtait. Peu importait la façon dont on le gagnait, l’honnêteté était une donnée relative. La seule chose qui importait, c’était qu’il rentre dans les caisses de Sun Records, dans les poches de Vincent et accessoirement dans les tiennes, Jimmy ! Y rentrait-il ?

Couci-couça ! Ce n’était pourtant pas faute d’y mettre du sien.

La carrière de Jimmy n’avait jamais vraiment décollé. Elle trouvait son origine au début des années 60. Un décennie couci-couça. Elle connut un petit coup d’accélérateur en 1970. Shelby Singleton qui était depuis 10 ans l’heureux propriétaire du catalogue de Sun Records, maison qui avait lancé Johnny Cash, Orbison, Presley (le lot Presley avait été cédé à prix d’or à RCA en 1955) repéra Jimmy dans une foire minable. Il avait déjà entendu quelques uns de ses morceaux qui passaient parfois sur de petites radios locales et confidentielles. Shelby s’enticha de Jimmy et lui fit enregistrer quelques trucs mineurs. Pour un résultat couci-couça. A la fin de la décennie, le thermomètre grimpa encore un petit peu. En 79, Jimmy chanta « Save the last dance for me » avec Jerry Lee Lewis - un sociopathe, celui-là. En 79, il classa « Cold cold heart » au 30ème rang du top country. Un petit mieux que couci-couça. A peine plus. En 79, on lui offrit un nouveau manager. Vincent.

Vincent ne prit pas de gant : « t’es un loser, Jimmy ». Vincent n’avait pas la langue dans sa poche, il dit à Jimmy, qui n’était de toute façon à l’époque qu’un petit chanteur de country, de rock-à-ce-petit-con-de-Billy parmi les autres : « on change tout. De A jusqu’à Z ! ». Il l’emmena se faire couper les tifs comme Elvis, lui refit une garde robe façon Elvis, exigea en prime qu’il se foute un masque ridicule sur le visage. Ça lui faisait une trombine de catcheur homo. Jimmy obéit. Jimmy demanda pourquoi. Vincent répondit, à moitié mort de rire, en reluquant le résultat : « à partir de maintenant, tu t’appelles Orion ».

...ça mit un peu de temps à décoller, le concept Orion. Couci-couça. Vincent fit un peu publicité autour de Jimmy, avec les moyens du bord. Ça marcha suffisamment pour assurer à Orion une célébrité relative, à Jimmy un éternel oubli. Vincent était né au bord du pacifique, en Californie, il prit la vague sans sourciller. Il engagea des détectives privés pour dénicher des siphonnés qui croyaient dur comme fer qu’Orion était la réincarnation du King en personne, des dingues prêts à jurer la main au-dessus de l’âtre qu’Orion était le King lui-même, revenu du néant, qu’Elvis avait maquillé sa mort pour faire encore plus d’oseille. Un truc qui mélangeait thèses conspirationniste, anti-capitaliste, mystique, ésotérique. Pour avertis pas nets-nets. Les détectives, de vraies raclures de bidet à moitié clodo, en donnaient à Vincent pour son argent. Ils rameutaient on ne sait trop comment des histoires de cinglés qui dépassaient l’entendement. Vincent se débrouillait ensuite pour faire publier ces témoignages dans des petites gazettes locales, parfois dans des quotidiens plus importants, quand il décrochait la timbale. Comment enfler les gens en faisant circuler des rumeurs qui ne tenaient pas debout toutes seules plus de trente secondes à l’épreuve du bon sens.

Une gonzesse a assisté à un concert d’Orion. Elle témoigne dans le La Porte Herald : « j’étais près de la scène, je l’ai vu comme je vous vois. J’ai vu ses yeux à travers les trous de son masque, c’était les yeux d’Elvis ! ». Une autre, dans le Little Rock Daily News, affirme qu'Orion est sorti de scène entre deux chansons, qu’il est réapparu sans cernes, sans auréoles de transpiration sous les aisselles. Elle dit : « même que le costume était légèrement différent ». Elle dit : « Le faux Orion a chanté une seule chanson puis il a quitté la scène. Ensuite le vrai Orion a refait son apparition. » Faux Elvis, vrai Orion, faux Orion, vrai Elvis, des histoires à devenir maboul, des fariboles à dormir debout. La gazette de Vincent 3ème, bientôt dans les kiosques : une groupie "légèrement nympho sur les bords" dit avoir vu deux Orion dans un autobus de la tournée où elle était montée en douce. En l’apercevant, un des deux Orion se serait planqué fissa dans les toilettes. « Il ressemblait comme deux gouttes d’eau à Elvis Presley », elle a dit.

Voilà d’où était venu le concept Orion à l’esprit de Vincent : en 1978, Gail Brewer-Giorgio, une romancière à la noix avait sorti un bouquin intitulé « Orion » qui racontait l’histoire d’un artiste à moitié schizo qui jonglait avec les identités et envisageait de mettre en scène sa propre mort. Une intrigue sans subtilité qui s’inspirait lourdement de la carrière d’Elvis. Vincent avait toutefois laissé son esprit vagabonder sur le sujet pendant un an avant de choisir son cobaye en la personne de Jimmy. A cause d’une vague ressemblance avec qui vous savez. Et bien sûr, Vincent s’était débrouillé pour faire ressortir ce roman de l’ombre dans laquelle il avait depuis toujours mérité de croupir. Il avait réussi son coup. Avec dix ans de retard, Gail était devenue une superstar. 1988 avait vu la parution de deux bouquins de la foldingue : « The Most Incredible Elvis Presley Story Ever Told » et « Is Elvis Alive ? ». L’année dernière, elle en avait sorti un autre : « The Elvis Files : Was His Death Faked ? » La petite Gail était dérangée. La petite Gail avait fini par gober ses propres bobards. En plus des cinglés qui voyaient des trucs qui n’existaient pas, voyaient des trucs qui ne s’étaient jamais déroulés, d’autres, des obsédés de la conspiration écrivaient des bouquins et des articles bidons et bidonnés afin d’exposer leurs délires à qui voulait bien les entendre.

Qui voulait les entendre d’ailleurs ? Tout le monde ou presque tout le monde. Gail était sollicitée toutes les semaines par de petites télés locales et elle y servait consciencieusement sa soupe. Elvis est vivant. Elvis a maquillé sa mort. Vincent ne manquait jamais une de ses prestations. Jimmy s’en foutait. Jimmy n’aimait pas Gail Brewer-Giorgio, la folle-à-lier. Imaginer des scenarii dingues sur la mort d’Elvis, c’était une forme de divertissement comme un autre. L’assassinat de Kennedy par Castro, l’apparition de la Dame blanche, Adolf Hitler qui se la coulait douce en Argentine, ce scénario là n’était pas pire qu’un autre. Elvis était vivant. Il s’appelait Orion. Presley était le plus grand mystificateur de tous les temps.

Vincent, quand on lui avait demandé de donner un nom à la galette de Jimmy, une autre piteuse imitation d’Elvis qui durait 31 minutes et 46 secondes sur deux faces, avait dit sans prendre le temps de réfléchir : Some Think He Might Be King Elvis. Jimmy avait soupiré. Jimmy s’était dit : « ça ne finira jamais. » Jimmy s’était senti moins qu’une merde d’épagneul breton. Jimmy en était là, devant son miroir, un petit peu de Jimmy, tout le reste appartenant à un King de bazar. C’était là sa vie : un abime d'imposture. Pas grave. Il n’avait rien à faire aujourd’hui. Il enfilerait son masque, il enfilerait un jogging et il s’enfilerait une bouteille de Chivas Régal.

mercredi 10 février 2010

Elvis is alive - interlude


source




28 novembre 1981 - Jacksonville

17h48. Edward Maynard Jr, petit braqueur minable maintes fois épinglé par la police locale, entre cagoulé dans un magasin de spiritueux, un fusil de chasse - dont il a astucieusement biseauté la crosse - calé sous l’aisselle droite. Il pointe son arme vers le propriétaire de l’établissement, Peter Shaughnessy et lui demande sans hausser le ton de vider l’ensemble de sa caisse dans un sac en carton qu’il brandit devant son visage. Ed transpire, Ed parle bas, tremblotant, Ed est nerveux comme un putain d’insecte qui aurait la patte coincée dans un essuie-glace de R18, Ed ne regarde pas le propriétaire du magasin de spiritueux, bras tendu en avant, Ed inspecte nerveusement le parking derrière lui. Le proprio ne cherche pas à se faire un nom dans la gazette locale à la page nécro, sans moufter, il fait tomber dans le sac les quelques liasses de biftons amassés dans la matinée avant de murmurer : « c’est tout ce que j'ai, mon gars ! » Ed se retourne, sans jeter un oeil à l'épaisseur du butin, il replie son bras. Il bredouille: « merci », et regarde son otage d'un instant pour la première fois dans les yeux. « Merci » encore une fois, et sa mâchoire dégringole. Carrément sur le lino du magasin. Elvis est devant lui. Elvis, bien vivant, Elvis, pas ce pauvre conard d'Orion masqué qui fait fantasmer les gogos. Elvis en personne, pour de vrai, en chair, en os, regarde par dessus le comptoir, tout en burnes. Elvis, qui tient un putain de magasin de spiritueux, qui fournit les alcoolos du coin en mauvais pinard, Elvis qui se tient là, devant Ed, qui se dit du coup qu'août 77 n’était rien qu’une mascarade dingue et monumentale. Ed baisse son flingue et marmonne des mots incompréhensibles, privés en partie de leurs syllabes essentielles. Ed a la berlue, Ed croit devenir dingue, maboul. ELVIS. Le nez du fusil pointe maintenant vers le sol, Ed semble tétanisé. Il…merde…il se prosterne, qu’est-ce que c’est que ce cinglé ?, se dit Shaughnessy qui, après un temps de suspension, dégaine son 38 Spécial de sous le comptoir. En appuyant sur la détente, il fait au milieu du crâne d'Ed Junior un trou gros comme le poing.





8 janvier 1997 - Tupelo

Chaque année, à la même date on organise à Tupelo un grand raoult en l’honneur du King. Une fête populaire où tous les Mimile du coin peuvent venir passer du bon temps en famille, écouter et réécouter de bons vieux tubes de rock n’roll comme plus personne n’en fait, chiquer du tabac comme dans les années 60 et même faire semblant de la trouver bien balancée cette version de 67 d’Old MacDonald que l'on doit à la comédie musicale « Double Trouble », Hiya-hiya-ho ! Comme tout bon musulman se doit d’aller péleriner à la Mecque, tout sosie sérieux d’Elvis se doit de venir confronter sa trombine à celle des autres lors du plus grand concours de sosie de King du monde. Du matin 6h00 jusqu’à minuit, on fait frire des tonnes de pilons de poulet dans un océan d'huile, des Kings à franges de pacotille et paillettes grimpent sur la Grand scène et tortillent du bassin pour le péquin sans dents du Mississipi. Ce 8 janvier de l'année 1997, les Kings sont plus nombreux que précédemment. Y a des Presley du monde entier. Ahurissant ! Des Presley de partout, de tous les états ou presque, de France, d’Angleterre, de Bosnie, du Montenegro, d’Italie. A 17h52, passe même un King vishnuiste de Calcutta qui joue de la sitar en ondulant des hanches comme un malade sur Hound Dog. Hallucinant ! A 19h32, il fait nuit, tout le monde est rincé, tout le monde a le coeur au bord des lèvres à cause du poulet trop gras. Antonio Zola, un gentil gars originaire de Sardaigne grimpe sur scène. Il a économisé pendant plusieurs années pour se payer le billet parce qu’il sait qu’il est, et de très loin, le meilleur sosie d’Elvis Presley du monde, comme si il était son jumeau caché. Quand il commence à faire le zouave sur la scène, sur l'air de Don't be cruel, l’assistance s’immobilise, médusé. Médusé n’est pas le mot en fait, les mecs n’en croient tout simplement pas leurs yeux. Ce n'est pas un quelconque sosie à moumoute qui se dandine sur scène, c'est Elvis en personne et tout le monde le reconnait. Elvis en personne, qui est venu à leur fête, organisée chaque année le jour anniversaire de sa naissance, dans la putain de ville où il a vu le jour. Elvis en personne qui est venu chanter la sincérité de son coeur, est venu leur dire : « je ne vous abandonnerai pas ». Les mecs deviennent dingues, grimpent sur scène pour toucher le King, revenu d’on ne sait où, peut-être même bien d’entre les morts. Deux heures plus tard, le carnage est achevé, 33 personnes meurent piétinés par les autres, des centaines de blessés embouteillent les urgences de la région. Antonio Zola dit au revoir au monde, en pleine gloire, démembré, déchiqueté, haché menu, trop aimé. Il n’y aura plus jamais de fête Elvis à Tupelo mais de mémoire d’habitants, on aura vu ce jour là la plus belle imitation du King de tous les temps. Elle n'aura duré que 35 secondes et 22 centièmes.

lundi 8 février 2010

Elvis is dead (2)


source

31 octobre

Prévisions météorologiques : 62 ° Celsius à l’ombre. 20 % d’humidité. Plein soleil.

Memphis-plage. Le Mississipi était quasiment sec et mort maintenant. Mince comme un ruisseau rachitique. Les vagues salées se fracassaient alors d’épuisement sur le littoral aménagé. Le Golfe avançait inexorablement, inconscient, conquérant. Inéluctablement victorieux. Ce qui s’asséchait ici n’attendait que d’être noyé là, le monde n’était plus qu’un système de vases communicants. Lucinda ne s’y faisait toujours pas. Les vagues, derrière la vitre, qui se succédaient, s’enchevêtraient au loin, donnaient au monde une illusion de possible fraicheur qui n’existait plus. Un mensonge du souvenir. Depuis combien de temps n’avait-elle pas senti la moindre brise sur son visage, un minuscule souffle de vent ? Depuis une saloperie d’éternité.

Memphis, Louisiane. Le monde devenait une plage salée pleine de poiscaille crevée. Infinie, pourtant rétrécie. Désormais, les fans de country côtoyaient les fanfares vagabondes de La Nouvelle-Orléans. Il n’y avait pas assez de baraques, de gymnases, de stades de football pour héberger tout le monde. Dans la ville, les paumés trainaient lamentablement, cherchant quelque endroit pour se protéger du soleil ; ce soleil malsain qui crevait, brulait, consumait, carbonisait tout. Les cajuns et les joueurs de blues engnolés étaient remontés lentement, chassés par l’avancée de la mer. Ils étaient finalement arrivés ici. Des poignées de survivants qui s’écrémaient lentement : ces raclures de français, de noirs, de mêlés, ces délinquants vicieux qui venaient avec leur culture dégénérée, ils étaient venus s’échouer sur l'éphémère littoral, temporairement vautré à la barbe de l’Amérique Profonde. La musique d’Armstrong se mélangeait sans harmonie à celle d’Elvis, dans un brouhaha d’apocalypse. Tout était à cette image, enfin, à ce son. A ce son indistinct de misère et de souffrance. Memphis Plage, Monde Plage, bientôt les cajuns, les colorés et les blancs becs du Mississipi s’uniraient dans la même errance et grossiraient l’humanité des déshérités, le Missouri serait gobé à son tour, tout rond, la patrie de Mark Twain, le centre névralgique de l’identité de ce fichu pays et toutes ces conneries surannées. Bientôt, ils serait tous cernés. Bientôt, il n’y aurait plus de place sur cette planète que pour les cafards, quelques moustiques cinglés, des périodiques trempés et les êtres à peine humains de l’espèce de Lucinda.

On était au milieu de la nuit et il faisait toujours aussi chaud, peut-être quelques degrés de moins, à peine. Dans quelques heures, Lucinda irait se coucher. Des loques humaines passaient devant la grille de la propriété. Les grandes colonnes blanches de la maison étaient brulantes. Elles semblaient sur le point de prendre feu.

vendredi 5 février 2010

mercredi 3 février 2010

Elvis is dead (1)



29 octobre

Prévisions météorologiques : 58 ° Celsius à l’ombre ; 95 % d’humidité ; risque de précipitations acides aux alentours de 15h30

L’asphalte puant collait sous ses pompes, la chaleur de la veille avait tout fait fondre : êtres humains, vallée de caoutchouc, pépées à l’accent cisaille, carrosseries de bagnoles caliente. La moiteur torride de la nuit n’avait pas permis à la route de retrouver sa gueule de tous les jours, cette gueule de tous les jours qu’en réalité elle n’avait plus eue depuis cinquante printemps. Il avait mis une heure pour faire le trajet, d’un pas lent, le souffle court. Dix minutes de plus que d’habitude. Bientôt, le jour ramènerait sa fraise irradiée, le cirque-fournaise reprendrait de plus belle et cramerait tout à nouveau… Sans lui bien sûr !

Quand Gabriel rentra dans la piaule, il inspira un bon coup puis dans un réflexe animal, bloqua ses poumons. L’oxygène resta comprimé quelques instants en transit à l’intérieur de ses voies respiratoires, avant qu’il n’expire finalement et ne reprenne une respiration normale. L’air était vicié et ça sentait partout comme sous les aisselles crasseuses de Derek, et justement, Derek ronflait comme un bébé, allongé à la fois sur le sofa du salon et sur son gros bide tout gras, juste en dessous de la grille de la climatisation qui faisait gicler un air polaire et d’un poster décrépi d’Elvis période choucroutée & franges pendouillant des boules à vous filer la nausée. Ce qu’en pensait Gabriel d’Elvis : Elvis était mort en gros lard sur ses chiottes, le futal roulé aux chevilles, un sandwich mayonnaise-dinde-moutarde-pastrami-cheddar à la main. C’était une mort pathétique et dégueulasse mais une mort à l’image de toutes les merdes mélaminées qu’on devait à cet obsédé de la graisse animale et de la mise-en-pli. Gabriel gardait ça pour lui toutefois parce que Derek était un fondu-cinglé de la secte Presley. Un fondu-cinglé prêt à vous mordre la carotide si vous disiez du mal de son idole chérie. Un fondu-cinglé prêt à vous étrangler dans votre sommeil si vous émettiez un doute microscopique sur le bien fondé du titre décerné par la postérité à ce petit sudiste parvenu de mes deux. Gabriel gardait également pour lui ce qu’il pensait de la décoration d’intérieur parce que la piaule ne lui appartenait pas et que Derek l’hébergeait gracieusement depuis plus de deux ans maintenant. Tout petit, Papa et Maman lui avaient un jour recommandé de ne pas mordre la main qui le nourrissait et il avait convenu avec l’expérience que c’était un adage du genre « correct ».

Derek était obsédé par Elvis. Derek collectionnait le moindre navet sur pellicule du monarque pailleté, Derek disposait sur microsillon de 25 versions différentes de Jailhouse Rock, de 32 versions de Blue Suede Shoes, et toutes se ressemblaient peu ou prou, Derek vivait King, Derek mangeait Elvis, Derek respirait Presley, Graisse-land, Memphis dans le Tennessee, Derek ne nettoyait jamais rien dans cette foutue piaule mise à part une petite étagère en plexi qu’il époussetait quotidiennement et religieusement et qui exposait à la vue du visiteur ébahi (en réalité, personne ne mettait jamais les pieds ici, encore moins des gonzesses) une dizaine de Kings miniatures qui avaient tous comme point commun croquignolet d’afficher ostensiblement une paire de testicules outrageusement hypertrophiée. Carrément maousse costaud. Carrément exagérée.

A deux jours d’Halloween, Derek n’avait pas rapatrié de citrouilles ou de masques monstrueux, Derek n’était pas non plus passé par l’épicerie du coin pour faire le plein de sucreries et fournir les gosses de l’immeuble en chimie légale. Comme chaque année, il avait d’abord dit en jetant un œil humide par la fenêtre : « quand mes parents étaient mômes, il faisait froid – parfois – à Halloween », puis il avait accroché au mur sa traditionnelle photo en noir et blanc d’Elvis grimé en vampire qui enlaçait une starlette à la noix. Gabriel s’était dit en lui-même comme chaque année que ce bon vieil Elvis avait tout sauf une trombine de vampire ou alors ce genre particulier qui affectionnait uniquement de planter ses quenottes dans des mottes de saindoux. La photo était dédicacée « à Lucinda, Eternelles amitiés ». La photo avait été prise dans la jeunesse de Presley, la photo portait en revanche cette date griffonnée à la hâte : 31/10/1976, Vegas. Gras-du-bide-à-franges était mort à Memphis en août de l’année suivante. Quand Gabriel avait demandé en se marrant qui était cette Lucinda, Derek s’était rembruni et avait simplement répondu : « c’est personne, j’ai acheté cette photo dans une brocante, elle portait déjà la dédicace ». Une petite voix sage avait résonné dans le crâne de Gabriel et lui avait conseillé ceci : « n’insiste pas ».

mardi 2 février 2010

lundi 1 février 2010

Par la cheminée


source

J’étais absent parce que :

- j’ai encore eu un gosse (un couillu, enfin !), oui encore, et qu’à ce rythme là, je suis carrément parti pour repeupler la planète, enfin, plus modestement, pour en aggraver la surpopulation.

- J’ai eu beaucoup de travail ces derniers temps [c’est l’excuse minable par excellence] et que je m’interrogeais sur l’évolution de ce blog et sur ce que je souhaitais en faire. [cette question demeure irrésolue]

- James Ellroy a sorti le troisième volet de sa trilogie Underworld USA et que, comme celui-ci est paru presque 6 ans après le précédent épisode, j’ai dû recommencer à partir du premier [American Tabloïd], histoire de parfaitement saisir les tenants et aboutissants de cet ensemble particulièrement foutraque de romans [géniaux]. Fuckhead !

- Je n’avais pas très envie de faire un billet de bonne année – vu que ce genre de souhait ne me réussit guère – et qu’il me semblait à cet effet particulièrement judicieux d’attendre que résonnent les premières cloches de février.

Je reviens [enfin, reviens…] parce que :

- Je manque peut-être à deux ou trois personnes qui ont l’habitude de traîner leurs basques dans c’te taule ! [Ce serait déjà bien]