lundi 22 août 2011

"Attise donc le feu de ton désir"



Les Journées Mondiales de la Jeunesse se sont achevées. Entre 1 et 2 millions de jeunes gens y ont participé. Ils sont tous rentrés chez eux l’esprit ravigoté, la foi remontée comme un coucou suisse. Quel formidable espoir ils représentent ! Ici et là, on les moquera bien vite, on s’empressera de sous-entendre que la jeunesse est malléable et qu’il est si facile (et très profitable) de l’embrigader – notons simplement que ce seront les mêmes qui s’enchanteront plus tard (cela ne saurait tarder) lorsque la jeunesse ira manifester son mécontentement dans la rue à propos de je ne sais quelle réforme à la con ne la concernant même pas. Elle aura alors, à ces quelques yeux, gagné ses galons de responsabilité ainsi que le droit de cité. Or, que faisaient-ils ces jeunes gens ? Vociféraient-ils parce que l’on repoussait de deux ans l’âge légal d’entrée en retraite ? Défilaient-ils en rangs serrés parce que l’on proposait de leur faire passer deux ans d’essai avant la signature d’un contrat à durée indéterminée ? Criaient-ils vengeance parce qu’un jeune voisin, s’étant fait pourchasser pour un menu larcin (ou pas de larcin du tout) par la maréchaussée, s’était écrabouillé la veille en mobylette dans un abribus ? Non, ces jeunes gens, venus de presque tous les pays du monde s’unissaient, partageaient, apprenaient à s’aimer et à se rencontrer, priaient pour le salut du monde. En d’autres termes, ils se réunissaient et plutôt que de centrer leurs sentiments sur leur propre personne, la perspective de leurs propres accomplissements, ils les offraient en don à tous ceux qui souffrent, qui doutent, à tous ceux qui, privés des lumières de la raison, ne parviennent plus à considérer ce vrai bien, qui ne peut être fait comme le dit Ste Catherine de Sienne, qu’au moyen de son prochain.

Si j’écris ici que cette jeunesse constitue un formidable espoir, y compris dans sa naïveté, c’est qu’il me semble à l’évidence que c’est cette jeunesse qui tient entre ses mains le futur de l’Eglise Catholique. Le message tenu par les évêques est à la fois juste et bon. Ces Journées sont belles et porteuses d’espérance mais il est nécessaire que ces jeunes gens retournent dans les Eglises et qu’ils les fréquentent davantage. Qu’ils participent à la vie et à l’essor de leur paroisse parfois lourdement endormie. Une jeune femme interrogée à Madrid témoignait qu’il était parfois difficile aujourd’hui d’être dans la peau d’un chrétien et qu’elle trouvait ici l’occasion d’assumer pleinement ce qu’elle était. Ce qu’elle disait est vrai. Cette religion, essentiellement assise sur l’humilité, l’amour et la considération, la patience et la douceur, la discrétion (pour paraphraser encore Catherine de Sienne) est difficile à tenir dans les résolutions qu’elle nous impose et ce sont ces mêmes résolutions qui attirent les railleries et la violence. L’agresseur est plus faible que l’agressé. S’il agresse, c’est parce qu’il sait que les coups qu’il aura portés ne lui seront pas retournés ou parce qu’il devine que l’agressé ne disposera pas des moyens de les lui rendre. Pire, il agressera d’autant plus que les résolutions du chrétien seront fermes. C’est cette posture d’humilité au centre du message chrétien, qui lui donnera l’envie irrépressible d’accentuer la force de ces coups, parce qu’être chrétien, c’est dans bien des cas rechercher des vertus dont l’agresseur potentiel ne se sent pas digne ou qu’il refuse obstinément d’adopter ; pour la seule raison qu’on n’acquiert ces vertus qu’à force de renoncements, d’oubli de soi, de volonté. L’homme de paix qui se disposera au centre du champ de bataille pour demander aux belligérants de cesser les combats ne tardera pas à être mis en pièces par les soldats de chaque camp, avant que la lutte ne reparte de plus belle. Il sera même parfois sacrifié sur l’autel d’une future réconciliation. Aussi, ces persécutions, agressions et railleries seront en elles-mêmes autant de récompenses. Plus elles seront fortes, plus elles conforteront dans l’idée que le chemin entrepris est le bon, qu’il est le seul à envisager.

Ces Journées Mondiales de la Jeunesse sont donc pour ces jeunes gens une sorte de réconfort momentané qui leur permet de se fortifier avant ce retour au monde qui promet cruautés, violences et moqueries. D’abord subies, portant leur lot de mortifications, elles ne tarderont pas être considérées dans leur pleine mesure comme d’authentiques bienfaits. Ne voyez-vous pas à quel point tout cela est absolument remarquable ? Toutes ces foules, composées de jeunes gens venus de tous les endroits du monde. Qui, surtout parmi ceux qui vantent la main sur le cœur les vertus du multiculturalisme, ne peut prendre conscience du formidable espoir que tout cela représente ? Comment ne peut-on pas entendre et comprendre la singularité du message d’universalité transmis en cette occasion, surtout quand il se concrétise ainsi, quand il se constitue ainsi en fait, sous l’œil des caméras du monde entier ? Il faut être d’une bien grande mauvaise foi pour trouver encore à redire, de quoi suspecter, de quoi médire, de quoi persifler. Il faut peut-être détester de reconnaitre chez l’autre la vertu dont on ne parvient pas à se rendre propriétaire. Ou fermer son cœur au point de ne plus parvenir à distinguer ce qui est un authentique bien. L’ironie de la chose, si je puis dire, c’est que je ne doute pas une seule seconde que c’est aussi pour ces gens-là que les jeunes chrétiens ont prié pendant ces quelques jours.



7 truc(s) extra en plus:

  1. Le titre de ce billet frôle la publicité mensongère, ces jeunes n'ont n'ont brûlé aucune voiture.

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  2. C'est ce que dit Dieu à Catherine de Sienne qui désire beaucoup, ardemment, tout le temps... Et qui ne connaissait pas les voitures. C'était mieux avant...

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  3. Elle avait fait vœu de virginité à cinq ans, dixit Wikipedia. Comme quoi à cette âge tendre, les petites filles de cette époque bien mieux d'avant étaient parfaitement au courant des choses de la vie.

    Le souhait des évêques (retournez dans les églises, les jeunes!) sera-t-il entendu ? On n'en prend pas le chemin.

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  4. Ah, vous savez Suzanne, je crois qu'au 14ème siècle, les religieux avaient tout l'art de faire naître dans l'esprit des enfants des questions qu'ils ne se posaient pas encore.

    Pour le reste. Non, en effet,
    je ne suis pas très optimiste non plus. Mais il faut quand même continuer à pousser en ce sens. Dans ma paroisse, je trouve toutefois qu'il y a de plus en plus de jeunes gens, mais c'est Paris, hein...donc pas vraiment représentatif.

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  5. "voeux de virginité à cinq ans". Je sais que les filles sont en avance, mais mon fils, qui a cinq ans, ignore tout ce qui est du "voeu", du "de" et de la "virginité...

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  6. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  7. Your point is valueble for me. Thanks!

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