La laïcité n’a jamais tout à fait réglé le problème posé par l’existence du catholicisme. Les persécutions religieuses n’étant plus de mode, on a toutefois trouvé des solutions de substitution. On a déduit à juste titre qu’il n’était pas nécessaire de fermer les Eglises pour en finir avec le catholicisme ; il suffisait simplement qu’il change de nature. Qu'il se renie. Un catholicisme light, in, relâché serait suffisant. La méthode est sournoise mais on devine, tout du moins en apparence, qu’il serait plus simple de convaincre les catholiques d’adopter les évolutions de la société moderne plutôt que de leur faire subir, en espérant qu'ils ne bronchent pas, une démolition planifiée de leurs lieux de culte par bulldozers interposés. Tout irait pour le mieux en réalité si le Pape et les évêques décidaient de considérer le bien fondé de la législation sur l’avortement, s’ils prenaient le parti d’appuyer les courants de pensée favorables à l’euthanasie, si la génétique et la manipulation des cellules souches ne leur posaient aucune question d’ordre éthique et métaphysique, s’ils considéraient le mariage homosexuel comme un projet de vie tout à fait viable (y compris dans le cadre de la reproduction de l’espèce), l’échangisme et le mélangisme comme bases d’une vie de couple parfaitement saine, le préservatif (et les grands concerts citoyens) comme seul moyen possible d’éradiquer le SIDA. Pas avare de bons conseils, la société verrait également d’un bon œil que les femmes puissent recevoir le sacerdoce ou que les prêtres obtiennent le droit de se marier. C’est là un recensement non exhaustif des exigences modernes à l’égard du catholicisme, quelques conseils de bons amis, dont l’observation, sournoisement bien sûr, aboutirait à sa mort immédiate. C’est sans doute à dessein que l’on attaque la Montagne par ce versant.
La question du célibat des prêtres pourrait ressurgir à l’occasion de la révocation de l’un d’entre eux, qui vivait en concubinage depuis plusieurs années. Les commentaires s’ensuivront peut-être et l’on s’étonnera comme toujours (où l'on feindra de s'étonner) en constatant que le catholicisme est compulsivement - cela va sans dire - réticent à entrer dans la modernité. Dans cette modernité là tout du moins. On s’empressera peut-être de montrer en exemple l’Eglise Anglicane ; Eglise moins embarrassée de scrupules s’il en est puisque l’on sait bien comment elle s’est historiquement fondée, c'est-à-dire en commençant par n’en avoir aucun, permettant notamment au monarque qui l’avait créée de se marier six fois et au passage de faire décapiter deux des six épouses en question.
Bien entendu, ces récriminations contre l’Eglise sont toutes portées par de non-catholiques militants. Ceux-là semblent avoir juré notre perte. On remarque dès lors que s’il est particulièrement mal vu pour un catholique de se mêler d’affaires publiques ou d’émettre un avis sur l’évolution de nos sociétés (la moindre visite de son plus haut représentant en terre étrangère suffit à déclencher des manifestations outrées, du même ordre que lorsqu’un chef d’état reçoit un dictateur sanguinaire avec les honneurs), les non-catholiques s’arrogent quant à eux le droit absolu de donner leur avis sur les positions des catholiques au point d’exiger même qu’ils en changent, sous peine de condamnation en intégrisme. Passons sur cette observation. Les catholiques ne souffrent pas de cette allergie à toute forme de critiques si commune aux laïcards compulsifs.
Le célibat des prêtres pose à l’évidence question et l’on peut y trouver de plus ou moins bonnes raisons. D’aucuns l’expliquent par l’histoire. Il ne fut pas de tout temps exigé des prêtres qu’ils restent chastes (au contraire de ceux qui se réservaient à la vie monastique). Nombre de papes furent mariés (dont vraisemblablement St Pierre lui-même, premier d’entre eux) ou vécurent avec une concubine sous leur toit ; certains eurent même des enfants. Ce n’est que vers la fin du 11ème siècle que le Pape Grégoire VII fit du célibat un préalable à l’exercice du ministère sacerdotal. Et cette déclaration, bien que forte et décisive, n'eut pas immédiatement les effets escomptés. La question en elle-même est donc complexe mais il est peut-être utile de rappeler que les prêtres ne font pas vœu de célibat avant de recevoir le sacerdoce. Ils ne font qu’une simple promesse à l’évêque qui les ordonne. Le célibat est moins une règle à observer qu’une forme d’exigence et si l’on peut déterminer dans l’Histoire et dans l’évolution des sociétés un début de réponse, on peut aujourd’hui trouver des justifications au célibat des prêtres sans scruter le passé.
Le mariage a changé. Il ne constitue plus une simple union de familles ou d’intérêts, et c'est un paramètre à considérer. Il est admis qu’il doit aujourd’hui prendre appui sur l’attachement pour évoluer vers l’amour mutuel. Peu de couples dépassent le premier stade, ce qui explique sans doute pourquoi un grand nombre d’entre eux ont recours à la dissolution de leur union. Les prêtres étant des êtres humains comme les autres, soumis aux mêmes doutes et aux mêmes faiblesses, rien n’indique qu’ils seraient exonérés d’avoir à affronter les mêmes péripéties, les mêmes doutes, les mêmes passions. Or, un prêtre a la charge d’une paroisse. S’il ne fait pas vœu de célibat, il fait vœu de total dévouement : envers Dieu ainsi qu’envers ses paroissiens. Cela requiert de sa part un investissement que l’on ne mesure pas, surtout si l’on ne connait la religion catholique que de l’extérieur. Concrètement, on peut très bien se demander pour quelles mystérieuses raisons cet investissement ne se verrait pas contraint par les aléas de la vie de couple. Plus concrètement encore, il est permis de se demander si l’incertitude de ce projet commun, qui exige de ceux qui s'y engagent une forme de perfection, ne perturberait pas nécessairement la qualité de l’engagement de l’homme d’Eglise. Cela nous arrive à nous tous de vivre dans nos couples des périodes difficiles. Notre colère, notre frustration, la douleur que nous ressentons à l'impression de nous sentir incompris rejaillissent alors nécessairement sur nos rapports à l’autre. Sur la qualité de notre vie professionnelle également. La différence entre nous qui sommes peut-être comptables, guichetiers en banque, informaticiens, professionnels de la communication, gardiens de nuit dans un musée national, boulangers ou clercs de notaire, c’est que nous n’avons pas la responsabilité d’âmes, que nos engagements n’ont qu'une portée très limitée - bien moindre en tout cas que celle des responsabilités d’un prêtre - qu'ils ne sont pas censés mobiliser l'essentiel de notre vie, qu'ils ne nous lient pas à nos employeurs, à nos collègues au point de nous obliger à un dévouement total et désintéressé. Cet engagement total qui lie un prêtre peut-il cohabiter avec un autre, que la volonté n’est jamais totalement à même de maîtriser ? C’est à mon sens, aujourd’hui, la principale interrogation, et sa résolution logique constitue la principale des nombreuses raisons qui légitiment la nécessité du célibat des prêtres.
Si l’on sait lire entre les lignes du petit article que 20 minutes a consacré à la question (la perception que nous avons du catholicisme est souvent guidée par une grande mauvaise foi), on voit bien qu’il n’y est fait aucunement mention par l’évêque d’un dégoût particulier à l’égard de la vie maritale. Aucun jugement n’est émis. Il est loin désormais le temps où le Pape Grégoire "Le Grand" affirmait que tout désir sexuel constituait un péché en lui-même. Du reste, la question sexuelle n'est même pas évoquée, par pudeur ou plus simplement parce qu’elle n’a pas à être posée. Seul un constat simple prévaut : l’identification d’une inadéquation entre le choix de vie de cet homme et la mission qui lui a été confiée.
Le prêtre est certes démis de ses fonctions mais son ancienne hiérarchie continue toutefois à se préoccuper de ses futures conditions de vie, puisqu’il se retrouvera en quelque sorte au chômage, sans soutien financier. « L’Eglise diocésaine accompagnera celui qui remet aujourd’hui sa charge et reste un frère », insiste l’évêque. C’est sans doute une préoccupation dont chaque salarié de France aimerait être l’objet lors d’un licenciement. Mais puisque c’est à l’Eglise de changer et non à la société, je suppose que l’on peut toujours attendre…
1 truc(s) extra en plus:
Je me disais bien que mon mari aurait du rester célibataire... Car il aime tellement regarder ses petites graines pousser (en tant qu'agriculteur, lui hein...).
Merci pour vos articles toujours intéressants et fort argumentés.
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