vendredi 26 août 2011

Une reconstitution




Affaire classée.

On a rendu son passeport au camarade Dominique. Finie la confiscation du droit de véhiculer. Les souvenirs de Rikers Island s’estompent doucement. Et les socialistes sont contents. Et ceux qui n’aiment pas vraiment les socialistes ne sont pas contents que les socialistes soient contents. « Un peu de pudeur, merde, s’époumonent-ils en chœur. Et Nafissatou ? Et Nafissatou ? Pas un mot pour Nafissatou ? » - Merci à Suzanne...

J’espérais pour ma part que l’on finirait par ne plus parler de cette histoire, que l’on finirait par l’oublier un peu parce qu’à vrai dire, je commençais à trouver ce déballage lassant. Et pitoyable. DSK va au resto. DSK sort de sa bagnole. DSK coince la clé de son appartement dans la serrure de la porte donnant sur le hall. Flashs et crépitements. Une du Daily-machin dégueulasse et anti-française – à faire du moins convaincu un patriote franchouillard digne d’un membre du tea party. New-York ramené à la taille de Vezoul : Palais de Justice -appartement de DSK - déjeuner en ville. Il était temps que cela se termine ou s’atténue, ou s’adoucisse. Et bien non, l’affaire DSK, c’est comme la corrida, on en redemande. S’il ne s’y passe plus rien, on bat des mains pour rappeler le matador.

Parce que l’on est l’ami du genre féminin, pas du tout parce que l’on a de vieux fantasmes voyeuristes, on voudrait bien connaitre la vérité et comme on pressent vaguement qu’on ne l’obtiendra pas, on met en branle ses petits neurones dans l’optique de déterminer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Ce faisant, bien sûr, puisqu’en l’espèce – en l’absence de preuves – tout est absolument possible (et je dis bien tout), on détermine davantage l’hypothèse qui nous semble la plus probable au détriment de celle dont on croit qu’elle l’est moins. En langage courant, on appelle cela prendre ses désirs pour des réalités. L’hypothèse la moins probable, disent en chœur, nos petits soldats de la reconstitution en chambre, consiste à affirmer qu’une dizaine de minutes ne peuvent suffire à convenir d’une transaction sexuelle. L’un d’entre eux, blogueur pourtant estimable, se croit même obligé de dire que si nous n’avons certes pas la certitude que la scène a duré moins de dix minutes, un laps de temps supplémentaire portant la durée de l’événement à plus d’une vingtaine de minutes n’aurait pas davantage permis de conclure un accord sexuel et financier.

Je vais m’empresser de les détromper. 10 minutes suffisent amplement.

DSK sort de sa douche. Comme chacun sait, sous la douche, il arrive que les hommes se livrent à des pratiques tout à fait réprouvées par la morale catholique du 14ème siècle. Quand DSK coupe donc le jet d’eau chaude et qu’il se dirige vers sa chambre, ruisselant, il est déjà bouillant, savamment excité, ce que la serviette enroulée autour de sa taille dissimule à peine. C’est apparemment à ce moment là qu’il croise Nafissatou Diallo. Elle a un petit charme, la femme de chambre, je me vois désolé de contredire certains, elle a au moins celui de la surprise en l’occurrence. Je ne vais pas plus loin dans cette description par refus d’une forme de complaisance et aussi, pour ne pas me faire étriller par les quelques féministes qui échoueraient ici.

DSK est à l’aise, sûr de sa personne, malgré sa silhouette difforme, comme un puissant peut l’être. Il fait peut-être une remarque salace, graveleuse. Et elle, elle remarque bien que sous la serviette, DSK est plutôt heureux de la voir. Dans un premier temps, elle est peut-être gênée, à moins qu’elle ne trouve la situation un peu grotesque. L’homme est gras, surexcité. Elle le trouve peut-être laid. La transaction commence pourtant. DSK n’est sans doute pas d’une finesse remarquable. « D’autres que vous, Madame, ont déjà accepté mes propositions. Vous savez, j’ai beaucoup d’argent, j’ai largement de quoi vous rétribuer. » (1) Elle refuse sans doute une première fois. Elle est sans doute indignée par les manières grossières et vulgaires de cet homme qu’elle ne connait pas. « Je ne suis pas une prostituée », se défend-t-elle. DSK s’approche peut-être pour lui barrer le chemin et d’une voix douce lui murmure : « Je ne me permettrais jamais de dire cela. Bien sûr que vous n’êtes pas une prostituée, mais cela vous soulagerait peut-être. Peut-être avez-vous quelques problèmes dans votre vie que je pourrais vous aider à régler, je suis un homme puissant, vous savez, j’ai des relations… ». La conversation peut avoir duré un certain temps comme cela avant que Nafissatou Diallo ne cède. Mais elle cède finalement ; ne perdez pas de vue, s’il vous plait, qu’il ne s’agit que d’une hypothèse. L’acte en soi n’a duré que quelques instants. DSK, dès la permission accordée s’est jeté sur elle et a assouvi son désir en à peine 2 minutes. Il faut moins de temps à d’autres. Peut-être a-t-elle alors éprouvé pour elle-même du dégoût. Le déroulement de l’acte lui-même lui a peut-être semblé insoutenable. Peut-être même a posteriori. Si tel est le cas, l’homme repoussant, obèse, qui s’est déversé sur elle comme un animal a sans doute accru ce dégoût. Aussi – et il ne s’agit donc peut-être pas forcément d’un acte de vénalité prémédité mais de l’expression d’une simple volonté de ce qu’elle imagine être une digne rétribution (davantage un dédommagement en fait que la rémunération d’un acte sexuel tarifé) – elle croit bon (et peut-être juste) de demander à DSK, au riche et puissant DSK tel qu’il s’est décrit lui-même, une somme déraisonnable. Somme qu’il refuse de payer. Qu’importe, dit-elle alors, en claquant la porte de la chambre, elle pourrait tout aussi bien le faire chanter. Et c’est ainsi que la déferlante aurait pu emporter ces deux personnes.

Cette hypothèse tient la route, aussi répugnante soit-elle. (2)

Bien entendu, d’un point de vue moral, si la chose s’est déroulée de la sorte, tout cela est parfaitement dégoûtant et nous pouvons bien sûr porter sur ces événements un jugement moral qui ne serait aucunement en faveur de DSK. L’homme aurait ainsi usé de sa position pour abuser de la fébrilité psychologique, financière et sociale d’une femme. En allant plus loin, d’un point de vue essentiellement moral, nous pourrions même considérer tout cela comme une sorte de viol, bien sûr. Quand bien même la frontière serait ténue, elle n’en serait pas moins là. Stricto sensu, DSK se serait assuré du consentement de Nafissatou Diallo, quand bien même les moyens employés seraient aussi discutables qu’amoraux. Il serait toutefois dans l’impossibilité de le prouver tout comme Nafissatou Diallo serait dans l’incapacité de prouver avoir été manipulée puisque pas même un dollar n’aurait été échangé entre eux. Légalement, judiciairement, l’affaire ne tiendrait pas une seule seconde au pénal. Le procès civil serait alors en effet plus conforme à la réalité des faits. Il permettrait de réparer ce que Nafissatou Diallo identifierait à rebours (peut-être à juste titre) comme un préjudice moral.

Dans cette affaire, tout le problème provient du fait que ceux qui se croient autorisés à donner un avis, à former des hypothèses, oublient (ou ignorent) à quel point les êtres humains sont complexes. Que ce qui les agite, les fait se mouvoir, les fait agir et réagir l’est tout autant. Or, l’être humain et ses actions, s’ils obéissent sans doute à quelque déterminisme, n’en constituent pas pour autant une équation mathématique qu’il serait aisé de résoudre en additionnant les minutes, en les soustrayant, et en empilant nos propres conceptions morales tout en refusant de considérer celles qui nous seraient étrangères. Voilà sans doute pourquoi il ne sert à rien de se réjouir ou de s’attrister parce que ce procès n’aura jamais lieu. Toute justice qui refuse de juger, lorsqu’elle ne croit pas disposer des éléments pour éviter à coup sûr de porter un jugement tronqué reposant sur des bases incertaines, est une justice saine et équilibrée. A ce titre, les socialistes triomphants sont aussi impudents que ceux qui ne cessent d’afficher leurs certitudes ; féministes ou histrions de droite et d’extrême droite.

Le Procureur a abandonné les charges. DSK a récupéré son passeport et reviendra certainement en France dans les prochains jours. Ce passeport ne lui permettra pas de jouer un rôle politique à l’avenir ; l’opinion y est opposée. Il y aura pour lui d’autres échéances judiciaires, peut-être plus adaptées à la réalité des faits et des sentiments de chacun. Les correspondants à l’étranger des chaines d’information peuvent maintenant retourner à leurs occupations quotidiennes et les voisins d’un temps de DSK retrouver une vie tranquille.


(1) DSK a certes affirmé n’avoir pas rétribué Nafissatou Diallo. Il n’a pas dit en revanche que la question n’avait jamais été abordée.

(2) Et on pourrait en établir d’autres.

lundi 22 août 2011

"Attise donc le feu de ton désir"



Les Journées Mondiales de la Jeunesse se sont achevées. Entre 1 et 2 millions de jeunes gens y ont participé. Ils sont tous rentrés chez eux l’esprit ravigoté, la foi remontée comme un coucou suisse. Quel formidable espoir ils représentent ! Ici et là, on les moquera bien vite, on s’empressera de sous-entendre que la jeunesse est malléable et qu’il est si facile (et très profitable) de l’embrigader – notons simplement que ce seront les mêmes qui s’enchanteront plus tard (cela ne saurait tarder) lorsque la jeunesse ira manifester son mécontentement dans la rue à propos de je ne sais quelle réforme à la con ne la concernant même pas. Elle aura alors, à ces quelques yeux, gagné ses galons de responsabilité ainsi que le droit de cité. Or, que faisaient-ils ces jeunes gens ? Vociféraient-ils parce que l’on repoussait de deux ans l’âge légal d’entrée en retraite ? Défilaient-ils en rangs serrés parce que l’on proposait de leur faire passer deux ans d’essai avant la signature d’un contrat à durée indéterminée ? Criaient-ils vengeance parce qu’un jeune voisin, s’étant fait pourchasser pour un menu larcin (ou pas de larcin du tout) par la maréchaussée, s’était écrabouillé la veille en mobylette dans un abribus ? Non, ces jeunes gens, venus de presque tous les pays du monde s’unissaient, partageaient, apprenaient à s’aimer et à se rencontrer, priaient pour le salut du monde. En d’autres termes, ils se réunissaient et plutôt que de centrer leurs sentiments sur leur propre personne, la perspective de leurs propres accomplissements, ils les offraient en don à tous ceux qui souffrent, qui doutent, à tous ceux qui, privés des lumières de la raison, ne parviennent plus à considérer ce vrai bien, qui ne peut être fait comme le dit Ste Catherine de Sienne, qu’au moyen de son prochain.

Si j’écris ici que cette jeunesse constitue un formidable espoir, y compris dans sa naïveté, c’est qu’il me semble à l’évidence que c’est cette jeunesse qui tient entre ses mains le futur de l’Eglise Catholique. Le message tenu par les évêques est à la fois juste et bon. Ces Journées sont belles et porteuses d’espérance mais il est nécessaire que ces jeunes gens retournent dans les Eglises et qu’ils les fréquentent davantage. Qu’ils participent à la vie et à l’essor de leur paroisse parfois lourdement endormie. Une jeune femme interrogée à Madrid témoignait qu’il était parfois difficile aujourd’hui d’être dans la peau d’un chrétien et qu’elle trouvait ici l’occasion d’assumer pleinement ce qu’elle était. Ce qu’elle disait est vrai. Cette religion, essentiellement assise sur l’humilité, l’amour et la considération, la patience et la douceur, la discrétion (pour paraphraser encore Catherine de Sienne) est difficile à tenir dans les résolutions qu’elle nous impose et ce sont ces mêmes résolutions qui attirent les railleries et la violence. L’agresseur est plus faible que l’agressé. S’il agresse, c’est parce qu’il sait que les coups qu’il aura portés ne lui seront pas retournés ou parce qu’il devine que l’agressé ne disposera pas des moyens de les lui rendre. Pire, il agressera d’autant plus que les résolutions du chrétien seront fermes. C’est cette posture d’humilité au centre du message chrétien, qui lui donnera l’envie irrépressible d’accentuer la force de ces coups, parce qu’être chrétien, c’est dans bien des cas rechercher des vertus dont l’agresseur potentiel ne se sent pas digne ou qu’il refuse obstinément d’adopter ; pour la seule raison qu’on n’acquiert ces vertus qu’à force de renoncements, d’oubli de soi, de volonté. L’homme de paix qui se disposera au centre du champ de bataille pour demander aux belligérants de cesser les combats ne tardera pas à être mis en pièces par les soldats de chaque camp, avant que la lutte ne reparte de plus belle. Il sera même parfois sacrifié sur l’autel d’une future réconciliation. Aussi, ces persécutions, agressions et railleries seront en elles-mêmes autant de récompenses. Plus elles seront fortes, plus elles conforteront dans l’idée que le chemin entrepris est le bon, qu’il est le seul à envisager.

Ces Journées Mondiales de la Jeunesse sont donc pour ces jeunes gens une sorte de réconfort momentané qui leur permet de se fortifier avant ce retour au monde qui promet cruautés, violences et moqueries. D’abord subies, portant leur lot de mortifications, elles ne tarderont pas être considérées dans leur pleine mesure comme d’authentiques bienfaits. Ne voyez-vous pas à quel point tout cela est absolument remarquable ? Toutes ces foules, composées de jeunes gens venus de tous les endroits du monde. Qui, surtout parmi ceux qui vantent la main sur le cœur les vertus du multiculturalisme, ne peut prendre conscience du formidable espoir que tout cela représente ? Comment ne peut-on pas entendre et comprendre la singularité du message d’universalité transmis en cette occasion, surtout quand il se concrétise ainsi, quand il se constitue ainsi en fait, sous l’œil des caméras du monde entier ? Il faut être d’une bien grande mauvaise foi pour trouver encore à redire, de quoi suspecter, de quoi médire, de quoi persifler. Il faut peut-être détester de reconnaitre chez l’autre la vertu dont on ne parvient pas à se rendre propriétaire. Ou fermer son cœur au point de ne plus parvenir à distinguer ce qui est un authentique bien. L’ironie de la chose, si je puis dire, c’est que je ne doute pas une seule seconde que c’est aussi pour ces gens-là que les jeunes chrétiens ont prié pendant ces quelques jours.



jeudi 4 août 2011

C'est couillon !


Bon, et maintenant que j’ai deux blogs, que j’en ai re-designé un avec goût, référence cinématographique à l’appui – comme j’aime la métaphysique à la sulfateuse – il va falloir que je rédige des billets.

A vrai dire, je n’y avais même pas pensé…










lundi 1 août 2011