vendredi 30 septembre 2011

Con comme ses pieds


Les catholiques rétrogrades – déconnectés de la réalité - et forcément moisis ont encore frappé. Cette fois, ce n’est pas une exposition d’art contemporain ou une performance théâtrale qui les a fait bondir mais une innocente publicité de la célèbre marque de pompes de merde, Eram. Le slogan – La famille, c’est sacré – aurait dû plaire aux catholiques, remarque-t-on malicieusement. Il en serait resté là, ç’aurait sans doute été le cas…mais il n’en est pas resté là.

«Comme disent mon papa, ma maman, et la troisième femme de mon papa, la famille, c'est sacré»

«Comme disent mes deux mamans, la famille c'est sacré»

«Comme disent ma maman, et son petit copain qui a l'âge d'être mon grand frère, la famille c'est sacré»

Eram est entré en modernité. La famille n’est plus ce vieux carcan pourri qui fait la fierté des catholiques. La famille est désormais protéiforme. Son architecture n’est plus aussi stricte qu’avant. Elle change, évolue, se détruit et se reconstruit sans cesse. Les enfants, ces petits vieux en réduction qui se forgent sur les habitudes et la stabilité n’ont qu’à suivre. Et avec le sourire encore. Désormais, il y a des belles-mères, des beaux-pères, des couguars, des goudous et des pédés. En attendant que la révolution des mœurs soit tout à fait achevée, et les catholiques tout à fait morts, la page Facebook de la marque est saturée de commentaires appelant au boycott. Blasphème commercial. Pour mieux illustrer cette terrible levée de boucliers qui pue la vieille cave et qui fait sans aucun doute trembler le D.G. d’Eram dans ses mocassins à grelots confection non délocalisée, Libération, qui ne manque jamais de foncer dans le lard du catholique à tout bout de champ, est allé piocher sur le net quelques réactions très représentatives de blogueurs confidentiels et caricaturaux, dont certains sont manifestement en délicatesse avec l’orthographe et la syntaxe. C’est dire si le monde catholique tout entier s’est emparé de la question. Est à la pointe du combat. On n’attend plus que le Pape pour prononcer l’excommunication de la collection automne-hiver.

Parallèlement, Eram qui voit secrètement d’un bon œil cette polémique qui sera sans doute prochainement rentable fait mine de ne pas comprendre. Voici son splendide communiqué : « À l’heure où les divorces sont de plus en plus nombreux en France, où le mariage homosexuel vient d’être légalisé à New York, Eram met les pieds dans le plat et affiche dans la rue et les magazines des portraits de familles comme on ne les montre jamais dans la publicité : déstructurées, recomposées, éclatées, décomposées. Des enfants qui ont deux mamans, d’autres qui ont un père, une mère et 3 belles mères, d’autres encore dont le beau père à l’âge d’être leur grand frère. La « vraie » vie, quoi. Mais si les familles explosent, l’esprit de famille reste. Car quoi qu’il en soit: la famille c’est sacré ».

La vraie vie communique-t-on par opposition je suppose aux familles sobrement composées d’une femme et d’un homme ayant choisi de se marier, croyant sottement aux vertus de la fidélité et aimant assez leurs deux enfants pour ne pas envisager le divorce au moindre accroc, qui macèrent évidemment dans une fausse vie ; une vie toute moisie, qui disparaitra bientôt tout à fait. Si l’on était mal intentionné, on ferait remarquer à Eram qu’il manque à cette magnifique collection un couple d’échangistes passant toutes ses vacances au Cap d’Agde. Le slogan pourrait être : Comme disent ma Maman, mon Papa et mes 23 tontons, la famille c’est sacré ». A l'évidence, on voit le mal partout.

Contacté par Next-Libération, Benoit Devarrieux, le directeur des Ateliers Devarrieux qui ont créé la campagne, explique : « Je ne suis pas surpris pas ces réactions, il y a toujours des personne pour tirer en arrière. La campagne ne fait pourtant que refléter la réalité avec des familles recomposées et décomposées... Mais s'il y a des réactions négatives, il faut aussi voir que sur la page Facebook d'Eram, de nombreux internautes viennent défendre la campagne, et les valeurs qu'elle véhicule ».

Il s’agit donc de valeurs, tenez-vous bien. Les catholiques, y compris les moins rétrogrades, seraient incapables de se conformer à la réalité et tireraient en arrière, c'est-à-dire vers la régression de l’espèce. On se demande bien dans quelle putain de réalité vit ce Benoit Devarrieux. On se demande par exemple s’il sait ce qu’est la réalité d’une famille recomposée. Bien entendu, sur la publicité Eram, toute la famille est heureuse et épanouie. La petite fille est absolument ravie de vivre constamment sans un de ses parents et d’assister aux atermoiements matrimoniaux de son inconstant de père. A dire vrai, si on lui demandait son avis, maintenant, tout de suite à cette petite fille, elle dirait sans doute : « Comme disent mon papa, ma maman, et la troisième femme de mon papa, la famille, c'est sacré… Et surtout, qu’est-ce qu’on rigole quand on fait des pique-niques ! » Monsieur Devarrieux ne sait sans doute pas qu’élever un enfant qui n’est pas le sien est d’une complexité terrible. Il ne sait sans doute pas qu’un divorce a dans la majorité des cas des répercussions négatives sur le comportement, la vie sociale et la scolarité des enfants. Il ne sait sans doute pas qu’à la suite d’un divorce, les familles se déchirent dans des proportions terrifiantes, que dans bien des cas, le père doit se battre comme un chien pour obtenir le droit de voir ses enfants ne serait-ce qu’un week-end sur deux, que dans l’écrasante majorité des cas, la garde de ces enfants est confiée à la mère, même lorsqu’elle est inapte à leur bonne éducation. Sans doute ne sait-il pas que lorsqu’une famille se décompose et se recompose, l’enfant d’une précédente union se sent très souvent exclu de cette nouvelle famille qui s’est reconstituée malgré lui et qu’il doit souvent composer avec des beaux-parents qui ne le comprennent pas, parfois le rudoient parce qu’ils ne supportent pas de devoir vivre avec un enfant qui n’est pas le leur. A ce titre, je me demande qui des catholiques ou des partisans de la Nouvelle Famille fuient les réalités.

La société moderne a cette tendance terrifiante de vouloir à tout prix consacrer ses manques et ses carences. Elle ne parvient plus à protéger l’enfant de ses propres faiblesses et refuse qu’on les identifie. On définit ainsi la norme sociale et l’individu non plus en fonction des vertus mais en fonction d’une tolérance absolue, aveugle, béate, béni-oui-oui, excluant tout jugement, toute forme de responsabilités. Je le dis d’autant plus sereinement que je suis père d’une petite fille, née d’une précédente union (non consacrée par le mariage et je vous rassure, conçue avant d’avoir rencontré mon épouse avec qui j’ai deux autres enfants), dont j’ai obtenu la garde. Je sais bien les efforts qu’il me faut faire chaque jour pour la rassurer, la soutenir, l’épauler, lui permettre de grandir dans la sérénité. Et ceux que je fais sur moi-même lorsque je dois me montrer plus dur, plus inflexible. Malgré ces efforts, cette attention de tous les instants, l'absence quotidienne de sa mère est évidemment impossible à combler. Je mesure la chance que j’ai d’avoir à mes cotés une épouse d’une rare intelligence, qui accepte cet enfant sans aucune condition, qui, malgré des doutes compréhensibles, participe pleinement, quotidiennement et concrètement à son éducation. Si ma fille aujourd’hui se sent pleinement faire partie de cette famille, si elle a des rapports très étroits avec sa sœur et son frère, si elle identifie que mon épouse s’occupe d’elle comme elle s’occupe de ses autres enfants (l’emmène chez le médecin (spécialistes ou généralistes) quand elle est malade, assiste aux réunions de parents d’élèves, l’emmène chez ses camarades quand il y a un gouter d’anniversaire, discute avec elle, l’écoute, la câline, la réprimande quand elle franchit les limites que nous avons communément fixées) et qu’elle a donc des relations véritables et saines avec elle, rien ne pourra la consoler absolument de cette absence qui constitue une fêlure impossible à colmater. Cette situation étant gérée dans les meilleures conditions possibles, il ne me viendrait toutefois pas à l’idée de me constituer en modèle, d’exiger de la société qu’elle me reconnaisse comme une norme absolument raisonnable. Je sais ce que j’ai fait, je sais les erreurs que j’ai commises, je sais ce que je fais aujourd’hui pour amoindrir leurs effets. J’assume tout. De là à me citer en exemple, le sourire en coin, satisfait de moi-même et de mes manques, il y a un pas que je ne franchirai jamais.

vendredi 23 septembre 2011

Faux-semblants


# 1

La pauvreté n'est pas une excuse... En plus, elle n'existe presque plus la pauvreté, à quoi ça sert d'en parler, alors ? Dans notre pays tout va très bien. L'Ecole publique est ouverte à tous, l'égalité des chances est là, prête à servir.

Toujours à revendiquer, ces cons de pauvres qui ne sont même pas vraiment pauvres. La pauvreté serait là, terrible, oppresserait les populations ? On n'y croit rien, faut pas nous la faire à nous, on le connait le système d'aides sociales, cette grande manufacture à surproduire de l'assisté à la chaine ! Ce qui importe, c'est bien sûr de s'assurer que tout le monde adhère aux valeuuuuurs de la Répuuuublique et le pays se relèvera de lui-même, comme Lazare. Salut au drapeau, obligation de porter la main sur son coeur pendant l'hymne. Un charter pour les indésirables. Et puis, coco, en ce moment, c'est quand même la Coupe du Monde de Rugby. Aaaaah, ce beau sport qu'est le rugby, ça nous change de ces grands conards du foot. Voilà un sport qui a de belles valeurs, le rugby, un peu comme la France, un peu comme la République, d'ailleurs, tiens, c'est que le rugby doit être républicain, intrinsèquement républicain, ils en parlaient aux aurores sur Europe numéro 1 ce matin, les hommes politiques ne parlent plus que de ça, le rugby les obsède, le rugby les possède, deux ministres français et néozélandais commençaient hier leur entretien par évoquer pendant un quart d'heure le prochain match entre le quinze tricolore et les All Blacks ; c'est dire si les problèmes du monde ne sont pas sérieux !

Si nous vivions une crise mondiale, ça se saurait !

---

# 2

Il était 6h50 ce matin. Je sirotais un café à la fenêtre. Le soleil n'était pas encore véritablement levé, il balbutiait en quelque sorte. I like the Sunrise en résonance, ce genre de choses. La rue était déserte et calme. J'avais pris place sur une des petites chaises des filles et j'étais en contemplation tandis qu'une cigarette se consumait lentement dans le cendrier.

Je vis alors un homme sortir de la caserne des pompiers. Il campa devant la porte et se mit à faire de grands gestes en direction d'hommes invisibles. Deux autres pompiers en tenue arrivèrent quelques instants plus tard en courant. Ils portaient tous deux de grands sacs poubelles vides. Ils entrèrent aussitôt, encouragé par l'homme qui les attendait puis disparurent. La porte se referma derrière eux dans un grand bruit de tôle. Je finis mon café en souriant jaune. J'écrasai ma cigarette avec nervosité. Je me sentis dans la peau de James Stewart dans Fenêtre sur cour. A la différence que ma jambe n'était pas prisonnière d'un plâtre et qu'une voix intérieure crut bon de me tirer de ma rêverie en prononçant ces mots simples : "tu vas être en retard au boulot".

Chienne de vie n'est-ce pas ?

jeudi 22 septembre 2011

Surveille tes arrières, cowboy !


Troy Davis est donc mort.

Les injections ont commencé à 22h53. A 23h08, on constatait son décès. Tout le monde était sans doute satisfait d’avoir fait correctement son travail, les techniciens, les surveillants de prison, le légiste, les petites mains déresponsabilisées de la mort. Tout ce monde rentra sans doute chez soi, pour reprendre le cours de sa vie, border ses gosses, boire un verre de scotch, ressasser quelques réflexions métaphysiques sur l’évanescence et la fragilité de l’existence.

Les toubibs de l’état certifient que le procédé est sans douleur. Les toubibs de l’état certifient que le procédé est humain ; c’est une façon de voir les choses. On suppose qu’il ne l’est pas pour les familles de ceux que l’on a mis à mort, ni pour tous ceux qui se battent parfois pour faire reconnaitre leur innocence. Mais on se fout sans doute de ces gens là. Le doute était raisonnable et permis dans le cas de Troy Davis mais le doute ne profite pas dans l’état de Géorgie. Il ne profite guère plus au Texas, surtout au Texas nous serions tentés de dire, puisque c’est au sein de cet état que l’on a exécuté 40 % des peines capitales du pays. 40 % !

Rick Perry, gouverneur de l’état-au-stetson depuis le 21 décembre 2000 peut se targuer d’avoir permis l’exécution de 234 condamnés à mort. L’homme est fier de son bilan. Il a une gueule d’animateur de matinale d’une grande ville américaine, une gueule à jouer un rôle de chirurgien aux dents longues dans un soap, une gueule de présentateur de télé-achat local. La dernière image me semble parfaitement correspondre, on l’imagine en effet très bien à coté d’une blonde lycra-plantureuse en plein exercice de fitness, répéter sans arrêt comme un automate à l’intelligence artificielle déficiente : « C’est fabuleux, Cindy ! C’est absolument fabuleux Cindy ! Mais comment faites-vous cela ? » Et la blonde répondrait sans doute : « Tout à fait sans efforts, Rick ! »

La vie est sans doute plus simple quand vous avez la gueule de Rick Perry, quand vous avez cette gueule d’ascension programmée. L’homme, en effet, brigue l’investiture républicaine pour la prochaine présidentielle américaine. L’Amérique a eu pire : un mauvais acteur de série B ou un type capable de quasi s’étouffer avec un bretzel. Pourquoi pas un présentateur de télé-achat libidineux ? Pour l’instant, rien n’est joué de toute façon, personne ne semble se détacher. Ni Rick Perry, ni Sarah Palin. On organise donc des débats, un peu comme il s’en tient en ce moment chez les socialistes, qui permettent de mesurer la tenue des brushings et l’éclat des râteliers. Très récemment, pendant un de ces débats, on a évoqué le death penalty scoring de Rick Perry et cette évocation a déclenché des applaudissements dans l’assistance (morbide isn’t it ?). Puis on a demandé à Monsieur Perry si l’éventualité d’exécuter un innocent troublait parfois son sommeil.

La réponse fusa sans attendre :

« No, sir ! »

mercredi 21 septembre 2011

Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !

vendredi 16 septembre 2011

Changer ou disparaitre

La laïcité n’a jamais tout à fait réglé le problème posé par l’existence du catholicisme. Les persécutions religieuses n’étant plus de mode, on a toutefois trouvé des solutions de substitution. On a déduit à juste titre qu’il n’était pas nécessaire de fermer les Eglises pour en finir avec le catholicisme ; il suffisait simplement qu’il change de nature. Qu'il se renie. Un catholicisme light, in, relâché serait suffisant.

La méthode est sournoise mais on devine, tout du moins en apparence, qu’il serait plus simple de convaincre les catholiques d’adopter les évolutions de la société moderne plutôt que de leur faire subir, en espérant qu'ils ne bronchent pas, une démolition planifiée de leurs lieux de culte par bulldozers interposés. Tout irait pour le mieux en réalité si le Pape et les évêques décidaient de considérer le bien fondé de la législation sur l’avortement, s’ils prenaient le parti d’appuyer les courants de pensée favorables à l’euthanasie, si la génétique et la manipulation des cellules souches ne leur posaient aucune question d’ordre éthique et métaphysique, s’ils considéraient le mariage homosexuel comme un projet de vie tout à fait viable (y compris dans le cadre de la reproduction de l’espèce), l’échangisme et le mélangisme comme bases d’une vie de couple parfaitement saine, le préservatif (et les grands concerts citoyens) comme seul moyen possible d’éradiquer le SIDA. Pas avare de bons conseils, la société verrait également d’un bon œil que les femmes puissent recevoir le sacerdoce ou que les prêtres obtiennent le droit de se marier. C’est là un recensement non exhaustif des exigences modernes à l’égard du catholicisme, quelques conseils de bons amis, dont l’observation, sournoisement bien sûr, aboutirait à sa mort immédiate. C’est sans doute à dessein que l’on attaque la Montagne par ce versant.

La question du célibat des prêtres pourrait ressurgir à l’occasion de la révocation de l’un d’entre eux, qui vivait en concubinage depuis plusieurs années. Les commentaires s’ensuivront peut-être et l’on s’étonnera comme toujours (où l'on feindra de s'étonner) en constatant que le catholicisme est compulsivement - cela va sans dire - réticent à entrer dans la modernité. Dans cette modernité là tout du moins. On s’empressera peut-être de montrer en exemple l’Eglise Anglicane ; Eglise moins embarrassée de scrupules s’il en est puisque l’on sait bien comment elle s’est historiquement fondée, c'est-à-dire en commençant par n’en avoir aucun, permettant notamment au monarque qui l’avait créée de se marier six fois et au passage de faire décapiter deux des six épouses en question.

Bien entendu, ces récriminations contre l’Eglise sont toutes portées par de non-catholiques militants. Ceux-là semblent avoir juré notre perte. On remarque dès lors que s’il est particulièrement mal vu pour un catholique de se mêler d’affaires publiques ou d’émettre un avis sur l’évolution de nos sociétés (la moindre visite de son plus haut représentant en terre étrangère suffit à déclencher des manifestations outrées, du même ordre que lorsqu’un chef d’état reçoit un dictateur sanguinaire avec les honneurs), les non-catholiques s’arrogent quant à eux le droit absolu de donner leur avis sur les positions des catholiques au point d’exiger même qu’ils en changent, sous peine de condamnation en intégrisme. Passons sur cette observation. Les catholiques ne souffrent pas de cette allergie à toute forme de critiques si commune aux laïcards compulsifs.

Le célibat des prêtres pose à l’évidence question et l’on peut y trouver de plus ou moins bonnes raisons. D’aucuns l’expliquent par l’histoire. Il ne fut pas de tout temps exigé des prêtres qu’ils restent chastes (au contraire de ceux qui se réservaient à la vie monastique). Nombre de papes furent mariés (dont vraisemblablement St Pierre lui-même, premier d’entre eux) ou vécurent avec une concubine sous leur toit ; certains eurent même des enfants. Ce n’est que vers la fin du 11ème siècle que le Pape Grégoire VII fit du célibat un préalable à l’exercice du ministère sacerdotal. Et cette déclaration, bien que forte et décisive, n'eut pas immédiatement les effets escomptés. La question en elle-même est donc complexe mais il est peut-être utile de rappeler que les prêtres ne font pas vœu de célibat avant de recevoir le sacerdoce. Ils ne font qu’une simple promesse à l’évêque qui les ordonne. Le célibat est moins une règle à observer qu’une forme d’exigence et si l’on peut déterminer dans l’Histoire et dans l’évolution des sociétés un début de réponse, on peut aujourd’hui trouver des justifications au célibat des prêtres sans scruter le passé.

Le mariage a changé. Il ne constitue plus une simple union de familles ou d’intérêts, et c'est un paramètre à considérer. Il est admis qu’il doit aujourd’hui prendre appui sur l’attachement pour évoluer vers l’amour mutuel. Peu de couples dépassent le premier stade, ce qui explique sans doute pourquoi un grand nombre d’entre eux ont recours à la dissolution de leur union. Les prêtres étant des êtres humains comme les autres, soumis aux mêmes doutes et aux mêmes faiblesses, rien n’indique qu’ils seraient exonérés d’avoir à affronter les mêmes péripéties, les mêmes doutes, les mêmes passions. Or, un prêtre a la charge d’une paroisse. S’il ne fait pas vœu de célibat, il fait vœu de total dévouement : envers Dieu ainsi qu’envers ses paroissiens. Cela requiert de sa part un investissement que l’on ne mesure pas, surtout si l’on ne connait la religion catholique que de l’extérieur. Concrètement, on peut très bien se demander pour quelles mystérieuses raisons cet investissement ne se verrait pas contraint par les aléas de la vie de couple. Plus concrètement encore, il est permis de se demander si l’incertitude de ce projet commun, qui exige de ceux qui s'y engagent une forme de perfection, ne perturberait pas nécessairement la qualité de l’engagement de l’homme d’Eglise. Cela nous arrive à nous tous de vivre dans nos couples des périodes difficiles. Notre colère, notre frustration, la douleur que nous ressentons à l'impression de nous sentir incompris rejaillissent alors nécessairement sur nos rapports à l’autre. Sur la qualité de notre vie professionnelle également. La différence entre nous qui sommes peut-être comptables, guichetiers en banque, informaticiens, professionnels de la communication, gardiens de nuit dans un musée national, boulangers ou clercs de notaire, c’est que nous n’avons pas la responsabilité d’âmes, que nos engagements n’ont qu'une portée très limitée - bien moindre en tout cas que celle des responsabilités d’un prêtre - qu'ils ne sont pas censés mobiliser l'essentiel de notre vie, qu'ils ne nous lient pas à nos employeurs, à nos collègues au point de nous obliger à un dévouement total et désintéressé. Cet engagement total qui lie un prêtre peut-il cohabiter avec un autre, que la volonté n’est jamais totalement à même de maîtriser ? C’est à mon sens, aujourd’hui, la principale interrogation, et sa résolution logique constitue la principale des nombreuses raisons qui légitiment la nécessité du célibat des prêtres.

Si l’on sait lire entre les lignes du petit article que 20 minutes a consacré à la question (la perception que nous avons du catholicisme est souvent guidée par une grande mauvaise foi), on voit bien qu’il n’y est fait aucunement mention par l’évêque d’un dégoût particulier à l’égard de la vie maritale. Aucun jugement n’est émis. Il est loin désormais le temps où le Pape Grégoire "Le Grand" affirmait que tout désir sexuel constituait un péché en lui-même. Du reste, la question sexuelle n'est même pas évoquée, par pudeur ou plus simplement parce qu’elle n’a pas à être posée. Seul un constat simple prévaut : l’identification d’une inadéquation entre le choix de vie de cet homme et la mission qui lui a été confiée.

Le prêtre est certes démis de ses fonctions mais son ancienne hiérarchie continue toutefois à se préoccuper de ses futures conditions de vie, puisqu’il se retrouvera en quelque sorte au chômage, sans soutien financier. « L’Eglise diocésaine accompagnera celui qui remet aujourd’hui sa charge et reste un frère », insiste l’évêque. C’est sans doute une préoccupation dont chaque salarié de France aimerait être l’objet lors d’un licenciement. Mais puisque c’est à l’Eglise de changer et non à la société, je suppose que l’on peut toujours attendre…

lundi 12 septembre 2011

Le dépôt-vente de la nation

A chaque fois que quelque chose meurt en France, Le Front National le récupère. Jeanne d'Arc par exemple. La grande réussite de Jean-Marie. Dès que je croise une statue de la Pucelle d'Orléans qui entendait des voix (ce qui fait quand même beaucoup pour une seule femme), je pense désormais immanquablement à qui vous savez. L'Eglise catholique a bien béatifié cette sainte résistante en 1909 mais il en faudrait plus au Front National pour qu'il renonce à ses actions sur le mythe. Dans le capital de Jeanne d'Arc E.I.R.L. la famille Le Pen détient aujourd'hui plus de 50% des parts et, c'est un peu comme pour la maison de St Cloud, on ne saura jamais si l'héritage est valable.

Il y a aussi les auteurs qui ne sont lus par personne. Les Rebatet, Brasillach (dont le nom me fait sottement penser au sort funeste de Jeanne d'Arc) ou Drieu. Je suis certain que si tout le monde lisait Drieu, le Front National n'en aurait rien à branler de ses livres, comme il se désintéresse sans scrupules de Nimier ou de Céline. Ce qui intéresse le FN, ce sont les écrivains tombés en désuétude ; les autres sont délaissés. Vous pouvez avoir confiance en eux pour en exhumer d'autres ; ces mecs sont carrément des rats de bibliothèques.

Il y a aussi les rois de France, les meneurs de croisade, le rite tridentin (spéciale dédicace à qui se reconnaitra), les historiens confidentiels, les campagnes et les églises de campagne de préférence en ruines, la science d'avant la découverte de l'ADN, le pain poilâne, la pelure d'oignon, l'Algérie Française, l'Indochine...

Et puis, il y a bien sûr le Franc. Le Franc, vous souvenez-vous ?, devenu seule et unique monnaie du F.N. ; rase-campagne de communication à l'appui. Marine sur les berges parisiennes, le vent fouette ses joues roses de blonde replète, "regardez bien derrière vous", dit-elle aux journalistes bien serviables (mais critiques le dimanche) qui se sont déplacés pour l'occasion, et lorsqu'ils se retournent, c'est pour constater que quelques militants jettent des centaines de faux billets d'euros par dessus un pont de la Seine situé quelques dizaines de mètres plus loin. L'opération coup de poing que voilà, mieux que l'apéro saucisson-pinard ! Au F.N., c'est bien connu, on adore jeter les trucs qu'on n'aime pas dans la Seine.

Je pense cependant que le F.N. pourrait aller plus loin en organisant des fêtes du Franc, un peu sur le modèle des fêtes médiévales. Dans les fêtes médiévales, on voyage dans le temps à peu de frais, on enfile des costumes ridicules, on fait semblant de ne pas reconnaitre son voisin, les femmes portent de grandes robes pourpres et des voiles, et les hommes des culottes bouffantes, et des armures, on joute, on boit, on crache du feu, il faut remercier les grands-mères qui ont fait les couturières pour l'occasion. Dans les fêtes médiévales, on fait cuire du cochon en riant, et l'on reprend en cœur des chansons gaillardes, tendrement édulcorées, les petits enfants fuient devant ceux qui se sont grimés en gueux ou en mendiants, et l'on s'échange de fausses pièces d'or en souriant. Et l'on se rassure en se disant que la Peste a heureusement disparu. Une fête du franc, voilà donc qui serait parfait pour le F.N. qui aime donc tant les choses mortes. Il y aurait des accordéonistes, des gens déguisés en Jean-Paul Belmondo dans Peur sur la Ville ou en Antoine Pinay. Les gens forcément ravis déambuleraient entre de grandes et majestueuses haies de troènes vêtus de t-shirts à l'effigie de la Semeuse. Ils iraient chercher leurs baguettes de pain dans de vieilles boulangeries d'antan reconstituées avec soin. Ils demanderaient une baguette, Madame, et la boulangère leur répondrait 1 franc cinquante, Monsieur et plus loin, un stand serait installé pour que chacun puisse se faire quelques tartines de pâté ou de St Moret, quelques chaises de la meilleure vannerie pour s'étendre et lire au soleil Le Bolchévisme contre la Civilisation de Rebatet. Ce serait parfait.

C'est ainsi qu'est le FN. Le parti des choses mortes. Une chose meurt, c'est au F.N. qu'il doit appartenir. Le F.N. n'est même pas vraiment un cimetière. Il est mieux que cela. Le F.N., c'est le dépôt-vente de la nation.

mercredi 7 septembre 2011

Dialogue avec Mirliton - Vouloir, c'est renoncer

Mirliton est affalé sur le canapé. Il étend ses jambes sur la table basse. Il y a de la terre humide sous ses semelles.

- Donc, tout plaisir est nécessairement mauvais !

- J’en ai bien peur. Vire tes pieds de la table, je déteste quand tu fais ça.

- Mais alors, demande-t-il sans bouger ses pieds d’un centimètre, pourquoi a-t-on voulu que nous le ressentions ? Rends-toi compte à quel point l’offre est grande et variée… A ce point, c’est du vice ! La Création est un vice !

- Le plaisir est là pour que nous exercions notre volonté au renoncement.

- La volonté, c’est donc renoncer…

- C’est paradoxal, je sais…

-

- Et merde, je sens que tu vas faire une distinction.

- Désirer, c’est consentir. Vouloir, c’est renoncer.

- J’en étais sûr, dis-je en soupirant.

- C’est une chose qui m’a toujours semblé perverse. Tu disposes d’un jardin immense et tu peux te servir de tout, te rassasier de tout. Sauf du fruit d’un seul arbre. Comment ne pas imaginer que cette seule interdiction soit source de tentation ?

- De la première tentation humaine, oui.

- C’est d’une perversité sans nom.

- Les voies de Dieu sont impénétrables !

- Et la soumission humaine absolument insondable.

- Crois-tu ?

- Je crois.

- Il ne me semble pas que les hommes soient si soumis. Rien ne les oblige à renoncer à quoi que ce soit. Ils font ce que bon leur semble. Les ligues de vertu n'ont plus aucun pouvoir de nuisance. Ceux qui préfèrent renoncer le font en toute conscience.

- En toute conscience ? Cela signifierait qu’ils savent ce qu’ils font. Or, ce ne peut être le cas. Ils fondent leur vie sur une hypothèse, dans l’espoir d’une récompense, qui plus est ! Ces gens-là sont intéressés, en somme. Et ils vivent sur une hypothèse. Pire, ils constituent eux-mêmes une hypothèse. Leur existence s'efface, se gomme. Des existences transparentes, liquéfiées. Mortes.

- Ils ne diraient pas cela à mon avis.

- Ils diraient même le contraire. Ces gens sont des pervers. Toi-même, tu es un pervers ! Ha, je vois où est le problème, dit Mirliton en souriant. Il faut que tu arrêtes de lire Catherine de Sienne. Ça te fiche le ciboulot à l’envers.

- Je voudrais qu’il n’y ait pas de limites au pardon. Je voudrais qu’il se fasse même lorsque l’homme le refuse de toutes ses forces. Ainsi, seulement ainsi, ce serait parfait. Tes pieds, s’il te plait.

lundi 5 septembre 2011

Coeur rentré


La rentrée scolaire pour nous, c’est trois gosses, une logistique de légionnaires à qui on ne la fait pas. L’ainée entre en CE1 ; weekend passé à faire la revue des fournitures et des fringues. La cadette passe en grande section de maternelle. Le benjamin en dernière année de crèche. Devant l’école, nous nous séparons en deux groupes pour consulter les listes. C’est pour les enfants le sentiment d’un résultat de loterie. Avec qui ? Avec quels camarades ? Quel instituteur(-trice) ? Les filles ont touché le gros lot avec pile poil les institutrices dont la trombine ne leur revenait pas. La pilule passe mieux en ce qui concerne les camarades de galère. La meilleure copine de l’ainée sera dans une autre classe mais elle gagne peut-être au change puisqu’elle hérite de son jeune amoureux, Paul : un minus excité au Q.I. sur-développé ; ça me rappelle quelqu’un ! Pour la cadette, tout va bien. Tout est resté à sa place. Pour elle, ce sera la routine cette année avant le passage au primaire.

Les rentrées d’avant, les enfants avaient encore besoin de nous. Plus les années passent, plus ils se détachent. Hier, les filles ne nous lâchaient la main qu’en versant de grosses larmes. Ou la mine blafarde. Se bouffant les ongles. Aujourd’hui, c’est nous qui sommes réticents à les abandonner là, au milieu de cette indescriptible cohue. On se dit que les efforts consentis ne l’ont pas été en pure perte – les enfants s’émancipent simplement de leur tutelle. Et pourtant, nous nous éloignons un peu amers, non pas de constater leurs progrès, simplement de prendre conscience que le temps passe plus vite qu’on ne le croit. Pour nous surtout. Voir ses enfants grandir, c’est vieillir deux fois plus vite.

Heureusement, il y a le benjamin. Lui, se dit-on, il va chialer comme il faut, tendre les bras vers nous, implorants. Nous rencontrons la Directrice de la crèche dans les couloirs qui nous stoppe dans notre prise d’élan. Elle nous fait visiter les locaux alors que nous les connaissons par cœur. Les bacs à doudou, les nouveaux équipements, les différentes pièces et ce que les enfants y feront, la salle de motricité, la salle de repos, la petite cour extérieure. Tout cela vu cent fois. Je m’éloigne car je n’attends qu’une chose, les grosses larmes du benjamin qui me feront bien comprendre qu’il a encore besoin de moi. Une voix murmure : « on a toujours besoin de son père ! » Une autre lui répond : « Ta gueule ! » Le benjamin commence à sentir que la séparation approche. Il comprend que l’on n’est pas là pour une simple visite. Ses deux yeux gris me le font sentir. Tu vas rester là, mon pote, et tu vas chialer pour ton père. Il empoigne un vélo, il grimpe sur une espèce de minuscule toboggan en bois mais tous ses gestes trahissent l’émergence naissante d’une pointe de tristesse, en forme d’avance sur salaire. Il semble s’agiter mécaniquement, pour prendre la mesure de son rôle d’enfant, comme on enfile un costume empesé, prêt-à-porter, Made in China. La Directrice nous révèle que ce sera sa dernière année de crèche parce qu’il est né en fin d’année. Devant notre spectaculaire effarement, elle ajoute, sournoisement rassurante : « bien sûr, si vous pensez qu’il n’est pas prêt ! » Comment, ça pas prêt, mais dans la famille, Madame, on est toujours prêt, on ne recule devant rien, rien ne nous fait peur, ni les lions, ni les loups, ni les monstres, ni les premières années de maternelle. Mentalement, j’organise une sorte de planning guerrier pour parvenir à remplir tous les objectifs. Je vais lui lire Kant pour l’endormir, lui faire grimper des murs de varappe, le faire marcher pieds nus dans la neige. Tu seras prêt, mon fils ! Une voix murmure : « Taré ! » Une autre répond aussitôt : « Ta gueule ! » Etre parent rend schizophrène. Un être sans raison s’amuse à vous saisir la rate et vous asticoter les intestins. Un autre travaille à remettre de l’ordre dans tout ce foutoir affectif. Il faut sans cesse se coller un masque sur le visage pour ne rien laisser paraître. Le fait d’avoir eu ces enfants, dans un laps de temps aussi court me donne l’impression de devoir sans cesse faire face à de nouvelles phases. Les étapes s’enchainent les unes aux autres sans relâche, pire elles se renouvèlent sans me donner l'illusion du bénéfice de l'expérience et il faut savoir déterminer celles qui requièrent ma présence et celles qui nécessitent ma discrétion. En résumé, être parent, c’est être surhomme, c’est cumuler les échecs et les réussites sans broncher, recueillir impassible les instants où l’on se sent fier de ce que l’on a accompli et ceux où l'on se sent mortifié et inutile.

Enfin, nous arrivons dans la pièce où l’on accueille les enfants. La grande rousse de l’année dernière qui faisait du gringue à mon frère est là, deux enfants éplorés à coté d’elle ; l’un d’entre eux a déjà de la morve au nez, ça commence bien. Une voix interroge : « combien nous reste-t-il de jours d’enfant malade ? » Une autre ajoute : « Et de R.T.T. ? » Elle sourit. Elle dit : « Bonjour Raphaël », d'une voix douce et sucrée. Dans un premier temps, le petit s’en va tripoter quelques jouets. Ça va bien se passer finalement, me dis-je. Mon épouse lui montre une petite salle recouverte d’une bâche sur laquelle on a dispersé du sable fin. La puéricultrice appelle cela du sable magique. Je la regarde d’un air étonné qui la fait se taire brutalement. Une voix répète inlassablement : « dernière année de crèche, dernière année de crèche, dernière année de crèche… » L’autre se tait. On nous fait une petite remarque pour nous faire comprendre qu’il serait temps que l’on retourne à nos occupations. Ma petite dame, mon bon monsieur. Le premier jour de crèche, il faut y aller comme lorsqu’il vous faut décoller un pansement d’une plaie encore vive. D’un coup, d’un seul. C’est ce que nous faisons. Tandis que nous nous éloignons, Raphaël passe de mains en mains. Il fait son corps mou pour échapper aux griffes des puéricultrices. Finalement, il pose sa tête sur l’épaule de la grande rousse, résigné. De la tendresse en poudre. Il est malin ce gosse. De grosses larmes roulent sur ses joues. Nous partons la rate tirebouchonnée. Comme des voleurs.

vendredi 2 septembre 2011

Le RMC du Commerce


RMC, c’est la radio des 60 millions de sélectionneurs. En somme, c’est la radio des cons. La tête de gondole, c'est Jean-Jacques Bourdin, celui qui pose des questions-pièges ultra-courageuses aux grands de ce monde. Combien la France a-t-elle de porte-avions Mr Sarkozy ? Quelle est la racine carrée de 36, Monsieur Chatel ? Quelle est la date de naissance du Général, Mme Dati ? Ce genre de choses. Et si le grand de ce monde se trompe de réponse, l’image tourne ensuite en boucles sur toutes les chaines de télé. Le raisonnement est le suivant. Imparable. Républicain, isn't it ? Si untel ne sait pas combien la France a de porte-avions, comment peut-il décemment prétendre à la présidence de la République ? Ah ben ouais, ah ben ouais ! Il est comme ça Jean-Jacques Bourdin, sa mission d’utilité publique, c’est de faire tomber les masques ! Et puis il y a les interventions des auditeurs. Les auditeurs qui font la richesse démocratique de RMC. Patrick qui défend les PME et se plaint des charges sociales trop lourdes qui pèsent tant sur les épaules des petits entrepreneurs. Jean-Michel, gendre du premier, qui vilipende la culture de l’assistanat. Josiane, belle-mère du second, qui déclare que les hommes politiques sont tous pourris. Et Bourdin qui rectifie, commente, professe, fait passer son petit message en loucedé. Plus franchouillard tu meurs ! Plus franchouillard, je ne vois pas : Jean Lefebvre dans Le Plumard en folie peut-être ?

RMC, c’est aussi la radio du foot. La radio des retransmissions de matchs sur le vif et des hurlements ininterrompus pour signaler la moindre frappe 15 mètres à coté du but. Voix de fausset et tutti quanti. Après le match, les experts patentés débriefent. Avant le match, ils pré-briefent ! Avec les auditeurs bien sûr. Untel a les pieds carrés. Tel entraineur fait des choix tactiques à la Magnus Pompée lors de la bataille de Pharsale. Ces experts sont des cadors… mais des cadors incompris puisque plus personne ne songe sérieusement à leur offrir la moindre opportunité dans le milieu, et ce, depuis les calendes grecques. Ce n’est pas grave, des conneries sur le foot, on en dit tous. Ce qui fait bander dur les gars de RMC, c’est surtout, et de loin l’Equipe de France. Reconnaissons-le, l’Equipe de France est toujours une ambulance sur lequel il est si plaisant de vider son chargeur. Qui défendra un Patrice Evra, un Ribéry ou un Abidal ; rien qu’eux-mêmes sans doute, avec leur syntaxe maladroite, leur diction de banlieusard et leurs sourcils éternellement froncés comme s’ils envisageaient dans la prochaine minute de vous envoyer une droite à la pointe du menton. La situation de ces types n’est pas confortable. C’est un peu comme si DSK s’était défendu tout seul. Si tel avait été le cas, il ne serait toujours pas sorti de Rikers Island. Et bien Evra et Ribery sont toujours en taule et pas mal de gens militent ardemment pour qu’ils y restent, voire qu'on les foute carrément au trou.

L’obsession récurrente des 60 millions de sélectionneurs de RMC, c’est l’éternelle proscription des mutins de Knysna supposés les plus actifs. Ribéry et Evra en tête, puisqu’Anelka a disparu de la scène internationale. Peu importe que toute l’équipe ait fait grève. Peu importe qu’il n’en fut pas un pour descendre de ce bus à la con. Les gueules de Ribéry et d’Evra ne reviennent pas. Il faut les saquer, définitivement. Quitte à dire n’importe quoi. Quitte à en être fier et à le répéter comme si la parole sortait tout droit de l’Evangile. Sur RMC, ils s’y mettent donc à plusieurs, c’est plus courageux, gouaille et accent de merde comme une médaille en or sur une poitrine velue.

Pour Luis Fernandez, c’est clair. Il faut interdire à Evra de parler aux médias. « Là Evra, il est fatigué. C’est alarmant d’entendre ça alors qu’il a besoin d’humilité et de simplicité. Après tout ce qui s’est passé, Evra devrait plutôt faire profil bas et se taire. D’ailleurs, on devrait lui interdire de parler aux médias ». Je m’étouffe avec mon pain aux raisins quand j’entends ça. A-t-on jamais vu Luis Fernandez faire lui-même profil bas ? Rien que l'idée fait hurler de rire. Je me souviens qu’un soir, Luis a pourchassé en bagnole un arbitre dans les couloirs du parking qui se trouve sous le Parc des Princes, ce qui lui a valu une suspension de banc d’à peu près trois siècles. A-t-il fait amende honorable ? A-t-il fait profil bas en cette occasion alors que sa conduite (digne de n’importe quelle petite frappe de banlieue) pénalisait son club ? Bien sûr que non. Luis, je l’aime beaucoup, et je l’ai toujours beaucoup aimé. Le midi, je le vois souvent, attablé à la terrasse d’un café situé juste à coté de mon boulot. Mais là, il me semble qu’il manque de recul et d’autocritique. Je me souviens de ses premières saisons en tant qu’entraineur du Paris Saint Germain. Lors de la deuxième, l’équipe avait vraiment fière allure. Cette année là, le PSG avait fait fort la première moitié de saison, humiliant la concurrence. L’équipe avait notamment étrillé le FC Nantes, alors champion en titre, 5 buts à zéro au Parc des Princes. Les buts s’enfilaient comme des perles. A la trêve hivernale, ce PSG là, à qui l’on pensait qu’il n’arriverait rien, avait 10 points d’avance sur le deuxième du championnat. Pourtant, l’équipe périclita et plongea durant la seconde partie de la saison. La raison principale : l’ambiance qui s’était soudainement détériorée. Les joueurs témoignent sur cette époque dans le documentaire réalisée pour les 40 ans du club et ils parlent de Luis, et de l'entraineur qu'il était alors. Djorkaeff ou Alain Roche notamment l’assurent : la qualité première de Luis ne fut pas – c’est le moins que l’on puisse dire – de savoir faire profil bas. L’entraineur parisien était alors omniprésent. Il jouait aux cartes avec les joueurs pendant les mises au vert et s’énervait quand il perdait. Il s’immisçait dans les discussions. Entrait dans les chambres à pas d’heure. Participait même aux oppositions pendant les entrainements. Ces oppositions, révèle Roche, « s’éternisaient si l’équipe dans laquelle jouait Luis Fernandez se faisait dominer. Elles ne se terminaient que lorsqu’il finissait par l’emporter ». Cette année là, le PSG remporta néanmoins la coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupe, mais avec un Fernandez mis sous tutelle. La préparation mentale du groupe avant la finale fut même confiée à Yannick Noah qui fut atterré de constater à quel point l’équipe vivait mal, à quel point les liens qui étaient censés l’unir étaient distendus. Non, la qualité première de Luis Fernandez n’est pas de faire profil bas. Rappelons pour finir que Luis Fernandez n’a plus connu le succès avec une équipe de haut niveau depuis 2004. Il a depuis entrainé au Qatar. Il a aussi coaché le Bétis de Séville et Reims pour des résultats pour le moins mitigés. Il est aujourd’hui sélectionneur de l’Equipe nationale d’Israël. Ses rapports avec la presse sont d’ailleurs très tendus. Faire profil bas ne semble toujours pas sa tasse de thé.

Roland Courbis, l’autre expert dépêché par RMC, lui, ne doute pas seulement des qualités humaines d’Evra (1). Pour faire bonne figure et donner l’illusion aux 60 millions de sélectionneurs de RMC que l’on est quand même là pour parler football, il doute également de ses qualités de joueur (1bis) : « Beaucoup de gens disent que Patrice Evra est un joueur différent selon qu'il évolue sous les couleurs de Manchester United ou de l'équipe de France. Pour moi, c'est le même ! Évidemment, ce n'est pas la même équipe...Toutes les lacunes d'Evra sont masquées à Manchester par une organisation et par la présence à ses côtés de grands joueurs. Patrice Evra est un défenseur qui n'a aucune distance de marquage [NDD – est-ce à dire qu’il n’est vraiment nulle part ?], qui est mauvais dans les un-contre-un, qui ferme très mal les angles, qui tourne son cul en se prenant pour un guerrier quand il y a un tir ou un centre ! [NDD – Vous en connaissez beaucoup des gars qui aiment se prendre le ballon dans la gueule ?] C'est un joueur qui est à 80% dans le camp adverse, il fait marquer un but tous les 6 mois et il marque un but par an ! (...) Quand je vois qu'en plus de ça, il est arrogant en se permettant ce genre de déclarations, je m'essuie le front d'un revers de main. » Roland a le sens de la formule c’est certain, et c’est sans aucun doute ce qui lui permet de se distinguer des autres. Pour autant, on se permettra de douter du bien fondé de ses observations. Pour quelques raisons simples. Qui a fait émerger Patrice Evra au plus haut niveau ? Didier Deschamps, c'est-à-dire un joueur et un entraineur qui a cent fois le palmarès d’un Roland Courbis (qui n’a gagné aucun titre en tant qu’entraineur et qui ne fut pas un joueur particulièrement transcendant). Qui a fait de Patrice Evra un titulaire indiscutable dans la deuxième ou troisième meilleure équipe d’Europe, qui a même fait de lui le vice-capitaine de cette équipe ? Alex Ferguson, soit l’un des entraineurs les plus titrés et les plus reconnus du football mondial. Il est à peu près deux cent fois ce que Courbis ne sera jamais. Il faut être bien présomptueux pour imaginer que ces deux entraineurs, qui savent gagner et savent faire gagner leurs équipes, se sont privés par ignorance pendant tant de saisons de trouver un remplaçant au si nullissime Patrice Evra. Mais l’humilité n’est pas vraiment le fort de Roland Courbis.

Il y a enfin les seconds couteaux pour appuyer un peu le trait. Manuel Amoros, qui joua au même poste qu’Evra en équipe de France. Quand j’étais petit, je l’admirais Amoros. Il n’était pas irréprochable, il pétait parfois les plombs pendant les matchs et sa tempérance n’était pas sa qualité première. Quand j’étais pupille, bien qu’occupant le poste d’avant-centre, je portais son numéro 2 (2) sur mon maillot, c’est dire. Louis Nicollin aussi, qui comme chacun sait est un modèle d’élégance et de discrétion. Peut-être Daniel Riolo, le journaliste idiot de service qui beugle aux cotés de Roland Courbis et lui sert de faire valoir. Un type qui ne connait rien à rien mais qui fait semblant de toucher sa bille. (3) Remarquez, on n’est pas obligé d’y connaitre quoi que ce soit pour faire son chemin dans ce milieu de tordus. La preuve, très prochainement, Jean-Michel Larqué et Thierry Roland s’uniront à nouveau et commenteront le match de l’Equipe de France en Roumanie. On les a jetés par la porte, ces deux branques sont revenus par la cheminée. Merci M6 !


(1) Courbis a eu maille à partir avec la Justice à plusieurs reprises. Il a été mis en cause dans plusieurs affaires et a dû effectuer des peines de prison. Il devrait savoir que l’on peut commettre des fautes, payer sa dette et avoir ensuite le droit de vivre normalement. Il va de soi que les affaires de corruption dans lesquelles Courbis a été mis en cause sont d’une autre teneur que le simple fait d’avoir refusé de s’entrainer et de multiplier les déclarations maladroites dans la presse.

(1bis) En consultant le lien du blog une/deux que je me suis permis d'insérer dans ce billet (sans méchanceté, je le dis d'avance), vous vous apercevrez qu'il est dit des observations de Courbis qu'elles sont pertinentes. Peut-être le sont-elles, mais je remarque qu'elles sont bien tardives concernant un joueur qui a 30 ans. Du reste, il y a un an, avant la coupe du monde, la titularisation d'Evra (qui n'était pas un moins bon ni un meilleur joueur) ne posait pas problème au niveau du jeu. Le même (Falconhill) qui trouve aujourd'hui cela pertinent trouvait également très pertinent de sélectionner Evra pour la coupe du monde. La preuve en images. A la même époque, je me souviens également que nombre d'internautes et de journalistes se sont félicités lorsqu'Evra fut désigné capitaine. Tous étaient unanimes parce que, disaient-ils, Evra mouillait le maillot et semblait fier de figurer dans la sélection tricolore.

(2) A une certaine époque, les joueurs de football portait des maillots numérotés de 1 à 11 (pour les titulaires). Le numéro un était pour le gardien de but. Les numéros de 2 à 5 pour les défenseurs. Le 6 pour le milieu défensif. Les 7 et 8 pour les milieux latéraux. Le 10 pour le meneur de jeu. Les 9 et 11 pour les attaquants. Ceci dans le cas où l’équipe jouait avec 4 défenseurs, 4 milieux de terrain (en losange) et 2 attaquants (c’était donc moins figé mais vous avez compris l’idée).

(3) RMC, ce n’est pas que Bourdin et Courbis. C’est aussi Brigitte Lahaie qui conseille les auditeurs sur la meilleure façon de brouter la minette de sa voisine. Des émissions sur les sports mécaniques, sur les suspensions hydrauliques des berlines, le jardinage, les animaux de compagnie en dépression avancée. Le tout,épicé de ces fameuses interventions d'auditeurs - le pouls de la France en quelque sorte - qui ont tant de choses à dire parce qu’ils s’ennuient.