mercredi 18 janvier 2012

Des Eglises pleines de sourds


Nous ne sommes pas capitaine de ferry mais nous savons que nous sommes à quelques encablures de la grande élection présidentielle, qui nous permettra de choisir notre prochain monarque pour cinq ans. Et croyez-moi, qui que ce soit, il profitera sans remords du blanc seing que le peuple de France lui aura offert. Vous pensiez vraiment que ces mecs là se proposaient par esprit de sacrifice ? C’est que vous ne mesuriez pas l’importance des frais de bouche et des multiples avantages de la fonction. Quand Sarkozy nous dit, la mine toute allongée, qu’être Président, c’est dur, terrible, harassant,
quand il nous fait des poèmes noirs et terrifiants sur le poids des responsabilités qui écrase les épaules d’un seul homme, l’Atlas bavard et plein de tics qu’il est en ces instants là me foutrait presque la larme à l’œil.

Les Présidentielles, c’est surtout intéressant avant. L’instant d’après le résultat de l’élection n’a que peu d’intérêt. François Hollande remontera peut-être les Champs Elysées en berline et un journaliste un peu plouc de TF1 ou de France 2, en équilibre sur une moto, tentera d’arracher au monarque ses premiers mots. Pour l’Histoire. Et le monarque parlera sans doute du travail qui l’attend ; terrible travail, harassantes responsabilités. Aucun intérêt, je vous dis. Tout cela est sans saveur, sans surprise. La campagne est plus intéressante...enfin…pas vraiment non plus. Heureusement qu’il y a les sondages. Eux au moins sont divertissants.

Et ce matin, ça tombe très bien parce qu’on on nous a réalisé un très beau sondage qui mesure les penchants politiques des catholiques de France. On les savait un tantinet de droite les catholiques. Pas de surprise, la Sofres confirme cette tendance. Au premier tour, les catholiques envisageraient en effet de voter massivement pour le Président sortant. Ils seraient 33 % à voter pour lui, contre 25 % en faveur de François Hollande. Marine Le Pen totaliserait 21% d'intentions de vote, suivie par François Bayrou (12%). Aucun autre candidat ne franchirait la barre des 5%.

Je ne suis pas choqué outre mesure par les tendances droitières du vote catholique. Il y a dans ce vote une part de tradition électorale qui perdure et quelque chose qui découle sans doute de l’Education bourgeoise. Mais voir Marine Le Pen à 21 % auprès de cet électorat, comment dire, ça me fait un peu mal au cul, même si ça ne me surprend guère. Je me demande très sincèrement comment on peut se dire catholique et envisager de voter pour un parti nationaliste. Ce n’est pas seulement dérangeant, c’est le signe d’une véritable schizophrénie. Tant et si bien que je demande également très honnêtement – je vous l’assure – s’il est arrivé à ces gens-là, une fois dans leur vie d’ouvrir un Evangile ou de comprendre ce qu’ils lisaient ; le christianisme et le nationalisme étant bien sûr totalement étrangers l'un à l'autre. Incompatibles. Il suffit de lire et de ne pas confondre les ronds et les carrés.

Au deuxième tour, chez les seuls catholiques, le président actuel recueillerait 53% des voix, contre 47% pour le candidat socialiste, et l’emporterait donc, ce qui traduit une forme de logique.

Chose intéressante dans ce sondage si on entre dans le détail : les pratiquants réguliers sont 75% à se prononcer au second tour pour Nicolas Sarkozy (plus ils entendent l’Evangile, plus ils sont de droite donc), suivis par les pratiquants occasionnels (62%), tandis que les non pratiquants ne sont que 45%, lui préférant François Hollande à 55%. Accessoirement, je commence à me demander si ce sondage a un sens. Qu’est-ce donc qu’être catholique non pratiquant ? Est-ce possible ? Cela me semble à peu près aussi logique que d’être catholique et d’envisager offrir sa voix à Marine Le Pen.

Passons à ce qui m’a le plus choqué dans ce sondage. Passons donc aux préoccupations des catholiques. Normalement, le catholique, épris de justice, de charité devrait se distinguer. Tenez-vous bien, on va voir ce qu’on va voir. C’est la défense de l’emploi qui préoccupe le plus l’homo catholicus (26%). En d’autres termes, les catholiques se disent prêt à voter pour un Président qui aura sans doute été celui qui s’est le moins préoccupé de l’emploi dans toute l’Histoire de la 5ème République, parce qu’il s’agit là du premier critère sur lequel ils affirment baser leur choix. Vous n’y comprenez rien ? Et bien moi non plus. Vient ensuite la défense du pouvoir d'achat (17% pour l'ensemble des Français, 18% pour les catholiques). Oui, bien sûr, pour un catholique, la consommation, c’est absolument essentiel comme chacun sait. Vient enfin la réduction des inégalités et de la pauvreté (17% pour l'ensemble des Français, 13% pour les catholiques). Nous y sommes. Les catholiques sont donc moins préoccupés par la pauvreté que le reste de leurs concitoyens. La différence n’est pas insignifiante. Chaque dimanche, ces gens-là entendent la lecture des Evangiles qui font de la protection du pauvre, du faible, du malade, la priorité des priorités. Chaque dimanche, ils entendent les récits de la vie du Christ, les récits de ses rencontres avec les plus pauvres, les plus démunis. Chaque dimanche, ils entendent ce que répondait le Christ à ses disciples ou aux pharisiens quand ils lui reprochaient d’aller à la rencontre de publicains, de païens, de prostituées ou de mendiants. Ils entendent, écoutent et ne comprennent pas, ou comprennent mais repoussent loin d’eux ce qui constitue l’un des fondements du message chrétien : la charité.

Que font ces hommes et ces femmes pendant la messe ? C’est un mystère. Ils dorment sans doute. Se disent qu’ils auraient mieux fait de regarder le Jour du Seigneur sur France 2. Ils pensent à leur pouvoir d’achat qui s’amenuise - bien que l'on puisse raisonnablement douter qu'ils soient les plus atteints par cette dépréciation. Ils courent après leurs enfants indisciplinés. Regardent leur montre. Des suites de mots volent jusqu’à eux et rebondissent sur leur crâne avant de s’évaporer dans l’atmosphère chargée de l’haleine de leurs voisins. Me revient ironiquement cette parole du Christ que j’ai cité il y a quelques temps en d’autres lieux : « Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. (Matthieu 6:24) ». Qu’attendent donc les catholiques de ce pays pour devenir pleinement serviteurs du Christ ?