vendredi 24 février 2012

L'idiot du village


J'aime Twitter. C'est précisément pour cette raison que je n'ai pas ouvert de compte.

Et j'aime Benjamin Lancar, le béni oui-oui éternellement souriant qui "drive" la jeunesse UMP et qui prêche la bonne parole, en espérant qu'un jour, son destin s'apparente à celui de Nicolas Sarkozy. L'ancien p'tit gars parti de rien et parvenu à tout. Dans l'attente, Benjamin sourit toute l'année de toutes ses dents au point d'en être attendrissant. Benjamin Lancar, c'est le Mini-Moi de l'UMP, le mini-Sarko qui fait tout ce qu'on lui dit, rapporte tout ce qu'on lui dit de rapporter. Comme un petit enfant, il singe et mime les grands. Les ministres et leur chef tout puissant. Il n'est pas, mais ressemble ; mais n'est pas ! Il n'a rien à dire par lui-même mais existe par les autres.

Hier, les vacuités de Benjamin Lancar et de Twitter se sont rencontrées. Au menu, des étincelles et des fulgurances en moins de 140 caractères ! Nicolas Sarkozy venait de descendre de tribune à Lille. Comme il était beau, comme il était courageux ! Benjamin Lancar empoigna derechef son iphone (ou son Android ou encore son Blackberry, nous ne sommes pas assez intimes pour que j'en sache plus sur le smartphone de ce smartguy) et il twitta cette formidable envolée lyrique :

Vive la République et Vice la France !

mercredi 22 février 2012

Carême


Aujourd’hui, nous entrons en carême.

Il s’agit seulement de mon troisième carême, puisque je n’ai pas reçu le baptême enfant mais adulte, à l’âge de 33 ans. Quand je me retourne sur ces 3 années et que je les regarde dans le blanc des yeux pour ainsi dire, je ne doute pas une seule seconde d’avoir fait le bon choix, même s’il me semble à bien des égards que ce choix s’est en réalité imposé à ma volonté. L’appel est fait à tous, il ne suffit que d’y répondre et d’avancer. C’est – il me semble – ce que j’ai fait, naturellement.

Être catéchumène à l’âge adulte, n’a rien d’évident. Ce cheminement n’a rien d’un long fleuve tranquille, pour employer une expression consacrée. L’institution catholique a cette particularité qu’elle exige du futur baptisé un véritable engagement, une compréhension de ce qui fait la nature profonde de la Foi Catholique. Elle ne cherche pas ainsi à embrigader mais à éveiller la conscience de celui qui demande le baptême. Et c’est un chemin nécessairement chaotique, difficile, un chemin à emprunter seul, parfois perclus de doutes, sans être certain d’être à même d’en venir à bout. Certains échouent, font marche arrière, renoncent, refusent d’affronter leurs dernières résistances. Parce que ces résistances sont en réalité bien confortables. Les agnostiques et les athées croient bien souvent que la Foi est un confort, qu’elle nait d’une sorte d’angoisse irrépressible. De la mort. De l’éventualité que nos existences n’aient aucun sens, qu’elles ne participent à aucun dessein. Rien n’est plus faux. La Foi n’offre aucun confort. La Foi est un combat, un combat à mener contre soi-même, un engagement qui vous engage bien sûr auprès de Dieu mais surtout auprès de tous les autres hommes. La Foi n’offre aucun confort, elle n’accorde aucun repos, elle ne dissipe jamais totalement les doutes, elle ne guérit pas de l’angoisse du néant, elle ne nous exonère pas de ressentir durement nos manques et nos carences. Bien au contraire, elle les accentue. Elle les rend plus vives. Parce que le croyant voit, parce que la découverte de sa Foi lui donne l’impression de guérir d’une forme de cécité, il ne ressent que plus durement ses échecs, conçoit de l’amertume en constatant la cécité dans laquelle évoluent certains de ses prochains. Cette cécité il la reconnait en effet et pour cause, elle fut la sienne pendant de nombreuses années. Pas de confort donc, mais un réconfort, dans la prière et dans l’absolue certitude que le pardon et la compréhension de Dieu dépassent l’entendement humain. Je comprends que ces considérations puissent sembler totalement étrangères à celui qui ne croit pas ou à celui qui doute. Ou à celui qui rejette les religions ou même les exècre. Je comprends qu’elles puissent même l’inciter à cesser séance tenante la lecture qu’il a commencé, s’il est parvenu jusqu’ici. Mon devoir de chrétien est néanmoins de les dire, d’en témoigner.

Mon chemin de catéchumène fut long et éprouvant. Il dura plus de 3 ans. Comme je l’ai écrit, il n’y a pas de chemin préétabli. Ce temps de préparation aurait pu être plus court, plus long, ou il aurait pu ne pas connaitre d’aboutissement, même si le terme d’aboutissement est mal choisi, le baptême étant davantage un commencement qu’une fin en soi. 3 grosses années pendant lesquelles on ne me ménagea pas et pendant lesquelles je ne ménageai personne, poursuivant les uns et les autres de mes questions saugrenues, absurdes, têtues ; oscillant entre incompréhension, peur de l’échec, colère et déni.

Mon premier vrai carême d’avant baptême fut éprouvant et émouvant. Éprouvants, les 3 scrutins des 3 messes dominicales précédant le dimanche des Rameaux. Devant toute l’assemblée, le catéchumène est appelé - par son prénom, c’est important. Il doit s’avancer devant tous, s’agenouiller sur les marches qui mènent à l’autel et il reçoit dans le creux de ses mains, l’huile des catéchumènes, symbolisant la lutte intérieure qu’il lui appartient de mener à bon terme. L’huile des combattants – des lutteurs romains – qui rend insaisissable pour l’adversaire. Cet adversaire malin qui est en soi-même et qui connait les mots du renoncement. Cette huile sentait bon l’eucalyptus. On m’avait demandé avant le premier scrutin de m’en frictionner joyeusement les mains, sans rechigner. Le diacre avait dit : « c'est triste de voir que certains s’essuient aussitôt. » Je frictionnais donc, ces trois dimanches, jusqu’à ce que mes mains redeviennent sèches, de longues minutes, non sans plaisir. Après la messe, l’odeur persistait toute la journée et je reniflais la peau de mes mains sans me lasser, jusqu’à épuisement. La Semaine Sainte, précédant le baptême fut aussi très dure et particulière. Elle me donna l’impression de mettre mes pas dans celui du Christ, de l’accompagner véritablement. Je me souviens avoir suivi l’office de la Passion à Saint-Louis d’Antin, majestueux édifice situé rue du Havre. Nous étions en plein après-midi. A mon arrivée, l’Eglise était déjà pleine. Je ne pus donc prendre place que derrière les bancs du fond, debout, à coté d’une femme enceinte qui sentait l’air frais et à qui personne n’eut l’idée de céder une place. Comme personne ne jugea bon de fermer les portes, j’eus beaucoup de peine à entendre le prêtre et les chantres. De la peine à suivre le déroulement de l’office. Tandis que l’on commémorait la Passion du Christ, j’entendais derrière moi les bruits de la rue, le murmure bourdonnant d’une foule indifférente qui vaquait à ses occupations quotidiennes, déambulant les bras chargés de sacs à l’effigie des grandes enseignes. Je parvins néanmoins à saisir la beauté solennelle de l’instant. Le sens profond du sacrifice que le Christ consentit pour nous. Et à ressentir une sorte de douleur intérieure, d’insondable tristesse.

Le matin de la vigile pascale, je me levai aux aurores et me rendis à l’Eglise, pour réciter le credo. C’est un passage obligé pour tous les catéchumènes. Je le fis ainsi mien, devant quelques paroissiens parmi les plus matinaux. La mine chiffonnée, les yeux légèrement chassieux, le nez pris par une sinusite particulièrement douloureuse, la gorge irritée, je m’appliquai à réciter ma profession de foi à très haute et intelligible voix. Le prêtre de la paroisse vint me voir après la petite cérémonie et en souriant de toutes ses dents, il me dit : « c’était vraiment très bien ! » Certains trouveront peut-être absurde (ou bien niais) de se sentir rasséréné par ce genre d’encouragements. Ces quelques paroles semblent banales et elles le sont sans doute. Les relations qu’entretient le catéchumène avec le prêtre qui s’apprête à le baptiser sont d’une nature qui fait retomber en enfance.

La vigile pascale fut d’une saisissante beauté. L’Eglise est habituellement plongée dans les ténèbres, ces soirs là, tandis qu’un grand bucher crépite sur le parvis. Les paroissiens y allument leur cierge et pénètrent dans l’Eglise, les uns derrière les autres en chantant. La beauté de l’Eglise St Médard, les soirs de vigile pascale, me bouleverse à chaque fois. C’est une très vieille Église, sans ors ni dorures. Une Église d’une merveilleuse simplicité. Le recueillement qu’elle inspire lors des vigiles pascales, dans ces ténèbres constellées de centaines de petites flammes dansant au sommet des cierges, ne peut laisser insensible. Lors de ces veillées, l’atmosphère devient véritablement sainte. Les lectures et les psaumes dévoilent toute leur profondeur. La forme rejoint ainsi le fond.

Cette vigile fut un peu différente des vigiles habituelles. Il y avait certes un catéchumène à baptiser. Un catéchumène qui recevrait le baptême catholique, la communion et la confirmation. Mais c’est le lot de toutes les paroisses qui baptisent en leur sein des catéchumènes. Mais il y avait aussi mon épouse au programme qui recevrait la confirmation et une bénédiction nuptiale fut également incluse par les bons soins du curé de la paroisse. Je me rappelle les propos d’un prêtre lorsqu’il apprit le déroulement de la vigile : « Mais alors, clama-t-il, vous dégoulinerez d’esprit saint… » Je ne peux exprimer encore aujourd’hui la vérité de ces sourires, de ces paroles, de ces marques de bienveillance, de cette joie exprimée par les uns de voir une bénédiction recouvrir les autres. Une joie que je ressens désormais quand je vois un adulte recevoir le baptême. Aimer son prochain, après cette vigile et l’aboutissement de ce chemin que j’avais emprunté plus de 3 années plus tôt, cette parole prenait tout son sens. Je ne puis davantage exprimer avec des mots ce que je ressentis lorsque l’eau du baptême ruissela sur ma tête ce soir là, ce que je ressentis lorsque les premières gouttes de vin dégoulinèrent en moi et s’éparpillèrent dans mes entrailles, ni la sérénité qui m’envahit alors, ni l’émotion que me procurèrent les paroles des paroissiens, visiblement touchés, par le couple que nous formions, mon épouse et moi, devant la communauté. Tout cela est indicible. Intime et personnel, non pas comme quelque chose qu’il conviendrait de taire, de cacher, mais comme quelque chose qui ne peut être véritablement compris que par soi et qui donc ne peut être fidèlement exprimé, détaillé, relaté. Les mots pour dire cela n’existent pas.

Nous entrons en carême. Me reviennent depuis ce matin ces souvenirs heureusement encore vivaces.

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Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 6,1-6.16-18.

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d'agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n'y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
Ainsi, quand tu fais l'aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite,
afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;
ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.

Rav-âge !


Qu'est-ce que je disais ?

Accessoirement,

Je me suis toujours demandé ce que penserait Gainsbourg de Bardot, aujourd'hui...

mardi 21 février 2012

Mardi Gras


Dans le rite halal, on tue le bœuf en l’égorgeant sans l’estourbir. Tourné vers la Mecque. C'est ignoble. C'est inhumain. Inbovin, presque. Dans le rite boucher traditionnel français, label rouge, ignorant des points cardinaux, on prend la peine de l’assommer et il arrive même qu’on lui susurre des mots doux, qu’on lui caresse les naseaux, qu’on lui montre des photos de famille, de ses père, mère, frères et sœurs, qu’on lui propose une dernière clope, qu’on lui fasse écouter un peu de musique pour le détendre, de petites choses de Liszt qui peignent l’atmosphère de couleurs mélancoliques, douces et pastels, propres à élever les sentiments. Il arrive également que le bourreau explique à la bête la valeur de son sacrifice et lui rende ainsi hommage pour sa contribution patriotique. De la même façon, les musulmans mangent leur viande en ricanant cruellement, car ils savent que la viande n’est tendre qu’en proportion des souffrances de l’animal. Bien au contraire, quand les français mangent une entrecôte, ils ne le font jamais sans chanter l’Ode à la Carcasse, sans verser une petite larmichette, sans penser au courage de la bête, morte pour la France. C’est bien là toute la différence entre eux et nous.

lundi 20 février 2012

59, année névrotique !


Jazz, pas jazz !

J’aime les types qui prononcent jazz à la française. Avec un j comme on le prononce dans jardin. Jazz pas, jazz, telle est la question ! N’imaginez-vous pas derechef la mine songeuse de l’amateur revenu de tant et tant de souvenirs étoilés, de tant d'aventures merveilleuses. Ça fait vieux connaisseur, historien auto décrété, ça fait : en 36, j’ai déjeuné avec Hugues Panassié et Charles Delaunay, j’ai connu le temps des raisins aigres et des figues moisies. Ça vous pose un homme !

Je ne sais quelle mouche a piqué le trompettiste Nicholas Payton. Après dix ans de carrière, le voilà qui décrète, très colère, que le jazz est mort depuis 1959. L’année de la parution du Kind of Blue de Miles Davis. Une année avant qu’Ornette Coleman décide de tout démantibuler en libérant les codes de l’improvisation. Le jazz devenait free. C’était là la cause que le médecin légiste avait rédigé d’une main tremblante sur le certificat de décès. Un certificat de décès bien entendu détruit par les autorités, complices, forcément complices, mais de quoi ?, on ne sait…

Hugues Panassié (cité plus haut), le fondateur de la revue Jazz Hot, énorme contributeur de la musique jazz (avec le j de jardin) avait, bien avant Nicholas Payton, annoncé le décès. Revenant des États-Unis, bouleversé par le témoignage de Louis Armstrong, déclarant sa très grande difficulté à trouver des engagements par la faute de l’émergence toute puissante du be-bop, Panassié avait mis à sa manière les pieds dans le plat. Selon lui, le be-bop n’était, à proprement parlé, déjà plus du jazz (avec le j de j’arrive chérie !). La question fit tellement débat à l’époque qu’elle provoqua une scission du Hot Club de France, entre boppers et tradis, raisins aigres et figues moisies.

Le débat est moins passionnel aujourd’hui. Moins sanguinolent. Mais il perdure. Dès que le jazz connait une évolution, un soubresaut, une mutation, on le déclare trépassé.

Le terme jazz est un terme générique. Il est donc forcément réducteur. Payton avance l’idée que sa persistance provient d’une forfaiture imputable aux maisons de disques. Il n’a peut-être pas forcément tort. Depuis que la musique est devenue un véritable marché, on conçoit des termes de toutes pièces qui ne définissent plus les formes musicales mais établissent des genres ; ce qui permet à l’industrie de placer sous la même bannière des artistes dont les œuvres sont souvent fondamentalement divergentes. Une sorte de pot-pourri pour vivre sur les rentes d'un catalogue. Selon Payton, le terme jazz est non seulement impropre mais il est comme un boulet que traînent les musiciens à qui l’on accole l’étiquette. Jazz musicians have accepted the idea that it’s OK to be poor, écrit-il pour justifier son attaque. Le jazz sert une élite intellectuelle tandis que les musiciens suent sang et eau pour parvenir à boucler les fins de mois. Plaçant soigneusement le public à l’écart, le jazz est devenu la chasse gardée d’une poignée d’intellos blablatant sur les mérites comparées des uns et des autres. Puristes contre avant-gardistes, boppers contre partisans du free, entre autres choses. Plus personne n’écoute de jazz, plus un musicien n’a de quoi faire des enregistrements de qualité, ambitieux, à moins de trouver un couple de mécènes éméchés toute l’année, mais le jazz est encore là pour servir de sujet de discussion au coin du feu ou autour d’un zinc un peu sale de je ne sais quel club à moitié vide.

Le problème des termes génériques est le suivant. Quand vous allez trainer chez le disquaire ou, faute de mieux, à la FNAC, vous vous repérez grâce aux noms des rayons. Si le terme jazz vous fiche la chair de poule, vous ne prendrez même pas la peine de vous déplacer. Vous passerez devant le rayon sans un regard. En crachant par terre peut-être si vous êtes très énervé. Vous vous garderez bien de foutre un orteil dans le moindre club. Vu sous cet angle, la déclaration de Payton semble à la fois juste et justifiée. Elle constitue le cri d’un musicien qui se sent prisonnier d’un carcan qui l’empêche d’avoir accès à un plus large public, carcan conçu et gardé par une élite intellectuelle haut placée qui cloisonne et sclérose le milieu. Il ne s’agit pas pour lui de dire que le jazz est une musique ringarde, de ne pas reconnaitre l’importance des musiciens qui ont continué à inventer après le Kind of Blue de Miles Davis – Coltrane en tête – mais de refuser une étiquette qui bien que flatteuse n’en demeure pas moins un obstacle à la création et à la popularisation d’une musique qui bien qu’exigeante n’en demeure pas moins d’essence populaire.

On ne voit que trop, à l’examen de cette déclaration le mal que fait à la musique l’industrie musicale. Ses proclamations de vertus, à l’occasion des débats sur le téléchargement illégal, dissimulent difficilement son mercantilisme mortifère. Que les musiciens cherchent aujourd’hui à recouvrer leur liberté, à s’affranchir des codes, à refuser que l’on définisse leur musique à leur place constituent des initiatives à saluer. Et tant pis si le terme jazz (avec le j de Jojo) doit y passer.

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Les Lundis du Duc (en direct du Duc des Lombards) sur TSF Jazz,

reviendront ce soir à 20h00 sur l’affaire Nicholas Payton, avec une interview exclusive, et par téléphone, de Nicholas Payton en personne. Affaire à suivre…

jeudi 16 février 2012

L'érosion

Putain de mémoire. Je serais bien en peine de retrouver quelqu’un sur cette merde de facebook avec une mémoire pareille. Heureusement que j’ai désactivé mon compte depuis belle lurette, ça m’évite une humiliation supplémentaire. Cette mémoire, j’ai beau la retourner et la retourner, la retourner sans cesse comme une poupée gonflable, rien ne sort. Rien ne suinte, si ce n'est quelques prénoms vagues comme un filet d’humeur bien jaune d’une plaie à demi cicatrisée. Est-ce à dire que les gens ne comptent pas réellement pour moi ? J’essaie, vraiment j’essaie. Je me force, vraiment. Je me violente. Je scrute la vieille caverne ténébreuse qui constitue l’intérieur de moi-même, je vire d’une main virile les toiles d’araignée qui dégringolent tristement du plafond comme un explorateur de pacotille, je m'éclaire l'introspection à la lampe-torche, je me coloscope le cortex ! Rien. Nada. Que dalle. Comment j’ai pu oublier ton nom, Céline ? Ce n’est pas comme si tu n’avais jamais compté ? Comme si je ne t’avais jamais aimé. Comme si tu n’avais été qu’une simple étape dans mon existence. Putain. Pourquoi est-ce que je ne parviens pas à me souvenir de ton nom ? Et il y a pire… je ne suis même pas certain que tu t’appelais vraiment Céline. C’était peut-être Cécile après tout. Il y a aussi ce type, là, ce guitariste avec qui j’ai joué pendant près d’une moitié de décennie. Florian. Impossible de me souvenir de son nom de famille ! Et tiens ! la première fille que j’ai embrassée aussi. Avec entortillements de langues et partage de salive, j'entends... Audrey. Au pied de l’escalier du Bâtiment C du collège des Remparts de Rozay en Brie. Un lundi après-midi. Pas de nom de famille. Elle se laissait peloter le cul sans rien dire. Elle était jolie comme un soleil d’été au petit matin. Je me souviens de ses petits soutiens-gorges en coton à carreaux gris et des petits nénés qui se dissimulaient pudiquement dessous. Je me souviens m’être dit après avoir roulé cette première et mémorable galoche : voilà, la vie commence, je vais compter, noter, recenser toutes les gonzesses de ma vie. Comme un foutu comptable. Que ne l’ai-je fait ? Audrey. Belle et radieuse. Pas de nom. Et je le connaissais ce nom pourtant, je le possédais et l’ai possédé longtemps. Il était à moi, un beau morceau de mémoire qui pulsait en moi et qui n’appartenait qu’à moi. J’aurais dû tout noter, tout référencer. Je ne l’ai pas fait parce que je trouvais cela vulgaire à l'époque (et aussi parce que j'étais un fainéant de première), mais j’aurais dû, putain, j’aurais dû. Ça m’obsède. J’ai l’impression de contempler ma vie, comme la contemplerait ce con de Jason Bourne, pleine de trous, d’absences, de choses à moitié effacées. J’envie presque tous ces nases qui passent leur vie sur copainsd’avant à reconstituer toutes leurs classes, comme des archivistes maniaques. Ils ont les noms, eux. Même les noms de ceux qu’ils ne pouvaient pas sentir. Comment récupérer cette mémoire, ces informations précieuses ? Elles ne me serviraient absolument à rien, je le sais bien, elles ne serviraient qu’à moi, parce que je tiens obsessionnellement à mettre un nom sur quelques souvenirs, mais il me semble aujourd'hui que c’est important. Important. Et pourtant, ça s’est enfui. Ça s’est délité. Et je crois bien que cela ne reviendra jamais. De Céline/Cécile, il me reste le souvenir de son corps nu, rien de bien fantastique, un gros cul et des petits nichons qui tombaient, de son visage, rien de fabuleux non plus, de beaux yeux verts toutefois mais un gros nez, ce qui faisait dire à mon père qu’il espérait ne jamais voir l’appendice nasal de l’enfant que l’on pourrait produire à nous deux, le souvenir de sa gentillesse, de sa douceur, presque maternelle, de sa remarquable intelligence, de son rire. Pourquoi m’aimait-elle, celle-là ? C’est un mystère pour moi. J’étais un con. Je l’ai finalement traitée comme on traite la dernière des merdes. Un jour, en l’envoyant sur les roses pour une raison bidon et en ne la rappelant plus, tout simplement, en l’ignorant. En l’effaçant. Parce que, con comme j’étais, il me fallait passer à autre chose, changer les meubles de ma petite vie sentimentale. Pour la remplacer par qui ? Je ne sais plus. Ce n'était qu'une nécessité de variété, qu'une question de collection. Elle m'a poursuivi. J'ai ignoré ses coups de fil. Elle a insisté. J'ai ignoré ses lettres. Elle s'est finalement humiliée jusqu'à venir cogner à la porte de chez moi, un samedi matin, pour que je puisse la répudier de vive voix. Avec toute l'indifférence feinte dont j'étais capable. Cet oubli est sans doute ma punition, cet oubli est un châtiment. Un châtiment d'une imparable logique. Un châtiment que je m’inflige, à cause de remords que j’entretiens depuis bientôt 20 ans. J'espère vivement qu'elle m'a oublié, Céline/Cécile, ou qu'elle se rit du pathétique souvenir que je lui ai laissé.

mardi 14 février 2012

Prozac.0


Ce qu’on a perdu ? La capacité de s’émerveiller, de croire qu’un événement de rien du tout peut changer le cours d’une vie. Ce qu’on a gagné ? Des rhumatismes, des maux de ventre, des soucis minables, des habitudes qui éreintent et une attitude blasée-en-toutes-circonstances pour faire classe dans les diners en ville.

Oh mais mon p’tit gars, j’en suis revenu de toutes ces conneries. Maintenant, je vois l’existence d’un œil nouveau, je porte des chemises et de temps à autre une veste sombre ; si tant est que le vieillissement puisse renouveler les cellules et la qualité de la circulation sanguine...

Je regarde autour de moi et ce que je constate, c’est que la blogosphère est devenue le service des soins palliatifs du web2pointzéro. Notre agora virtuelle ressemble désormais au sénat romain d’avant la chute ; un amphithéâtre de vieilles pierres abimées, rempli de vieux séniles incapables de mettre de l’ordre dans leurs idées. S'apprêtant à faire la sieste après s'être envoyé à la gueule quantité de noms d'oiseaux pour le déjeuner.

La blogosphère est vieillissante. La blogosphère est trop vieille. Des types font des tartines en forme de billets pour nous expliquer que l’absence de Marine Le Pen à l’élection présidentielle constituerait un déni de démocratie. Ou débattent sans fin sur le bien fondé de la TVA sociale. De la sauvegarde de la Vème République. Prenez vos pilules et débranchez un peu, les gars.

Depuis quelques jours, on publie sans se lasser des vidéo-clips de Whitney Houston. We will always love you, Whitney. Titres ô combien subtils et originaux. Pas du tout téléphonés. Comme si quelques mois plus tôt, les mêmes ne s’étaient pas foutus de la gueule de la vieille alcoolique pathétique qu’elle était devenue, infoutue de chanter deux notes justes à la suite. Et on apprend ce matin que Sony vend du baril de Whitney Houston au kilomètre. Des palettes de cadavres en compact disc font le gros des réassorts de toutes les FNAC de France. C'était attendu. Yahoo , hier, vous proposait de regarder la vie de Whitney en vidéos. Vraiment ? Y a des vidéos d'elle en train de rendre son diner dans un massif de fleurs ? En train de se faire tabasser par son ex-mari ? Une bonne nouvelle tout de même pour nous tous : la postérité n’a jamais été aussi accessible. Il suffit de crever dans son bain. Ou bien d’avoir un médecin incompétent. Comme si Whitney Houston n’avait jamais chanté autre chose que de la merde trop sucrée, des paroles idiotes sur des mélodies niaises.

Ce n’est pas ainsi que l’on parle des morts, allons. Tu devrais avoir honte, blogueur de mes deux.

Je ne sais plus qui disait ça : « Passé 50 ans, la banane et les santiags, ça devient ridicule ! » Une sage parole. Ça devait être Eddy Mitchell parce que ça ne peut tout bonnement pas être Dick Rivers. Simple déduction. Passé la cinquantaine, il devrait en effet être interdit de se livrer à certaines occupations. Bloguer par exemple, passé 50 ans, ça devrait être purement et simplement interdit. La qualité des échanges n’en serait que meilleure à mon avis. Mais ce n’est que le mien. L’avis d’un conard trentenaire, qui a honte de s’avouer qu’il est déjà vieux, déjà aigri, déjà blasé, déjà mort. Bon, je bouge quand même encore un peu, je suis tout de même encore un petit peu chaud. Voilà ce qu'on va faire : vous jetterez les premières pelletées de terre sur mon cadavre le jour où je déclarerai mon attachement à la République du Général.