jeudi 24 mai 2012

In DeLillo - Les Joueurs - Le marché aux enchères


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Il y a quelque chose de tordu dans les dialogues de DeLillo. De foireux même, allons-y franchement. Dans un premier temps, je ne parvenais pas vraiment à mettre le doigt sur ce qui me démangeait les muqueuses. C'était pourtant là, indéfinissable. Ce n’était pas cette ironie froide que semblent partager tous ses personnages, uniformisant leur tempérament, ni cette absence d’implication (de chaleur, de pulsations, de chair) qui les caractérise tous.

C’est en lisant Les Joueurs que cela m'est apparu comme une évidence : les dialogues de DeLillo me font l'effet d'un spectacle de ventriloque. Derrière chacun d’entre eux, on entend la pensée de l'auteur avec autant de subtilité que si il utilisait un porte-voix. Est-ce pour autant un reproche qui vaut la peine d'être formulé à son encontre ? Pourquoi se gêner. Si DeLillo a la réputation d'être barbant, c'est en partie à cause de ces dialogues téléguidés dont il abuse. DeLillo ne fait pas dans l’étude de caractère mais ce n’est pas vraiment l’objectif de sa littérature non plus. Il y aura toujours une distance entre l’objectif de l’écrivain et les souhaits du lecteur. La littérature n’est pas un divertissement. Ni un essai psychanalytique. A vrai dire, on lui serait presque reconnaissant d’être aussi jusqu’auboutiste dans sa démarche, tant Freud a causé de torts à la littérature contemporaine. Sous la plume de DeLillo les êtres humains sont interchangeables, c’est un fait. Ils partagent la même aspiration au vide, le même lymphatisme, le même cynisme défensif. C'est un fait. Mais c'est aussi parce que chez DeLillo tout le monde pieute dans le même lit. Tout le monde loge à la même enseigne. C’est la conséquence naturelle, organique du projet de constitution d’une œuvre-miroir.


Chez DeLillo, il y a quand même de quoi se consoler. Ou se perdre. Prenez donc Les Joueurs, son 3ème roman, cette phrase qui jaillit proprement du texte, qui vous bouscule, et vous fait l'effet d'une beigne :

Après les cris des courtiers, les cotes, les enchères, la cadence et la sonnerie d’un marché aux enchères, il y avait toujours un prix final, bon ou mauvais, un aplanissement des désirs matériels du monde. Les participants du marché étaient terre à terre. Ils se jouaient des tours. Ils ne dérivaient pas au-delà de la marge des choses.Une curiosité que cette phrase. Une curiosité en fait que ce roman tout entier. Petit, chétif, fulgurant, maigre. Je ne saurais dire s’il est magnifiquement raté ou piteusement réussi.

Peut-être faut-il commencer par évoquer Lyle, pion de la finance new-yorkaise, qui en est un des personnages centraux ; statut qu’il partage avec sa compagne dont on suit en parallèle les errances. Lyle est un automate, un rouage, rien de plus. Porté plus qu'incarné, il comprend intuitivement qu’ici est l’alpha et l’oméga du monde libre, sa puissance et son talon d’Achille, l’épée qui à la fois le fait vivre et le fera périr. Wall Street, son symbole. Un univers absurde que ne renierait pas le plus desespéré des héros kafkaïens. Le centre névralgique de New York palpite comme un coeur sous respirateur artificiel ; des employés se perdent dans l’absurdité des étages et des ascenseurs des Tours Jumelles, de pauvres gens errent sans but, et l'on croise là où l'argent s'échange jusqu'à ce qu'il en perde toute valeur, mendiants, exclus, crève-la-faim. Et cet homme tout debout, fait tout debout, que l’on retrouve chaque jour au pied des buildings, telle une fourmi insignifiante, et qui porte haut des pancartes noircies de revendications. Est-ce cet homme qui fait comprendre à Lyle ce que ce monde à de factice, d'inhumain, de fou ? Ou le meurtre d'un collègue en pleine bourse, au milieu des courtiers dingues et vociférants ?

Est-ce parce qu'il reconnait vivre sur la base de sentiments vaporeux et incertains, une existence toute entière devenue un jeu qui ne laisse même plus la force de la désespérance. Au sein duquel toute lutte - y compris mortifère - n'est que pitreries et gesticulations.


Qu'est-ce qui incite Lyle à projeter de poser une bombe dans le saint des saints de la finance américaine : le 11 de Wall Street ? Comment glisse-t-on de la peau de trader patenté à celle de terroriste ? Et bien naturellement, il faut croire. DeLillo énonce son credo en définissant l’existence moderne, qui peu à peu se vide de signification. D’importance, et donc de conséquence.

Piteusement raté ou magistralement réussi. Comment comprendre ce séjour que Karen effectue dans le Maine en compagnie de ses deux amis homosexuels ? Séjour aux accents buccoliques et désespérés. Alors que son compagnon, Lyle, nage en eaux troubles, glissant en pleine folie, au milieu d’idéologues cinglés, d’agents de la CIA louches... Est-ce là simplement un parralèle établi entre contraires, entre un monde qui n'est créateur que de mort et de souffrance et un autre, fait d'inconscience, de latence et de suspension. Le parallèle semble lourd ? Rigide. Et pourtant, tout s'inverse, car ce sentiment de découvrir un monde vivant, palpitant, même sournoisement tapi est instantanément perçu comme une menace. La découverte également d’une forme d’érotisme absolu, quintessent, dans laquelle peuvent encore se réunir les corps et les âmes, est quant à elle quasiment insoutenable. Comment comprendre autrement le suicide de Jack, l'ami homosexuel, qui s’immole par le feu après avoir couché avec Karen, un après-midi de désoeuvrement ? Comment comprendre cela ? Roman raté, trop intello ? Chef d'oeuvre prophétique ? Parabole mettant en valeur l’individu face aux systèmes ? L’idée que l’existence consisterait à retrouver le gout de sa propre existence et le sens de sa propre fin, ceci en qualité de résistant, par opposition à ce monde qui nous nie en ne faisant de nous que des rouages (fonctionnels ou destructeurs) de tel ou tel système ?

J’en reviens à cette phrase qui est comme une fulgurance dans une œuvre qui me semble un peu trop théorique tout de même pour être bien catholique. J’y reviens parce qu’elle identifie très clairement ce que je pense moi-même depuis très longtemps. Ceci : "il y avait toujours un prix final, bon ou mauvais, un aplanissement des désirs matériels du monde. Les participants du marché étaient terre à terre." Nos grandes figures politiques auront beau gesticuler en enfilant des Y’a qu’à comme des mantras, le marché (notre système) est déjà régulé, et il l’est depuis l’origine. Cela fait partie de son programme initial en quelque sorte. Cela ne vous semble peut-être pas flagrant, tant le monde semble sous l’emprise d’un chaos généralisé, tant l’ampleur de ses déséquilibres parait abyssal, mais c’est un fait, le marché est régulé, selon ses propres critères certes (qui peuvent nous sembler inhumains et donc absolument désordonnés), mais régulé quand même ; n’en déplaise à nos nouveaux hérauts pleins de volonté qui prétendent disposer du pouvoir de moraliser un système qui - en tant que système - ne peut connaitre la moralité (comme on ne peut apprendre la compassion à une bête sauvage ou la pitié à une machine). La crise elle-même, oui, cette crise là y compris, dont on nous rebat les oreilles (et toutes celles qui ont précédé), ne sont que des éléments de cette régulation autoprogrammée. Loin d’être de bruyantes manifestations du grand désordre, elles ne sont que l’étape tumultueuse (et récurrente) d’un seul et même cycle. Invulnérable, se rebootant sans cesse. Les crises sont l’élément nécessaire qui permet au système de se purger – naturellement. D’aucuns pensent que le capitalisme s’est transformé avec le temps ; ils ont tort. Le capitalisme s’est certes développé. Il a sans doute étendu son influence. Ses moyens se sont accrus avec le progrès technologique. Il est même parvenu à détruire son seul ennemi historique au bout d’une lutte qui fut faussement âpre et terrifiante. Tout cela est sans doute vrai. Mais c'est un écran de fumée, tout comme cette connerie de progrès qui agit comme un lubrifiant avant une double sodomie. Le capitalisme n’a en vérité jamais cessé de creuser inlassablement le même sillon, de poursuivre le même but.

Le capitalisme est un jeu, un jeu qui obéit à des cycles. Et les spéculateurs – comme leurs adversaires – en sont les joueurs amoraux. Des joueurs amoraux tout entiers prisonniers de ce tumulte, de cet univers de beuglements, de chiffres, de devises et de courbes graphiques. Le credo de DeLillo et ça l’était déjà dans Mao II, c’est d’unir des opposants idéologiques dans le même élan nihiliste. Capitaliste et anticapitaliste militants pieutent dans le même lit. Entre autres. Sont l’engeance du système lui-même qui les a créés afin d’assurer éternellement sa propre subsistance.

Si je parle de système, c’est bien entendu parce qu’il ne met pas en scène que le marché. Comme le laisse supposer l’œuvre de DeLillo, formant un tout obsessionnel visant à en dessiner progressivement les contours (et à en identifier les diversités), la structure est complexe, protéiforme : marché, politique, capitalisme, entreprises, finance, médias. Soldats et adversaires ont pourtant la même origine.

Comment ne pas considérer que les médias constituent la condition sine qua none de l’existence de la lutte terroriste. N’est-ce pas évident que ces deux mondes ne semblent conçus que pour se nourrir l’un et l’autre. L’acte terroriste vise toujours un symbole. Le carnage tout spectaculaire qu’il soit y sera limité, circonscrit. Seuls les médias et leur traitement du drame permettront à cet acte de devenir signifiant, de s’étendre, d’entrer en phénomène de contagion et donc d’unir un peuple entier dans la même compassion, la même tristesse et la même terreur. Sans médias rien ne serait possible. Ne resterait que la guerre totale et aveugle comme issue à toute cause bien décidée à obtenir gain de cause.

Le début du roman est a posteriori une parabole très éclairante de tout ce qui est exposé ici. Les passagers d’un avion regardent un film muet, dont la musique est jouée simultanément par un pianiste ne connaissant rien de l’intrigue du film. Une scène absurde qui préfigure peut-être ce ratage de justesse qu’est tout le roman. Des golfeurs innocents en train de jouer se font massacrer à l’automatique par une poignée de terroristes dévalant des roughs et des bunkers. Subtil, n’est-ce pas ? Les golfeurs (occidentaux bouffeurs de Corn Flakes convertis à l’American way of life) sont inconscients du danger qui les guette. Ils ne songent qu’à jouer à leur jeu absurde dans leurs fringues idiots. Les terroristes eux-mêmes sont sans doute inconscients de la réelle portée de leurs actes. Ils massacrent. Ils jouent. Ils opposent leur idéologie à celle de leur adversaire, leur idéologie qui n’est jamais qu’une représentation physique de celle-ci. Rien n’aurait de sens en réalité sans le pianiste – le média – qui rend le film signifiant, grâce aux inflexions de la musique qu’il joue, tour à tour guerrières, poignantes, racoleuses, burlesques, ultra-démonstratives, larmoyantes. Il est le noyau ou le stigmate hollywoodien de la scène. Rien n’aurait non plus de sens si les passagers ne contemplaient ce spectacle total de mort, dont ils se repaissent avant de se disperser, d’observer un retour aux sentiments, de retrouver leur « vraie vie [qui] est en bas et commence maintenant à se reconstituer, rappelant leur chair de là-haut, dans le courrier qui attend d’être ouvert, dans les téléphones qui sonnent et le travail qui s’amoncelle sur des bureaux, dans l’énonciation fortuite d’un nom. »

Cette évocation d’un acte terroriste en pleine bourse de New York a accessoirement renforcé l’aura de prophète qu’a DeLillo. Les raccourcis sont tentants. Mais nous les laisserons à ceux qui les aiment. Nous préférons les chemins de traverse.

mardi 22 mai 2012

Et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde

Est-ce que nous allons crever ? Et disparaitre purement et simplement, nous, les catholiques ? Et si tel est le cas, est-ce à cause de Vatican II, du mariage homosexuel, du remboursement total de l’avortement ou d’une Loi légalisant en douceur l’euthanasie ? N’est-il pas incroyable, ce défaitisme généralisé qui se propage comme un virus, chez les ouvriers, les traders compulsifs, les patrons de PME, les immigrés et ceux qui ne le sont pas, et même dans l’ADN que l’on pensait blindé des catholiques… Incroyable et méchant comme un teigne, tenace et vil comme une tique planquée dans le pli d’un bourrelet.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Je n’ai pas de réponse. La France est-il un pays de trouillards, de tarés, de mythomanes ou de martyrs autoproclamés ? De gens qui souffrent, comme ils disent dans le tube ? Trop d’immigrés par ci, pas assez d’économies par là, trop de fonctionnaires par ci, pas assez de fidèles dans les Eglises par là. La faute à quoi et à qui ? Aux gouvernements de gauche, aux gouvernements de droite, au Grand Capital, à l’Idéologie Rouge, à l’abandon de la messe en latin ? Que de maux à recenser, que de paroisses pour lesquelles prêcher !

Il y a quelques jours, les tradis ont défilé dans les rues de Paris. Refusant une France rouge et laïciste, CIVITAS appelle le pays réel, celui des terroirs et des clochers, attaché à la France éternelle, ses traditions et ses coutumes, et fidèle à ses racines chrétiennes et à la foi de ses ancêtres, à se rassembler le 13 mai à 14h30, place St Augustin à Paris. Qu’est-ce que c’est que ces conneries encore ? Le pays réel comme s’il y avait un autre pays, à côté de celui-ci, le pays des fées et des lutins peut-être, des mirages et des oasis multiculturels. Les fameuses racines chrétiennes, comme si nous étions des putain d’arbres, immobiles et bientôt secs. La France des terroirs et des clochers… Et du paté. La foi de nos ancêtres ? Est-ce que Dieu en est issu aussi, de la foi de nos ancêtres ? Où est-il d’ailleurs, ce Dieu qui laisse se vider ses Eglises et n’appelle plus assez d’hommes en cette triste époque de crise des vocations ? Est-ce sa faute, sa grande faute - nous abandonne-t-Il ? - ou est-ce celle de ces catholiques présumés tièdes, effacés, discrets, muets au point d’être désormais invisibles. Je ne parviens plus à faire la synthèse de toutes les vilénies que je peux lire ici ou là. Les opinions sont jetées dans le monde à défaut de disciples, à défaut d’individus éclairés, et s’affrontent, se cognent le front, se culbutent et s’écorchent. Croyez-moi, je suis au-delà de la simple saturation, du simple écœurement. Il m’arrive de penser que si je n’étais pas marié, et père de trois enfants, je n’hésiterais pas à entrer dans la vie monastique. Une vie de peu, conçue de silences et d’offrandes… Je me demande pourquoi les catholiques ne parviennent plus à se désengluer du monde. A dépasser ses contingences, ses limites. Pourquoi ne parviennent-ils plus à voir au-delà, au-delà des questions de rite, de société. Leur foi est-elle trop tendre, trop branlante pour qu’ils se sentent ainsi menacés, quand ils devraient savoir que rien, rien ne peut réellement les atteindre, les toucher, entamer leur identité. Que veulent-ils donc ces chrétiens traditionnalistes ? Vivre dans un pays qui ne les rejette pas, qui fait la part belle à leurs préceptes, dans un pays acquis à leur cause, qui les écoutera sagement et dira de chacune de leurs paroles : « c’est là la vérité qui doit conduire notre vie ! Convertissez-nous et portons ces saints aux nues, subito ! » Le Christ ne les avait-il pas prévenu que le monde ne les accepterait jamais tout à fait, qu’il leur faudrait non pas combattre mais témoigner, non pas trembler de colère mais rester humbles et porteurs de lumière. Ne leur a-t-il pas montré l’exemple, en ne répondant pas aux fausses accusations portées contre lui, ne leur opposant que la valeur de son sacrifice ?

Je pense encore à l’extrait de l’Evangile selon St Jean (17, 11b-19), lu ce dimanche, qui tourne depuis dans ma tête et qui, il me semble, répond à toutes ces questions.

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j'étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné. J'ai veillé sur eux, et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu'ils aient en eux ma joie, et qu'ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. »

Nous ne sommes pas de ce monde.

mercredi 9 mai 2012

Moi aussi, je suis content...


Les filles de gauche sont plus jolies que celles de droite. C'est un fait. Plus bruyantes aussi. Mais il faut dire que les amants de gauche sont bien meilleurs que ceux de droite.

jeudi 3 mai 2012

Etre catholique et voter François Hollande


Certains se demandent comment certains catholiques parviennent à établir une cohérence entre leur Foi et leur volonté de voir Hollande atteindre le sommet de l’Etat - c'est à dire, en dépit de certaines avancées sociétales pronées par le candidat socialiste. Ce matin, Cyrille Schott, Préfet de la République, répond à cette question dans les pages du Monde, d’une manière précise, claire, justifiée. Je souscris en grande partie à ses propos, plus particulièrement à leur introduction.



"Le religieux a fait intrusion dans la campagne électorale à travers la polémique autour du prétendu soutien de l’Islam à François Hollande. En revanche, le christianisme y est peu visible. Certes, quelques échanges sur la laïcité ont eu lieu, mais sans aller très loin. L'on sait cependant que les catholiques pratiquants ont majoritairement offert leur vote à la droite. J'appartiens à ces croyants, mais n'ai pas suivi le mouvement majoritaire. En tant que chrétien, j'apprécie la préférence pour les pauvres, que je distingue dans le programme de la gauche. Cette préférence est chrétienne, même si ceux qui la promeuvent se réclament de la laïcité. Encore faut-il rappeler que celle-ci n'est que la séparation des domaines, temporel et spirituel, qui résulte du message même de Jésus-Christ.

Il y a autre chose dans mon choix de François Hollande. Je distingue en lui les quatre vertus cardinales, qui me paraissent nécessaires chez un homme ambitionnant la magistrature suprême. Dans le christianisme, ces vertus sont dites cardinales, en raison de leur rôle capital - cardo en latin signifie pivot, point capital, sur lequel tout roule - dans l'action humaine. Elles s'appellent la prudence, le justice, la force, la tempérance."




Le reste est à lire sur le site du Monde.

mercredi 2 mai 2012

Comment relativiser le plus naturellement du monde

Les vacances, c’est fait pour faire plein de trucs, par exemple, tout ce qu’on ne peut pas faire quand on est privé de sa liberté de mouvement par l’esclavage moderne et chantant que représente le salariat. C’est en tout cas ce que l’on se dit toujours avant d’y être. Parce qu’après avoir gouté aux charmes du transat et de la lecture en terrasse, on renonce bien vite à la moindre résolution. On ne fait plus rien. Cette année, j’ai toutefois réussi à faire des choses assez inhabituelles pendant mes vacances. Malgré moi il est vrai, mais tout de même… J’ai par exemple détruit ma voiture à l’aller. A mi-chemin, ce qui ne gâche rien. Le turbo du moteur a apparemment lâché. Comment savoir, je n'y connais foutrement rien. Avec mes trois mômes, on a dû poireauter une demi-heure derrière une glissière de sécurité sur l’A-je-ne-sais-plus-quoi, dans le vent et sous la pluie, avant que la dépanneuse ne se pointe. C’est dans ces genres d’instant là qu’on se rend compte qu’avoir des enfants est une sorte de malédiction. Les voitures fusaient à toute vitesse, le plus petit courait dans tous les sens et se gamellait dans l’herbe mouillée en grelottant à moitié. Avoir peur pour ses enfants est sans doute l’émotion la plus affreuse qui soit. Heureusement, la dépanneuse a fini par se pointer. On s’est mis à l’abri dans le camion en plaisantant grassement. On a laissé la voiture en rade chez le garagiste qui ne sait toujours pas comment se débarrasser de nous (nous sommes en effet des salauds de pauvres), pris un taxi jusqu’à Villefranche-sur-Saone pour prendre possession d’une Chevrolet de location, gracieusement payée par mon assurance. Et puis quoi ? Nous avons continué notre chemin pour profiter de nos vacances. Une fois arrivés chez mes parents, nous avons tenu nos promesses : nous n’avons rien fait.
Je n’ai plus de bagnole, en fait, je ne sais même pas vraiment si je n’en ai plus ou si le chirurgien cambouiné qui s’affaire sur son moteur pourra la sauver de l’anéantissement, ce qui ne m’angoisse que très modérément en réalité. Comme il va de soi lors d’un retour de vacances, j’ai un boulot de dingue à faire au milieu d’une forêt de ponts, d’absences diverses de collaborateurs, d’une convocation pour une visite médicale de mes deux (mais pas seulement) et d’une formation de deux jours à la mord-moi-le-zgegue. Il faut savoir être philosophe, détaché, on est vivant et en relative bonne santé, c’est le principal. Ce soir, je ne regarderai pas le débat, obligations paroissiales obligent. Ce dimanche, Sarkozy sera peut-être réélu, il me faudra alors considérer la chose comme le décès annoncé de mon monospace honni. En haussant les épaules.