jeudi 13 décembre 2012

He's Alive : He's Aliiiiiive !

Il se passe quelque chose en ce moment dans le milieu du jazz. Quelque chose qui fait penser que cette musique n’est pas encore pas tout à fait morte. Son corps souffre indéniablement, mais il bouge encore et le souffle est encore chaud.

Il y eut le disque des trois cinglés qui composent The Bad Plus, celui des rosbifs du Roller Trio. On découvre maintenant, Rusconi, un trio de suisses complètements déglingués. Même causes, même effets. L’ensemble est soudé comme les ouvriers de Florange, qui s’y connaissaient depuis un bail question soudure, cimenté comme une famille de portugais, colmaté comme un joint de baignoire ; personne n’entreprend de capturer la lumière pour ne l'avoir que pour soi, personne ne marche sur les pieds de son voisin ; sans s'excuser tout du moins. Les trois hommes s’avancent et lancent leurs idées dans une sorte de bordel organisé. C’est lyrique, parfois sombre, et parfois même carrément inquiétant, mais aussi joyeux de temps à autre, facétieux, irrévérencieux. L’institut médico-légal peut encore garder ses instruments au chaud ; l’autopsie, c’est pas pour maintenant.






mercredi 12 décembre 2012

Destins croisés


Ravi Shankar disait ceci à propos de John Coltrane :

« J'écoutais beaucoup Louis Armstrong, Cab Calloway ou Miles Davis, mais j'associais leur musique à des pièces enfumées avec drogue et alcool. Quand j'ai connu Coltrane, il avait cessé de boire, il était devenu végétarien. Je n'arrivais pas à le croire, il avait l'air si clean, si comme il faut ! Surtout, il était humble. Nous nous sommes rencontrés trois ou quatre fois à New York, il posait des questions sur les ragas, l'improvisation. Je lui disais : j'entends des perturbations, des sons perçants, quelque chose qui hurle dans votre musique. « C'est exactement ce que je veux apprendre de vous, m'a-t-il répondu, comment puis-je mettre de la paix dans ma musique ? » Hélas, il est mort alors qu'il devait me rejoindre, pour six semaines, à Los Angeles. Il avait donné mon prénom à son fils : Ravi Coltrane est aujourd'hui saxophoniste de jazz, comme son père ! »

Le plus célèbre des joueurs de sitar est mort ce mardi, à l’âge de 92 ans. La conversation va donc pouvoir reprendre là où le sort l’avait laissée.





lundi 10 décembre 2012

A 4 sur un vieux !

Je crois que je ne parlerais pas tant du catholicisme ou de l’Eglise catholique si on n’en donnait pas une image si distordue, si éloignée de la réalité.

Dernier exemple en date, samedi soir : je suis affalé dans mon canapé, je fais défiler les chaines paresseusement, sans y penser. Sur la 2, l’émission de Bruce Toussaint commence avant d’en finir prochainement – la télé est une jungle pleine de bons sentiments. Générique débilitant, micro-trottoir bidonné, sommaire. Applause ! Au menu entre autres choses, la sortie idiote et opportuniste de Cécile Duflot, vous connaissez ! Visez mon doigt suspendu au-dessus de la touche Prog + de la télécommande.

Pour représenter l’Eglise catholique, on a invité le Père Guy Gilbert, vous souvenez-vous du Père Gilbert ? Qui ne se souvient du père des loubards, qui porte le même vieux perfecto depuis 30 piges. Aïe, me dis-je, ça commence mal. Je n’ai rien contre le Père Gilbert, pour tout dire, mais je me demande si on n’aurait pas pu trouver un peu mieux que lui, un peu plus…enfin… – et un peu moins daté sans verser dans le jeunisme – pour représenter les catholiques de France. On n’aurait pu mais on n’a pas voulu. Applause ! Ce n’est pourtant pas les interlocuteurs qui manquent dans l’Eglise catholique. Il y a quantité de prêtres, quantité de responsables qui auraient pu porter la voix du diocèse parisien, mais non, on a choisi le Père Gilbert. Le Père Gilbert coûte que coûte. Le Père Gilbert, connu pour être une sorte de mascotte cathodique. Les médias avaient besoin d’un catholique pour démontrer par l’exception qu’on était tous des ringards rétrogrades. C'est l'office du père Gilbert. Le Père Gilbert, au-dessus de la mêlée des bourgeois qui feuillettent à n’en plus finir des catalogues Ciryllus pour démontrer qu’on peut très bien être prêtre catholique et super cool tout à la fois. Enfin, cool, cool, c’est quand même vite dit : cool, tel que l’on pouvait l’être il y a 30 ou 40 ans. Aujourd’hui, il faudrait penser à prochainement renouveler le stock, un prêtre en survète Nike peut-être ou en baggy, parlant le verlan, hyper branché question breakdance, je ne sais pas. Ou un curé qui sillonnerait les raves et goberait des cachets d’ecsta ! Comme si les gens étaient incapables de détacher la question de l’orientation idéologique du vêtement. Je suis fatigué, moi…

L’Église a-t-elle besoin de représentants cool, qui n’aurait par exemple pas peur de dire des grossièretés ou de se comporter comme un va-nu-pieds ? L’Église a-t-elle besoin d’un Père Gilbert pour démontrer qu’elle accepte sans mal en son sein les diversités d’opinion ? C’est la question à cent mille !

Passent le folklore et la télégénie du prêtre de cuir vêtu. Pins et badges anarchy in the UK ! Applause ! Get louder ! Le Père Gilbert dissipe assez vite quelques doutes. Il lui faut dix minutes en tout et pour tout avant que l’affaire ne sa gâte. C’est qu’il est avant tout catholique : il est contre le mariage gay, il défend la chasteté en tant qu’idéal d’amour. Pire, il se dit contre l’avortement. Personne n’applaudit. Silences sur silences. Voilà qui vous fait perdre toute cool attitude en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Comment ? Aussitôt, Clémentine Autain bondit (car Clémentine est devenue chroniqueuse), l’œil indigné : « Il ne peut y avoir aucune liberté pour les femmes sans celle qui leur cède le droit [inaliénable ?] de disposer de leur corps. » Derechef, l’indispensable Guy Birenbaum, œil rivé sur son écran tactile, sapé comme l’as de pique, s’empresse de signaler que Twitter est en émoi. « Sur internet, dit-il, l’air à peine réveillé, ce genre de propos ne passent pas ! » A cet instant là, j’ai comme une sorte de hoquet. Ou de rire pathétique. Il s’agit peut-être d’un vague remugle. Je sifflerais bien un verre de bas armagnac, moi… Et ça continue. C’est le tour de Pierre Arditi de marquer son désaccord. En peu de mots, en moins d’arguments encore, c’est la curée homéopathique.

Le hic, c’est que le Père Gilbert, a désormais passé l’âge de la vivacité d’esprit ; s’il ne l’a jamais eu. Il balbutie et bredouille et bute désormais sur chaque mot tandis que se succèdent attaques et contre-attaques, survenant de partout. Tir groupé. Le voilà cerné, du haut de ses presque 80 balais, à peine remis d’une convalescence, des suites d’un AVC. Il parvient à placer le mot « vie » après de mémorables efforts entre deux saillies mais sans préciser ce qu’il entend par là. Sa tentative s’évanouit, s’évapore. On ne l’entendra pas parce que l’on n’a pas le temps, qu’il faut passer à un autre sujet, parce que c’est comme ça la télé. Les autres le savent. Le père Gilbert a oublié. Il a perdu la main. Si l’on avait invité ce soir là quelqu’un d’autre que lui, moi par exemple, j’aurais sans doute dit à Clémentine Autain qu’elle définissait sans se moucher la liberté des femmes, comme nombre de féministes, en fonction d’une limitation de celle des hommes. Car, cela va de soi, si toute femme est aujourd’hui libre d’avorter sans rien demander à personne, cela implique qu’elle peut prendre cette décision sans demander l’avis de la personne avec qui elle a conçu l’enfant ((oui, conçu, même si personne n’a fait exprès) ou l’hypothèse d’un enfant). Je lui aurais peut-être aussi dit que la vie n’est pas seulement une question de biologie (essaie donc de voir plus loin que le bout de ton nez, Clèm ! je peux t’appeler Clèm ?), que la question n’est pas de savoir si un embryon peut être qualifié d’être humain après 3 mois de gestation, mais d’envisager la question sous un angle plus philosophique. Mettre un terme à une grossesse, ce n’est peut-être pas tuer un être humain (à dire vrai, je n’en sais rien) mais c’est en tout cas, empêcher une vie d’éclore. L’embryon avorté, n’est pas un être humain mais ce pourrait en être un, ce pourrait être moi, vous, Clémentine Autain, Pierre Arditi ou Guy Birenbaum. Je sais, Guy, ça ne passe pas chez les twittos... Quid, aurais-je sans doute ajouté, de cette liberté (qui conditionne l’ensemble de la liberté féminine selon Clémentine Autain (comme s’il y avait une liberté pour les femmes et une liberté pour les hommes, toutes deux de nature différentes)) alors que l’arsenal contraceptif (dit-on !) est aujourd’hui supérieur à tout ce que nous avons jamais connu. Hélas, la discussion en restera là, prisonnière des préjugés, des arguments tout faits, des capacités désormais limitées du Père Gilbert et de cette ligue improvisée qui ne pouvait décemment laisser dire une opinion interdite.

Je suis fatigué, moi…

jeudi 6 décembre 2012

Etrange poétique de la concordance du temps

Quand on est vieux, parfois, on meurt.

C’est le cas de Dave Brubeck, par exemple, mort la veille de son 92ème anniversaire. La veille, alors que le monde du jazz s’apprêtait à souffler les bougies à sa place. Il est grand temps de s’en aller, s’est-il peut-être dit. Je trouve la sortie élégante. Je dois pourtant confesser avoir très peu écouté Brubeck. Je connais Take 5, évidemment, et Blue Rondo a la Turk comme à peu près tout le monde et voilà tout. Et puis, quelques enregistrements sur lequel on le retrouve au piano, de passage, on ne sait par quel hasard. Chez les amateurs de jazz, il est de bon ton de se moquer de Brubeck ou de le mettre à l'écart, de négliger son apport, de railler son coté « jazz pour les masses » ; il s’agit au mieux d’un tropisme, au pire d’un snobisme. En ce qui me concerne, je n’ai pas d’avis sur la question. Je reconnais au jeu de Brubeck une certaine qualité, un toucher particulier et à ses compositions les plus fameuses, un petit quelque chose d’élégamment alambiqué mais cela ne va pas plus loin. Sa musique, tout du moins le peu que j’en ai entendu, me laisse froid.

Par une étrange coïncidence, Oscar Niemeyer, pape brésilien de l’architecture moderne et autre vieillard célèbre s’est éteint le même jour, à 104 ans. Un âge qui donne le tournis. Voilà un homme se dit-on, qui a dû vivre l’Histoire comme personne, surtout celle particulièrement troublée du Brésil. On lui doit l’étrange cathédrale de Brasilia, le siège des Nations-Unies (en partie), d’autres bâtiments gris, lisses et froids. Je n’en sais pas plus, à vrai dire, c’est la coïncidence que je trouvais troublante. En même temps, je suppose que ces deux hommes ne sont pas les seuls à être morts le 5 décembre 2012. Il s’agit donc d’une coïncidence qui n’en est pas vraiment une.

Quelques jours plus tôt (cocorico) José Bénazéraf, 90 ans, réalisateur de films chauds et intellos, en dépit des apparences - tels que : Joë Caligula – Du suif chez les dabes ; Le Désirable et le Sublime ; L’Enfer dans la peau – les avait précédés. Je ne sais plus qui a dit que tout homme était un obsédé sexuel par nature et qu’avec l’âge, il devenait de plus en plus obsédé mais, hélas, de moins en moins sexuel. L’adage semble se confirmer à la lecture de la filmographie de Bénazéraf. Finis les titres Nouvelle Vague, à partir du milieu des années 70, les productions de Bénazéraf commencent à se corser : Adolescence pervertie (1974) ; La Veuve lubrique (1975) ; La Bonne Auberge (ici on baise) (1977) ; Je te suce, tu me suces, il nous… (1979) ; Chattes chaudes sur queues brulantes et La Madone des pipes (1983) ; Le Port aux putes (1985)… avant de se terminer chez le psy avec le cultissime Acteurs porno en analyse, tourné en 1998. Si la sortie de Brubeck fut élégante, on remarquera que celle de Bénazéraf fut astucieuse. Ce qui fera dire à Langlois (l'un des fondateurs de la cinémathèque) que les films de ce pornographe assumé qui filmait des culs sur des citations de Baudelaire et de Kierkegaard, « charriaient des pierres et des diamants ».

lundi 3 décembre 2012

Faut-il déloger Cécile Duflot ?

Taper sur l'Eglise catholique est en passe de devenir un véritable sport national. La preuve, on ne compte plus le nombre de licenciés. Ce qui ne signifie pas que tout le monde soit doué pour sa pratique. Le football a aussi ses footballeurs du dimanche. Ce sport n'est pas bien compliqué, il est vrai et majoritairement soutenu qui plus est - et c'est pour cela qu'il est pratiqué par le plus grand nombre. Les règles en sont simples et quiconque assiste à une partie peut sans peine les comprendre. Mais que voulez-vous, il y en a qui ne sont bons à rien. A rien du tout. Cécile Duflot par exemple a réussi à se prendre les pieds dans ce tapis des plus fins, si bien qu'on finit par se demander si elle sait nouer sans aide les lacets de ses propres chaussures.

Ainsi, dans une interview au Parisien, la Ministre du Logement a parlé des fameuses réquisitions de logements vides et en a appelé à la solidarité de l'Eglise Catholique. Je la cite :

« Je le ferai sans mollesse, comme l'avaient fait De Gaulle ou Jacques Chirac (...) J'ai bon espoir qu'il n'y ait pas besoin de faire preuve d'autorité. Je ne comprendrais pas que l'Église ne partage pas nos objectifs de solidarité. »

Hélas, son tir au but est passé plus de 2 mètres à coté du poteau gauche et a occasionné, comme le veut la tradition, un renvoi aux vingt-deux des plus expéditifs ; l'Eglise ne l'ayant pas attendu pour agir. Il se trouve que l'opération de renvoi s'est effectuée avec l'aimable participation de Charles Gazeau, délégué épiscopal pour la solidarité du diocèse de Paris et diacre au sein de ma paroisse - un homme bon comme le bon pain et peu enclin à l'emportement.

Nous espérons que Cécile appréciera et qu'elle ne laissera pas échapper la prochaine occasion de se taire...



samedi 1 décembre 2012

L'antisémitisme sans frontières mais jamais sans sponsor


Une soixantaine de footballeurs professionnels, dont Didier Drogba (Shanghaï Shenhua), Eden Hazard (Chelsea) ou encore Jérémy Ménez (Paris-SG), ont adressé une lettre à l'UEFA pour protester contre la décision de confier à Israël l'organisation de l'Euro 2013 des moins de 21 ans (5-18 juin). Frédéric Kanouté (Beijin Guoan), André et Jordan Ayew (Marseille) ainsi que les internationaux français Yohan Cabaye (Newcastle), Abou Diaby (Arsenal), Alou Diarra, Rod Fanni, Steve Mandanda (Marseille) ont également signé ce texte.

Ils estiment que l'instance européenne du football ferme les yeux sur la récente offensive israélienne sur la bande de Gaza et expriment «(leur) solidarité avec le peuple de Gaza qui vit depuis trop longtemps en état de siège, et dont on refuse les droits humains les plus fondamentaux : la dignité et la liberté», selon la lettre. «Les derniers bombardements israéliens sur Gaza, provoquant la mort d'une centaine de civils, ont été une nouvelle offense à la conscience du monde», dit la lettre. Source L’Equipe.fr



Je ne saurais dire ce qui est le plus consternant dans cette affaire : que la grande majorité des signataires ne soient même pas en mesure de jouer l’Euro puisqu’étant de nationalité africaine pour la plupart ; qu’aucun des 59 signataires ne semble se demander pourquoi Israël est contraint de jouer les compétitions européennes de football bien qu’étant un pays ne se situant pas en Europe (même pas en partie, comme c’est le cas de la Russie ou de la Turquie) ; qu’aucun des 59 signataires ne se soit insurgé contre la décision de la FIFA d’attribuer il y a quelques années au Qatar (pays éminemment démocratique) l’organisation d’une prochaine coupe du monde (compétition que nos 59 pourraient théoriquement tous jouer au contraire de l’Euro israélien) ; qu’aucun des 59 signataires ne semble faire grand cas des attentats commis sur le sol israélien, qui font aussi leur lot de morts, qu’aucun ne semble à même de se mettre à la place d’un homme ou d’une femme qui perdrait son enfant, fauché dans la fleur de l’âge parce que juif, mais aussi parce qu’il aurait pris le mauvais bus, aurait choisi la mauvaise terrasse pour boire son coca frais, la mauvaise discothèque pour danser un samedi soir…