vendredi 22 février 2013

Donald Byrd (1932 - 2013)


He's a born educator, it seems to be in his blood…
 

Herbie Hancock

 


Donald Byrd ne passera jamais pour un grand innovateur. Il n’a du resté créé aucune œuvre majeure, même si l’on peut mettre à son crédit de très bons disques de jazz (Free Form, A new perspective, Royal Flush, pour n’en citer que quelques uns). L’Histoire retiendra pourtant son nom, avec une pointe de tendresse et d’émotion.


En premier lieu, parce que son nom restera intimement lié à l’un des labels historiques du jazz : Blue Note. Donald Byrd, quoi qu’en en pense, c’est Blue Note. Et Blue Note, c’est en partie Donald Byrd. L’émergence d’un son et sa pérennité à travers les époques. En second lieu, parce que Donald Byrd fut un grand pédagogue. Il fut celui qui prit le jeune Herbie Hancock sous son aile, lui qui l’encouragea, lui prodigua conseils et encouragements lorsque le pianiste, à l’état embryonnaire de son génie, âgé de tout juste de 22 ans, enregistra sa première session en qualité de leader et le désormais standardisé Watermelon Man. Ce souci de transmission ne le quitta jamais. C’est encore lui qui en 1979 guida une jeune troupe d’étudiants (The Blackbyrds) vers l’émancipation, lui qui ne cessa d’enseigner toute sa vie, à l’Université de Howard, de Columbia, au Queens College… La liste est inépuisable des musiciens qui lui doivent beaucoup.


Donald Byrd ne restera pas dans les mémoires comme l’un des plus grands trompettistes de jazz. Il était du reste moins un musicien de jazz qu’un joueur de jazz. Il n’était pourtant pas qu’un simple instrumentiste – loin s’en faut. Ses notes déliées, souvent brèves, son intuition mélodique, constituent une sorte d’équilibre entre la frénésie désordonnée d’un Freddie Hubbard et cette science de l’économie qui guidait le jeu d’un Miles Davis. Si j’utilise l’expression joueur de jazz, sans aucun sous-entendu péjoratif, c’est sans doute parce que Byrd n’était certes pas un grand créateur mais qu’il savait comme personne transfigurer les formes les plus simples. Toujours guidé par un impératif de clarté et peut-être, puisque nous y sommes, d’honnêteté. Son association avec le pianiste Duke Pearson (compositeur et arrangeur injustement sous-estimé) fait absolument merveille sur A new Perspective ; ce disque de chœurs, d’une justesse absolument remarquable. Son jeu précis, jamais hors-limites, illumine encore son Free Form de la fin de l’année 1961, qu’il enregistra avec les jeunes Hancock et Shorter. J’ai l’impression de n’avoir jamais cessé d’écouter ses deux disques. J’ai l’impression qu’ils m’ont accompagné et qu’ils m’accompagneront encore.


De la tendresse et de l’émotion, sans aucun doute. Voilà l’œuvre d’un grand artisan, d’un de ces artisans qui aiment tellement leur artisanat qu’ils parviennent à le transcender, à le porter plus haut que ce que quiconque aurait pu imaginer. Pour cela et pour bien d’autres choses, l’Histoire saura ne jamais l’oublier. A quoi servirait-il d’obéir à l’usage en lui recommandant de reposer en paix ; cette paix, Donald Byrd l’avait sans aucun doute trouvé de son vivant.