vendredi 19 juin 2015

Les catholiques d'aujourd'hui sont les punks d'hier

     Hier soir, le Cardinal Barbarin était invité par l’équipe de C à vous, à l’occasion de la parution d’un livre d’entretien opportunément intitulé Dieu est-il périmé ? Il fut très peu question du livre, comme on s’en doute. Vous n’imaginez tout de même pas qu’on lirait son ouvrage ou même, qu’on prendrait la peine de le faire croire à son auteur (comme on le fait sans rechigner pour les écrivains de pacotille qui se succèdent sur les plateaux de télévision pour prendre la pose). Bien sûr que non. Le cardinal n’était pas invité pour parler de son livre. Il n’était invité que pour participer à une aimable séance de justification ; c’est le traitement réservé aux catholiques et ils ont l’air d’y tenir comme on tient à une vieille habitude. Il lui faut démontrer qu’il n’est pas sectaire, homophobe, conservateur, rétrograde. Ainsi, l’on se rassure ou l’on trouve matière à s’inquiéter, en fonction des réponses apportées par le contrevenant.
     Le blasphème est-il permis en France ? Les homosexuels sont-ils respectés par l’Eglise ? Le tout à l’avenant. Vidéos du pape dans des avions. Qui suis-je pour juger ? Si untel insultait ma mère… et bien sûr la fameuse intervention de Barbarin à l’époque du débat relatif au mariage gay. Barbarin répondit à chaque question en souriant, d’une voix sans doute un peu trop douce, sans concéder un pouce de terrain. Histoire de sacerdoce. On tenait à parler de l’époque, et des mœurs,  et de notre société chérie, et Barbarin ne cessa de parler de Dieu. Parler de Dieu sur un plateau de télévision est assez mal vu. Encore plus dès lors qu'il s'agit d'évoquer le Dieu des chrétiens. Barbarin, peu habitué des précautions, parla néanmoins de Dieu, du Dieu des catholiques, du Père, du Christ, du Saint Esprit, de la Genèse et même du Chevalier de la Barre et du Saint Sacrement. A voir les mines totalement éberluées des chroniqueurs présents – visiblement, certains se retenaient d’en découdre – on comprit que Dieu était devenu l’ultime tabou de notre époque. Son évocation seule suffit désormais à choquer. L’homme de Dieu que l’on recevait autrefois avec des sourires et de licencieuses plaisanteries est aujourd’hui accueilli par une nuée de sourcils froncés et de visages graves.