vendredi 24 mars 2017

L'homme qui allait jusqu'au bout...

Jusqu'où ira François Fillon ? Jusqu'au bout, jusqu'au bout, on le sait déjà ; au diable la tempête, au diable les mutineries, au diable les avaries. Le Capitaine tient bon la barre. Jusqu'au bout, il nous l'a déjà dit. C'était il y a deux mois, c'était il y a un mois, c'était encore il y a trois semaines. La Place du trocadéro fumait sous la pluie. Les drapeaux tricolores flottaient dans le vent, les gorges huaient sans vergogne et hululaient des chants d'amour. François Baroin se pointait à la bourre... Valérie Boyer, quant à elle, était là depuis la veille...
François Fillon ira jusqu'au bout. Jusqu'au soir du Premier tour de l'élection. Jusqu'au bout de la victimisation aussi. C'est maintenant le spectre terrible d'un cabinet noir que le candidat de la droite dessine grossièrement devant vos yeux. Le voyez-vous ? Pas encore ? Un livre l'affirme... Plutôt non, rétorquent ces auteurs. Qu'à cela ne tienne : ne trouvez-vous pas que le spectre a la silhouette bonhomme de François Hollande ? C'est la thèse que l'homme défend, à bout de souffle : les affaires qui le menacent, reposent sur un faisceau de preuves, de pièces et de présomptions. Fillon réclame donc un autre procès, sans preuve à l'appui. Ce faisant, bien entendu, il affaiblit un débat politique bien mal en point. Il s'en moque ou ne se rend compte de rien, car c'est maintenant un autre spectre qui apparait sur la lande désolée : celui du pauvre Pierre Bérégovoy, opportunément tiré de son sommeil. Pathos et grandiloquence à tous les étages. Oui, pour endosser le rôle du Saint Sébastien de l'Élection Présidentielle, Fillon ira jusqu'au bout.
Jusqu'au bout de la contrition encore... Les costards à 10.000 boules étaient "une erreur de jugement". Encore une..., se dit-on. "Je les ai rendus", affirme-t-il. On espère que personne ne trouvera le moyen d'aller prendre quelque mauvaise photo de son dressing. On se demande néanmoins, en l'écoutant, en le regardant, combien d'erreurs de jugement nous reste-t-il encore à découvrir. On se demande s'il en fera autant à l'Elysée - hypothèse improbable mais pas impossible. Doit-on s'en inquiéter ? Sans aucun doute. Sarkozy prétendait avoir changé tous les deux mois. Fillon, quant à lui, s'excuse toutes les deux semaines. S'il est élu, il le sera face à Marine Le Pen, dans un mouchoir de poche ; il n'aura aucune légitimité pour imposer sa politique. A la moindre incartade, le pays se figera comme il sait si bien le faire. Lorsque le nouveau Président voudra faire mumuse avec la Sécurité sociale par exemple, ou lorsqu'il mettra la main à sa sacro-sainte politique d'austérité. Fillon ne pliera pas mais il rompra. Et cinq années terribles seront ainsi parties en fumée.
Fillon se veut impassible et fier, résilient et résistant ; c'est là ce qui fait le bois des hommes d'état, chuchotent en chœur ses discrets soutiens. S'il ne se désiste pas, ce n'est guère pour lui ; seul l'amour de la France et la perspective de la retrouver tout en haut de l'échiquier européen motive son martyr. C'est une version française, élégante, en costard à 10.000 balles de Donald Trump, de son "Make America Great Again". La symétrie parfaite, jusque dans la raie des cheveux, que Fillon porte vers la droite et Trump vers la gauche. 
Saint François ira jusqu'au bout car il n'y avait pas de plan B. Juppé a jeté l'éponge après 5 minutes d'une allocution fébrile et une nuit de réflexion. Baroin, bien qu'à la bourre, comprit sans doute que l’élection sentait déjà le moisi. Ainsi, se demande-t-on encore si Fillon n'est pas, avec le temps, devenu la chair à canon de l'élite LR. Fillon ressemble de plus en plus, en effet, à ces carcasses en sursis que l'on envoyait au casse-pipe dans l'espoir de remporter les batailles futures. C'est n'est pas lui qui tient ses amis en otage, comme on l'a prétendu, ce sont ses amis qui le poussent au devant du feu adverse ; Fillon est le bouclier humain d'une droite à l'agonie. Sous le regard de ses amis, qui ne bronchent presque plus, il essuie les coups, les attaques, les pluies de flèches empoisonnées. Quand l'élection sera terminée, ses soutiens le lâcheront simplement et l'abandonneront derrière les lignes ennemies. Il sera temps pour eux de se choisir un nouveau guide, un nouveau premier de la classe. Baroin, un autre François qui porte bien, en fin politique, attend son heure, lui que l'on trouve si bien, sans que l'on sache trop pourquoi ni comment... Les compteurs seront remis à zéro dans 5 ans. 5 ans, ce n'est pas grand chose, quand on y pense bien...
Dans son grand malheur, François Fillon, a néanmoins eu la chance de croiser la route de Christine Angot, venue lire un texte de sa petite main perclus de rhumatismes. Son texte est nul. Angot, toute entière, est nulle. Ses attaques visent une cible que personne ne distingue vraiment. Son emportement final permet à Saint François de retrouver une assise qui lui manquait tant. En vieux boxeur de la vieille politique, Fillon sait encaisser les coups portés au corps, serrer les dents et laisser l'adversaire se fatiguer tout seul. C'est ce qui arrive, inévitablement. Angot nous raconte des histoires ridicules de bracelets, s'emporte finalement, comme l'on s'emporte lorsque l'on s'engueule avec un collègue de bureau. "Oh, il est triste", dit-elle, comme une de ces mégères de vandeville...
Ainsi s'achève la soirée de François Fillon, l'homme qui ira jusqu'au bout ; tout au bout du martyr, tout au bout de la contrition, tout au bout de l'indécence. Chacun sait bien qu'un homme d'état digne de ce nom aurait jeté l'éponge depuis des semaines mais c'est là trop demander à un homme qui s'est imaginé un destin et qui se voyait déjà le réaliser sans embuche. La route était large et droite. La pente, comme le disait Raffarin, sans doute un peu trop forte...