jeudi 20 septembre 2012

A l'intérieur

A ce jour, deux brouillons figurent dans l’interface d’administration de mon blog. Le premier y est depuis quelques semaines. Il s’agit d’un texte idiot, que je ne suis même pas certain de trouver drôle. Je ne sais pourquoi j’ai un soir commencé à l’écrire ou ce qui constitua son élément déclencheur, mais il est là néanmoins, comme une sorte de traine-savates dont on ne parvient pas à se débarrasser. De pique-assiettes à qui l’on n’a fait l’erreur d’ouvrir la porte. C’est pourtant ainsi que se terminera son aventure de brouillon-résine : dans la corbeille, comme tout déchet qui se respecte ou dans les tréfonds du néant comme toutes les choses qui n’ont existé que par défaut. On ne sait pas vraiment ce qui nous pousse à appuyer sur le bouton publier d’un blog, pas davantage ce qui nous incite à appuyer sur celui qui fait s’évanouir les billets je ne sais où. Mon deuxième brouillon est tout autre. Il figure ici, en secret, depuis 2 ans. Je sais parfaitement pourquoi j’ai commencé à l’écrire, parfaitement ce que j’ai voulu exprimer à travers lui. J’en connais chaque recoin, chaque inflexion, chaque nuance. De temps en temps, j’y remets la main, je l’amplifie ici, l’élague ou l’écrête là, précise quelques expressions ou images confuses. Je sais pourtant que je ne le publierai jamais. Et pourquoi... Parce qu’en premier lieu, ce texte n’est pas un billet de blog, qu’il n’a rien à faire sur un blog. Non qu’il soit trop bien fichu ou d’une nature supérieure. Le publier serait seulement indécent, malsain. On ne fait pas cela sur un blog. On ne se livre pas ainsi, on ne se dévoile pas ainsi, ou alors, on ne devrait pas. Certains ne se gênent pas pour exhiber leur vie sur le net, leur vie et leurs organes génitaux, je le sais bien, mais il me semble que cette exposition a des limites ; il en va du respect des autres et bien évidemment du respect de soi. En second lieu… Il n’y aura pas de second lieu. Il y a bien d’autres raisons à cette autocensure qui n’en est pas réellement une, mais elles sont toutes secondaires par rapport à la première. Et pourtant, comme je l’ai dit, il m’est impossible de supprimer ce texte. Il est là, persistant, telle une réminiscence, toujours aussi exact, toujours aussi conforme à la vérité, toujours aussi cru. Je pourrais sans aucun doute le coller ailleurs, ce fichu machin, la manœuvre ne me prendrait sans doute que quelques secondes d’un temps qui ne m’est pas tellement précieux. Et pourtant, je n’en fais rien. Parce que je sais qu’il me faudra alors y travailler sans cesse au risque d’en faire un témoignage, épais, exhaustif, pour celle à qui il est destiné. Et écrire un texte pour quelqu'un, plus qu'un texte d'ailleurs, c'est tout à différent de l'élan qui consiste à le lui faire lire. Tous les mois, je le rouvre cependant, comme je l’ai dit plus haut, pour le remettre en forme ou simplement le relire. Ainsi, figurant dans cette liste de brouillons de billets de blog, il reste circonscrit à la dimension d’un billet de blog. Il ne déborde pas, ne me force pas à fourailler dans mes entrailles, toujours plus profondément. Je ne le regarde que de temps à autre, comme quelque chose d’extérieur, afin d’éviter de me regarder moi-même.