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mercredi 4 juillet 2012

The Yes needs the No, bande de losers !

Ce billet n’existe, il est vrai, que parce que ce midi, j’ai cru un instant avoir vu Jean-Pierre Raffarin en couverture d’un magazine sobrement baptisé Winner, le journal des gagneurs. Sur le coup, j’ai continué vaillamment mon chemin, vaguement interloqué, parce que j’avais des choses à faire très importantes, notamment acheter des t-shirts affublés de motifs et de dessins idiots pour l’été qui vient enfin. Je n’en ai pourtant pas cru mes yeux et me suis promis de tout faire pour en savoir plus dès que mon emploi du temps m’en laisserait le loisir. De retour au travail, j’ai donc procédé à une recherche sommaire, pensant bien sûr à une supercherie ou tout du moins à une blague potache. C’est alors que j’ai découvert que non, pas du tout, le magazine existait bel et bien, même si l’homme qui me semblait Jean-Pierre Raffarin, de loin mais encore de près (ce qui est plus troublant vu qu'il ne lui ressemble pas tellement), était en fait un certain M. Bernard Fornas, Président Directeur Général de Cartier, depuis 1994, soit 4000 jours à winner comme un beau diable à la tête d’une des plus célèbres entreprises de luxe du monde entier-qui-nous-l’envie. « Attraper le futur en premier », c’est la devise Fornassienne qui figure juste en dessous de sa photo. Ils font ça à chaque numéro chez Winner. Le n° 3 du magazine, qui avait elu Sébastien Loeb le champion de rallye pour figurer en une, contient aussi une déclaration du sujet sur l'esprit de la gagne ; le sportif est d'ailleurs un peu moins abstrait que ne l’est M. Fornas. « Je déteste perdre. », s'étale en effet juste en dessous de cette vraie tronche de vainqueur. Je suppose que ses concurrents détestent perdre tout autant, mais ils n’ont apparemment pas vraiment le choix, vu qu’ils sont soit de médiocres pilotes, soit au volant d’une voiture de merde qui, soit ne roule pas assez vite, soit tombe en panne à la première épingle venue. C’est sans doute à cause de cette phrase que je me suis mépris en tout cas sur la présence de Jean-Pierre Raffarin en couverture du magazine des gagneurs – j’écris, j’écris et je n’y crois toujours pas, tellement la chose me semble une sorte d’Everest du ridicule. Attrapons le futur, ce me semblait une connerie dont l'ancien premier ministre était en effet parfaitement capable. Oui, oui, attrapons le futur en premier, avant qu’il ne fasse demi-tour pour nous mettre une copieuse branlée, ou avant qu'un autre ne l'attrape avant nous, et ne l'agite orgueilleusement sous notre nez, courons-lui après, comme après une femme, attrapons-le pour bien lui faire comprendre les yeux dans les yeux, face to face en anglais puisque le magazine a opté pour une formule bilingue, qui est le boss, qui le winner/gagneur. J’ai feuilleté le magazine en ligne. Feuilleté, c’est vite dit. Seul l’ours m’intéressait évidemment. J’ai appris grace à celui-ci que la patronne de la rédaction s’appelait Vera Baudey, drôle de nom, me suis-je dit, inconnue au bataillon, et que le conseiller en communication du magazine n’était autre que Jacques Séguéla, ce publiciste parasite super défraichi, mythomane pour moitié, qui ne déblatère que des stupidités depuis plus de 30 ans. Winner, le magazine des gagneurs, avec Vera Baudey, Jacques Séguéla, un type qui ressemble de loin à Raffarin en tête de gondole et qui, si j’en crois la couverture, en est à son 4ème numéro, existe bel et bien. Winner est un vrai magazine avec des gens qui écrivent dedans (des êtres humains, des journalistes qui travaillent et ont des histoires de cul au boulot, des problèmes de crèche, des difficultés à endiguer la chute de leurs cheveux, des vacances dans un coin de la tête...) et des types connus qui répondent à des interviews sur ce qui fait d’eux des gagneurs en série. Mon incrédulité me fait honte mais je n’y peux rien. Naïf comme je suis, je persiste à croire qu’il s’agit forcément d’une farce. Si tel est le cas, elle est parfaitement réussie.