vendredi 4 septembre 2009

François


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Et bien voilà. Voilà où nous en sommes.

J’ouvre à nouveau les portes de ce machin-truc-chose. Enfin, je les ouvre, c’est un bien grand mot, disons simplement que je ne les ferme plus à clé. Qui veut entrer s’en donne la peine. Il est néanmoins peu probable que l’espace vive tel qu’il a vécu autrefois. Peu probable que je le garnisse de nouveaux meubles. Publier, ne pas publier, c’est une question dont je me contrefous royalement. Mais ce point de détail - en étant un, précisément - n’a aucune espèce d’importance. Passons donc.

Ce machin-bidule, je l’ouvre à nouveau pour une seule et même raison, et pour aucune autre. Je l’ouvre parce que l’on y retrouve un peu partout des interventions (brèves, bavardes, fulgurantes, distendues, rêveuses, incertaines) de François et qu’il m’est désormais impossible de les laisser s’effacer. Je les veux là, prêtes à être lues, persistantes.

François, vous le connaissiez sans doute sous son pseudonyme, Doudourou en version courte, ou Roudourodou etc. en version longue à bégayer. Incompressible. Pour moi, il était néanmoins devenu François. Simplement François.

François est mort, cet été. Je l’ai perdu comme tant d’autres. J’ai pu lire ici et là de très beaux témoignages d’amitié des uns et des autres. Tous sincères et vibrants. Tous concordent. C’est dire si François n’était pas tricheur, dissimulé. Ces petits défauts et ses grandes qualités vous giclaient à la face. Moi, quant à moi, je ne parviens pas à me désengluer de ma tristesse et de ce sentiment de vide qui persiste et s’incruste.

François n’a jamais été complaisant, ici ou ailleurs. Et je ne pense pas qu’il le fut jamais avec quiconque. Il a, à mon sens, toujours été doué de liberté et il a toujours su exprimer sa pensée, indépendamment de toute amitié, exprimer sans aucune retenue (si ce n’est de politesse ou de bienveillance) ses désaccords comme ses emportements. C’est aussi ce qui le rendait cher à mes yeux. Entre autres choses. Les rapports humains étaient pour lui suffisamment importants pour qu’ils ne fussent pas tronqués, grignotés par l’appétit vorace des non-dits.

Oui. Je l’aimais pour cela et pour quantité d’autres choses.

Il ne sera plus là pour partager sa musique, pour que je partage la mienne avec lui. Je suis orphelin de cela. Orphelin d’éclats de rire également (certains messages de ceux qui l’ont bien connu évoquent à raison ce rire si particulier qui était le sien). Orphelin de réflexions abouties, aventureuses, emberlificotées, tarabiscotées, incertaines, foireuses ou joyeuses. Il évoquait bien souvent la puissance de la joie, cette joie démente qui même dans les œuvres les plus noires relie toutes les formes d’art. Cette idée me plaisait tant que j’ai fini par l’adopter. C’est un des nombreux dons qu’il m’a faits.

Voilà, en peu de mots, pourquoi je fais ce tour de clé en sens inverse. Egoïstement, pour récupérer quelques morceaux de lui.