
29 octobre
Prévisions météorologiques : 58 ° Celsius à l’ombre ; 95 % d’humidité ; risque de précipitations acides aux alentours de 15h30
L’asphalte puant collait sous ses pompes, la chaleur de la veille avait tout fait fondre : êtres humains, vallée de caoutchouc, pépées à l’accent cisaille, carrosseries de bagnoles caliente. La moiteur torride de la nuit n’avait pas permis à la route de retrouver sa gueule de tous les jours, cette gueule de tous les jours qu’en réalité elle n’avait plus eue depuis cinquante printemps. Il avait mis une heure pour faire le trajet, d’un pas lent, le souffle court. Dix minutes de plus que d’habitude. Bientôt, le jour ramènerait sa fraise irradiée, le cirque-fournaise reprendrait de plus belle et cramerait tout à nouveau… Sans lui bien sûr !
Quand Gabriel rentra dans la piaule, il inspira un bon coup puis dans un réflexe animal, bloqua ses poumons. L’oxygène resta comprimé quelques instants en transit à l’intérieur de ses voies respiratoires, avant qu’il n’expire finalement et ne reprenne une respiration normale. L’air était vicié et ça sentait partout comme sous les aisselles crasseuses de Derek, et justement, Derek ronflait comme un bébé, allongé à la fois sur le sofa du salon et sur son gros bide tout gras, juste en dessous de la grille de la climatisation qui faisait gicler un air polaire et d’un poster décrépi d’Elvis période choucroutée & franges pendouillant des boules à vous filer la nausée. Ce qu’en pensait Gabriel d’Elvis : Elvis était mort en gros lard sur ses chiottes, le futal roulé aux chevilles, un sandwich mayonnaise-dinde-moutarde-pastrami-cheddar à la main. C’était une mort pathétique et dégueulasse mais une mort à l’image de toutes les merdes mélaminées qu’on devait à cet obsédé de la graisse animale et de la mise-en-pli. Gabriel gardait ça pour lui toutefois parce que Derek était un fondu-cinglé de la secte Presley. Un fondu-cinglé prêt à vous mordre la carotide si vous disiez du mal de son idole chérie. Un fondu-cinglé prêt à vous étrangler dans votre sommeil si vous émettiez un doute microscopique sur le bien fondé du titre décerné par la postérité à ce petit sudiste parvenu de mes deux. Gabriel gardait également pour lui ce qu’il pensait de la décoration d’intérieur parce que la piaule ne lui appartenait pas et que Derek l’hébergeait gracieusement depuis plus de deux ans maintenant. Tout petit, Papa et Maman lui avaient un jour recommandé de ne pas mordre la main qui le nourrissait et il avait convenu avec l’expérience que c’était un adage du genre « correct ».
Derek était obsédé par Elvis. Derek collectionnait le moindre navet sur pellicule du monarque pailleté, Derek disposait sur microsillon de 25 versions différentes de Jailhouse Rock, de 32 versions de Blue Suede Shoes, et toutes se ressemblaient peu ou prou, Derek vivait King, Derek mangeait Elvis, Derek respirait Presley, Graisse-land, Memphis dans le Tennessee, Derek ne nettoyait jamais rien dans cette foutue piaule mise à part une petite étagère en plexi qu’il époussetait quotidiennement et religieusement et qui exposait à la vue du visiteur ébahi (en réalité, personne ne mettait jamais les pieds ici, encore moins des gonzesses) une dizaine de Kings miniatures qui avaient tous comme point commun croquignolet d’afficher ostensiblement une paire de testicules outrageusement hypertrophiée. Carrément maousse costaud. Carrément exagérée.
A deux jours d’Halloween, Derek n’avait pas rapatrié de citrouilles ou de masques monstrueux, Derek n’était pas non plus passé par l’épicerie du coin pour faire le plein de sucreries et fournir les gosses de l’immeuble en chimie légale. Comme chaque année, il avait d’abord dit en jetant un œil humide par la fenêtre : « quand mes parents étaient mômes, il faisait froid – parfois – à Halloween », puis il avait accroché au mur sa traditionnelle photo en noir et blanc d’Elvis grimé en vampire qui enlaçait une starlette à la noix. Gabriel s’était dit en lui-même comme chaque année que ce bon vieil Elvis avait tout sauf une trombine de vampire ou alors ce genre particulier qui affectionnait uniquement de planter ses quenottes dans des mottes de saindoux. La photo était dédicacée « à Lucinda, Eternelles amitiés ». La photo avait été prise dans la jeunesse de Presley, la photo portait en revanche cette date griffonnée à la hâte : 31/10/1976, Vegas. Gras-du-bide-à-franges était mort à Memphis en août de l’année suivante. Quand Gabriel avait demandé en se marrant qui était cette Lucinda, Derek s’était rembruni et avait simplement répondu : « c’est personne, j’ai acheté cette photo dans une brocante, elle portait déjà la dédicace ». Une petite voix sage avait résonné dans le crâne de Gabriel et lui avait conseillé ceci : « n’insiste pas ».
Prévisions météorologiques : 58 ° Celsius à l’ombre ; 95 % d’humidité ; risque de précipitations acides aux alentours de 15h30
L’asphalte puant collait sous ses pompes, la chaleur de la veille avait tout fait fondre : êtres humains, vallée de caoutchouc, pépées à l’accent cisaille, carrosseries de bagnoles caliente. La moiteur torride de la nuit n’avait pas permis à la route de retrouver sa gueule de tous les jours, cette gueule de tous les jours qu’en réalité elle n’avait plus eue depuis cinquante printemps. Il avait mis une heure pour faire le trajet, d’un pas lent, le souffle court. Dix minutes de plus que d’habitude. Bientôt, le jour ramènerait sa fraise irradiée, le cirque-fournaise reprendrait de plus belle et cramerait tout à nouveau… Sans lui bien sûr !
Quand Gabriel rentra dans la piaule, il inspira un bon coup puis dans un réflexe animal, bloqua ses poumons. L’oxygène resta comprimé quelques instants en transit à l’intérieur de ses voies respiratoires, avant qu’il n’expire finalement et ne reprenne une respiration normale. L’air était vicié et ça sentait partout comme sous les aisselles crasseuses de Derek, et justement, Derek ronflait comme un bébé, allongé à la fois sur le sofa du salon et sur son gros bide tout gras, juste en dessous de la grille de la climatisation qui faisait gicler un air polaire et d’un poster décrépi d’Elvis période choucroutée & franges pendouillant des boules à vous filer la nausée. Ce qu’en pensait Gabriel d’Elvis : Elvis était mort en gros lard sur ses chiottes, le futal roulé aux chevilles, un sandwich mayonnaise-dinde-moutarde-pastrami-cheddar à la main. C’était une mort pathétique et dégueulasse mais une mort à l’image de toutes les merdes mélaminées qu’on devait à cet obsédé de la graisse animale et de la mise-en-pli. Gabriel gardait ça pour lui toutefois parce que Derek était un fondu-cinglé de la secte Presley. Un fondu-cinglé prêt à vous mordre la carotide si vous disiez du mal de son idole chérie. Un fondu-cinglé prêt à vous étrangler dans votre sommeil si vous émettiez un doute microscopique sur le bien fondé du titre décerné par la postérité à ce petit sudiste parvenu de mes deux. Gabriel gardait également pour lui ce qu’il pensait de la décoration d’intérieur parce que la piaule ne lui appartenait pas et que Derek l’hébergeait gracieusement depuis plus de deux ans maintenant. Tout petit, Papa et Maman lui avaient un jour recommandé de ne pas mordre la main qui le nourrissait et il avait convenu avec l’expérience que c’était un adage du genre « correct ».
Derek était obsédé par Elvis. Derek collectionnait le moindre navet sur pellicule du monarque pailleté, Derek disposait sur microsillon de 25 versions différentes de Jailhouse Rock, de 32 versions de Blue Suede Shoes, et toutes se ressemblaient peu ou prou, Derek vivait King, Derek mangeait Elvis, Derek respirait Presley, Graisse-land, Memphis dans le Tennessee, Derek ne nettoyait jamais rien dans cette foutue piaule mise à part une petite étagère en plexi qu’il époussetait quotidiennement et religieusement et qui exposait à la vue du visiteur ébahi (en réalité, personne ne mettait jamais les pieds ici, encore moins des gonzesses) une dizaine de Kings miniatures qui avaient tous comme point commun croquignolet d’afficher ostensiblement une paire de testicules outrageusement hypertrophiée. Carrément maousse costaud. Carrément exagérée.
A deux jours d’Halloween, Derek n’avait pas rapatrié de citrouilles ou de masques monstrueux, Derek n’était pas non plus passé par l’épicerie du coin pour faire le plein de sucreries et fournir les gosses de l’immeuble en chimie légale. Comme chaque année, il avait d’abord dit en jetant un œil humide par la fenêtre : « quand mes parents étaient mômes, il faisait froid – parfois – à Halloween », puis il avait accroché au mur sa traditionnelle photo en noir et blanc d’Elvis grimé en vampire qui enlaçait une starlette à la noix. Gabriel s’était dit en lui-même comme chaque année que ce bon vieil Elvis avait tout sauf une trombine de vampire ou alors ce genre particulier qui affectionnait uniquement de planter ses quenottes dans des mottes de saindoux. La photo était dédicacée « à Lucinda, Eternelles amitiés ». La photo avait été prise dans la jeunesse de Presley, la photo portait en revanche cette date griffonnée à la hâte : 31/10/1976, Vegas. Gras-du-bide-à-franges était mort à Memphis en août de l’année suivante. Quand Gabriel avait demandé en se marrant qui était cette Lucinda, Derek s’était rembruni et avait simplement répondu : « c’est personne, j’ai acheté cette photo dans une brocante, elle portait déjà la dédicace ». Une petite voix sage avait résonné dans le crâne de Gabriel et lui avait conseillé ceci : « n’insiste pas ».