
Et bien voilà ! Mon déménagement est quasi terminé. Il ne me reste guère que la cave à vider et quelques saloperies oubliées, éparses – principalement des luminaires, de la paperasse et quelques jouets du petit dernier – à ramasser. Et l’ancien appartement à nettoyer bien entendu et les trous des murs à reboucher en prévision de l’état des lieux.
J’ai désormais un grand appartement au treizième étage d’un immeuble situé non loin de la Place d’Italie. J’y ai d’ailleurs passé les trois dernières nuits, les deux premières un peu agitées, comme on s’en doute, au milieu des cartons que l’on déballe au compte-gouttes, la dernière absolument délicieuse. J’ai désormais ce grand balcon dont je rêvais, exposé plein sud, qui offre une vue imprenable sur la butte aux cailles. De l’autre coté, c'est-à-dire coté cuisine, c’est le panorama parisien qui s’étend devant moi ; les plus hauts monuments de Paris, la Tour Eiffel, Notre-Dame, le Panthéon, le Val de Grace, sans bouger un cil. Ne manque que le Sacré-Cœur, dont la vue m’est confisquée par une sorte de tour immense, bleue et laide. J’envisage du reste de demander que l’on rase cette horreur prochainement ; j’enverrai le nombre de courriers qu’il faudra. Dans l’attente, je me console en constatant que par temps clair, on parvient à distinguer les contours inégaux de la Butte Montmartre, ressemblant depuis mon poste d’observation à un sein sans téton. Toutes les chambres dégueulent de lumière. J’oubliais le parquet ancien qui recouvre le sol et offre à l’appartement un soupçon de chaleur qui ne dépareille pas.
C’est là mon appartement. Enfin, mon appartement… Tout est relatif, of course. Je n’en suis pas propriétaire. A Paris, je n’aurai sans doute jamais les moyens de l’être. Je loue donc, à la ville de Paris, qui reçut en son temps le nombre de courriers qu’il fallut. Ce n’est pas donné pour autant. Moins cher que dans le privé assurément, mais pas donné. En somme, nous avons dû consentir un effort financier ; effort bien sûr mûrement réfléchi. Quoique nous doutions toujours du bien fondé du choix que nous avons fait. Les gens de la classe moyenne sont ainsi. Nous surveillons depuis quelques jours scrupuleusement nos comptes, comme deux petits retraités. Rien que de très banal, finalement. Nous adapterons nos besoins à la dépense. Et nous cherchons aussi à nous persuader de temps en temps que ce choix était le seul possible, afin de nous donner du cœur à l’ouvrage. A coups de méthode Coué. La qualité du quartier, la luminosité de l’appartement, le bien-être que les rayons nous procureront bientôt. Comment résister ? Je ne crois pas aux signes mais j’en suis actuellement à m’y rattacher pour valider notre relative imprudence. Les signes parlent-ils ?
Le réfrigérateur nous donne raison
Notre ancien réfrigérateur, nous l’avions hérité de ma mère, qui a l’habitude de nous refiler tous ses vieux trucs, y compris ceux dont on ne voudrait pour rien au monde. A l’époque, malgré les récriminations de mon épouse, j’avais accepté le don, rechignant par principe – et par refus de la vulgarité consumériste (contrairement aux habitudes de ma mère) – à dépenser de l’argent pour acquérir de l’électroménager. Dès les premières heures de cohabitation, nous prîmes toutefois l’engin en grippe. Pour commencer, celui-ci ne remplissait sa mission qu’avec peine, si bien que nous dûmes l’acculer assez vite dans ses derniers retranchements (à savoir, pousser le thermostat au maximum de sa capacité). Ensuite, nous constatâmes assez vite que son compartiment congélation était bien trop petit pour nos besoins. Une côte de bœuf, un lot de poissons panés pour les mômes et un rôti de veau suffisait en effet à lui combler la panse. J’exagère à peine. Bon an mal an, nous ne résolûmes cependant de nous en séparer qu’à l’occasion du présent déménagement. Evidemment par paresse – le raisonnement étant d’une simplicité enfantine. Le nouveau réfrigérateur nous serait livré par Darty et nous n’aurions comme toute peine qu’à descendre notre vieux machin sur le trottoir après avoir prévenu les encombrants. C’était déjà ça de moins dans le cadre du déménagement. Lorsque je me levai samedi matin et que je me dirigeai vers le vieux frigo dans l’optique de m’emparer de la bouteille de jus d’orange, concevant le forfait (à l’abri des regards) d’y boire directement au goulot, bouche pâteuse ou non, ce fut donc avec la secrète satisfaction de le savoir prochainement voué à la compression puis à l’anéantissement. Je ne ressentis rien en m’approchant de lui ; pas même le plus léger pincement au cœur. Je savais que son jeune et vaillant remplaçant se trouvait déjà dans la cuisine de notre nouveau chez nous, en attente de premières victuailles à conserver. Lui, le vieux fourbu, carburant toute l'année à toute berzingue, ne savait rien de tout cela. Et pour cause. Quand j’ouvris la porte, la lumière rituelle ne s’alluma pas. Je le bidouillai quelques instants, tripatouillai son vieux thermostat, avant de me rendre à l’évidence, effaré. Notre vieux réfrigérateur avait rendu l’âme, pendant la nuit. Quelques heures avant le lancement officiel de notre déménagement. Nous l’avions méprisé, malaimé et le vieil objet avait trouvé la force de nous servir jusqu’au bout. Se doutant peut-être du prochain abandon qui le menaçait, il avait expiré en silence, au son de nos doux ronflements. Ingrats, nous ne versâmes pour sa mémoire la moindre larme.
Les voisins nous donnent raison
J’ai désormais un grand appartement au treizième étage d’un immeuble situé non loin de la Place d’Italie. J’y ai d’ailleurs passé les trois dernières nuits, les deux premières un peu agitées, comme on s’en doute, au milieu des cartons que l’on déballe au compte-gouttes, la dernière absolument délicieuse. J’ai désormais ce grand balcon dont je rêvais, exposé plein sud, qui offre une vue imprenable sur la butte aux cailles. De l’autre coté, c'est-à-dire coté cuisine, c’est le panorama parisien qui s’étend devant moi ; les plus hauts monuments de Paris, la Tour Eiffel, Notre-Dame, le Panthéon, le Val de Grace, sans bouger un cil. Ne manque que le Sacré-Cœur, dont la vue m’est confisquée par une sorte de tour immense, bleue et laide. J’envisage du reste de demander que l’on rase cette horreur prochainement ; j’enverrai le nombre de courriers qu’il faudra. Dans l’attente, je me console en constatant que par temps clair, on parvient à distinguer les contours inégaux de la Butte Montmartre, ressemblant depuis mon poste d’observation à un sein sans téton. Toutes les chambres dégueulent de lumière. J’oubliais le parquet ancien qui recouvre le sol et offre à l’appartement un soupçon de chaleur qui ne dépareille pas.
C’est là mon appartement. Enfin, mon appartement… Tout est relatif, of course. Je n’en suis pas propriétaire. A Paris, je n’aurai sans doute jamais les moyens de l’être. Je loue donc, à la ville de Paris, qui reçut en son temps le nombre de courriers qu’il fallut. Ce n’est pas donné pour autant. Moins cher que dans le privé assurément, mais pas donné. En somme, nous avons dû consentir un effort financier ; effort bien sûr mûrement réfléchi. Quoique nous doutions toujours du bien fondé du choix que nous avons fait. Les gens de la classe moyenne sont ainsi. Nous surveillons depuis quelques jours scrupuleusement nos comptes, comme deux petits retraités. Rien que de très banal, finalement. Nous adapterons nos besoins à la dépense. Et nous cherchons aussi à nous persuader de temps en temps que ce choix était le seul possible, afin de nous donner du cœur à l’ouvrage. A coups de méthode Coué. La qualité du quartier, la luminosité de l’appartement, le bien-être que les rayons nous procureront bientôt. Comment résister ? Je ne crois pas aux signes mais j’en suis actuellement à m’y rattacher pour valider notre relative imprudence. Les signes parlent-ils ?
Le réfrigérateur nous donne raison
Notre ancien réfrigérateur, nous l’avions hérité de ma mère, qui a l’habitude de nous refiler tous ses vieux trucs, y compris ceux dont on ne voudrait pour rien au monde. A l’époque, malgré les récriminations de mon épouse, j’avais accepté le don, rechignant par principe – et par refus de la vulgarité consumériste (contrairement aux habitudes de ma mère) – à dépenser de l’argent pour acquérir de l’électroménager. Dès les premières heures de cohabitation, nous prîmes toutefois l’engin en grippe. Pour commencer, celui-ci ne remplissait sa mission qu’avec peine, si bien que nous dûmes l’acculer assez vite dans ses derniers retranchements (à savoir, pousser le thermostat au maximum de sa capacité). Ensuite, nous constatâmes assez vite que son compartiment congélation était bien trop petit pour nos besoins. Une côte de bœuf, un lot de poissons panés pour les mômes et un rôti de veau suffisait en effet à lui combler la panse. J’exagère à peine. Bon an mal an, nous ne résolûmes cependant de nous en séparer qu’à l’occasion du présent déménagement. Evidemment par paresse – le raisonnement étant d’une simplicité enfantine. Le nouveau réfrigérateur nous serait livré par Darty et nous n’aurions comme toute peine qu’à descendre notre vieux machin sur le trottoir après avoir prévenu les encombrants. C’était déjà ça de moins dans le cadre du déménagement. Lorsque je me levai samedi matin et que je me dirigeai vers le vieux frigo dans l’optique de m’emparer de la bouteille de jus d’orange, concevant le forfait (à l’abri des regards) d’y boire directement au goulot, bouche pâteuse ou non, ce fut donc avec la secrète satisfaction de le savoir prochainement voué à la compression puis à l’anéantissement. Je ne ressentis rien en m’approchant de lui ; pas même le plus léger pincement au cœur. Je savais que son jeune et vaillant remplaçant se trouvait déjà dans la cuisine de notre nouveau chez nous, en attente de premières victuailles à conserver. Lui, le vieux fourbu, carburant toute l'année à toute berzingue, ne savait rien de tout cela. Et pour cause. Quand j’ouvris la porte, la lumière rituelle ne s’alluma pas. Je le bidouillai quelques instants, tripatouillai son vieux thermostat, avant de me rendre à l’évidence, effaré. Notre vieux réfrigérateur avait rendu l’âme, pendant la nuit. Quelques heures avant le lancement officiel de notre déménagement. Nous l’avions méprisé, malaimé et le vieil objet avait trouvé la force de nous servir jusqu’au bout. Se doutant peut-être du prochain abandon qui le menaçait, il avait expiré en silence, au son de nos doux ronflements. Ingrats, nous ne versâmes pour sa mémoire la moindre larme.
Les voisins nous donnent raison
Mon appartement précédent, dont j’ai encore les clefs jusqu’à vendredi prochain 18 heures se trouve au premier étage. Sous celui-ci, se trouve une sorte de local très haut de plafond que la SEMAPA (organisme chargé de l’urbanisme pour la Mairie de Paris) a trouvé judicieux de louer à un restaurateur, missionné – cahier des charges à l’appui – pour dynamiser le quartier. Lorsque nous avons pris possession des lieux, le local était encore inoccupé. Nous avons donc passé une année plutôt tranquille. Puis on s’installa, et les premiers resto-locataires nous firent déchanter. Le jour de l’inauguration de leur putain d’établissement, ils organisèrent en effet une fiesta qui dura jusqu’aux lueurs du petit matin. Cris, rires idiots, musique de merde faisant vibrer les murs. A rendre fou le plus patient des bons voisins. Dès le lendemain, nous nous entretînmes avec les nouveaux patrons de l’établissement qui se révélèrent être deux jeunes filles à qui Papa venait d’offrir un jouet : le troquet de leur rêve pour organiser des soirées hypes et branchées. Nous endurâmes d’autres fêtes de ce type avant d’obtenir la fermeture de l’établissement après 18h00, sur la foi d’une enquête acoustique qui révéla un sérieux manque d’isolation. Rien d’étonnant si l’on considère que cet établissement de merde n’avait subi que quelques travaux sommaires, laissant notamment les murs afficher leurs parpaings d’origine ; ce je-m’en-foutisme caractérisé (vous boufferiez dans un restaurant dont personne n’a pris la peine de recouvrir les murs de peinture, vous ?) étant soi-disant l’aboutissement d’une réflexion conceptuelle. Le concept était urbain, parait-il. Il l’est sans doute, si vous aimez manger dans une pièce qui n’a pas été terminée. Si vous imaginez les villes comme de vastes zones pavillonnaires conçues par des promoteurs véreux. Sans doute lassées, au bout d’un an et demi par leur nouveau jouet, ainsi que par notre toute relative bienveillance, les filles à leur Papa décidèrent de mettre les voiles. Et le Papa et son carnet de chèques itou. Elles furent bientôt remplacées par un homme d’une quarantaine d’années, en apparence plus raisonnable. Plus raisonnable, ça veut dire que le nouveau taulier ne nous gratifia que d’une ou deux soirées. Mais nous savions qu’avec ces deux soirées, le gonze ne faisait que prendre la température de l’eau avec son gros orteil avant de plonger dans son bain chaud. Nous nous apprêtions donc à repartir en guerre contre les nuisances sonores – enquête acoustique brandie des deux mains – et c’était là une des principales motivations de notre volonté de déménager. En sortant les premiers meubles samedi matin, nous eûmes la surprise de découvrir une petite affichette sur la porte d’entrée de l’immeuble à l’attention des locataires. Une petite soirée devait en effet se dérouler le soir même à partir de 21 heures. Nous ne pûmes nous empêcher de sourire, sachant bien que nous serions très bientôt dans notre nouvel appartement et que ce soir là, aucun bruit ne nous empêcherait de trouver le sommeil. Nous mesurâmes en outre très opportunément notre chance d’échapper à la traditionnelle fête techno du 21 juin, à la fête des voisins et à la chasse aux œufs, organisée pour les enfants par l’amicale de locataires (traduisez par : une gonzesse qui ne sait pas quoi foutre de ses journées). Malgré les courbatures et la fatigue accumulée par 2 semaines de travaux et 3 jours de déménagement, je savoure aujourd’hui les fruits tombés de l'arbre de notre justesse d’esprit.