Il se passe quelque chose en ce moment dans le milieu du jazz. Quelque chose qui fait penser que cette musique n’est pas encore pas tout à fait morte. Son corps souffre indéniablement, mais il bouge encore et le souffle est encore chaud.
Il y eut le disque des trois cinglés qui composent The Bad Plus, celui des rosbifs du Roller Trio. On découvre maintenant, Rusconi, un trio de suisses complètements déglingués. Même causes, même effets. L’ensemble est soudé comme les ouvriers de Florange, qui s’y connaissaient depuis un bail question soudure, cimenté comme une famille de portugais, colmaté comme un joint de baignoire ; personne n’entreprend de capturer la lumière pour ne l'avoir que pour soi, personne ne marche sur les pieds de son voisin ; sans s'excuser tout du moins. Les trois hommes s’avancent et lancent leurs idées dans une sorte de bordel organisé. C’est lyrique, parfois sombre, et parfois même carrément inquiétant, mais aussi joyeux de temps à autre, facétieux, irrévérencieux. L’institut médico-légal peut encore garder ses instruments au chaud ; l’autopsie, c’est pas pour maintenant.
