J’aime bien les Suédois.
La jeune fille qui garde mes enfants est mi-Française, mi-Suédoise. Elle est sympa.
Elle est chef scout, mais pas de mes enfants, qui ne le sont pas ; scouts.
C’est en sortant d’une messe que nous l’avons recrutée. Nous lui avons fait
passer un petit entretien d’embauche, le lendemain. A la fin de l’entretien, je
lui ai dit : alors, donc, ton père est catholique et ta mère est
protestante ? Non que cela me pose un problème, m’empressai-je d’ajouter,
c’est juste pour savoir. Elle me répondit que sa mère s’était convertie il y a
quelques années. Comme je le disais, j’aime bien les suédois.
Les scandinaves ont cette façon d’aborder la
démocratie de manière pacifiée qui nous manquera toujours. Je vous fais grâce
du délire habituel sur le modèle suédois. D'autant plus que c'est un délire passé de mode. L'année d'après, ce fut le tour du modèle anglais et nous sommes tous aujourd'hui à l'heure allemande - si j'avais pensé voir ça un jour... A tous les niveaux, le Suédois nous
dépasse. Il est plus beau, il est plus calme, plus lucide, plus discipliné et
ses meubles se montent en moins d’une heure avec un tournevis et un jeu de clés
à laine. Le Suédois paie ses impôts sans trop rechigner. Il ne fraude pas les
aides sociales dès que Monsieur l’Inspecteur a le dos tourné. Il ne quémande
pas toute l’année encore un peu plus de subvention, de câlins et de
considération. Heureusement que les Suédois se suicident en masse à cause du
manque de soleil ; sans quoi, la Suède serait la Chine de l’Europe. Et on
se ferait tous bouffer.
Le Suédois, je me l’imagine parfois un peu
trop calme. Je ne l’imagine pas s’énerver pour un rien, vous menacer de vous
envoyer son poing sur la gueule pour une parole malheureuse ou un regard de travers. Ce qui le distingue de son lointain ancêtre Varègue. Je m’avance peut-être mais je suis à peu près certain que le Suédois ne piétine
pas tous ceux qui se trouvent devant lui sous prétexte qu’il est déjà en retard
pour aller au boulot et que le trafic du métropolitain connait quelques
perturbations. Je m’avance peut-être mais je me l’imagine bien, le Suédois,
patientant sur le quai, que la régulation se fasse d’elle-même, souriant, un
peu pâle, prêt à partager son petit pain suédois tartiné de crème, de saumon
(de Norvège) et d'aneth avec tous ceux qui patientent tout comme lui. Dire
d’un ton calme et bienheureux : les femmes et les enfants d’abord. S’il n’y
avait eu que des Suédois sur le Titanic, on n’en serait sans doute pas arrivé
là… Le Suédois sait bien que l’on arrive quand on arrive. Il arrive donc quand
il arrive, mais à la différence du Français, le Suédois ne commence pas sa
journée par une pause d’un quart d’heure devant un distributeur de café soluble.
Il y a peu, Zlatan Ibrahimovic a, en quelque
sorte, sous le coup de l’énervement, dit que notre pays était un pays de merde.
Les Français n’ont pas aimé cela du tout du tout. Ils se sont lâchés par voie
de sondage, d’ailleurs. Ça valait certainement le coup d’en faire un pour lui
donner raison. Ainsi, 84 % des français le jugent donc colérique et arrogant,
77 % le pensent individualiste. Le Ministre des Sports ne fut pas en reste et exigea derechef des
excuses - loué soit Twitter. Il les obtint quelques minutes plus tard. Le Président de la Fédération fut tellement en
colère qu’il s’interdit de réagir à chaud. Il ne s’est apparemment pas calmé
puisque l’on ne sait encore rien de sa réaction à froid. Sainte Marine, quant à
elle, s’empressa de ressortir un vieux slogan du tiroir. Et Eric Zemmour, ah,
Eric Zemmour (avant de penser un truc, je devrais toujours le consulter
celui-là) se moqua de toux ceux là. Zlatan, en clamant son dégoût de notre
pays, n’avait fait que renvoyer à toute la population une image d’elle-même qu’elle
ne supportait pas de voir et c’en était trop. FOKUS, un journal Suédois résuma
la situation de la meilleure des manières.
Traduction :
Zéro croissance.
10% de chômeurs.
Le FN vers une
victoire électorale.
C'est pas un pays de
merde ça ?
Comme je le disais en
introduction, j’aime bien les Suédois.
