Ce matin, pas de quoi se réjouir.
Un attentat déjoué par hasard visait
des paroisses catholiques. Une jeune femme est morte de résistance. C’est la France
d’aujourd’hui. Notre pays. Son image figée par un instantané à peine reprise
sur Photoshop. On imagine sans peine le carnage absolu résultant d’une telle
entreprise. On conçoit moins son nihilisme revendiqué. Je transpose mentalement
la chose au sein de ma paroisse. J'imagine en frissonnant. Le dimanche matin,
à 11h00, l’Église est bondée, elle sourit. Elle se recueille. Elle
chante. Elle est pleine de vieux, de jeunes parents, d'adolescents, scouts et autres, d’enfants, de poussettes
chargées, de familles – pour peu que ce mot ait encore un sens. Afin de ne pas
gêner les autres paroissiens, nous nous asseyons un peu à l’écart avec notre
marmaille, sur les marches d’une petite chapelle boisée située à la droite du chœur,
juste devant la toile du Christ Mort, peinte par Philippe de Champaigne. C'est là notre habitude. Lorsque le regard du curé nous cherche, il sait où nous trouver. Il mesure ainsi notre assiduité, même s'il ne dit jamais rien de nos absences. J’imagine
– je vois les visages connus, les petits enfants passant devant nous, leur
démarche maladroite et un peu grotesque, j’entends leurs babillages – et l’effroi
me gagne. Ce matin, évidemment, ça communique à tout va. Valls fait planer son
lyrisme de pacotille au-dessus de cette France qui soudainement semble se
souvenir qu’elle fut chrétienne - rassurez-vous, cela ne durera qu'un temps. Cazeneuve ne dit rien, comme à son habitude. Il fait acte de présence, au milieu des français. Ils ont tous l’air surpris, comme si le fait que des catholiques puissent être
visés dans le contexte actuel n’était pas une chose attendue. Comme si tout cela ne
découlait pas d’une froide logique. Alors qu'il en meurt partout dans le monde et que les survivants n'ont d'autre perspective que de fuir. Les récents propos du Pape François au sujet de l'apathie occidentale résonnent avec davantage de force ce matin. Pour ma part, je me demandais simplement
combien de temps cela prendrait avant qu’une assemblée de paroissiens
catholiques ne soit la proie de ces hommes dont les rêves humides sont peuplés
de nos morts. Je dis hommes, j’insiste,
non pas barbares, sauvages, que sais-je encore, parce que c’est ce qu’ils sont, des hommes et que c’est
en homme qu’ils seront jugés. Que se serait-il passé si ce projet de mort avait
abouti ? La France se serait-elle levée d’un seul élan pour proclamer :
Nous sommes catholiques ? Je n’en sais rien. Je m’en fiche, à vrai dire.
Toute cette hypocrisie me débecte.
Depuis
plusieurs mois, je m’interroge sans cesse. Je scrute ce que les chrétiens
appellent les signes des temps. J’y cherche
matière à optimisme, en vain. Alors, je leur cherche un sens. Un dessein. L’image du
soldat me revient sans cesse. Non celle d’un soldat en armes et uniforme, non celle d’un pur soldat, c'est-à-dire dénué de conscience, toute fonction, mais celle d’un soldat libre, libre et fier,
tenant fermement sur ses jambes. Etre un soldat du Christ, fort de cette
conviction que même l’ennemi est à aimer, que le bourreau est plus à plaindre
que la victime. L’idée est difficile, elle semble folle et impossible ; je ne suis pas certain d’être assez fort pour l’adopter pleinement. Pour qu'il ne s'agisse pas, en ce qui me concerne, de simples mots dont je me paierais. Cette idée, c’est une coquille.
Une coquille dure, incassable. Je suis encore à ma colère, à regarder tout autour de moi de quelles armes je puis disposer. Il faut se tenir prêt, se dit-on. Il faut veiller maintenant. Nous le pressentons. Intimement. Nous en parlons à la maison. Étrangement, nous en parlons sans tristesse. Nous en parlons sereinement. Même les enfants le pressentent. Les prières de la cadette le trahissent. Une question surnage au-dessus des autres :
Qu’attend-t-on de nous ? Il n'y en a pas d'autres, en réalité. Comme il n'y a pas d'autre optimisme que notre foi.