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mardi 22 mai 2012

Et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde

Est-ce que nous allons crever ? Et disparaitre purement et simplement, nous, les catholiques ? Et si tel est le cas, est-ce à cause de Vatican II, du mariage homosexuel, du remboursement total de l’avortement ou d’une Loi légalisant en douceur l’euthanasie ? N’est-il pas incroyable, ce défaitisme généralisé qui se propage comme un virus, chez les ouvriers, les traders compulsifs, les patrons de PME, les immigrés et ceux qui ne le sont pas, et même dans l’ADN que l’on pensait blindé des catholiques… Incroyable et méchant comme un teigne, tenace et vil comme une tique planquée dans le pli d’un bourrelet.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Je n’ai pas de réponse. La France est-il un pays de trouillards, de tarés, de mythomanes ou de martyrs autoproclamés ? De gens qui souffrent, comme ils disent dans le tube ? Trop d’immigrés par ci, pas assez d’économies par là, trop de fonctionnaires par ci, pas assez de fidèles dans les Eglises par là. La faute à quoi et à qui ? Aux gouvernements de gauche, aux gouvernements de droite, au Grand Capital, à l’Idéologie Rouge, à l’abandon de la messe en latin ? Que de maux à recenser, que de paroisses pour lesquelles prêcher !

Il y a quelques jours, les tradis ont défilé dans les rues de Paris. Refusant une France rouge et laïciste, CIVITAS appelle le pays réel, celui des terroirs et des clochers, attaché à la France éternelle, ses traditions et ses coutumes, et fidèle à ses racines chrétiennes et à la foi de ses ancêtres, à se rassembler le 13 mai à 14h30, place St Augustin à Paris. Qu’est-ce que c’est que ces conneries encore ? Le pays réel comme s’il y avait un autre pays, à côté de celui-ci, le pays des fées et des lutins peut-être, des mirages et des oasis multiculturels. Les fameuses racines chrétiennes, comme si nous étions des putain d’arbres, immobiles et bientôt secs. La France des terroirs et des clochers… Et du paté. La foi de nos ancêtres ? Est-ce que Dieu en est issu aussi, de la foi de nos ancêtres ? Où est-il d’ailleurs, ce Dieu qui laisse se vider ses Eglises et n’appelle plus assez d’hommes en cette triste époque de crise des vocations ? Est-ce sa faute, sa grande faute - nous abandonne-t-Il ? - ou est-ce celle de ces catholiques présumés tièdes, effacés, discrets, muets au point d’être désormais invisibles. Je ne parviens plus à faire la synthèse de toutes les vilénies que je peux lire ici ou là. Les opinions sont jetées dans le monde à défaut de disciples, à défaut d’individus éclairés, et s’affrontent, se cognent le front, se culbutent et s’écorchent. Croyez-moi, je suis au-delà de la simple saturation, du simple écœurement. Il m’arrive de penser que si je n’étais pas marié, et père de trois enfants, je n’hésiterais pas à entrer dans la vie monastique. Une vie de peu, conçue de silences et d’offrandes… Je me demande pourquoi les catholiques ne parviennent plus à se désengluer du monde. A dépasser ses contingences, ses limites. Pourquoi ne parviennent-ils plus à voir au-delà, au-delà des questions de rite, de société. Leur foi est-elle trop tendre, trop branlante pour qu’ils se sentent ainsi menacés, quand ils devraient savoir que rien, rien ne peut réellement les atteindre, les toucher, entamer leur identité. Que veulent-ils donc ces chrétiens traditionnalistes ? Vivre dans un pays qui ne les rejette pas, qui fait la part belle à leurs préceptes, dans un pays acquis à leur cause, qui les écoutera sagement et dira de chacune de leurs paroles : « c’est là la vérité qui doit conduire notre vie ! Convertissez-nous et portons ces saints aux nues, subito ! » Le Christ ne les avait-il pas prévenu que le monde ne les accepterait jamais tout à fait, qu’il leur faudrait non pas combattre mais témoigner, non pas trembler de colère mais rester humbles et porteurs de lumière. Ne leur a-t-il pas montré l’exemple, en ne répondant pas aux fausses accusations portées contre lui, ne leur opposant que la valeur de son sacrifice ?

Je pense encore à l’extrait de l’Evangile selon St Jean (17, 11b-19), lu ce dimanche, qui tourne depuis dans ma tête et qui, il me semble, répond à toutes ces questions.

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, les yeux levés au ciel, il priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples dans la fidélité à ton nom que tu m’as donné en partage, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j'étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom que tu m'as donné. J'ai veillé sur eux, et aucun ne s'est perdu, sauf celui qui s'en va à sa perte de sorte que l'Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, en ce monde, pour qu'ils aient en eux ma joie, et qu'ils en soient comblés. Je leur ai fait don de ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu'ils ne sont pas du monde, de même que moi je ne suis pas du monde. Je ne demande pas que tu les retires du monde, mais que tu les gardes du Mauvais. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde. Consacre-les par la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me consacre moi-même, afin qu'ils soient, eux aussi, consacrés par la vérité. »

Nous ne sommes pas de ce monde.