vendredi 27 novembre 2009

Monsieur Dorham sur l'autoroute de la connerie


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Cher Didier Goux, cher vous autres et cher moi-même pendant que j’y suis,

L’intelligence, sachez-le, est un accident, un accident des plus heureux de l’existence, cela va de soi. Cela va de soi également que certains vont et viennent l’ensemble de leur vie sur une autoroute toute droite, sans aire de pique-nique boisée, sans crevaison, sans accident, sans auto-stoppeur, sans aquaplaning et/ou sans panne d’essence ; l’intelligence ne les égratignera hélas jamais. Sur cette autoroute où aucun péage ne freinera leur progression, ils seront à jamais comme le belge de cette blague à la con que je vais m’empresser de vous raconter.

C’est l’histoire d’un belge, on le sait déjà, mais je le précise, d’ascendance wallonne, qui roule tranquillement sur une autoroute au volant d'une vieille Volvo lie de vin 240 break. Notre conducteur est en train d’écouter à fond les ballons un morceau de hip-hop wallon déclamé sur un sample pompé de la tétralogie wagnérienne, quand la station de radio autoroutière qui-veut-vous-sauver-la-vie fait, d’office et sans préavis, grésiller dans les boomers asthéniés de son autoradio un flash d’importance vitale qui paraît tous les quarts d'heure ! La voix totalitaire, Radio-DATA-systèmisée, du colporteur autoroutier résonne alors dans le véhicule : « restez sur vos gardes, on nous signale que sur l’A41 en direction d’Anvers, un chauffard fou roule en sens inverse ». Notre conducteur s'exclame alors : « Un fou ? Un fou ? Des milliers de fous oui ! »

Je sais bien sûr que cette histoire est singulièrement navrante et ici, je me rends bien compte que l’on aura bien du mal à déterminer quoi que ce soit en rapport avec ce qui nous occupe. Le conducteur est-il le seul accidenté de l’intelligence, allant donc à contresens de milliers de cons pleins de certitudes ? Où est-ce exactement l’inverse : le conducteur étant de ce genre d’individus qui ne côtoient l’intelligence dans leur vie qu’à travers l’expérience des autres ?

Difficile à dire en vérité, ce qui fait de ce billet bancal une chose aussi fortuite qu’inutile. C’est déjà bien de s’en rendre compte. Comme vous tous, j’attends bien entendu l’accident.

Dans l’attente, vous et moi continuerons d’avancer sur cette autoroute sans fin, sans but, cette grande et belle autoroute de la connerie, en espérant qu’un jour, il s’y passera quelque chose, quelque chose qui nous transformera (du moins quelques instants) : un orage grandiose, un hérisson hardi entreprenant de traverser les voies, un enjoliveur volant menaçant de s'écraser sur notre pare-brise. Un dérapage, de quelque nature que ce soit.

Dans l’attente, nous resterons bien entendu tous des cons, faute de mieux.