jeudi 14 mars 2013

Habemus papam


Lorsque le cardinal Tauran, protodiacre nommé par Benoit XVI, apparut au balcon de la Basilique St Pierre de Rome, il y eut une grande clameur. Quand il révéla le nom du nouveau pape à la populace joyeuse et bigarrée, il ne récolta tout d’abord qu’un grand silence. Qu’a-t-il dit ?, demandèrent les uns et les autres. Bergoglio ? Personne ne le connaissait cet homme là. Une surprise, disait-on sur KTO. Miracle de l’internet, ce matin, tout le monde sait qui est le Pape François. Et tout le monde sait qu’il a étroitement collaboré avec la dictature de Videla et même contribué à faire torturer certains de ses collègues.

Hier, La Croix, quelques minutes après l’annonce de l’élection du jésuite argentin, relayait avant l’heure une information plus nuancée – devrais-je dire, mieux informée.


« De ses années de curé à Buenos Aires et dans la sierra, il a gardé un sens pastoral affirmé, ne répugnant pas à confesser régulièrement dans sa cathédrale et faisant tout pour rester proche de ses prêtres pour lesquels il a ouvert une ligne téléphonique directe. (...) il n’a pas hésité, en 2009, à venir loger dans un bidonville chez un de ses prêtres menacé de mort par des narcotrafiquants. » (…) 

« Ayant fait de la pauvreté un de ses combats – « une violation des droits de l’homme », affirmait-il en 2009 – ce pourfendeur du néolibéralisme et de la mondialisation est ainsi devenu une autorité morale incontestable en Argentine et au-delà. Au point où il apparaît aujourd’hui, dans un pays où l’opposition est quasi inexistante, la seule véritable force à s’opposer au couple Kirchner dont il ne cesse de dénoncer l’autoritarisme. Il leur semble suffisamment dangereux pour que la presse pro-Kirchner ressorte en 2005 une vieille affaire accusant le P. Bergoglio, provincial des jésuites d’Argentine pendant la dictature, d’avoir dénoncé deux de ses confrères qui furent enlevés et torturés dans la sinistre École mécanique de la marine. D’autres témoignages, au contraire, rappellent l’énergie qu’il a dépensée pour obtenir leur libération. Et tandis que, l’ancienne médiatrice argentine, Alicia de Oliveira, qu’il a sauvée des militaires, évoque sa grande richesse affective, la plupart des jésuites argentins gardent de lui l’image d’un homme qui a su apaiser une province divisée et qui sait gouverner en situation de crise. »  

Ce matin, toute nuance a disparu. Les lobbies Kirchneriens ont disparu du récit, les témoignages contredisant cette vision unilatérale d’une histoire que personne ne connaît vraiment en France sont passés sous silence. La grande désinformation commence et le petit tribunal - mélenchoniste entre autres - de France a prononcé sa sentence.

Pour ma part, je ne sais rien des actes du pape François pendant la dictature de cet ignoble boucher que fut Videla, même si je sais que Mme Kirchner n’en serait pas à sa première manipulation, elle qui déterra il y a peu cette vieille histoire des Malouines pour faire mousser l'opinion. Je ne sais rien, ce matin, du nouveau pape, si ce n’est ce que j’en ai vu et entendu. Une grande humilité et un certain goût de la prière. Une volonté de ramener la pauvreté au sein des préoccupations premières de l'Eglise, ne serait-ce qu'à travers le choix de son nom.

A l’instar des catholiques et à l’inverse des procureurs émérites et fainéants qui peuplent la blogosphère et les médias, je sais, quoi qu’il en soit, que la pire des fautes peut être rachetée, amendée. Je ne condamne, ni ne juge. C’est là toute la différence entre l’espérance et le néant.

Viva el Papa !