jeudi 11 juin 2015

Ornette

Ornette. On croirait le nom d'une espèce d'oiseau. Vous ne trouvez pas ? Tiens, une Ornette, ça faisait longtemps que je n'en avais pas vu, on en voit qu'au printemps... Si je ferme les yeux et que je demande à ma mémoire de creuser, je déterre ce souvenir. J’ai 20 ans. Je tourne le dos à ma paire d’enceintes. Je suis allongé sur le lit. A l’envers. Ma tête est donc au pied du lit. Mon cou, plus exactement, car ma tête, elle, pend dans le vide. J’écoute Free Jazz : A collective improvisation. Le disque est paru en 61. La session date de la fin de l’année 1960. Deux Quartet jouent et improvisent simultanément. Je déteste ça, puis j'adore, je déteste à nouveau, j'adore encore. Mes parents ne vont pas tarder à gueuler à mon avis. Magie de la stéréo, une enceinte est dévolue à chaque quartet. Ornette joue dans l’enceinte de gauche et Dolphy dans celle de droite. J’adore le jeu de LaFaro sur ce disque. La révolution est en marche. Elle deviendra bientôt absconse comme toute révolution sûre de son fait. J’écoute sans vraiment écouter à vrai dire, en tout cas, pas au sens traditionnel. Ecouter ce disque, c’est comme surfer - même si je n'ai jamais surfé de ma vie - prendre une vague, attendre, en prendre une autre. J'écoute Ornette en riant, pendant quelques minutes et je m'essaie à considérer les autres comme autant d’ornementations, un peu comme si de petits serpents glissaient sur la peau d’un plus gros. Je prends la vague des batteurs. Blackwell joue délié tout d'un coup et Higgins martèle. Et ils alternent. L’un est un écho de l’autre et vice versa. Eux aussi semblent prendre des vagues. C’est un peu comme une séance d’hypnose. Même si à dire vrai, je n’ai jamais assisté à aucune séance d’hypnose. 

On ne verra plus d'Ornette au printemps...