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60 ans. 60 ans de princesses paparazzées qui manquent des virages et même parfois des lignes droites. 60 ans de starlettes au fulgurant destin qui paressent quelques instants sur de vastes étendues de sable fin, à demi nues, les pieds pleins d’écume, entourées de photographes et de vacanciers en sandales et en chaussettes de tennis. 60 ans qu’on les célèbre aussi vite qu’on les oublie. 60 ans, c’est long. 60 ans aussi de clichés d’enfants du monde entier morts ou presque morts. 60 ans que l’on contemple le visage de la misère en attendant son tour, dans les salles d’attente de généralistes spécialistes du rhume des foins ou le séant vissé sur la chaise moelleuse d’un coiffeur de province. 60 ans, ça fait beaucoup pour l'équilibriste sur le fil d’un slogan idiot. 60 ans de PDG à chaussettes trouées qui finiront mal (ça aurait dû nous mettre la puce à l'oreille), de bourrelets numériquement effacés, d’hommes politiques si naturels dans l’intimité, de vedettes du petit écran meurtris, de suicides médiatisés, de portes ouvertes sur de petits drames humains comme on en vit tous, mais avec des flashs qui crépitent. 60 ans. C’est vieux. C’est l’âge de Paris Match !
En voilà une étonnante longévité.
Tiens, c’est presque l’âge de la carrière de notre rocker national. Où ça le sera bientôt, je ne tiens pas de comptabilité précise. Ce sera l’occasion d’une Grand Messe pyrotechnique pour séniles à moitié sourds. D’ici, on aura peut-être construit une enceinte plus vaste que le Stade de France. Le Stade d’Europe, pour 250 000 personnes, assises, debout, allongées et suspendues. Les grands succès d’antan résonneront comme jamais, on n’oubliera plus jamais ces mélopées pour rocker-assouplissant, ces chansons mégalos pour vieux fripés dégoulinant de sueur. A la fois navrantes, inoffensives et assourdissantes, elles voyageront jusqu’aux confins de l’univers, gifleront les extra-terrestres tympans (venus nous envahir).
Oui, c’est curieux cette histoire de longévité ! Ça ne tient pas sur grand-chose. Je crois que c’est la faute des vieux. Des vieux et de cette nostalgie qu’ils chérissent tant. Les vieux et leur nostalgie vous font une légende d’un truc sans intérêt apparent. De mère en fille, on se refile les cadavres de Claude François et de Dalida. On défie le temps sur la base molle d’émois adolescents. De temps enfouis, qui crépitent encore. La nostalgie, c’est comme une médaille en argent dans un grand verre de coca-cola, toutes les impuretés se dissolvent lentement, éclatent à la surface, de concert avec des milliers de bulles folles. On ne voit pas d’autres raisons objectives. Si vous écoutez ces gens là, ils vous parleront d’un temps que vous n’avez pas connu. Ils vous en parleront sans pouvoir s’arrêter, étaleront devant vos yeux leurs souvenirs lisses et donc difformes. Et il y aura des anniversaires. Et un anniversaire, c’est comme un enterrement, pas un mot n’obtient le droit d’être plus haut que l’autre. On n’a pas le droit d’y prononcer la moindre parole discordante. Tous les journalistes de l’Hexagone vont donc faire semblant de croire que Paris Match est un vrai journal, que Johnny est un vrai rocker et que Dalida a révolutionné on ne sait pas bien quoi, mais qu’elle l’a quand même révolutionné. On sera bien content par ailleurs de repeindre la Tour Eiffel comme au premier jour (vieux de 120 ans). Ça coute cher, on le sait bien, mais c’est l’impôt nécessaire et taré du temps qui passe.
Oui, c’est étonnant.
Ce matin, je compte mes billes, je dissèque ma nostalgie comme un étudiant en médecine dissèque un cadavre offert à la science. J’ai promis de ne pas être trop mauvais à ce jeu là. Je traque le mauvais virus. J’ai sans doute un héritage à transmettre, dissimulé sous une mauvaise mousse amère de nostalgie. Le Printemps est là. Il me faut entreprendre ce grand nettoyage que l’on dit de saison. Il faut que j’y pense. Que je m’y tienne.
En voilà une étonnante longévité.
Tiens, c’est presque l’âge de la carrière de notre rocker national. Où ça le sera bientôt, je ne tiens pas de comptabilité précise. Ce sera l’occasion d’une Grand Messe pyrotechnique pour séniles à moitié sourds. D’ici, on aura peut-être construit une enceinte plus vaste que le Stade de France. Le Stade d’Europe, pour 250 000 personnes, assises, debout, allongées et suspendues. Les grands succès d’antan résonneront comme jamais, on n’oubliera plus jamais ces mélopées pour rocker-assouplissant, ces chansons mégalos pour vieux fripés dégoulinant de sueur. A la fois navrantes, inoffensives et assourdissantes, elles voyageront jusqu’aux confins de l’univers, gifleront les extra-terrestres tympans (venus nous envahir).
Oui, c’est curieux cette histoire de longévité ! Ça ne tient pas sur grand-chose. Je crois que c’est la faute des vieux. Des vieux et de cette nostalgie qu’ils chérissent tant. Les vieux et leur nostalgie vous font une légende d’un truc sans intérêt apparent. De mère en fille, on se refile les cadavres de Claude François et de Dalida. On défie le temps sur la base molle d’émois adolescents. De temps enfouis, qui crépitent encore. La nostalgie, c’est comme une médaille en argent dans un grand verre de coca-cola, toutes les impuretés se dissolvent lentement, éclatent à la surface, de concert avec des milliers de bulles folles. On ne voit pas d’autres raisons objectives. Si vous écoutez ces gens là, ils vous parleront d’un temps que vous n’avez pas connu. Ils vous en parleront sans pouvoir s’arrêter, étaleront devant vos yeux leurs souvenirs lisses et donc difformes. Et il y aura des anniversaires. Et un anniversaire, c’est comme un enterrement, pas un mot n’obtient le droit d’être plus haut que l’autre. On n’a pas le droit d’y prononcer la moindre parole discordante. Tous les journalistes de l’Hexagone vont donc faire semblant de croire que Paris Match est un vrai journal, que Johnny est un vrai rocker et que Dalida a révolutionné on ne sait pas bien quoi, mais qu’elle l’a quand même révolutionné. On sera bien content par ailleurs de repeindre la Tour Eiffel comme au premier jour (vieux de 120 ans). Ça coute cher, on le sait bien, mais c’est l’impôt nécessaire et taré du temps qui passe.
Oui, c’est étonnant.
Ce matin, je compte mes billes, je dissèque ma nostalgie comme un étudiant en médecine dissèque un cadavre offert à la science. J’ai promis de ne pas être trop mauvais à ce jeu là. Je traque le mauvais virus. J’ai sans doute un héritage à transmettre, dissimulé sous une mauvaise mousse amère de nostalgie. Le Printemps est là. Il me faut entreprendre ce grand nettoyage que l’on dit de saison. Il faut que j’y pense. Que je m’y tienne.
M. a trois ans aujourd’hui. C’est sans aucun doute le meilleur cadeau que je puisse lui faire.