Je suis revenu samedi de vacances. Les prévisions de Bison Futé se sont révélées justes, bravo à lui ! La circulation fut délicate dans le sud-est avant d’étaler comme prévu une complète fluidité passé l’agglomération lyonnaise. Ce que je vous raconte là est sans intérêt, j'en ai bien conscience, si ce n’est celui de démontrer que le salarié de France est bien une saloperie de robot coincé paradoxalement à je ne sais quel stade de l'évolution. Il me faut louer aussi les mérites des méduims de Météo France. Il a fait beau temps pendant les deux semaines que j'ai passées dans la région varoise. Il a même fait sans doute trop beau. Trop beau et trop chaud. Peut-on dire qu'il fait beau lorsqu'il a fait trop beau ?, c'est une question dont la résolution me dépasse. Je me trouve en tout cas fort ravi d’être revenu dans la Capitale. Il y fait plus beau que dans le sud finalement puisque la chaleur y est plus clémente, plus supportable, en ce qui me concerne en tout cas. Pendant ces deux semaines de repos, nous n’avons pas fait grand chose. Nous avons écumé les lacs de la région, mangé dans un restaurant étoilé situé à la Celle, avons diné avec une amie à Arles. Nous avons gravi avec les filles - qui râlaient - la montagne qui mène au Sanctuaire dédiée à Marie-Madeleine : une grotte, située sur les hauteurs de Plan d’Aups, dans laquelle cette sainte femme acheva son existence. J’ai lu. Un peu. Le 2666 de Roberto Bolaño. Je suis incapable d’en dire quoi que ce soit et j'en suis bien désolé. Ce roman est une chose étrange, pas totalement dénuée de qualités. C'est un énorme pavé de presque 1500 pages dont je ne comprends pas la raison d’être, ce qui ne signifie pas qu'il n'en a pas. J’ai toujours été attiré par la démesure. Par les œuvres démesurées en particulier. Ce ne sont pas tant leurs proportions qui m’impressionnent d'ailleurs, mais ce que j’imagine de leur conception, du travail insensé qu'elles ont sans doute nécessité. Comment s'y retrouver dans pareil foutoir ? C’est pourquoi suis-je sans doute plus indulgent avec ces auteurs qui se sont parfois lancés dans ces sortes de quêtes peut-être trop grandes pour eux. Toujours est-il que je n’ai rien à dire de ce livre, parce qu’hélas, je n’ai pas réussi à en penser quoi que ce soit. J’ai aussi entamé la lecture du premier tome de la Comédie Humaine, dans la Pléiade. La Maison du-chat-qui-pelote, que je n'avais jamais lu, nouvelle qui inaugure cette œuvre proprement obèse, m’a fait grand effet. Un effet que je qualifierais d'intime. J’ai, au passage et bien humblement, cru comprendre grâce à elle, ce qui faisait peut-être la solidité (ou la fragilité) d’un mariage. Après cette lecture, la chose me semblait en tout cas claire et entendue. Un mariage ne peut être couronné de succès que s'il y a adéquation d'intelligence. Je reste persuadé qu'en amour - mis à part pour les boeufs peut-être - la question physique est secondaire. Un homme peut bien sûr aimer follement une femme plus laide que lui (et vice versa). Cela se voit tous les jours. En revanche, partager toute son existence avec une femme plus sotte que soi – ou imperméable à certains sentiments – me semble bien plus improbable. Passés les premiers instants de passion amoureuse, qui ne reposent sur pas grand chose d’autre que la baise et l’idiotie partagée, que peut-il rester à un couple ? Sur quoi peut-il s’appuyer pour avancer tout à fait lié dans l’existence ? J’ai eu mon lot de relations avec des femmes idiotes ou plus limitées que je ne l’étais. J’ai constaté à chaque fois que ce type de relations était impossible. Les mêmes barrières finissaient par nous séparer. Je concevais de la honte à avoir ces femmes à mon bras, j'ose l'avouer, il me semblait que leur proximité me dépréciait et je finissais invariablement pas leur en vouloir, alors que je n’aurais dû en vouloir à personne d’autre que moi-même. Le destin d’Augustine, similaire à celui que connut Laurence, la sœur de Balzac, est un destin d’une grande cruauté. C'est aussi en cela qu'il me touche, sans doute. La passion amoureuse n’a qu’un temps et surtout, elle a un prix, et il peut être trop élevé pour celui qui s’y abandonne avant d'avoir mesuré l’étendue de la tâche qui lui incombera une fois ce temps béni écoulé. La société française a sans aucun doute beaucoup changé depuis que Balzac a entrepris un jour d’en disséquer les mœurs. Pourtant, je reste persuadé qu’il y encore beaucoup d’Augustine (homme ou femme) pour se briser contre les falaises inamovibles de la mésalliance. Ces drames font sans doute le succès de ces sites sordides qui, sur internet, vantent la qualité de leur service et promettent de vous amener sur un plateau les meilleurs plans cul près de votre région. Cette adéquation entre deux intelligences, je crois bénéficier aujourd'hui de ses bienfaits. Je ne doutais pas de l’avoir trouvée au matin de mon mariage, il y a huit ans. 8 ans, c’est peu de choses, me diront certains, pour avoir la certitude que l’on passera le restant de sa vie avec la même femme. C’est pourtant ma certitude et c’est une certitude qui ne me quitte pas depuis ce 30 juillet 2004 où je fis le choix d’épouser celle qui partage chaque instant de ma vie. Si la chose est possible, j'aime mon épouse encore plus que ce jour où je la vis venir vers moi, nus pieds, vêtue d’une robe rouge soulignant pudiquement les formes de son corps. Prête à prendre mon nom et à m'accompagner en dépit de mes grandes imperfections. Je ne sais si nous sommes intelligents ensemble. Il est possible que ce ne soit pas le cas. Peut-être sommes-nous parfaitement idiots et ignorants. Et bien nous le sommes et je sais que nous le serons encore longtemps, mais d’égale manière.
