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lundi 20 août 2012

A quelques encablures de la fin des temps

Le mois d’août, c’est de la merde. Je ne savais pas si on l’avait assez dit donc je me lance. C’est à croire que j'ai été le seul juilletiste de Paris. Depuis plusieurs semaines, tout ressemble à une putain d’expédition : trouver un tabac, une presse, un endroit où manger le midi. Tout est fermé. Tabacs, presses, échoppes placardent tous leur éloge de la glande. Gloire aux congés payés. Et moi, je marche, je remonte les boulevards, étouffe au pied des petites rues sans oxygène, le regard perdu, morve au nez. Le 17ème arrondissement, cette espèce de zoo pour marquises défraichies, est vide comme les gourdes des soldats d’Alexandre le Grand en pleine traversée du désert. C’est déprimant. Pourtant, j’aime bien Paris en août habituellement. Les marchés clairsemés, les dimanches matin sans personne dans ses rues, comme un lendemain d’apocalypse. La canicule ? Elle ne me gêne pas vraiment. Il faut dire que je n'ai pas 75 ans. Je n'ai pas à m'humidifier la peau, à glander ensuite à quelques centimètres d'un ventilateur, parce que je ne sue pas comme les autres, à donner fréquemment de mes nouvelles à mes proches, comme le serine le Ministère de la Santé à nos petits vieux comme s'ils étaient des débiles légers. J’aime suer, en bon méditérranéen, c’est une occupation dans mes cordes. Laissez, je m'occupe de l'odeur. La chaleur ne me dérange pas, c’est le soleil qui m’insupporte. Ce mois d’août serait parfait si le tabac qui est à coté de chez moi était ouvert, si le petit restau de pates qui est à coté de mon boulot était ouvert, si le kiosque un peu plus loin… Vous avez compris et il y a fort à parier que vous vous contrefoutez de ce que je raconte. J'arrête donc là. Non, la canicule ne me dérange pas. Avec mon épouse, ce week-end nous avons même continué à faire des travaux. "Par cette chaleur ?", s'est exclamé ma voisine de bureau... Samedi, chez O., nous avons fait un sort à la penderie de Madame. Le dimanche, nous l'avons passé à nous engueuler dans les rayons de Leroy Merlin, d'accord sur rien, puis à rénover les placards dans la touffeur de l’appartement, unanimement d'accord (je sais) en contemplant le résultat. En temps de grande chaleur, il faut maitriser la science inexacte du courant d’air. Une science ? Un art même. Ouvrir telle fenêtre et telle autre, maintenir l’une avec du fil de chanvre noué ici et là, l’autre avec un tabouret, ou un classeur et laisser le vent chaud rafraichir nos vêtements humides. Et se remettre à turbiner. De la poésie, n'est-ce pas ?

J'ai encore à dire.

Je crois que je me suis réconcilié samedi soir avec Lars Von Trier. Il l'ignore sans doute. Notre brouille était pourtant sérieuse et motivée mais depuis que j’ai vu son Mélancholia, notre relation est au beau fixe. Ce matin, j’ai lu par curiosité quelques anciennes critiques du film sur les sites de Télérama et de Chronic’Art. Je me demande si on paye vraiment des types pour écrire des conneries pareilles. Je me doute bien qu’on les paye mais j’espère alors qu’on les paye au lance-pierres. C'est tout ce qu'ils mériteraient ! J’espère même qu’on n’accorde pas à ces salopards le moindre ticket restaurant. De toute façon, en ce mois d’août, vu que tout est fermé, il leur faudrait les dépenser au McDo du coin, ce qui constituerait déjà une punition en soi. J’espère donc finalement que c’est le cas et qu’ils sont en train de choper sans s’en douter une intoxication alimentaire de premier choix. Et qu'ils n'ont pas de mutuelle par dessus le marché. Je me demande si ces types ont bien compris que le cinéma, c’était surtout et avant tout l’art de filmer. L’esthétisme d’un plan, c’est un truc qui les défrise. Ils ont leur petit adjectif pour ça. « C’est esthétisant », écrivent-ils. Ces rédacteurs plumes-et-goudron sont tous semblables finalement, comme l'est tout être humain dans la salle d’attente d'une Caisse Primaire d’Assurance Maladie ; des numéros qui espèrent être appelés avant la fermeture. Je veux bien qu’on le trouve casse-couilles, Von Trier, j’avais détesté chacun de ces films jusque-là – le tire-larmes Breaking the waves, le pathétique et dégoulinant Dancer in the Dark, ce grand foutage de gueule conçu pour choquer le petit bourgeois qu’est Dogville – je veux bien. Casse-couilles, Von Trier l’est indubitablement. Quand bien même, je ne comprends pas comment on peut décemment reprocher à un cinéaste d’être trop pessimiste ou trop sombre ou trop complaisant vis-à-vis de ses propres sentiments. Principalement parce que ces sentiments, ce sont les siens. Von Trier devrait-il s’interdire certaines pensées intimes parce que les plumitifs de Télérama et de Chronic’Art préfèreraient un peu plus de nuances là, un peu de plus de gentillesse ici et aussi une pointe d’espoir en toile de fond ?

C’est la fin du monde, bande de cons !

Evidemment, il faut dire qu’on n’est pas habitués. Dans les films de fin du monde, dont les genres catastrophe et SF semblent avoir l’exclusive propriété (sinon, attention les doigts !!!) le monde ne s'achève jamais tout à fait. Tout explose, tout meurt, tout brule, tout périclite, tout je sais pas quoi, mais une petite élite survit toujours et un nouveau monde prend alors le relais. Dans Melancholia, il n’y aura pas d’après. Pour ce faire, Von Trier a remplacé les éruptions solaires, les soubresauts inopinés de magma ou les astéroïdes à la manque par une planète (une planète toute entière) transitant qui menace de (et va) s'écraser sur la nôtre. J’ai pensé au roman de Mc Carthy pendant que je regardais le film. Non pas parce que les deux œuvres s’articulent autour d’une apocalypse mais parce que la fin du monde, du nôtre, de notre fin en somme, pose nécessairement la question de Dieu. Dans les films catastrophe, Dieu est bien évidemment absent. Il y a bien sûr toujours un conard pour faire une prière aussi creuse que factice au détour de quelques scènes inutiles mais la question est bien sûr évacuée au profit d’une débauche de moyens, du spectaculaire, d’une succession de faits, d’événements plus ou moins arbitraires. Ces films ne sont pas des œuvres à part entière, il est donc normal qu’ils ne posent aucune question à ceux qui les consomment en vidant des seaux de maïs soufflés. Chez McCarthy, Dieu est sans doute absent, comme dans le film de Von Trier, mais ces absences sont différentes. L’absence de Dieu, chez McCarthy est in fine exactement celle qu’annonça le Christ avant de laisser ses apôtres. Elle est pour ainsi dire conforme aux Evangiles. Il s’agit d’une absence purement physique, d’un refus décrété d’interventionnisme, s'inscrivant dans le plan que Dieu a conçu pour l'homme. Dieu ne sera plus cet être tout-puissant qui ouvre la Mer Rouge pour sauver son peuple. Plus ce Dieu qui donnera à Noë la mission de tout recommencer. Il sera avec nous, mais d’une autre manière. Invisible, imperceptible mais là. D'une manière plus intime qui doit résonner en nous. Car Dieu est en réalité ultraprésent chez McCarthy, à chaque page de La Route. Il est dans cette persistance du bien, dans cette résistance de l’amour, quand tout concourt à les annihiler totalement. Dieu rayonne à travers les êtres, à travers l’amour inextinguible qu’éprouve un homme pour son fils et on le voit irradier pleinement à travers cette famille qui accueille l’orphelin à la toute fin du récit. Dieu est tel qu’annoncé par le Christ, dans cette question de l’enfant cherchant à distinguer le bien et le mal, à savoir si le bien existe toujours, si lui et son père sont des hommes de bien, quand bien même seraient-ils les derniers. Chez Von Trier, Dieu est absent mais il l’est parce que les rares personnages qui attendent leur fin, dans une sorte de monde factice, fabriqué, isolé, de monde rabougri (un château et un 18 trous), ne pensent plus à Lui. Dieu, dans ce monde finalement taré, est une question que les hommes ne se posent même plus. Par lassitude et sans doute, sous l’effet d'une mélancolie qui serait allée trop profondément, c'est à dire jusque dans les tréfonds de l'âme humaine. Pourtant, le personnage joué par Kirsten Dunst a une dimension prophétique, une dimension qui dépasse les limites que nous confère notre humanité. Elle sait l’inéluctabilité du désastre, elle sait qu’il n’y a pas d’autre monde que le nôtre, d’autre conscience que la nôtre et c'est pourquoi elle parvient à l’accueillir, presque sereinement, en ne tremblant que lors des derniers instants (comme le Christ avant de se faire arrêter), à la fois en qualité de prophète mais aussi d’amante.

Von Trier envoie se faire foutre les codes hollywoodiens, les questions de vraisemblance, les codes qu’il a accessoirement édictés en fondant le Dogme, tout en y faisant constamment référence. Ainsi, son œuvre gagne deux qualités qui lui semblaient étrangères : l’humour et l’érotisme. Et sans doute une pointe de mysticisme. Putain, que demander de plus ?, ai-je envie de demander à ces abrutis de critiques cinématographiques. Oui, les images saisies par Von Trier sur pellicule sont belles. Oui, Durer et Brueghel sont convoqués (c’est intello à mort), l’art contemporain y est piétiné, la Renaissance célébrée, c’est ringard et sans doute très mal vu dans les séances de rédaction de Chronic’Art, oui, le Tristan et Isolde de Wagner décline ses airs mélancoliques et doux dans l'attente du dernier cataclysme. Et bien quoi ? Von Trier vous dit d’une voix calme que l’on ne peut vivre en ce monde qu’à force de résignation, d’oubli, que la connaissance, la mise en perspective de notre monde conduisent l’être à l’auto-destruction, ou plutôt à l'effacement, l’oblige à se mettre en marge de l’humanité, ce qui paradoxalement la sublime. C’est une expression terriblement pessimiste, il est vrai à ceci près que, à l’instar des dernières pages de La Route, la dernière scène du film laisse percevoir la beauté qui persiste en l’être humain, même, et surtout à l’heure de sa fin.

mardi 29 septembre 2009

Déterrez plutôt Errol Flynn !




Hollywood est ainsi. Un vampire particulièrement doué pour se fournir en chair fraiche. Et il n’a pas attendu Roman Polanski pour satisfaire ses plus bas instincts. Depuis que Jean Harlow a fait rouler ses yeux et ses hanches sur les écrans de cinéma du monde entier, les jeunes filles de l’Amérique entière rêvent de quitter leur patelin de péquenaud pour boire au calice de la gloire. La plus grande d’entre elles, Marilyn Monroe, incarne mieux que quiconque cet espoir d’ascension. Elle, qui entre toutes, est parvenue à toucher ce rêve du bout du doigt, avant de sombrer corps et âme. Marilyn a sans doute fait la pute lors de parties fines pour producteurs, elle a aussi sans doute participé à quelques tournages pornos. On sait également qu’elle a posé à poil pour une tripotée de mauvais photographes, sous un éclairage de merde dans des appartements glauques et crasseux. On sait que c’était là le prix qu'il lui fallait payer, tout du moins, le premier d’entre eux. Du caniveau jusqu’aux étoiles pour finir à la morgue, en résumé !

Dans un monde, non pas masculin ni même machiste, mais totalement carnivore, où il n’y a qu’à se baisser pour tirer du caniveau les petites perles salées d’Oklahoma, d’Iowa, d’Alabama ou de Caroline du Sud, prêtes à tout pour réussir, les repères deviennent aussi flous qu'indistincts. Les femmes qui succombent à leurs illusion, les hommes qui les brisent, tous y perdent une partie de leur humanité. La plupart des grandes stars de cinéma hollywoodiennes (mais aussi les vedettes de la chanson, de la politique, des sports) ont de tout temps profité de cette manne sexuelle. A Los Angeles, les recalées des studios finissaient dans les baisodromes de Howard Hughes, d’Erroll Flynn, de producteurs multi-millionnaires, ou dans les lupanars branchés de petits truands à relation, ou dans les draps de présidents, de sénateurs véreux et bonimenteurs. La formidable collusion organisée qui faisait se cotoyer tous ces microcosmes dans le même plumard n'avait qu'un seul but : baiser les jeunes filles paumées qui tournaient en rond sur le strip, des rêves éventées plein les poches. Le business de l’avortement clandestin faisait alors florès. On y faisait s'évanouir les batards d'une élite sans morale. Les jeunes filles naïves du pays nourrissaient sans discontinuer les appétits lubriques de tout ce qu’Hollywood comportait de prédateur. On tirait les ficelles de leurs rêves pour les tringler, on les droguait pour les tringler, on les faisait picoler pour les tringler, et puis on se débarrassait d’elles hachées menu. Combien de baises non consentantes, combien de baises sous influence, voire combien d’overdoses maquillées ? Toutes les industries du divertissement sont du même tonneau : elles fabriquent des rêves qu’elles brisent et dévorent. Hollywood est la plus grande et la plus vorace d'entre elles. Elle est sans égale. Ses crimes sont proportionnels à sa démesure.

L’affaire Polanski s'inscrit nécessairement dans ce contexte. De quel crime s’est-il rendu coupable ? Il faut remonter jusque l’année 1977. On organise une séance photo, commandée par le magazine Vogue dans la propriété californienne de Jack Nicholson. Polanski est là. Durant la séance, le cinéaste fait du pied à une jeune fille de 13 ans. Il lui fait picoler du champagne (plus probablement du mousseux), lui administre un sédatif (ou n’importe quel psychotrope) avant d’abuser d’elle. Voilà, ce n’est pas vraiment reluisant. Et j’emploie un euphémisme. Mais ça ne s’arrête pas vraiment là. Lorsque le scandale éclate, que les flashs crépitent et que l’encre dégouline des rotatives, la justice américaine propose aux deux parties une sorte d’arrangement. Un arrangement à l'américaine calibré pour grosses légumes hollywoodiennes. Si Polanski consent à plaider coupable pour relation sexuelle avec mineure, on précipite la plainte pour viol aux oubliettes. Hélas pour lui, le cinéaste n'a pas joué le jeu (on se demande accessoirement combien d'affaires similaires se sont réglées de la sorte) mais les filles de l’air pour poursuivre sa carrière en Europe. Persona non grata sur le sol américain, Polanski s'est toujours tenu sagement à l'abri de cette épée de Damoclès qui oscillait au-dessus de son cuir chevelu. 32 ans plus tard, la justice américaine, atteinte d’Alzheimer sélectif, s’acharne à régler ses vieux comptes. On pourrait lui suggérer de déterrer sans plus attendre Errol Flynn (que l'on qualifie prudemment dans les biographies estampillées Age d'or hollywoodien de buveur notoire et de "grand séducteur") afin de le juger post-mortem pour tous les crimes du même genre dont il s’est sans doute rendu coupable pendant l’intégralité de sa carrière. Et pendant qu'on y est, nos coups de pelle seraient bien avisés d'exhumer les corps de John Huston, de Darryl F. Zanuck, de Sinatra et de toute sa bande de conards gominés. On suppose que la magie hollywoodienne en sortirait égratignée si l'on convoquait ces illustres macchabées à la barre. Quitte à juger un homme, quitte à poursuivre l’un des leurs pendant plus de trente ans, autant faire le procès de tout le système de vedettariat américain, consommateur historique de jeunes filles paumées.

Au-delà du principe de présomption d'innocence, il semble délicat de ne juger cette affaire qu'à travers la polémique récente, qui voit depuis plusieurs jours s’affronter ministres aux propos lénifiants vs. moralistes contempteurs de la Justice des Grands (même s’il est vrai que la justice française, à l’inverse de son homologue américaine, a la fâcheuse habitude de faire preuve d’une singulière mansuétude envers ses vedettes nationales). On ne peut bien entendu en aucun cas légitimer le crime d'un homme par son talent présupposé (qui pour ma part, ne me semble même pas si manifeste), baser l'essentiel de notre indulgence sur la qualité de ses oeuvres. On ne peut pas non plus isoler cette affaire d’un système entier dont la délinquance sexuelle est depuis toujours un élément quasi-culturel. Et que chacun de nous finance, et donc, cautionne.



[ce billet est également sur Marianne2.fr ; mais gentiment, hein !]

jeudi 8 janvier 2009

Two Lovers



Un jeune type à la démarche lourde s'avance sur un pont désert. Il tient dans sa main gauche un costume ensaché qui semble sortir d'un pressing, puis l'abandonne ; le tissu s’affaisse mollement sur le bitume. Sans hésitation, il enjambe la rambarde du pont et balance son corps à la flotte. Un temps de suspension : il coule au ralenti dans une eau sale et grumeleuse. Cela ne dure qu'une dizaine de secondes, avant que ses jambes ne reprennent le dessus, s’agitent et que l’ensemble de son âme remonte à la surface. C'est là l'ouverture poignante de Two Lovers le 4ème film de James Gray (après notamment The Yards et La Nuit nous appartient). C'est rare un film qui commence si bien, sous forme d'expérience physique, telle une préfiguration symbolique et noire de l’immersion.

Ce jeune homme, campé par Joaquin Phoenix se prénomme Léonard. Sauvé des eaux, il se remet sur ses deux jambes et rentre chez ses parents, qui l'hébergent. Dans le couloir qui le mène à sa chambre, il croise sa mère. Sans lui dire un mot, il referme la porte derrière lui. Réfugiée derrière elle, il ôte ses vêtements et se réchauufe auprès du petit radiateur qui se situe juste en dessous de sa fenêtre. Elle, restée au seuil de la chambre de son fils dit à son époux : "je crois qu'il a recommencé".

Léonard va rencontrer alors deux femmes qu’en apparence tout oppose. Sandra, jeune femme douce et fragile. Et Michelle, une voisine paumée, genre de gonzesse à problèmes, qui vit dans l’ombre de l’homme marié avec qui elle entretient une relation depuis quelques temps. Deux femmes dans les bras dequels il échouera tour à tour. Mais j'arrête là ma description d'une intrigue trop dense pour être précisément synthétisée. Cela vous ferait peut-être penser qu'il s'agit là d'une romance bleutée et idiote comme on en voit trop souvent. Heureusement, il n'en est absolument rien.

En réalité cette plongée desespérée dans l’eau grumeleuse d’une rivière polluée de l’agglomération New-Yorkaise donne le ton du film. A travers elle, on ne distingue que des silhouettes. Les personnages pris dans la bourrasque de cette triade amoureuse sont opaques, incertains, oscillant d’un coin l’autre de leur confuse personnalité. De leur vie, de leur histoire, de tout ce qui a contribué à les amener ici, nous ne savons que ce qu’ils acceptent d'en dire, ou que ce que d’autres en disent lorsqu’ils s’absentent momentanément. Quelques morceaux d'un puzzle dont il vous manquera la plupart des pièces. Certains critiques avancent l’idée que ce film est construit comme un thriller. C’est tout à fait discutable. L'intrigue ne semble soumise à aucun rebondissement qui ne soit attendu. Rien n'est spectaculaire. Chaque infime révélation mise bout à bout ne nous offre en confrontation que de minuscules esquisses propres à susciter chez le spectateur l'interrogation et la spéculation.

Exemple : après le saut de Léonard au-dessus du pont, nous apprendrons que le jeune homme est bi-polaire et qu'il ne s'agit pas là de sa première tentative de suicide (cette révélation étant énoncée sur un ton routinier, doit-on supposer que son état (sorte de récurrence à laquelle on s'est habituée) est à l’origine de cette indécise volonté d’en finir ?). Dans la chambre de Léonard, Sandra découvre ensuite la photo d’une jeune femme qui se révèle être son ancienne fiancée. Pour lui expliquer la rupture, il évoque une incompatibilité génétique qui aurait voué chaque enfant du couple à une mort prématurée (est-ce la rupture qui s'ensuivit qui le rend si malheureux ?). Bien plus tard encore, Léonard, emporté par sa propre colère dévoile qu’en réalité, les fiançailles furent cassées par la belle-famille, à la suite (en effet) d’un examen médical (celui-ci concernait-il réellement l’incompatibilité du couple ou l’état mental du jeune homme ?). Cette dernière question reste sans réponse, tout comme l’influence invisible qu’a nécessairement cette maladie sur son comportement, sur sa vision des choses ; tant lui-même semble incertain, entre mutisme et fantaisie, emportement et douceur, passant en quelques battements de cil de l'euphorie absolue à la mélancolie la plus noire.

Il en est de même pour les autres personnages du film, dont nous ne savons que très peu de choses ou au sujet des histoires amoureuses qui nouent le récit : quelle est leur part de sincérité ? Quelle est leur part de conditionnement ? Peu de cinéastes ont abordé la chose sous cet angle. On connait le goût du cinéma américain pour la romance fantasmagorique, on sait celui des metteurs en scène européens pour la toute-puissance dévastatrice du désir amoureux. Ici, tout est blafard, à la fois médiocre et flamboyant, à la fois glauque et enivrant, à la fois rebutant et érotique. Des intrigues de cœur peintes des couleurs authentiques qui recouvrent les nôtres. A la fois chichetonneuses et paradoxalement uniques. A la fois parfaitement banales mais comportant ce qu'il faut de romantisme pour qu'on dispose de quoi les ravaler selon les couleurs de notre goût. Nos histoires sont ainsi : elles sont pauvres mais elles ont cette beauté cachée qui nous permet de leur refaire le portrait.

Le cinéma de Gray évolue en fonction du même dessein : dépeindre, gratter le vernis, même s'il s'agit d'un exercice de longue haleine, de patience. Laisser toute place à l'opacité, à la force de l'énigme que présente chaque être humain, dans ce qu'il a de commun, mais aussi d'unique, d'indicible, de refoulé. Acculer chaque personnage pour le délier, le dépouiller d'un peu de vérité, dans des scènes à la beauté ambivalente (une scène d'amour splendide sur le toit de l'immeuble entre Léonard et Michelle), glacées et splendides, fortes et éphémères.

Le dénouement, tendu, nerveux, met alors tout en rapport ténu, dans ce qui s'avère un chef d'oeuvre de construction cinématographique et vous renvoie à d'éternelles questions : l'amour n'est-il qu'un placebo conçu pour rendre l'existence et la solitude supportables, une forme d'arnaque consentie ou une force impossible à mobiliser ? Les choix qui s'offrent à nous ne sont-ils qu'illusion parfaite ?

jeudi 2 octobre 2008

Une bible et un revolver


source

Enfant, nous rêvions tous d’être cowboy [avec la raréfaction du genre cinématographique correspondant, la tendance subit à l’évidence un net déclin, mais les propositions qui vont suivre peuvent être substituées par d’autres] ; c’est qu’enfant, nous n’en mesurions pas la véritable nature. Nous ne savions pas à l’époque que le cowboy était ce genre de bouseux de basse extraction, à l’hygiène douteuse et dont le travail essentiel consistait à mener d’immenses troupeaux de vaches du pré jusque l’enclos... Le mythe de l’aventurier sans peur, façonné de toutes pièces par une industrie du cinéma en délicatesse avec la vérité, nous subjuguait sans que nous puissions y résister ou y confronter notre esprit critique à peine naissant.

En tout état de cause, les volontaires ne se chiffonnaient pas pour camper l’indien valeureux. Nous étions inconsciemment favorables à la philosophie de Custer ; un bon indien était avant tout un indien mort. Les indiens n’avaient pas de revolvers ni de fusils. Ils tournaient en rond, sur leurs canassons, armés simplement d’arcs ou de petits tomahawks, et se faisaient inexorablement descendre comme autant de victimes expiatoires. Ils étaient l’incarnation vivante des petits canards qu’on dégomme à la fête foraine. La loi du plus fort prévalait dans la cour de récréation, elle prévalait également dans nos esprits mal fichus.

L’évolution naturelle de notre développement intellectuel modifie lentement notre point de vue. Adulte, nous découvrons avec stupeur que les indiens sont de grands combattants et nous leur reconnaissons un instinct de révolte et d’insoumission unique dans l’Histoire du monde. Nous prenons également connaissance des exactions commises sur la population indienne par cette armée de pouilleux étoilés, ayant pour seul mérite d’avoir appris à défiler unie sous la même bannière. Nous avons non seulement changé de camp mais nous renions même désormais avoir jamais fait partie de celui d’en face. Avec un soupçon mal déguisé de fierté dans la voix, nous prétendons avoir combattu seul contre un monde ignorant. Nous affirmons n’avoir jamais voulu camper le cowboy flingueur mais avoir toujours défendu la figure indienne, démontrant ainsi une exceptionnelle précocité de conscience et de compassion.

Et puis, nous vieillissons. Nous sommes fatigués des cowboys comme des indiens. Les voir tourner en rond sur leurs chevaux, prendre d’assaut de petites collines déplumées, sans raison apparente, se planquer derrière de vieilles carrioles déglinguées pour se canarder à cinq misérables mètres de distance ; voilà un spectacle éternel qui nous lasse naturellement. Devenu vieux, nous rêvons de faire du vélo, avec une jolie jeune femme en équilibre sur le guidon. Nous rêvons d’une existence de rien, sans contraintes, sans sentiment d’appartenance, nous rêvons de liberté absolue. Nous rêvons d’attaque de train, de menus larcins commis dans de vastes vergers, nous rêvons de rires, d’amitiés et d’amour insurpassable. Nous rêvons d’une mort à la fois héroïque et follement nihiliste. Nous rêvons d’être Butch Cassidy.



[Il n’est hélas pas interdit de penser que certains ne dépasseront jamais l’un ou l’autre des stades initiaux.]

lundi 29 septembre 2008

Play with Stanley



Généralement, je n’ai pas de problème de compréhension. Je ne suis pas ce genre de gars qui vous interrompt pendant le film pour vous demander : « quoi, elle a dit quoi ? mais pourquoi, elle lui dit ça ? Y a quelque chose que je ne comprends pas…tu peux remettre en arrière s’il te plaît…au moment où le roux entre dans le saloon ? ».

Généralement, je comprends tout. Par exemple, si un sale type se fait trucider à la fin d’un film, je comprends qu’il a été puni. Je remarque même pertinemment que la punition est en tout point proportionnelle à son degré de méchanceté. Un gars vaguement méchant, un peu roublard, meurt d’une simple balle, sans trop de souffrance. Un méchant d’anthologie va essuyer une fusillade de 10 minutes et il finira étêté par des pales tourbillonnantes d’hélicoptère, sur une musique de Wagner. Voyez comme je comprends. Pourtant, il nous faut le reconnaître, les équipes de scénaristes font toujours leur possible pour nous faciliter le travail. Par exemple, quand un type se présente devant une porte, qu'il veut l’ouvrir, il tripote la poignée en tous sens pendant 5 bonnes minutes. Il tire la porte vers lui, fait ensuite peser son poids sur elle (on ne sait jamais, parfois, faut tirer, parfois c’est pousser qu’il faut faire). Exténué enfin, il s’avoue vaincu et murmure (à très haute voix) : « mince, elle est fermée ». Nous savons donc que la porte est fermée. Et qu’il n’y a pas de possibilité de l’ouvrir. Aucune. « Flute, se dit-on, c’est dommage qu’il n’aie pas sa carte bleue sur lui, il pourrait tripatouiller le chambranle ». Une carte de crédit ou un couteau suisse, une épingle à cheveux ou un gros pavé de C4 ! Bref, je le redis, j’insiste, je suis un mec tout à fait fonctionnel pour ce qui est de la compréhension des œuvres cinématographiques ; tout le long du film, je bouffe mes Snickers en silence et je checke intérieurement les degrés de compréhension passés avec succès : « là, j’ai compris, check, ici, j’ai compris, check-check ! »

Le seul film à m’avoir défait, c’est 2001, L’odyssée de l’espace. Mais quand je dis défait, je veux dire défait dans les grandes largeurs, je veux dire ruiné, râpé, vaincu, détruit, annihilé. 20 ans de compréhension sans tâches foutus en l’air, effacés. C’est dur à vivre. C'est humiliant.

En 2001, pensaient les auteurs, nous voguerons dans l’espace en compagnie d’ordinateurs susceptibles. Or, nous sommes aujourd'hui en 2008 et force est de constater qu'on ne fait pas sensiblement mieux qu’en 1969 quand les américains faisaient semblant de se poser sur la Lune alors que tout était filmé depuis le désert du Mojave. Ce qui n’est guère mieux non plus (d’un certain point de vue) que l’année 1902, sortie du légendaire film de Méliès (celui qui met en scène la Lune et son oculiste).

Je devine bien sur que le film de Kubrick tient tout autour d’un trip nébuleux sur le principe d’évolution. Les avancées d’aujourd’hui et celles de demain n’ont guère plus d’importance que celles d’hier (elles en ont peut-être même moins) ; elles n’ont en fait d’importance que celle qu’on leur donne, dans la mesure où nous sommes là pour y assister : ce qui constitue l’essentiel de notre aveuglement (vous avez vu comme c’est subtil, nous sommes aveugles à force d’y voir ; carrément œdipien !). C’est singulier pour un film de science fiction mais tout à fait cohérent quand on y pense. L’idée est toute simple : les fantasmes qui font bander l’humanité depuis des lustres ne sont en fait que broutilles, comparées à la découverte de l’outil par exemple (de l'outil à l'arme, vous voyez le pas qu'on franchit !!!). Le progrès scientifique n’est proprement rien en comparaison du progrès humain et Armstrong dit une connerie lunaire en affirmant qu’un grand pas pour l’humanité vient d’être effectué alors qu’il piétine de nuit le Nevada en tout sens (on a changé d’état entretemps).

Mais je dois dire que la sorte de voyage dans l’hyperespace des couleurs que fait le héros, la petite chambre illuminée dans laquelle il atterrit comme par miracle, et le fœtus en forme de planète qui clôture l’œuvre me plongent dans la perplexité la plus totale. Soit, le symbolisme est ultralourd (et j’ai du mal à m’y résoudre), soit quelque chose m’échappe tout à fait.

Vous feriez œuvre de salubrité publique si vous participiez à cette grande tentative d’éclaircissement (pour qui n’a pas lu le livre, me souffle-t-on). Balmeyer est donc appelé à la base, Gunther également, et qui veut se joindre à nous. C’est un défi. Un défi à notre taille !





2001, L'Odyssée de l'espace
Bande annonce

vendredi 1 février 2008

Erased



Il y a ce livre, pour commencer, qui est sans doute un des plus marquant qu’il m’ait été donné de lire. Un livre qui m’a manipulé comme une marionnette, m’a pris les sentiments en tenaille, les a levés du sol pour les traîner le moment d’après dans la boue, m’a fait voyager entre rires et larmes. Ce livre, c’est Eureka Street de Robert McLiam Wilson.

Quand je parle de rires et de larmes, je n’exagère en rien. Les rires provoqués par cette lecture étaient du même genre que ceux qui se déclenchent, comme de petites détonations, à la chute d’une farce qui nous a pris par surprise. J’ai ri chez moi, pelotonné dans mon plumard. J’ai ri en attendant le bus, dans le métro. Fallait voir la tronche des gens, comme mon rire les faisait sursauter (les gens ont peur de tout aujourd’hui, même d’un type qui se marre dans une voiture de métro).

Les larmes, c’est la même chose. C’est le seul livre qui m’en ait jamais tiré. Ça aurait pu me foutre en boule parce qu’il faut bien dire que ce roman est un peu comme le roman d’un escroc, un roman à ficelles ; mais, je n’ai pas la dent dure envers lui, j’ai aimé ces ficelles, j’ai aimé comme elles m’ont tenues ; avec Amour sans doute.

Ce livre, c’est la vie d’un groupe de gens dans un Belfast déchiré par la haine de l’autre. Catholiques et protestants. L’absurdité de cet apartheid, de cette violence qui dresse les uns contre les autres ; l’arbitraire ! Et par delà, l’amitié, les blagues potaches, même si la veille, deux protestants armés jusqu’aux dents vous ont filé la peignée de votre vie…

Et puis, il y a ce moment, sans effet d’annonce. D’autres peintures, d’autres personnages, dont on nous raconte le petit matin, les joies, les peines, les petites choses faites de trois fois rien, la vie en somme, ce livre est comme une casserole qui attache, et l’on s’attache donc, à ces nouveaux venus qui font irruption dans le roman, après avoir aimé les autres, à s’en tordre le ventre, à s’en tordre les nerfs. Ces gens là, on se rend compte qu’ils se rendent tous au même endroit. Pour mourir. Dans une sorte d’attentat aveugle dont on mesure toute l’absurdité.

Oui, c’est une façon d’escroc, que de kidnapper ainsi les sentiments des gens pour les jeter par terre. Si j’ai choisi de parler de ce livre, c’est parce que j’ai vu un film hier soir, qui traite un événement sous le même angle, excepté l’effet de surprise.

Ce film, c’est Bobby. Et Bobby, c’est le petit frère de l’ex-président John. Le petit Kennedy-la-justice. Une forme de dernier espoir pour un pays gangrené par la ségrégation, les inégalités sociales, territoriales et bien sur la guerre du Vietnam. Dernier espoir depuis que les autres sont passés sans succès par l’épreuve du barillet. Le Dr King, le frère Président, Malcolm X entre autres.

Plus jeune, j’ai admiré cet homme, j’en ai admiré tout du moins le fantôme. Je crois qu’Estevez, le réalisateur a ressenti la même fascination. Je ne pense pas que Robert Kennedy ait été le plus jusqu’au-boutiste de tous ceux que j’ai précédemment nommé, mais il incarnait une forme ultime d’espérance. Il semblait en avoir fini avec l’abstraction, quelques instants, il ne s’agissait plus de communication ou de caresses dans le sens du poil. Il se passait quelque chose. Il incarnait quelque chose. Les aspirations des uns et des autres à modifier la course du train qui filait à toute allure vers ce qu’est prophétiquement devenu l’Amérique d’aujourd’hui ; un point de rupture, un basculement, qui s’il s’était produit aurait changé énormément de choses. Et précisément, cette volonté farouche de changement, d’inflexion de la politique américaine dans le monde et à l’intérieur de ses propres frontières, il la devait à ce qu’il avait compris de ce cancer qui rongeait son pays, il la devait aux assassinats politiques qui avaient précédé le sien ; tout cela l’avait changé et cela s’entendait.

Précisément, je reste convaincu qu’il ne serait jamais devenu ce qu’il a fini par devenir s’il n’avait pris conscience de cette maladie, s’il n’avait ressenti l’urgence de tout foutre sens dessus dessous. C’est bien sur un trait de tempérament, il ne faut pas sous-estimer ce qui faisait de lui quelqu’un d’intransigeant, quelqu’un d’acharné, parfois jusqu’à l’aveuglement (on en eut la démonstration lorsqu’il traîna tous les grosses légumes de la mafia, de Chicago en passant par Miami, devant une commission chargée de les mettre plus bas que terre).

Il y aura sans doute toujours des gens pour conjecturer à son sujet, pour dire qu’il n’était qu’un produit du système. On me taxera peut-être encore de naïveté, mais je ne le crois pas.

Le film d’Estevez est comme le roman de Wilson d’un certain point. Il ne parle pas de la dernière journée de Robert Kennedy, mais dessine la journée de l’événement, sous l’angle de gens ordinaires qui recevront avec lui les balles perdues et qui ne soupçonnent rien du torrent historique qui va bientôt balayer leur existence. On décèle leurs espoirs, on devine un pays en inconscient mouvement, et surtout, en filigrane, on entend les discours du candidat. Et l’on est frappé, choqué, bouleversé par cette irruption d’un passé où l’on parlait de choses importantes, où l’on avait encore la conviction que les choses n’étaient pas immuables.

On ne peut que regretter la médiocrité des discours politiques d’aujourd’hui, leur courte vue, bien pâles en comparaison de cette parole urgente, circonstanciée, qui déclinait une vision très étendue des problèmes du monde, qui liait toutes les difficultés les unes aux autres, une vision qui, de fait, se rapprochait très nettement d’une philosophie.

Peu importe alors que ces meurtres, et celui-là surtout, soient on ne soient pas l’œuvre d’un complot machiavélique, tramé par d’importants hommes de l’ombre. Lobby, mafias, complexe militaro-industriel, services secrets, on s’en fout. Le résultat est le même. La page n’a jamais pu se tourner. L’Amérique n’a jamais pu apprendre à devenir un pays civilisé où l’on peut apprendre à régler des conflits sans violence, sans tension, sans rapport de force ; plus grave, cette violence déborde de ses frontières et cette politique d’incessante division contamine le monde entier ; avec le sarkozysme, elle fait même le lit dans lequel se vautre notre Etat.

Je crois que les américains ne se rendent pas compte eux-mêmes. Tout ce film, plutôt raté il faut bien le dire, a l’air de dire : il nous reste le message. Un message, d'autrefois, des mots, des mots pourquoi ? Pour quoi faire ? Pour chialer sur le corps pourri des illusions mortes ? C’est sans doute glacial comme constat mais non, rien ne reste, tout s’efface parce que rien n’a été fait, comme un enfant mort-né qui n’a eu le temps de concrétiser aucune promesse. L'épreuve de l'Histoire est moins clinquante qu'Hollywood ne voudrait le croire !

[Bobby, réalisé par Emilio Estevez – TFM Distribution]

[Eureka Street de Robert McLiam Wilson – trad. par Brice Matthieussent – ed. 10/18 « Domaine étranger]