jeudi 29 novembre 2012

La brève histoire de Peter Sims

Pete La Roca, né Peter Sims en 1938, n’est sans doute pas le plus fameux des batteurs de jazz. Moins stylé que Tony Williams, moins inspiré qu’Elvin Jones, moins tutélaire qu’Art Blakey, moins aventureux que Max Roach. Sa carrière en dents de scie explique peut être cela ou c’est peut-être plus sûrement ce qui l’explique. 3 albums en qualité de leader et une poignée d’autres dans la peau du sideman, à une époque où les musiciens de jazz enregistraient à peu près tous les matins pour leur compte et pour celui des autres. Il n’empêche que parmi ces quelques disques, on retrouve un des plus beaux, enregistrés chez Blue Note, Basra, sorte de contrepoint - ou d'écho - de ce qu’avait été le Olé de Coltrane, 4 ans plus tôt. Il n’empêche, aussi, qu’on le retrouve soutenant des musiciens que l’Histoire devrait davantage chérir : Joe Henderson, Kenny Dorham, Freddie Hubbard, Art Farmer, Charles Lloyd ou encore Jackie McLean, sur des sessions de choix.

La vie d’un musicien de jazz, il est vrai, est un sacerdoce. Un sacerdoce qui n’a besoin d’aucune autorité pour défroquer ceux qui perdent cette volonté qui permet d’affronter toutes les tempêtes. Les gigs se succédant dans des bouges infâmes, devant un public de paumés, ne sachant pas eux-mêmes comment ils ont atterri là – et on ne dit pas ce qu’il faut faire pour les dégoter. Les discussions unilatérales avec les maisons de disque, de plus en plus réticentes à enregistrer du jazz. Le travail permanent, acharné, que nécessite la pratique de l’instrument. La concurrence des autres musiciens, dont certains ont les dents qui raclent le linoléum. Manger peu. Se camer beaucoup. Dire adieu à une vie de famille digne de ce nom. Pete La Roca n’avait peut-être pas cette flamme là, cette capacité à avaler toutes ces saletés de couleuvres. Aussi, le batteur métronomique, mi-batteur, mi-percussionniste, préféra prendre le virage du conformisme en 1968 et devenir avocat. On gage que ses plaidoiries devaient être calées sur le bon tempo et maîtriser la science du point d’orgue.

Plusieurs vies plus tard, le batteur italien Aldo Romano l’avait convaincu de sortir de son silence, cause sans doute d’un amour de jeunesse. Pete avait donc ressorti pour un temps cymbales, caisse claire et tom basse. Il jouait encore il y a 4 ans au Duc des Lombards. La vie lui a demandé de tout remiser il y a dix jours. Il est vrai qu’en toutes choses, les bons comptes font les bons amis.