Je ne sais pas s’il faut se réjouir de la victoire d’Obama. Bon, d’accord, je m’en suis réjoui. Normalement, je devrais m’en foutre, raisonnablement m’en foutre comme tout citoyen français, mais ça m’a fait un brin plaisir. Et je suis au regret d’avouer que je n’ai aucun argument pour étayer ce sentiment. C’est sans doute un peu la faute des républicains ; s’ils n’avaient des idées si saugrenues. Ils nous auront vraiment tout fait. Ils nous ont fait le coup du vendeur de cacahuètes bipolaire. Puis celui du cowboy de Série Z qui prétendait pouvoir combattre le marxisme parce qu’il avait lu et compris Marx – franchement, j’ai vraiment du mal à imaginer Ronald Reagan un livre entre les mains. Et puis encore le fils d’un ancien président, porté sur la bouteille, le créationnisme et encore plus analphabète que le cowboy précité. Et voilà qu’ils voulaient nous faire le coup du mormon. Du mormon. Heureusement non polygame. Marié à une femme atteinte de sclérose en plaques. Vous voyez le topo ? Et bien ça n'a pas pris. Le monde peut donc souffler. On attend néanmoins la suite avec une grande impatience même si l'on sait que nous n'aurons rien à nous mettre sous la dent avant 2016. Que vont-ils nous pondre d'ici là, nos amis républicains ? Vont-ils investir un ancien dompteur de fauves dyslexique ? Ou un témoin de Jehovah ou une ancienne joueuse de hockey sur gazon devenue scientologue ? Ces républicains sont décidément impayables. Pas étonnant en fait que leur totem soit l’éléphant, lourds comme ils sont.
Et pourtant, j’ai souri. Et pourtant, la victoire d’Obama, cet homme de droite finalement, m’a réjoui. Sottement. Parce que l’Amérique est ainsi faite qu’elle vous prend toujours par les sentiments. Parfois, on se demande si ce pays existe vraiment, s’il n’est pas qu’une simple superproduction hollywoodienne sans fin, le spectre de Cecil B. aux manettes – enfin, peut-être pas Cecil B. parce que si Cecil B. était aux manettes, il aurait joué de son influence pour propulser le mormon en tête de casting. Un grand film, oui. Un film éternel. Michelle appelle son mari sur scène, visez cela. Les notes de « Signed, Sealed, Delivered, I’m Yours ! » de Stevie Wonder résonnent dans la salle, l'amour de sa vie, le père de ses deux filles et le Président, chemise ajustée, pas de cravate s'avance devant un public qui hurle et irradie d'espoir et d'énergie positive ; ça en jette un max, tout de même, se dit-on. C'est un spectacle de première qualité. Qu'avions-nous, nous français, à nous mettre sous la dent ? Une blonde boudinée qui singeait son père, un vieux coco qui en faisait des caisses comme un acteur de seconde zone dans une pièce de boulevard, deux petits hommes, l'un nerveux, l'autre impassible, sapés (et coiffés) comme des ploucs ? Je me souviens - pour poursuivre ce petit jeu des comparaisons - qu’à son meeting de Villepinte, Sarkozy s’était radiné – avec cette démarche raide, bizarre, scoliosoïdale, qui permet de le reconnaitre entre mille – sur la musique du film Superman ! Oui. Du film Superman.
Enfin... Tout cela est idiot, je le sais bien. C’est idiot. Mais ce n’est pas plus idiot qu’autre chose…
