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Toute la nuit.
Le Printemps me réveille. Vallonné ! J’ai des velléités de descentes et d’ascensions. Je suis comme un yoyo à la con, j’ai ces temps de suspension ; quasi infinis. Je me réveille, je m’endors, je sirote tout jusqu’au cul de la bouteille. Je ne rampe pas sur le sol laissant de vieilles traînées derrière moi comme une vieille limace dispendieuse, je n’ai pas la gueule de bois. Un léger engourdissement des orteils, seulement un peu de salive sous les ongles. J’ai mal aux reins, à force, enfin, on dit les reins, c’est le bas du dos plutôt, mes reins bien sûr qu’ils vont bien, je suppose qu’ils filtrent tout correctement comme on leur dit, sont aux ordres, mes reins !, j’ai sommeil, mais je m’en fous, j’ignore ça, les trois bougies ont chacune sur le crâne une petite flamme minuscule qui crépite. Elles survivront jusqu’à ce qu’elles n’en puissent plus ; leur naissance fixe d’emblée leurs limites : espérance de vie, capacité de résistance. Optimales tout de même, il n’y a pas un souffle de vent dans la pièce, l’atmosphère est lourde, immobile, les odeurs de sueur s’incrustent partout : avant même de crever, nous formons déjà de la poussière, de la poussière avec nos vieilles peaux mortes, avec quelques résidus de crasse gorgés de notre propre humidité. Mais quoi ?, c’est l’odeur qui rend vivant.
Répète ! Elle répète en souriant : « c’est l’odeur qui rend vivant ». Bien. C’est bien. Même si tu l’as répété juste pour te foutre un peu de moi et de ma grandiloquence récurrente.
Parfois, tu sais, j’ai l’impression qu’on s’est conviés à un banquet. Un banquet pour deux convives morts de faim. C’est le Printemps, te dis-je, qui me réveille. C’est à elle que nous devons tout. C’est ma saison. L’hiver, je m’endors, comme un vieil ours. La nuit me semble alors éternelle. L’été, je souffre le martyr. La chaleur me tue et me plonge dans un bain d’ivresse. Je fais tout dans les vapes. Dans les vapes, je cherche des coins à l’ombre en tirant la langue. L’automne, je deviens spongieux, toute l’eau de cette saison de merde me rend gros, me gonfle, quand on me tord, c’est bien entendu, je dégouline d’une vieille eau noire et grumeleuse, je pue l’eau croupie à plein nez. Puis on me récolte dans un seau et l’on me vide dans le premier caniveau venu. Le Printemps, c’est ma saison de conscience, ma saison d’harmonie. Ma saison de noces concupiscentes. Je me réveille. Je vis. J’explose.
Il y a bien ce rhume des foins qui me bouche le nez depuis plus d’une semaine. Cette sinusite de merde qui me ferme les oreilles et m’écarlate les gencives. Cette vieille toux grasse qui me fait trembler toutes les cotes flottantes. Ce temps que je perds, du coup, dans une salle d’attente de mon généraliste, à me demander vaguement de quoi souffre celui-là, et celle-ci – j’adore ce jeu – dont les jambes sont un peu grasses mais jolies quand même, et encore cet autre là, qui n’a l’air pas commode et qui me reluque de travers on ne sait trop pourquoi. Tous des hypocondriaques, moi le seul malade ! Mon âme fait des bulles, mon corps a le hoquet. Les deux sont en conflit, ils vont se régler le différend à coups de tatanes, à coups de savates dans la tronche. Et, je sais qui va gagner. Tout le monde le sait, eux-mêmes le savent, avant de se foutre sur la gueule. Vous le devineriez au premier coup d’œil si vous pouviez les voir : le gros faible en culotte serrée et le petit sec, bien nerveux, qui a de la dynamite dans les poings !
A poil, enveloppé d’odeurs de gel douche racoleuses, je m’étends sur mon lit, la maladie dans les veines, le Printemps dans le désir, le silence envahit tout. Les flammes des bougies ont mauvaise mine. Elles dansent encore, folles et résistantes. C’est l’odeur qui rend vivant. Elle. Elle sourit. Elle prend des précautions, fait le tour de moi-même sans rien dire. Les mots ne sont pas coincés dans sa gorge, ils n’existent pas, ils n’ont pas été créés pour ça, nous les piétinons, les mots, nos petites flammes expirantes, théâtrales, font figure de feu de joie.
Nous piétinons les mots. Les lèvres et le reste de nos corps pleins de la salive de l’autre, nous accueillons le printemps en silence. Un.
Le Printemps me réveille. Vallonné ! J’ai des velléités de descentes et d’ascensions. Je suis comme un yoyo à la con, j’ai ces temps de suspension ; quasi infinis. Je me réveille, je m’endors, je sirote tout jusqu’au cul de la bouteille. Je ne rampe pas sur le sol laissant de vieilles traînées derrière moi comme une vieille limace dispendieuse, je n’ai pas la gueule de bois. Un léger engourdissement des orteils, seulement un peu de salive sous les ongles. J’ai mal aux reins, à force, enfin, on dit les reins, c’est le bas du dos plutôt, mes reins bien sûr qu’ils vont bien, je suppose qu’ils filtrent tout correctement comme on leur dit, sont aux ordres, mes reins !, j’ai sommeil, mais je m’en fous, j’ignore ça, les trois bougies ont chacune sur le crâne une petite flamme minuscule qui crépite. Elles survivront jusqu’à ce qu’elles n’en puissent plus ; leur naissance fixe d’emblée leurs limites : espérance de vie, capacité de résistance. Optimales tout de même, il n’y a pas un souffle de vent dans la pièce, l’atmosphère est lourde, immobile, les odeurs de sueur s’incrustent partout : avant même de crever, nous formons déjà de la poussière, de la poussière avec nos vieilles peaux mortes, avec quelques résidus de crasse gorgés de notre propre humidité. Mais quoi ?, c’est l’odeur qui rend vivant.
Répète ! Elle répète en souriant : « c’est l’odeur qui rend vivant ». Bien. C’est bien. Même si tu l’as répété juste pour te foutre un peu de moi et de ma grandiloquence récurrente.
Parfois, tu sais, j’ai l’impression qu’on s’est conviés à un banquet. Un banquet pour deux convives morts de faim. C’est le Printemps, te dis-je, qui me réveille. C’est à elle que nous devons tout. C’est ma saison. L’hiver, je m’endors, comme un vieil ours. La nuit me semble alors éternelle. L’été, je souffre le martyr. La chaleur me tue et me plonge dans un bain d’ivresse. Je fais tout dans les vapes. Dans les vapes, je cherche des coins à l’ombre en tirant la langue. L’automne, je deviens spongieux, toute l’eau de cette saison de merde me rend gros, me gonfle, quand on me tord, c’est bien entendu, je dégouline d’une vieille eau noire et grumeleuse, je pue l’eau croupie à plein nez. Puis on me récolte dans un seau et l’on me vide dans le premier caniveau venu. Le Printemps, c’est ma saison de conscience, ma saison d’harmonie. Ma saison de noces concupiscentes. Je me réveille. Je vis. J’explose.
Il y a bien ce rhume des foins qui me bouche le nez depuis plus d’une semaine. Cette sinusite de merde qui me ferme les oreilles et m’écarlate les gencives. Cette vieille toux grasse qui me fait trembler toutes les cotes flottantes. Ce temps que je perds, du coup, dans une salle d’attente de mon généraliste, à me demander vaguement de quoi souffre celui-là, et celle-ci – j’adore ce jeu – dont les jambes sont un peu grasses mais jolies quand même, et encore cet autre là, qui n’a l’air pas commode et qui me reluque de travers on ne sait trop pourquoi. Tous des hypocondriaques, moi le seul malade ! Mon âme fait des bulles, mon corps a le hoquet. Les deux sont en conflit, ils vont se régler le différend à coups de tatanes, à coups de savates dans la tronche. Et, je sais qui va gagner. Tout le monde le sait, eux-mêmes le savent, avant de se foutre sur la gueule. Vous le devineriez au premier coup d’œil si vous pouviez les voir : le gros faible en culotte serrée et le petit sec, bien nerveux, qui a de la dynamite dans les poings !
A poil, enveloppé d’odeurs de gel douche racoleuses, je m’étends sur mon lit, la maladie dans les veines, le Printemps dans le désir, le silence envahit tout. Les flammes des bougies ont mauvaise mine. Elles dansent encore, folles et résistantes. C’est l’odeur qui rend vivant. Elle. Elle sourit. Elle prend des précautions, fait le tour de moi-même sans rien dire. Les mots ne sont pas coincés dans sa gorge, ils n’existent pas, ils n’ont pas été créés pour ça, nous les piétinons, les mots, nos petites flammes expirantes, théâtrales, font figure de feu de joie.
Nous piétinons les mots. Les lèvres et le reste de nos corps pleins de la salive de l’autre, nous accueillons le printemps en silence. Un.