lundi 19 mars 2012

On fait ce qu'on peut


Il parait que Nicolas Sarkozy a fait des propositions sur le logement. Insensé, n'est-ce pas ? Je suis intéressé. Ça m’intrigue même. Je me précipite donc derechef sur internet, quasi-alléché. Est-ce le début d’une révolution tant attendue ? Il faut bien dire que le sujet est étrangement absent de la campagne, comme si les candidats pensaient le combat perdu d’avance. Avant même de commencer ma recherche, je me fais la réflexion suivante : Sarkozy est en retard, il n’a plus qu’un mois devant lui et cela se sent, se hume et s’entend. Il est l’homme qui court après le temps. A chaque fois qu’il tient meeting, le président-candidat – c’est troublant – ne manque jamais de dire qu’il lui reste deux mois de campagne, même si il ne lui reste plus en réalité qu’un petit mois pour se refaire totalement. Je ne sais si cette récurrence est consciente ou non, mais elle traduit toutefois le syndrome de l’homme pressé qui voudrait l’être moins. C’est un indice qui nous permet de deviner le doute qui l’assaille certainement ces derniers temps. En se rasant sans doute ou en écoutant son épouse chanter au coin du feu de vieilles chansons napolitaines. Mélancoliques, les chansons napolitaines...

Il n’y a plus de temps à perdre, se dit-il certainement. C’est pourquoi ces dernières propositions ressemblent plus à des coups de poings dans le ventre de l’électorat qu’au dessin d’un programme. Laissant une impression de désordre ou pas, elles sont en tout cas énoncées avec une vigueur remarquable. Traduit autrement, on pourrait dire que Sarkozy n’y va pas avec le dos de la cuillère, remettant en cause Schengen, la question des marchés publics, l’immigration légale, menaçant les futures poches de résistance. L’Europe n’a qu’à bien se tenir. La Chine peut commencer à avoir les jetons. Le logement, ça ne devrait pas lui faire peur au Président-candidat, me suis-je dit. On va voir ce qu’on va voir. Les propriétaires sans scrupules, les promoteurs véreux, les spéculateurs patentés vont bientôt avoir les miquettes. On va parler réquisition, gel des loyers, remise à plat du système d’attribution des logements sociaux. Ça va saigner, ça va construire partout, ça va déchanter chez les fumeurs de cohibas, c’est le candidat du peuple qui va aller au devant de ces capitalistes à sang froid pour les ramener à la raison. A la raison du peuple souverain, les amis !

Et puis je découvre la saillie présidentielle.

Sarkozy commence par dénoncer le prix de l’immobilier trop élevé qui « pèse sur le pouvoir d’achat ». Joli euphémisme quand on sait que nombre de français ne sont pas en mesure d’espérer – même dans leurs rêves les plus fous – devenir un jour propriétaire de leur logement, quand on sait que les locataires cèdent parfois pour leur logement plus de la moitié de leur salaire. Vient ensuite une petite précision sur l’offre de logement, elle-même, insuffisante. Il manquerait « 300.000 à 500.000 logements ». L'estimation est basse. Et les propositions ? Tenez-vous bien, accrochez-vous à vos sièges, ça va décoiffer.

1. Le président-candidat a annoncé la division "par deux" des droits de mutation perçus par les notaires pour le compte de l'Etat et des collectivités locales à chaque changement de propriétaire d'un logement.

???!!!???

2. Le Président-candidat propose la limitation de l'inflation de normes régissant l'économie par une nouvelle règle qui prévoira la suppression de deux normes chaque fois qu'une nouvelle sera créée en France.

Les familles qui vivent à 5 dans 40 mètres carré, celles qui désespèrent de ne pouvoir quitter leur HLM, les jeunes couples qui rêvent de devenir propriétaires et de fonder une famille et tous les sans domicile fixe de France vont être rassurés. Qu'on se le dise, cet homme n'a peur de rien...