
Aujourd’hui, c’est mon dernier jour chez Goldman Sachs.
Ainsi commence la lettre de Greg Smith – directeur exécutif chez Goldman Sachs, responsable du département des produits dérivés pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique – parue dans le New-York Times et le Herald Tribune, retranscrite ce jour par Courrier International. Sûrement un dangereux communiste endoctriné à la solde de quelque groupuscule crypto-rouge. J’attends la réponse de la Direction de la communication de Goldman Sachs qui ne manquera pas de nous démontrer que le Directeur en question n’était qu’un jean-foutre, en bisbille avec sa hiérarchie, qui aurait fini par être licencié s’il n’avait démissionné de lui-même.
Ce qu’écrit cet ancien haut placé de Goldman Sachs est néanmoins édifiant. Il ne fait que décrire ce que disent depuis plus de 20 ans les opposants au libéralisme. Le fait qu’un de ses représentants accrédite ces soupçons, même de manière indirecte, de l’intérieur, ne leur apporte que plus de crédit. Un crédit inespéré. Le capitalisme, conçu idéalement pour favoriser les échanges et permettre à davantage d’individus d’accéder à une existence plus aisée, n’existe plus. Il importe peu de savoir si le péché du capitalisme est originel ou s’il traduit un dévoiement de son objectif initial – l’auteur semble du reste pencher pour la seconde hypothèse puisqu’il évoque un temps où l’institution avait à cœur de veiller aux intérêts de ses clients*. Le résultat est absolument le même. Le capitalisme n’est plus aujourd’hui – peut-être ne le fut-il jamais – au service des hommes. Il constitue une excroissance indépendante des sociétés humaines, qui ne vit que pour faire de l’argent au bénéfice d’une élite de plus en plus réduite. Quitte à manipuler, à mentir, à vendre des produits déficients, à aller à l’encontre des intérêts des clients, des investisseurs les plus naïfs (ou les plus confiants, comme on voudra). Le constat semble simple, mais la lecture de ce témoignage de l'intérieur, sans concession, ne dit pas autre chose. Il est donc impensable de valider les thèses qui défendent aujourd’hui encore, en dépit de tous les indicateurs, en dépit de toutes les réalités, une libéralisation totale des échanges et des flux financiers. La crise récente nous le démontre et ce genre de témoignages renforce l’idée que l’autorégulation fantasmée par les libéraux n’est guère qu’une chimère, doublée d’un indécent mensonge.
J’en profite pour communiquer un peu sur la Fraternité des Chrétiens indignés, qui à sa manière, lutte contre ce capitalisme qui a oublié en chemin sa raison d'être : la pleine réalisation des hommes.
* Il me semble utile de préciser que Greg Smith a travaillé chez Goldman Sachs pendant près de 12 ans. On ne peut donc difficilement le soupçonner d'être un anticapitaliste fervent.