A MtislavJ’ai récemment posté une petite vidéo de Chico Buarque chantant A Banda – la chanson qui l’a fait connaitre – sur mon autre blog (cette sorte d’excroissance virtuelle de moi (une chose sans importance) qui fait office de pense-bête, de nécrologie lapidaire, de chronique footballistico-judiciaire et de recensement d’airs populaires). Plus jeune, j’ai aimé follement Buarque. Je me suis plains longtemps avec lui du succès disproportionné de sa chanson, Essa Moça ta differente (laissant imaginer qu'il n’avait rien fait d’autre de remarquable) ; succès que l’on devait de plus à de mauvaises raisons, en ce qui concernait la France tout particulièrement, puisqu’on le devait à une publicité Schweppes qui faisait défiler au son de ce tube tardif (puisque datant quand même de 1969) des bellâtres et des culs rebondis en string ficelle sur une plage carioca.
A Banda, n’est sans doute pas la chanson que je préfère de Buarque. J’ai un gros faible pour Gota d’Agua, Vai Passar et Apesar de vocé. Mais A Banda a quelque chose en plus. Une âme. Une sorte d’indépendance. Quelque chose qui tient à la fois de l'esprit de résistance, de l’espérance, de la vie, dans ce qu’elle a de plus pure et naturelle. Il y a dans cette chanson, ces quelques vers magiques qui me touchent et résonnent en moi :
Mas para meu desencanto
O que era doce acabou
Tudo tomou seu lugar
Depois que a banda passou
E cada qual no seu canto
Em cada canto uma dor
Depois da banda passar
Cantando coisas de amor
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Mais pour mon désenchantement
Ce qui était doux se termina
Tout reprit sa place
Après que la bande fut passée
Et chacun dans son coin
En chaque coin une douleur
Après que la bande fut passée
Chantant des choses d'amour
La traduction est peut-être approximative. Je ne saurais dire, ni en certifier l’exactitude. Je l'ai trouvé sur le net après une recherche rapide. Je ne suis pas lusophone, que ceux de passage qui le seraient me pardonne.
Pour bien comprendre cette chanson, il faut situer son contexte. A Banda parut en 1966, soit près deux ans après le coup d’état qui, en 1964, permit à la junte militaire et à Castelo Branco de s’emparer du pouvoir. Cette marche joyeuse d’une fanfare chantant des choses d’amour en traversant un village, évoque par effet de miroir la crainte du passage des troupes militaires ; les notes joyeuses des trompettes et des flûtes, les bruits de bottes ; ses mots d’amour, les slogans autoritaires du régime ; la joie éphémère des habitants de ce petit village, leur oubli momentané d'un quotidien constitué désormais de silences et de suspicions, de peurs et de prudences. C’est une chanson d’une incroyable beauté, pour toutes ces raisons, malgré ses arrangements datés, malgré une mélodie un peu naïve qui a peut-être mal vieilli. Peut-être, je ne sais pas. Je n’entends pas cela. Pour moi, c’est une chanson d’une parfaite mélancolie.