
source
Autant me résigner dès maintenant, je ne deviendrai jamais l’écrivain torturé que j’ai toujours rêvé d’être. Pourtant, c’est pas faute de m’être farci son lot d’interviews d’écrivains maudits ressassant les épisodes de leur vie, répétant à satiété qu’écrire est avant tout une souffrance et un déchirement. Pas faute non plus d’avoir lu et relu « Tropique du Cancer » d’Henry Miller ; histoire de bien me documenter avant d’avoir moi-même mal au bide.
Il m’arrive, à moi comme à vous, de traverser de mauvaises passes, de macérer dans de mauvaises phases, où l’on voit la vie plus sombre qu’elle ne l’est en réalité. Ce sont d’intenses moments de tétanie. Dans ces moments là, je n’écris pas, je ne fais pas. Dans ces moments là, les amis, je ne suis même pas capable de monter une étagère ! Dans ces moments là, écrire quoi ce soit de légèrement intime (et raconter une histoire, même totalement inventée est nécessairement une part d’intimité dévoilée) est au-dessus de mes forces. Tout, absolument tout me semble dérisoire, inutile, marqué du sceau de la médiocrité…
Je suis en quelque sorte un pur produit de l’euphorie. Je ne peux m’exprimer que dans la joie et la parfaite tranquillité d'âme. Jusqu’ici, cela vous surprend peut-être vu que mes récits sont toujours un peu glauques, un peu suintants, comme le papier de la chambre de Barton Fink, qui ne cesse de se décoller à cause de la chaleur infernale de l’hôtel dans lequel il réside à Hollywood.
Je me souviens avoir écrit il y a fort longtemps une petite nouvelle de rien. J’y rêvais d'un Paris imaginaire délivré du travailleur. Plus de courtiers, plus d’agents d’assurance, plus d’assistantes de direction, de chauffeurs de bus, plus de gardiens de musée, de balayeurs de trottoir, de guichetiers de McDo, de commerciaux aux dents raclant le sol, plus de coursiers, plus de jeunes filles en minijupe sillonnant entre les caisses prises au piège d’un gigantesque embouteillage pour arriver à l’heure au boulot. Plus rien. Salariat aboli. Paris n’était plus remplie que d’écrivains bohèmes.
Les mecs crevaient la dalle, écrivaient, et crevaient la dalle toujours. Il fallait être malade, affamé, abscons, le plus incompris possible et traîner son malheur, et si possible mourir tout à la fin d'un calvaire exemplaire. La mort était la récompense suprême, l’illusion d’une postérité possible. Le succès était tout à fait honni, honteux et quelques escrocs dont les poches étaient remplies de droits d’auteur faisaient leur possible pour paraître malades, sans le sou, éreintés par les critiques. Mais en général, ceux-là ne pouvaient tromper leur monde bien longtemps. Les écrivains bohèmes racontaient comment ils écrivaient avec leur sang, avec leur douleur, les longues nuits qu’ils passaient à écrire, comme s’il s’agissait d’une mission ou quelque chose de ce genre, une mission qui ne venait certes pas de Dieu, mais dont ils avaient hérité comme d’une véritable malédiction, les menant lentement vers le génie et vers la mort. Les deux n'étant pas dissociables !
Cette nouvelle n’eut pas de fin. S’il me fallait lui en donner une aujourd'hui, je suppose que tout finirait par un immense autodafé et par la réhabilitation, commandée par la Mairie de Paris, du quartier de La Défense.
On fait ce qu’on peut…
Il m’arrive, à moi comme à vous, de traverser de mauvaises passes, de macérer dans de mauvaises phases, où l’on voit la vie plus sombre qu’elle ne l’est en réalité. Ce sont d’intenses moments de tétanie. Dans ces moments là, je n’écris pas, je ne fais pas. Dans ces moments là, les amis, je ne suis même pas capable de monter une étagère ! Dans ces moments là, écrire quoi ce soit de légèrement intime (et raconter une histoire, même totalement inventée est nécessairement une part d’intimité dévoilée) est au-dessus de mes forces. Tout, absolument tout me semble dérisoire, inutile, marqué du sceau de la médiocrité…
Je suis en quelque sorte un pur produit de l’euphorie. Je ne peux m’exprimer que dans la joie et la parfaite tranquillité d'âme. Jusqu’ici, cela vous surprend peut-être vu que mes récits sont toujours un peu glauques, un peu suintants, comme le papier de la chambre de Barton Fink, qui ne cesse de se décoller à cause de la chaleur infernale de l’hôtel dans lequel il réside à Hollywood.
Je me souviens avoir écrit il y a fort longtemps une petite nouvelle de rien. J’y rêvais d'un Paris imaginaire délivré du travailleur. Plus de courtiers, plus d’agents d’assurance, plus d’assistantes de direction, de chauffeurs de bus, plus de gardiens de musée, de balayeurs de trottoir, de guichetiers de McDo, de commerciaux aux dents raclant le sol, plus de coursiers, plus de jeunes filles en minijupe sillonnant entre les caisses prises au piège d’un gigantesque embouteillage pour arriver à l’heure au boulot. Plus rien. Salariat aboli. Paris n’était plus remplie que d’écrivains bohèmes.
Les mecs crevaient la dalle, écrivaient, et crevaient la dalle toujours. Il fallait être malade, affamé, abscons, le plus incompris possible et traîner son malheur, et si possible mourir tout à la fin d'un calvaire exemplaire. La mort était la récompense suprême, l’illusion d’une postérité possible. Le succès était tout à fait honni, honteux et quelques escrocs dont les poches étaient remplies de droits d’auteur faisaient leur possible pour paraître malades, sans le sou, éreintés par les critiques. Mais en général, ceux-là ne pouvaient tromper leur monde bien longtemps. Les écrivains bohèmes racontaient comment ils écrivaient avec leur sang, avec leur douleur, les longues nuits qu’ils passaient à écrire, comme s’il s’agissait d’une mission ou quelque chose de ce genre, une mission qui ne venait certes pas de Dieu, mais dont ils avaient hérité comme d’une véritable malédiction, les menant lentement vers le génie et vers la mort. Les deux n'étant pas dissociables !
Cette nouvelle n’eut pas de fin. S’il me fallait lui en donner une aujourd'hui, je suppose que tout finirait par un immense autodafé et par la réhabilitation, commandée par la Mairie de Paris, du quartier de La Défense.
On fait ce qu’on peut…