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Dans le jus, dans le bouillon. Les bras chargés de carcasses mal rongées. La petite navette ringarde de L’Aventure intérieure progresse parmi mon corps, à la lumière d'un projecteur jaune pisseux, elle observe mes petits vaisseaux d’adrénaline qui éclatent, le feu d’artifice visqueux qui fait pulser mon sang plus rapidement ; remonte comme une rafale de mitraillette corse déchargée vers le ciel et redescend tout droit dans mes chaussettes. Mon bureau est comme un étal de poissons morts, bides vers les étoiles, se reflétant dans leurs écailles, petits vers gourmands s’offrant une balade merveilleuse, prometteuse, abondante. On n’en fait plus des comme ça, d’ailleurs ! C’est bien dommage si vous voulez mon avis…
Eux se marrent (les vers), moi (le plus grand poisson de l’étang), je crache une bille nacrée de salive face à un vent contraire, mon mollard s’élève, reste quelques temps en suspension (deux forces contraires luttant l'une contre l'autre ; chacune connaissant pourtant l'inévitable issue du combat) puis revient s'écraser en séquence ralentie sur l’arête de mon nez, j’ai l’air fin, j’ai l’air inutile. Ma salive sent mauvais la vieille nicotine macérée, mauvais les trente cafés ingurgités depuis 7h00 ce matin ! Vaille que vaille !, je ne prends pas la peine de m'essuyer, avec quoi d'ailleurs ?, le revers de ma veste ?, le mouchoir que je n'ai pas ?, pourquoi faire d'ailleurs, essayer de gommer l'affront ?, retrouver un peu de contenance face à l'adversité ?, non !, je baisse la tête et rentre dans le bide gras du quotidien. Touillant avec la langue le jus puis le bouillon, sensass !
Je suis peut-être surmené. Voyez, l’autre soir, j’ai rêvé de l’inénarrable Sarah Palin ; la colistière de Mc Cain, la fondue évangéliste qui se fait exorciser deux fois l'an, qui invoque le Très Haut pour changer les billes de plomb en armes de destruction massive. J'ai rêvé d'elle. Sur la scène géante d’un auditorium dément (semblable au Sénat intergalactique de la Guerre des Etoiles), elle tenait le premier rôle d'une comédie musicale à sa gloire. Des gonzesses emplumées, des types au sourire idiot, blanc, éclatant, taré, tournaient autour d’elle, la suspendaient dans les airs, en énumérant savamment ses présupposées qualités : « elle est cou-ra-geuse, elle n’a-peur-deeeee-rien, c’est notre Vice-Président, qui vous mordra comme-unnnnn-chien !, à elle la-viiii-ctoire, les li-vreu-d’hiiii-stoire ! »… ce genre de trucs, « Broadway salope », j’avais envie de gueuler, "on s’est déjà tapé Hair, West Side Story, Cats, et toutes les niaiseries québécoises du Monde Libre, quand cela cessera-t-il ?", je me disais en moi-même. Rien à faire, les gens étaient envoutés. Ils ne pipaient pas. Le silence était total, religieux. Il n'y avait pas de ballons comme il en flotte toujours dans les conventions ou les investitures américaines. Je tentais de poser des questions à ma voisine de droite mais elle refusait de me répondre, refusait de me considérer, elle avait une tête de vieil homme, un tout petit visage comme un trou noir qui lui avalait progressivement mais goulûment le nez, la bouche, les yeux, la langue. Le voisin de gauche avait quant à lui disparu. Il était parti pisser, sans doute ! Ou se pendre...
A la toute fin du spectacle, une alarme retentissait et des gerbes d’eau, sortant en jets continus de petits extincteurs en forme de canon de fusil éclaté (vous savez, lorsque Le Coyote vise Road Runner avec un 22 long rifle et que le coyote met son index dans le trou d'où est censé gicler la balle...), inondaient les spectateurs, protégés heureusement par une immense bâche transparente.
Tout le monde trouvait ça normal... Tout le monde trouve toujours tout normal. C'est effrayant ! J'ai sommeil...
Eux se marrent (les vers), moi (le plus grand poisson de l’étang), je crache une bille nacrée de salive face à un vent contraire, mon mollard s’élève, reste quelques temps en suspension (deux forces contraires luttant l'une contre l'autre ; chacune connaissant pourtant l'inévitable issue du combat) puis revient s'écraser en séquence ralentie sur l’arête de mon nez, j’ai l’air fin, j’ai l’air inutile. Ma salive sent mauvais la vieille nicotine macérée, mauvais les trente cafés ingurgités depuis 7h00 ce matin ! Vaille que vaille !, je ne prends pas la peine de m'essuyer, avec quoi d'ailleurs ?, le revers de ma veste ?, le mouchoir que je n'ai pas ?, pourquoi faire d'ailleurs, essayer de gommer l'affront ?, retrouver un peu de contenance face à l'adversité ?, non !, je baisse la tête et rentre dans le bide gras du quotidien. Touillant avec la langue le jus puis le bouillon, sensass !
Je suis peut-être surmené. Voyez, l’autre soir, j’ai rêvé de l’inénarrable Sarah Palin ; la colistière de Mc Cain, la fondue évangéliste qui se fait exorciser deux fois l'an, qui invoque le Très Haut pour changer les billes de plomb en armes de destruction massive. J'ai rêvé d'elle. Sur la scène géante d’un auditorium dément (semblable au Sénat intergalactique de la Guerre des Etoiles), elle tenait le premier rôle d'une comédie musicale à sa gloire. Des gonzesses emplumées, des types au sourire idiot, blanc, éclatant, taré, tournaient autour d’elle, la suspendaient dans les airs, en énumérant savamment ses présupposées qualités : « elle est cou-ra-geuse, elle n’a-peur-deeeee-rien, c’est notre Vice-Président, qui vous mordra comme-unnnnn-chien !, à elle la-viiii-ctoire, les li-vreu-d’hiiii-stoire ! »… ce genre de trucs, « Broadway salope », j’avais envie de gueuler, "on s’est déjà tapé Hair, West Side Story, Cats, et toutes les niaiseries québécoises du Monde Libre, quand cela cessera-t-il ?", je me disais en moi-même. Rien à faire, les gens étaient envoutés. Ils ne pipaient pas. Le silence était total, religieux. Il n'y avait pas de ballons comme il en flotte toujours dans les conventions ou les investitures américaines. Je tentais de poser des questions à ma voisine de droite mais elle refusait de me répondre, refusait de me considérer, elle avait une tête de vieil homme, un tout petit visage comme un trou noir qui lui avalait progressivement mais goulûment le nez, la bouche, les yeux, la langue. Le voisin de gauche avait quant à lui disparu. Il était parti pisser, sans doute ! Ou se pendre...
A la toute fin du spectacle, une alarme retentissait et des gerbes d’eau, sortant en jets continus de petits extincteurs en forme de canon de fusil éclaté (vous savez, lorsque Le Coyote vise Road Runner avec un 22 long rifle et que le coyote met son index dans le trou d'où est censé gicler la balle...), inondaient les spectateurs, protégés heureusement par une immense bâche transparente.
Tout le monde trouvait ça normal... Tout le monde trouve toujours tout normal. C'est effrayant ! J'ai sommeil...