jeudi 6 mars 2008

Drunk Parade


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Finalement, je suis de retour plus tôt que prévu, ce qui ne laisse de m’étonner ; entre temps, je me suis commis en sauterie et Balmeyer s’est répandu dans la voiture de ma belle-mère - Résiduellement rouge - et j’ai mangé du concassé de crabe dans de la sauce aux fines herbes, et je peux désormais affirmer que le vin de Touraine ne supporte pas mon estomac (ce qui est peut-être bien l’inverse), et que le Kremlin Bicêtre a été contaminé par l’ivresse de Grands Travaux qui tourne la tête de toute la périphérie du 13e arrondissement de Paris (c’est voisin, les virus galopent bien vite de nos jours).

Et quoi encore ; et bien parce qu’un taulier m’avait invité, et qu’en haute influence, on me parlait blogs et exercices, classements et Dieu sait quoi encore, j’ai eu toute latence pour mieux comprendre ce que je faisais là, avec mon extra-boule, à griffonner avec deux index sur un clavier Mac qui ne me convient que lorsque je peux y voir clair (c’est à dire, si vous me suivez, dès lors que la digestion de Touraine a enfin fini de jouer avec mes enzymes comme le tambour géant d’une lessiveuse – même si, il me faut l’avouer, je n’ai rien déversé de moi ni du vin dans la voiture de ma belle mère ; j’y ai juste copieusement roupillé en houspillant mon épouse qui avait adopté une conduite bien trop abrupte).

Tout le monde écrit, sans doute et à bien des degrés, on peut écrire sur tout, sans même se fouler le petit doigt. Je pourrais par exemple écrire sur James Stewart, que j’aime bien, même s’il porte son froc dix centimètres seulement en dessous de chaque téton, et même s’il pousse le vice jusqu’à assortir sa silhouette de vestes outrageusement cintrées, munies de grandes poches latérales dans lesquelles il glisse le plat de ses deux grandes mains ; enfin, même sapé comme ça, James Stewart, c’est la classe, le haut du panier, le type qui ne s’en fait jamais, même lorsqu’un avion fait du rase mottes pour lui tondre la tignasse. A vrai dire, c’est le seul acteur américain de l’époque qui semble intelligent, raisonné. Un flingue dans sa main, c’est comme un livre dans la main de Sarkozy, c’est incongru…

Alors quoi ? Et bien rien. C’est bien comme ça. Bien de parler de tout et de rien, parce que la vie est bien plus dégueulasse qu’on ne peut le deviner. C’est ma petite contribution à la quiétude généralisée. C’est aussi pour cela que je ne retravaille aucun de mes textes, ici en tous cas, parce que dans mon officine, l’urgence est belle et bancale.

Tiens, rien qu’avant-hier. Je rentrais de la mairie où je venais d’inscrire les filles – l’une à l’école et l’autre à la crèche pour un chouette transfert. Je remontais l’Avenue d’Italie et à l’angle de Tolbiac, je déambulais à coté de l’abribus. Sur le mur, juste derrière, une plaque témoignait de l’exécution d’un certain Daniel Lavorini. Tu parles d’une histoire, tu marches dans la rue, les poumons légers, et le mur juste en face de là où tu te tiens, a reçu toute la cervelle, le sang, les débris crâniens d’un homme. Enfin, c’est juillet 44, le gros foutoir en somme, ça canarde comme au ball-trap, pas question même de juger les types où de leur donner un crachoir à défense. On attrape, on met au piquet et on lui loge un pruneau dans la boite ! Il a fait quoi avant de mourir, Daniel Lavorini, une saleté de ritals tout comme moi, un résistant immigré, tout comme mon grand-père, il regardait le mur sur lequel on allait faire gicler sa vie ?, ou il regardait ses assassins droit dans les yeux ?, ses jambes ont fléchies ou au contraire, il est parvenu à maîtriser plaintes, tremblements ?, il a peut-être même trouvé la force de se foutre de leur gueule, comme un résistant des premières heures qui se faisaient filmer par les schleus avant d’y aller et qui tiraient la langue à la caméra…en quoi ça importe, ces considérations, ce jeune homme aux couilles d’acier de 24 ans (soit 8 de moins que moi aujourd’hui) rendaient la vie ici, devant mes yeux. Même si le mur est propre de sa vie désormais, même si une petite plaque de rien nous lave la conscience. Et moi, je prends le bus, et je rentre chez moi et parfois même, je me considère comme une sorte de héros moderne, parce que je suis un mari et un père aimant. Allons, allons, tss-tss…

Quand j’étais petit, je restais dans ma chambre des heures durant, et de temps à autre, ma mère ressentait le besoin d’entendre ma voix d’enfant, et elle hurlait du salon « M., qu’est-ce que tu fais ? », et je répondais en beuglant encore plus fort : « rien, je joue ». Pour moi, c’est toujours la même chose ; moi, l’homme sans ambition.