lundi 15 décembre 2008

Dialogue avec Mirliton - De l'intérêt d'une fessée (ou non...)



Il y a quelque chose de changé chez Mirliton. C’est imperceptible mais une fois qu’on l’a remarqué, c’est comme un microscopique furoncle jaune de pus, au milieu du nez de votre interlocuteur. Impossible de penser à autre chose ou de regarder ailleurs. Tel que je le vois à l’instant, il est affalé sur mon canapé comme l’être essentiellement vautré qu’il est. Mais, dans son affalement de ce jour, il y a quelque chose de nouveau. Ses membres (bras et jambes, je veux dire) sont étonnamment crispés. Tout son corps est affalé, son dos est vouté, son ventre est détendu, sa tête pendouille mollement, légèrement de coté de façon à ce que son menton tombe presque sur sa poitrine. Seuls ces membres, indépendamment du reste du corps semblent refuser l’avachissement. Sa jambe droite repliée repose sur la gauche, et ses deux bras se rejoignent comme s’ils ne supportaient pas de n’être occupés à rien faire.

Ça n’a sans doute l’air de rien mais mettons qu’en ce monde où tout est si instable, si éphémère, où tout évolue constamment, vous considériez une chose comme parfaitement immuable, donc digne de confiance, et que celle-ci, subitement, contre toute attente, se mette à changer imperceptiblement. Cela vous angoisserait sans doute. Le seul point de repère fixe de votre existence cesserait d’être et vous donnerait l’impression de l’avoir posée en équilibre sur des fondations mouvantes.

- Je suis désolé, je dis, rebondissant sur son propos précédent, mais je ne vois pas l’intérêt…
- Il faut qu’il y ait un intérêt à tout ?, il demande.
- Bien évidemment. Je vois bien par exemple l’intérêt d’une levrette. Et même l’intérêt d’une petite fessée. Mais cette petite claque débile qu’appliquent certains types sur la fesse de leur partenaire pendant l’acte me semble tout à fait absurde et ridicule.
- Ouais, rétorque Mirliton, tu personnalises trop. C’est ton ressenti. Beaucoup de femmes aiment ça…
- Allons bon ! Lesquelles ?
- Comment ça lesquelles ? Après tout, qu’est-ce que t’en sais si ta propre femme n’aimerait pas que tu la fesses un petit peu de temps en temps ?
- Hein ? je n’oserai jamais…
- Ah voilà, t’es un tiède. Ou un mec trop respectueux. C’est ton problème. En toutes choses, d’ailleurs.
- Comment on peut être trop respectueux ? En voilà une affirmation débile. De toute façon, le fait que certaines femmes prétendent apprécier cette pratique n’en fait pas moins une sorte de rituel absurde, ridicule et proprement dénué d’intérêt. Je le maintiens.
- Dorham, t’es un type conflictuel. A l’intérieur, tout se déchire, fessée, pas fessée, quel est ton problème ?, tu vas t’égratigner le cortex sur une question de ce genre, jusqu’à ce que tes petits neurones explosent, bientôt, tu vas te lancer dans une analyse pseudo-psy-de-mes-fesses et ce sera la petite pirouette qui te permettra de survoler la vraie, la seule, l’unique question que tu devrais te poser en l’espèce. Fessée, pas fessée, qu’est-ce qu’on en a à foutre dans le fond, tu t’en tires avec quoi, une petite rougeur sur le cul, dans le pire des cas, tes cinq doigts décalqués sur la peau de ses fesses rebondies… Tu parles d’une affaire.
- Et cette question, c’est ?
- Est-ce que oui ou non, t’as une sexualité de vieux !

La jambe droite de Mirliton glisse alors lentement du sommet de son genou gauche. Intégralement détendue, elle se ramollit tandis que ses deux bras autrefois liés, contractés se relâchent à leur tour. Mirliton redevient tel qu’il est habituellement. Informe et sans volonté. Tout étant redevenu conforme au monde tel que je le connais, je ne pense même plus à m'énerver. Je lui demande : "tu veux une petite infusion ?"