mardi 2 décembre 2008

On grandit vite


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L’autre nuit, vous avez fait l’amour. C’était peut-être bien, peut-être foireux. C’était peut-être long, peut-être court . Vous vous êtes même peut-être [également] adonné à des pratiques qui n’ont strictement rien à voir avec la reproduction, mais tout à voir avec la sexualité. Vous l’avez peut-être fait plusieurs fois ou vous ne vous êtes peut-être cantonné qu’à une seule. Et celle-là était peut-être à la fois courte et foireuse. Peu importe. L’autre nuit, vous avez fait l’amour et vous avez procréé.

Dès le lendemain, les cellules se divisent. C’est même la Grande Fête des cellules. Elles éclatent, s’entrechoquent, se bousculent dans un désordre hystérique et joyeux. Vous êtes peut-être à un concert de Georges Clinton. Sa choucroute rasta-multicolore danse sur fond noir, des dizaines de musiciens P-Funk-All-Stars gambadent sur la scène d’un théâtre antique qui semble d’un coup trop petit. Les mecs beuglent, les filles tressautent. Tout le monde chante et se touche. On n’en croit pas ses yeux. Et les cellules se scindent ainsi, en rythme, comme un popotin garni qui caresse le capot d’une voiture de sport. Vulgaire !

L’enfant qui va naître est peut-être désiré. Il ne l’est peut-être pas. Tout a peut-être été planifié, comme la programmation du lave-linge au retour de vacances. Une croix sur le calendrier des pompiers punaisés au mur de la cuisine, en tenue de combat pour arroser consciencieusement le jour d’ovulation, un peu les jours d’avant, et ceux d’après aussi pour être sûr. Ou tout n’est peut-être dû qu’au hasard. Un oubli médicamenteux, la flemme de se ganter la queue. Peu importe. Vous décidez de laisser faire. La curiosité sans doute. La folie, assurément.

Votre enfant nait. Tout s’est bien passé. Il vous semble beau même s’il est laid, c’est dans la nature des choses. Il est bouclé, ou chauve comme un vieux. Dégingandé ou mal dégrossi. Tout gris, tout rouge ou tout bleu. Ce qui va bientôt vous ennuyer au possible vous émerveille premièrement : le bain, le premier change, les cris qui déchirent vos nuits, les renvois. Et bientôt l’enfant grandit, il fait ses premiers pas, déblatère ses premières absurdités. Vous l’aimez, il vous aime. Vous passez par tous les états, du plus jubilatoire au plus angoissant. Vous passez des nuits de félicité et d’autres à vous dévorer la lèvre inférieure. Entre autres joyeusetés, vous faites beaucoup moins l’amour. Mais là n’est absolument pas la question. Vous découvrez lentement ce que sont la paternité ou la maternité. Vous apprenez à vivre avec. Dans le meilleur des cas, vous aimez même ça – d’aucuns vous disent masochistes, mais vous pensez en retour qu’ils peuvent bien aller se faire voir – dans le meilleur des meilleurs cas, vous vous accomplissez.

Aujourd’hui, votre enfant a 12 ans. C’est un bel âge, pensez-vous, l’âge des découvertes, l’âge où la bride se relâche un peu. Il est toujours aussi beau. Vos nuits ne sont pas nécessairement meilleures. Parfois, devant l’école, il ne veut pas que vous vous montriez. Il fait le fier. Il reviendra, pensez-vous. Nécessairement. 12 ans, c’est un bel âge. Très bientôt, c’est un âge qui lui permettra même d’aller en taule.