jeudi 18 décembre 2008

2008, année baudruche



L’année tire sur sa fin. Le bout du tunnel est à quelques encablures. Quelques pas et on y sera. 2008 est déjà de la viande morte, faites-vous une raison, elle va pourrir dans vos souvenirs, flétrir et se rabougrir comme un vieux chamallow qu’on oublie au fond d’une poche de ses pantalons. Le sentiment de perte que cette agonie calendaire ne manquera pas de provoquer va inciter tout un chacun à essayer d’en figer quelques morceaux épars. Alors, t’en as pensé quoi, de 2008, c’est l’année Obama mazette, et l’année de la mort du parti socialiste et l’année de Carlita. Ça va rétrospecter sévère, classer à mort, pour établir une comptabilité de l’exercice, débit, crédit, actif, passif, bon, mauvais. Ce genre de choses. Et la presse, et la téloche, toute la bande va nous emboiter le pas : les meilleurs ---- de l’année 2008 (remplissez le champ à satiété !).

Vous croiserez peut-être quelques mélomanes qui vous hurleront dans l’oreille en sautillant : « tiens, le voilà le meilleur disque de l’année ! ». Ne soyez pas surpris que je survienne à cet instant précis pour lui asséner un coup de pelle sur l’arrière du crane, en hurlant : « je l’ai, je l’ai » ! Car, le meilleur disque de l’année 2008, je l’ai. Il s’étend paresseusement sur ma platine dès qu’une seconde s’offre à moi. Il fait de moi une masse disparate de volutes indisciplinées (ce qui a le don de faire flipper les enfants). Il m’emmène en voyage je ne sais même pas où, et je m’en fous à vrai dire. La (bonne) musique est comme ça, elle abolit toutes les frontières qui croupissent en vous, elle déchire les limites du spectre qui nous rapetissent le champ de vision, elle pratique, opère une césure en vous, une belle incision nette et profonde, et parfaitement visible. Vous (je) marmonnez, je (vous) dodeline, vous (je) fermez les yeux, je (vous) me cramponne à des émotions imaginaires et matérialisées, poings contractés, muscles bandés.

Et puis ce sera peut-être aussi le temps que vous choisirez pour étendre sur la table de la cuisine, avec vos amis, le plan de votre vie, vous appliquerez l’index sur les murs de biais, les cloisons porteuses qui commencent à se casser la gueule, et vous noterez en bas de page vos réussites personnelles. Si vous êtes particulièrement atteints, vous vous laisserez aller à ces grandes déclarations d’intention (on y croit, on y croit) que sont les fameuses bonnes résolutions ; autant d’obstacles contre lesquels vous butez lamentablement chaque année. Pour 2009, j’ai bien l’intention de n’en faire que des mauvaises, c’est décidé.

Et ce blog, tiens ce blog !, aura un an le 2 janvier 2009. Et je me dis déjà que je n’aime pas vraiment le voir vieillir. J’ai l’impression de souffler dans une baudruche et plus elle grossit, plus je ferme les yeux, souffle prudemment de peur que le tout ne m’explose à la figure. C’est pourquoi parfois, je dégonfle un peu (comme en ce moment), je laisse un peu d’air mort s’échapper et je recommence. Pourquoi ? Je n’en sais foutre rien, alors ! Pourquoi pas ? Aucune objection à ça. Aucune nécessité non plus. C’est triste ? Même pas. C’est fou comme on donne de l’importance à toutes ces choses qui n’en ont pas. Je suppose que c’est plus fort que nous.

C’est donc le mystère du calendrier. Tout semble finir alors qu’en réalité tout continue. Mais c’est là l’essence de la peur du vide, du creux, de la tentation de l’oubli. On compile, on archive, on sélectionne, on trie, dans la galerie 2008 des visages-bouillies, on prie pour que ceux dont on rêve franchissent le sas froid et fouetté par les vents qui les emmènera jusqu’au seuil de l’antichambre de 2009. C’est là l’esprit… Peut-être serait-il temps de vous laisser avec une compilation de moi-même. Pourquoi pas ? Vous vous la repasserez dans dix ans en murmurant pensivement (on sera en 2025) : « la compil 2008, tu parles d’une daube ! ». Un autre renchérira : « ça a mal vieilli faut dire ! »