dimanche 21 décembre 2008

A l'ombre des divas (4) - Ella Mae Morse


source

L’histoire ne dit pas si la vie d’Ella Mae Morse fut singulièrement dissolue (elle semble même indiquer le contraire). Nous savons qu’elle fut un beau brin de femme, c’est indéniable (du genre de celles qui finissent sur l’intérieur de la porte du casier d’un GI qui se sent un peu seul au milieu de tous ses potes de chambrée). Qu’elle chantait ses chansons avec une gouaille à la fois subtile et indécente. Et nous savons bien sûr que ces chansons étaient pour la plupart outrageusement libidineuses, contraires aux bonnes mœurs de son époque.

Ella Mae Morse naquit le 12 septembre 1924 à Mansfield au Texas. Jolie jeune fille dès sa quatorzième année, elle fut engagée par Jimmy Dorsey (le grand frère de Tommy, pour ceux qui se poseraient la question), chef d’orchestre swing bon teint qui maintint le cap jusqu’à la fin des années 50.

Dès 1942, elle rejoignit le groupe de Freddie Slack, pianiste moins recommandable et pionnier du boogie woogie. Comme tous les groupes de l’époque, Slack et ses musiciens jouaient des morceaux absurdes et d’autres, plus nerveux et plus excessifs. Cow-cow boogie fait partie de la première catégorie. Sur un rythme de troupeau las, Ella Mae Morse y chante sa rencontre apparemment fortuite avec un cowboy caricatural qui aimerait se faire passer pour le parfait bouseux. Ce qu’il ressortit de cette rencontre, personne ne le sait.

Ce que l’on sait en revanche, c’est qu’en 1946, Slack et Mademoiselle Morse enregistrèrent un des titres qui préfigura la prochaine ère furibarde du rock n’roll (soit 6 ans avant la chanson débile de Bill Haley « Rock around the clock » qui allait rendre dingue tout le pays). Une ode dégoûtante et plus-crue-tu-meurs au sexe et à la nuit. Gravée sur microsillon d’antan, enceintes crachant des notes de piano de fête foraine, voici la parfaite réunion du swing, du blues et de cette musique de péquenaud qui vient du sud des Etats-Unis. Atmosphères de saloon puant, de chambre à coucher et de lupanar joyeux. Ella Mae Morse incarnait – parfaitement - tout ça à la fois.

Un an plus tard, elle s’enticha d’un marin particulièrement chanceux nommé Martin Gerber. Elle se mit à la colle, se maria, et mit au monde trois enfants (en à peine 4 ans, ce qui laisse supposer de son appétit pour la chose). Et le monde des nuits salaces l’oublia aussi vite qu’il l’avait célébrée.

Elle reparut néanmoins au début des années 50. En 1954, elle grava un enregistrement de reprises de tubes de rhythm n’ blues. Des trucs grivois dans lesquels elle réclamait qu’on la secoue toute la nuit. Sa voix qui avait alors gagné en profondeur était cette fois directe, pleine d’assurance et ouvertement obscène. Plus aucune illusion d’innocence ne semblait parasiter son attitude. Mais le public ne suivit pas. Pour s’émerveiller en fait de ce genre de mouvements suggestifs censés figurer la frénésie de l’accouplement, il attendit une année supplémentaire et les déhanchements hiératiques de ce bouffon d’Elvis Presley.

C’en était alors fini d’Ella Mae Morse qui sombra dans l’oubli jusqu’à son décès, en 1999, dans la ville de Bullhead City, Arizona. Vous l'avez compris, le dénouement rêvé pour toute histoire de ruminant...



ELLA MAE MORSE & FREDDIE SLACK
Cow-cow Boogie