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Décidément, on m’aura tout fait. Suis-je à la conjonction d’astres défavorables qui rêvent de me faire la peau ?
Toujours est-il que plus bas, on m’accuse d’être un immonde phallocrate. Comme vous pouvez vous-mêmes le constater, une femme figure en effet à quatre pattes, sur cette page, et en apparence soumise, elle apporte le courrier de son employeur – osons le terme – comme une chienne apporterait le quotidien favori de son maître. C’est mal, je le sais bien. Dois-je rappeler que ce cliché ne sort pas tout droit d’une revue porno-chic qui récompense maladroitement les internautes féminines de ce pays, mais d’un film de grande qualité, à mon sens. Film, qui narre l’histoire complexe et amoureuse de deux êtres dont l’un aime dominer et l’autre être dominé. Ce rapport-ci étant bien entendu totalement illusoire car nous savons tous qu’une histoire d’amour, pourvu qu’elle soit authentique et fusionnelle, crée une relation d’interdépendance qui lie sans rémission chacun des protagonistes. Dans ce film qui s’intitule « La Secrétaire », bien malin qui pourrait deviner l’identité de celui qui domine l’autre. A moins bien sûr de n’être pas apte à regarder plus loin que le bout de son museau. C’est une hypothèse...
En fait, surtout, on (moi, ok) se désespère de voir ce genre de propos se déclarer ouvertement féministe. Il me semble que c’est précisément – en réalité – ce genre de propos qui – à la longue – a tué le féminisme. A petit feu. Résultat, les voix qui s’élèvent pour réclamer la fin des inégalités salariales entre hommes et femmes sont d’une affligeante timidité. Les voix qui résonnent pour exiger une meilleure législation, afin de protéger davantage les femmes victimes d’abus en tous genres ne parviennent plus à soutenir la comparaison avec cet assourdissant vacarme des petites revendications systématiques. Les voix qui grondent pour réclamer le respect des femmes dans le monde entier, face aux sectarismes, aux religions, aux traditions, sont très souvent soupçonnées de malhonnêtes intentions. Ne restent plus audibles que les récriminations permanentes stimagtisant l’image que l'on donne de la femme ; comme si la publicité ou les médias, qui – rappelons-le – avouent être entièrement tendus vers la mise à disposition du temps de cerveau ne nous traitaient pas tous comme on traite des objets : à vendre, à acheter, à consommer, à jeter. C’est là le féminisme à Maman, comme autrefois le communisme à Papa, qui rêve de faire le bonheur à votre place.
Mais cela ne s’arrête pas là. Mtislav, on ne sait quelle mouche le pique, a décidé que ma silhouette était trop incertaine et qu’il me fallait pour Noël recevoir un avatar en présent. Depuis la création de cet espace, vous en êtes témoin, j’ai toujours résisté à ce genre d’accoutrements. Je ne suis pas une araignée, pas une femme en foulard, je ne suis pas un dessinateur ivre d’images, je n’ai somme toute qu’une petite gorge de rien du tout, je n’aime pas trop m’attifer n’importe comment (avec un chapeau melon par exemple), je suis nul en ski et mon appartement est trop petit pour que je dôte ma famille d’un chat (avec tout le respect que je dois aux chats dont je ne souhaite pas froisser la susceptibilité), même noir, enfin (j’arrête là, fichtre ce que c’est long…), je ne suis ni écureuil ni breton. Je ne suis guère qu’un trompettiste mort. Imaginez dans quel état je me trouve après tant d’années...
Mais puisqu’il le faut, il le faut. Quand il faut y aller, il faut y aller. Je me dépoussière, je me recolle des lambeaux de peau, empruntés à d'autres. Je me refais une beauté avec les moyens du bord. Rien que pour m’excuser d’être un sale exploiteur de l’image féminine qui ne connaît pas la honte. Mtislav, amène ton avatar que je me le cogne…
[Il va de soi que je vous invite à me faire des propositions, Mtislav en m’imposant l’avatar se montre assez délicat pour ne pas m’ôter quelque liberté de choix]