samedi 9 mai 2009

Avenue Emile Sari


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Avec les enfants, nous remontons l'avenue Emile Sari. Deux petites vieilles occupent le trottoir. Elles ont des trognes de petites vieilles corses : voutées, le buste enveloppé d'un gilet lâche et détendu, elles regardent le bout de trottoir qui dort sous leurs pieds, grosses binocles chaussées. Il y a là un chemin de sang, des gouttelettes rouge sombre qui forment un petit sentier sinueux qui s'éloigne arbitrairement. Plus on l'emprunte, plus le sentier s'élargit.

Nous les entendons deviser entre elles. La plus vieille a un peu de poil au menton et un visage doux. "Qu'est-ce qu'il s'est encore passé ici !", dit-elle en secouant sa vieille tête. Elle ne suppute pas, tout est clair pour elle. Une bagarre, une rixe, cette habitude de voir se régler les conflits à coups de poings, dans le meilleur des cas.

Ces deux petites vieilles insulaires ont quelque chose d'universel. On les retrouve partout ailleurs. Partout ailleurs, d'autres petites vieilles voutées inspectent d'autres trottoirs maculés de sang et désespèrent du monde qu'elles piétinent à petits pas usés. Elles m'émeuvent à vrai dire !

Nous les dépassons sans nous arrêter. Quelques mètres plus loin, je me retourne encore, elles sont toujours au même endroit, toujours penchées. Les gosses ont des petites figurines qu'ils font sauter de promontoires imaginaires en promontoires illusoires (le monde est au service de leur imagination ; tables de troquet, capots de voitures, boites à lettres...), je les surveille d'un œil. Juste sur notre gauche, un enfant à peine plus âgé que ma plus grande fille est assis sur un banc, tête en arrière, de sa main droite il maintient un mouchoir imbibé de sang sur son nez, sa mère est à coté de lui, paquet de mouchoir à la main, elle lui dit d'une voix sereine et rassurante : "tiens, prends-en un autre". Sans bouger sa tête, il tend la main vers un autre mouchoir en papier.