mercredi 6 mai 2009

Sonate


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Depuis quelques jours, j'ai cet air en tête. Ces quelques notes de musique récurrentes. Lassantes à force. Je n'en suis pas certain mais il me semble que c'est une sonate. Une sonate un peu niaise, ou tout du moins naïve. Je ne sais si elle est annonciatrice de jours heureux ou de jours misérables. Je ne sais même pas si elle annonce quoi que ce soit. Mais elle est là, toutes ces infimes variations sont là. Ce ne sont pas des variations complexes, comme je l'ai dit, c'est un air épuisant à force d'être bêtement infantile. Un air attardé peut-être ! Si je lui donnais un visage, il aurait un grand front bosselé, deux yeux tristes et vides, une expression basse et une grosse bouche idiote, très rouge, brillante de salive.

C'est en moi. Je n'y peux rien. Peut-être cet air existe-t-il. Peut-être est-il né seul, du nacre fêlé dans mon crâne, rebondissant contre le matelas à ressorts déglingué de mon âme ! Ah oui, oui, je crois en l'âme, mais vous le savez et je ne souhaite pas en parler aujourd'hui. D'ailleurs, je n'ai même pas l'ambition de parler de quoi que ce soit. Seulement de cet air naissant, qui me caresse doucement mais avec le temps, m'écorche toute la peau.

Que vais-je faire ?

Je vais m'agenouiller ? Je vais fermer les yeux et tenter d'aller l'extirper de son repaire ? Et puis, je lui filerai des coups dans le bide ? La dernière fois que pareille sonate a résonné en moi, elle était plus violente, mais aussi pleine de sophistication, comme une pièce de Haydn bien boursouflée. Quand j'y repense, je ne peux m'empêcher de considérer que le temps me fait des fleurs, parce que tout s'est bien terminé, et que tout continue de bien se terminer. Et que c'est une chance. Ou un don ! Une bénédiction. Pourquoi en irait-il autrement cette fois-ci ? Pourquoi s'en faire ? Je suis anxieux depuis que je suis né quasiment. Je ne vais pas m'anxioliser jusqu'à la mort, non ? Pour une sonate de merde qui plus est !

Sonate, sonate, même le mot reste collé sur ma langue. Ou coincé entre mes dents, comme un morceau desséché de barbaque. Et ces notes obsédantes qui feraient sans doute un tube pour les mélomanes bouchés du monde ! Un tube géant pour sonneries de portable qui engrosserait encore le bas de laine des opérateurs de téléphonie mobile ! A la terrasse des cafés, ma sonate résonnerait et un idiot content de lui décrocherait son téléphone. "Hé, mais c'est ma sonate". Peu importe, je vous la donne cette sonate ! Je vous l'offre, faites-en ce que vous voulez, une musique d'ambiance pour restaurant viet', une mélopée d'ascenseur, un divertissement de hall d'hôtel, une sonate qui tangue en sourdine pour mondanités !

Oui, je vous la donne ! J'entends déjà rappliquer la suite. C'est une symphonie.

Je l'espère en tout cas !