
Ce matin là (un matin vieux d’une moitié de décennie), je me suis levé (ce que je fais tous les matins, bien heureusement). Je suis parti au turbin avec ma vieille Clio toute pourrie qui dort aujourd’hui du sommeil du juste au paradis des tires valeureuses. Sur la route, j’ai fait glisser le curseur de la radio sur TSF. A cette époque là, Jean-Michel Proust, présentait un disque par jour, comme on ne manquait pas d’imagination, cette petite chronique matinale s’appelait « le disque du jour ». Et ce matin là, « le disque de jour », c’était celui d’un inconnu des quatre coins de la France, mais d’un habitué de la rue des Lombards, un mecqueton malingre du sud, peuchère !, monté sur le dos de la capitale pour gratter le gras de son beurre : Olivier Temime.
Au volant, j’ai rigolé sournoisement. Je le trouve un peu con ce Jean-Michel Proust, gentil, pas méchant, mais un peu affecté comme une bonne tripotée de journaleux de jazz. Le périphérique s’offrait à moi et je laissais s’étendre sur mon âme sombre une vague de chaleur et d’autosatisfaction. Que va-t-il nous présenter ce matin, ce bon vieux Jean-Mi, un petit foireux à mèche qui reprend Monk avec des pincettes ? Rien de tout ça en fait. J’ai découvert ce matin là que le gusse en question soufflait dans son biniou comme pas deux. En écoutant le morceau trop attentivement, j’ai même manqué d’envoyer ma clio encore vivante dans la glissière de sécurité. Quelques jours plus tard, j’achetais la galette de l’iroquois de Provence ! ça sentait mieux que la lavande…
Un an plus tard, un peu désœuvré, je lui ai adressé une lettre, au jeune saxophoniste en pleine montée de sève. Je ne sais plus du tout ce que j’ai pu foutre dans ce courrier, griffonné un dimanche sur le quai déserté de la Gare St Lazare. Des mots les uns après les autres sans doute. Toujours est-il que quelques jours plus tard, un sms à l’accent chantant me proposait d’aller boire une mousse dans un troquet de la Goutte d’Or. Rendez-vous fut pris, mousses furent sifflées et Temime devint un ami. Il y eut quelques autres beuveries (de plus sérieuses que l’initiale), d’autres concerts, et même une autre galette bien sonnée, branchée sur électricité.
Bon. Il est un peu casse-miettes cet Olivier parfois. Il aime raconter à tout le monde que j’ai utilisé son disque comme bande originale de mes galipettes matrimoniales ! ça manque d’élégance ! Ce qui est vrai, c’est qu’à ce propos, y a bien une anecdote croustillante qui ne passerait pas le célèbre et totalitaire cryptage d’une chaine payante ; mais nous ne sommes pas de la botte pour rien, nous connaissons les vertus de l’omerta, et, si vous le voulez bien, nous en resterons là ! Bien sûr que ça m’énerve, Olivier, parfois, il a le don de me faire passer pour une groupie ! Tss tss ! Bon, allez, c’est vrai que j’en suis une. J’aime les musiciens qui n’ont pas le chou mais qui préfèrent étaler leurs couleurs sans trop se soucier du pourquoi du comment. J’aime aussi les Bill Evans torturés, mais pas les sophistiqués factices qui oublient trop souvent qu’il y a des types au bout de la ligne qui sont là pour les écouter, mieux les entendre ! Olivier n’est pas de cet acabit, il souffle, il danse, il crache son feu et advienne que pourra. Il a bien raison à mon avis. Le jazz, ça peut tout aussi bien servir à pousser des beuglements, à boire comme un puits sans fond jusqu’au matin, à se vautrer dans la luxure la plus épaisse et la plus immaculée ainsi qu’à se laisser emporter par les soubresauts démoniaques de son arrière-train.
Bon, bon. J’y arrive. C’est un heureux évènement que j’annonce. Ce cher Olivier a maintenant tout un groupe autour de lui. Des buveurs, des grailleurs, des gouailleurs, tout comme lui, les colonies de vacances pour tout le monde, Solenzara et crème solaire, et ensemble, ils respirent, et font bouger les tables, jouent des vieux standards et des funks qui font mal aux dents : une machine à jouer, à festoyer. Et les voilà qui sortent tous ensemble un album, sous le même nom (hommage biscornu et rieur à Rahsaan Roland Kirk, le saxophoniste aux bourrasques dégroupées) : en français, les esclaves consentants, en langue de Thatcher, The Volunteered Slaves.
Voyez leur site internet, ces gars là sont des gosses. Des gosses qui vieillissent bien, des musiciens qui n’ont pas oublié que si on se fait chier dans la vie, alors que quand même, enfiler les notes comme des perles, c’est un plaisir rare qu’il faut se chérir pour soi, on meurt plus vite. On y trouve des recettes de cuisine, des envolées lyriques, des tranches de quotidien, des vidéos potaches ! C’est précisément cela : un petit déjeuner à Babylone, bébé !
(C’est le printemps, j’ai les pores qui s’ouvrent)
Alors quoi !, j’en sais rien, ce disque, il vaut certainement qu’on se décarcasse un peu pour lui et qu’on le refile à tous ceux à qui l’on veut du bien. Et puis aussi qu’on murmure dans les oreilles de son voisin bouché (qui l’est à cause d’avoir suivi cette merde d’Eurovision du début jusqu’au décompte final de poyntssss !) que ces esclaves lubriques occupent le Sunset (rue des lombards à Paris) les 4, 5 et 6 juin. Ils y joueront peut-être en combinaison de latex, pour qu’on leur fouette les fesses. Ce qui serait encore mieux, en tout cas, c’est que ceux-qui-m’aiment-me-suivent participent à une petite sortie collégiale. Ce serait l’occasion de bouger vos popotins, bande de larves !
Le samedi 6 juin par exemple, nous pourrions envisager une transhumance au Sunset pour lubrifier la toile ! Enfin, vous faites comme vous le sentez, moi, j'y vais !
[C'est aussi à lire chez Marianne]
Au volant, j’ai rigolé sournoisement. Je le trouve un peu con ce Jean-Michel Proust, gentil, pas méchant, mais un peu affecté comme une bonne tripotée de journaleux de jazz. Le périphérique s’offrait à moi et je laissais s’étendre sur mon âme sombre une vague de chaleur et d’autosatisfaction. Que va-t-il nous présenter ce matin, ce bon vieux Jean-Mi, un petit foireux à mèche qui reprend Monk avec des pincettes ? Rien de tout ça en fait. J’ai découvert ce matin là que le gusse en question soufflait dans son biniou comme pas deux. En écoutant le morceau trop attentivement, j’ai même manqué d’envoyer ma clio encore vivante dans la glissière de sécurité. Quelques jours plus tard, j’achetais la galette de l’iroquois de Provence ! ça sentait mieux que la lavande…
Un an plus tard, un peu désœuvré, je lui ai adressé une lettre, au jeune saxophoniste en pleine montée de sève. Je ne sais plus du tout ce que j’ai pu foutre dans ce courrier, griffonné un dimanche sur le quai déserté de la Gare St Lazare. Des mots les uns après les autres sans doute. Toujours est-il que quelques jours plus tard, un sms à l’accent chantant me proposait d’aller boire une mousse dans un troquet de la Goutte d’Or. Rendez-vous fut pris, mousses furent sifflées et Temime devint un ami. Il y eut quelques autres beuveries (de plus sérieuses que l’initiale), d’autres concerts, et même une autre galette bien sonnée, branchée sur électricité.
Bon. Il est un peu casse-miettes cet Olivier parfois. Il aime raconter à tout le monde que j’ai utilisé son disque comme bande originale de mes galipettes matrimoniales ! ça manque d’élégance ! Ce qui est vrai, c’est qu’à ce propos, y a bien une anecdote croustillante qui ne passerait pas le célèbre et totalitaire cryptage d’une chaine payante ; mais nous ne sommes pas de la botte pour rien, nous connaissons les vertus de l’omerta, et, si vous le voulez bien, nous en resterons là ! Bien sûr que ça m’énerve, Olivier, parfois, il a le don de me faire passer pour une groupie ! Tss tss ! Bon, allez, c’est vrai que j’en suis une. J’aime les musiciens qui n’ont pas le chou mais qui préfèrent étaler leurs couleurs sans trop se soucier du pourquoi du comment. J’aime aussi les Bill Evans torturés, mais pas les sophistiqués factices qui oublient trop souvent qu’il y a des types au bout de la ligne qui sont là pour les écouter, mieux les entendre ! Olivier n’est pas de cet acabit, il souffle, il danse, il crache son feu et advienne que pourra. Il a bien raison à mon avis. Le jazz, ça peut tout aussi bien servir à pousser des beuglements, à boire comme un puits sans fond jusqu’au matin, à se vautrer dans la luxure la plus épaisse et la plus immaculée ainsi qu’à se laisser emporter par les soubresauts démoniaques de son arrière-train.
Bon, bon. J’y arrive. C’est un heureux évènement que j’annonce. Ce cher Olivier a maintenant tout un groupe autour de lui. Des buveurs, des grailleurs, des gouailleurs, tout comme lui, les colonies de vacances pour tout le monde, Solenzara et crème solaire, et ensemble, ils respirent, et font bouger les tables, jouent des vieux standards et des funks qui font mal aux dents : une machine à jouer, à festoyer. Et les voilà qui sortent tous ensemble un album, sous le même nom (hommage biscornu et rieur à Rahsaan Roland Kirk, le saxophoniste aux bourrasques dégroupées) : en français, les esclaves consentants, en langue de Thatcher, The Volunteered Slaves.
Voyez leur site internet, ces gars là sont des gosses. Des gosses qui vieillissent bien, des musiciens qui n’ont pas oublié que si on se fait chier dans la vie, alors que quand même, enfiler les notes comme des perles, c’est un plaisir rare qu’il faut se chérir pour soi, on meurt plus vite. On y trouve des recettes de cuisine, des envolées lyriques, des tranches de quotidien, des vidéos potaches ! C’est précisément cela : un petit déjeuner à Babylone, bébé !
(C’est le printemps, j’ai les pores qui s’ouvrent)
Alors quoi !, j’en sais rien, ce disque, il vaut certainement qu’on se décarcasse un peu pour lui et qu’on le refile à tous ceux à qui l’on veut du bien. Et puis aussi qu’on murmure dans les oreilles de son voisin bouché (qui l’est à cause d’avoir suivi cette merde d’Eurovision du début jusqu’au décompte final de poyntssss !) que ces esclaves lubriques occupent le Sunset (rue des lombards à Paris) les 4, 5 et 6 juin. Ils y joueront peut-être en combinaison de latex, pour qu’on leur fouette les fesses. Ce qui serait encore mieux, en tout cas, c’est que ceux-qui-m’aiment-me-suivent participent à une petite sortie collégiale. Ce serait l’occasion de bouger vos popotins, bande de larves !
Le samedi 6 juin par exemple, nous pourrions envisager une transhumance au Sunset pour lubrifier la toile ! Enfin, vous faites comme vous le sentez, moi, j'y vais !
[C'est aussi à lire chez Marianne]