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M'en fous. Mais alors, à un point ! M'en fous totalement ! C'est bien simple, je m'en tamponne le coquillard, tiens ! Je m'en oins la rustine ! C'est à croire que n'aimons rien d'autre que passer tout notre temps à discutailler, blablater, tailler le bout de gras ! Mieux !, c'est comme si tout avait été soigneusement aménagé pour ça : parler, débattre, de tout, encore, et encore, et encore. Sans arrêt ! La société est devenue un salon. Un salon où l'on cause, où l'on rebondit ! ça me fiche la migraine ! J'y peux rien. Je m'en fous. Je devrais pas, mais je m'en fous de leurs porcs malades, je m'en fous que Ségolène Royal trouve bon de s'excuser au nom de tout le pays sans même la queue du début d'un mandat ! je m'en fous de ce gros taré de Fofana et de son procès. Tu vas voir, chacun pourra témoigner son horreur, son indignation, son émotion sa solidarité ! Tu vas voir, les autres mettront en garde contre les mauvais amalgames ! Tu vas voir, in fine, tout deviendra lisse et plat, et sans aucun sens. Je m'en branle de toute façon, ça ne m'atteint pas ! Est-ce que ça fait de moi une sorte de cynique, moi qui n'exècre rien tant que l'espèce correspondante ? Peut-être ! Plus je prends de l'âge, plus j'ai cette impression d'être au-dessus de pas mal de choses, plus j'ai le sentiment de devenir en quelque sorte étanche , imperméable ! A tout ou presque ! En plus d'être un cynique de seconde zone, je me vautre complaisamment dans une mare de prétention. Comme tout bon cochon dans ses excréments, je barbote et je grogne !
Tiens, isolons le H1N1 ! Okay, des porcs mexicains sont porteurs de germes bizarroïdes. Ce n'est pas comme si on nous avait jamais prévenu que la grippe était une sorte de virus versatile. On le sait tous que la Grande Pandémie nous pend au nez. C'est quand même pas la peine d'en faire pareille kermesse ! On prend les mesures sanitaires qui s'imposent et basta ! Pas vraiment la peine de nous bassiner tous les jours avec ça - et quand je dis tous les jours ! - purée, c'est toutes les heures, toutes les moitiés d'heure qu'on nous informe de l'évolution de l'épidémie, c'est du temps réel, comme un résumé lambda de match de foot sur yahoo qui clignote, mise à jour dans 20 secondes, 19 secondes, 18 secondes, les yeux rivés à l'écran, toutes pupilles dilatées, voilà le décompte macabre : un malade par ci, un fiévreux par là, 2 morts à Tijuana, 6 morts à Punta Cana... C'est encore moins la peine de nous ressortir des vieux cartons l'antédiluvien complot capitaliste, mené de concert par l'avide conglomérat des grands laboratoires pharmaceutiques. Quitte à en parler de ces laboratoires, on devrait en parler chaque jour. On a poussé des cris de bête lorsque l'ami Benoît s'en alla prêcher l'Afrique ; on s'est bien gardé de parler de l'accès aux soins - inexistant - des malades africains ! Nan, rien ! Nan, tu penses, on aime rien tant que dénoncer les mains propres !
Voilà pourquoi je m'en fous, de toute cette histoire. Je me fous de savoir qui a raison, qui a tort, les pandémistes des anticapitalistes plus avisés que tout un chacun. Je me fous de leurs babillages, je me fous de leur besoin d'épanchement. Je leur laisse la porte grande ouverte ! Non seulement l'éternel débat de saison m'ennuie, mais en plus, j'ai l'impression d'avoir assisté à son lancement, comme s'il s'agissait d'une campagne publicitaire. Pour tout dire, j'ai l'impression que c'est cette bécasse de Claire Chazal qui me dicte mes sujets de conversation et de réflexion.
L'actualité ! Dans quelques semaines, on aura oublié cette histoire de porcs malades et de mariachis sous corticoïdes. Et les macchabées qui vont avec ! On sera passé à autre chose. La terre aura tremblé à un autre endroit du globe et Claire, prophète en tout pays, aura mené son brushing en titane à son chevet. Et les moutons suivront le troupeau, par la grâce du satellite tout puissant ! Profitons-en bande de nases que nous sommes, avant que les ondes de nos iphones ne nous grillent tous les neurones.
On n'en réchappe pas ! On est des antiquités d'une vieille brocante de Province ! Même là, tiens, même pendant que je vous entretiens de mes indifférences de ce jour, j'endosse l'un des rôles de la grande pièce que l'on met en scène pour nous tous. Après chaque grande vague médiatique, on se tape le sage du CNRS à binocles qui nous met en garde contre la vacuité de l'actualité : cette fichue maladie contemporaine qui nous fait pleurer sans même savoir pourquoi, et dans la minute suivante nous sèche les yeux, nous fait honorer des morts dont le souvenir s'étiole aussitôt, puis se désintègre (au point que quelques mois plus tard, on ne se souvienne plus de rien ; "ah bon, il est mort lui, t'es sûr", demande-t-on à son voisin qui fait : "oui oui, j't'assure") . Merci Claire, nous sommes tes puces savantes, à chaque changement de Une, nous sautons sur le râble du clébard suivant.
Ce besoin de dire que je m'en fous, c'est comme la promesse de ne plus jamais rien dire d'autre qui ne soit dicté que par moi-même. Oui, j'en fais le serment ! Dans mon petit crâne, il y a un petit fauteuil club, à l'intérieur une petite blonde au casque laqué regarde droit devant, il n'y a aucune coupure pub pour interrompre ma pensée souveraine. Cette petite blonde-tronc, c'est moi, Claire Chazal de moi-même. J'appuie sur les boutons qui me plaisent.
Mais voilà le hic. Si un jour, me prenait finalement l'envie de raisonner sur un sujet d'actualité (l'un de ceux que l'on dit "brulant"), comment parviendrai-je à convaincre quiconque qu'aucun diktat n'est venu parasiter ma décision ? J'aurai l'air fin, non ? Et pourtant, je ne peux tout de même pas m'interdire de penser ce que je veux, sous prétexte de penser à la même chose que tous ceux qui gravitent continuellement autour de cette satanée sphère médiatique de mes deux. Comment faire, bon sang ? Je les vois d'ici, les vilains médiocres tapis dans l'ombre. Se félicitant les uns les autres, m'intentant des procès en insincérité, m'accusant de n'être rien de moins qu'un poseur multi-récidiviste ! "Ah, toi, aussi, ils diront, toi aussi, le chant des sirènes te happe, les liens qui t'attachent au mat ne sont guère plus solides que les nôtres ; toi aussi, tu n'es qu'un vendu, un Ulysse de pacotille !"
Quelle défense adopter alors ? Invoquer pompeusement cette liberté innée qui ne serait connue que de moi-même, cette certitude moelleuse que l'on a pour soi, contre tous les autres ?
Perdu d'avance, hein ?
M'en fous. Mais alors, à un point ! M'en fous totalement ! C'est bien simple, je m'en tamponne le coquillard, tiens ! Je m'en oins la rustine ! C'est à croire que n'aimons rien d'autre que passer tout notre temps à discutailler, blablater, tailler le bout de gras ! Mieux !, c'est comme si tout avait été soigneusement aménagé pour ça : parler, débattre, de tout, encore, et encore, et encore. Sans arrêt ! La société est devenue un salon. Un salon où l'on cause, où l'on rebondit ! ça me fiche la migraine ! J'y peux rien. Je m'en fous. Je devrais pas, mais je m'en fous de leurs porcs malades, je m'en fous que Ségolène Royal trouve bon de s'excuser au nom de tout le pays sans même la queue du début d'un mandat ! je m'en fous de ce gros taré de Fofana et de son procès. Tu vas voir, chacun pourra témoigner son horreur, son indignation, son émotion sa solidarité ! Tu vas voir, les autres mettront en garde contre les mauvais amalgames ! Tu vas voir, in fine, tout deviendra lisse et plat, et sans aucun sens. Je m'en branle de toute façon, ça ne m'atteint pas ! Est-ce que ça fait de moi une sorte de cynique, moi qui n'exècre rien tant que l'espèce correspondante ? Peut-être ! Plus je prends de l'âge, plus j'ai cette impression d'être au-dessus de pas mal de choses, plus j'ai le sentiment de devenir en quelque sorte étanche , imperméable ! A tout ou presque ! En plus d'être un cynique de seconde zone, je me vautre complaisamment dans une mare de prétention. Comme tout bon cochon dans ses excréments, je barbote et je grogne !
Tiens, isolons le H1N1 ! Okay, des porcs mexicains sont porteurs de germes bizarroïdes. Ce n'est pas comme si on nous avait jamais prévenu que la grippe était une sorte de virus versatile. On le sait tous que la Grande Pandémie nous pend au nez. C'est quand même pas la peine d'en faire pareille kermesse ! On prend les mesures sanitaires qui s'imposent et basta ! Pas vraiment la peine de nous bassiner tous les jours avec ça - et quand je dis tous les jours ! - purée, c'est toutes les heures, toutes les moitiés d'heure qu'on nous informe de l'évolution de l'épidémie, c'est du temps réel, comme un résumé lambda de match de foot sur yahoo qui clignote, mise à jour dans 20 secondes, 19 secondes, 18 secondes, les yeux rivés à l'écran, toutes pupilles dilatées, voilà le décompte macabre : un malade par ci, un fiévreux par là, 2 morts à Tijuana, 6 morts à Punta Cana... C'est encore moins la peine de nous ressortir des vieux cartons l'antédiluvien complot capitaliste, mené de concert par l'avide conglomérat des grands laboratoires pharmaceutiques. Quitte à en parler de ces laboratoires, on devrait en parler chaque jour. On a poussé des cris de bête lorsque l'ami Benoît s'en alla prêcher l'Afrique ; on s'est bien gardé de parler de l'accès aux soins - inexistant - des malades africains ! Nan, rien ! Nan, tu penses, on aime rien tant que dénoncer les mains propres !
Voilà pourquoi je m'en fous, de toute cette histoire. Je me fous de savoir qui a raison, qui a tort, les pandémistes des anticapitalistes plus avisés que tout un chacun. Je me fous de leurs babillages, je me fous de leur besoin d'épanchement. Je leur laisse la porte grande ouverte ! Non seulement l'éternel débat de saison m'ennuie, mais en plus, j'ai l'impression d'avoir assisté à son lancement, comme s'il s'agissait d'une campagne publicitaire. Pour tout dire, j'ai l'impression que c'est cette bécasse de Claire Chazal qui me dicte mes sujets de conversation et de réflexion.
L'actualité ! Dans quelques semaines, on aura oublié cette histoire de porcs malades et de mariachis sous corticoïdes. Et les macchabées qui vont avec ! On sera passé à autre chose. La terre aura tremblé à un autre endroit du globe et Claire, prophète en tout pays, aura mené son brushing en titane à son chevet. Et les moutons suivront le troupeau, par la grâce du satellite tout puissant ! Profitons-en bande de nases que nous sommes, avant que les ondes de nos iphones ne nous grillent tous les neurones.
On n'en réchappe pas ! On est des antiquités d'une vieille brocante de Province ! Même là, tiens, même pendant que je vous entretiens de mes indifférences de ce jour, j'endosse l'un des rôles de la grande pièce que l'on met en scène pour nous tous. Après chaque grande vague médiatique, on se tape le sage du CNRS à binocles qui nous met en garde contre la vacuité de l'actualité : cette fichue maladie contemporaine qui nous fait pleurer sans même savoir pourquoi, et dans la minute suivante nous sèche les yeux, nous fait honorer des morts dont le souvenir s'étiole aussitôt, puis se désintègre (au point que quelques mois plus tard, on ne se souvienne plus de rien ; "ah bon, il est mort lui, t'es sûr", demande-t-on à son voisin qui fait : "oui oui, j't'assure") . Merci Claire, nous sommes tes puces savantes, à chaque changement de Une, nous sautons sur le râble du clébard suivant.
Ce besoin de dire que je m'en fous, c'est comme la promesse de ne plus jamais rien dire d'autre qui ne soit dicté que par moi-même. Oui, j'en fais le serment ! Dans mon petit crâne, il y a un petit fauteuil club, à l'intérieur une petite blonde au casque laqué regarde droit devant, il n'y a aucune coupure pub pour interrompre ma pensée souveraine. Cette petite blonde-tronc, c'est moi, Claire Chazal de moi-même. J'appuie sur les boutons qui me plaisent.
Mais voilà le hic. Si un jour, me prenait finalement l'envie de raisonner sur un sujet d'actualité (l'un de ceux que l'on dit "brulant"), comment parviendrai-je à convaincre quiconque qu'aucun diktat n'est venu parasiter ma décision ? J'aurai l'air fin, non ? Et pourtant, je ne peux tout de même pas m'interdire de penser ce que je veux, sous prétexte de penser à la même chose que tous ceux qui gravitent continuellement autour de cette satanée sphère médiatique de mes deux. Comment faire, bon sang ? Je les vois d'ici, les vilains médiocres tapis dans l'ombre. Se félicitant les uns les autres, m'intentant des procès en insincérité, m'accusant de n'être rien de moins qu'un poseur multi-récidiviste ! "Ah, toi, aussi, ils diront, toi aussi, le chant des sirènes te happe, les liens qui t'attachent au mat ne sont guère plus solides que les nôtres ; toi aussi, tu n'es qu'un vendu, un Ulysse de pacotille !"
Quelle défense adopter alors ? Invoquer pompeusement cette liberté innée qui ne serait connue que de moi-même, cette certitude moelleuse que l'on a pour soi, contre tous les autres ?
Perdu d'avance, hein ?