La France, 5e puissance mondiale. Voilà 30 ans maintenant qu’on entend ce refrain là. Même avant la chute du Mur, elle l’était déjà ! Donc même depuis l’écroulement du géant soviétique et l’éclatement des pays signataires « consentants » du Pacte de Varsovie, elle caracolait déjà en compagnie de ce pentagone de goinfres capitalistes.
Trente ans donc que le paquebot France n’a pas bougé d’un iota dans le classement ; à croire que celui-ci est édité avant même l’étude des paramètres à prendre en compte. A croire qu’au palmarès des classements mondiaux, seul le classement Wikio des blogueurs connaît quelques changements d’élus, des baisses de rendements ou de fulgurantes ascensions. Le classement des grandes puissances semblent sourd à toute évolution mondiale et attribue des places comme des concessions de cimetière illimitées. Les américains tout en haut, et la France à la cinquième place ; une succession que les présidents français se refilent comme une médaille de guerre…
Accessoirement, l’on pourrait s’étonner vivement que l’on puisse être la cinquième puissance du monde tout en justifiant chaque mois de caisses vides, voire d’endettement astronomique. On pourrait pareillement s’interroger sur les paradoxes de telle ou telle situation particulière. Par exemple la France est cinquième puissance mondiale mais elle se montre incapable de garantir un toit pour tous, un travail pour tous, et maintenant des paquets de pâtes Barilla pour tous.
Tant d’interrogations qui en suscitent d’autres sur les paramètres ou données pris en compte pour l’édification de ce classement surgelé ! Comment ça se calcule une puissance mondiale, comment ça se mesure, plus exactement ? Qui prend en charge le système de comptabilité ? Qui avalise le tout ? Et surtout, à quoi ça sert d’être la cinquième puissance mondiale ? Je veux dire, est-ce que c’est un truc dont on devrait être fier ?
La puissance est un don, une capacité qui vous permet d’exercer du pouvoir ou de l’influence. Plus votre puissance s’accroît, plus vous devenez apte à conduire les évènements à votre guise. Etre doté de puissance, c’est tout d’abord, tenir entre ses mains son propre destin. Or, qu’en est-il exactement de la France de nos jours ?
Quand le président s’en va en Chine ou en Tunisie, il y va en petits souliers. Sa bêtise vous donne sans aucun doute l’impression d’entendre le sourd raisonnement de gros sabots de campagne sur du parquet ciré, mais il n’en est rien. Car il faut vendre, vendre et vendre encore, notre salut et nos caisses désabondées en dépendent. Il faut vendre et pour vendre, il faut la fermer, même si le monde nous regarde et voit désormais en nous de petits vendeurs de tapis prêts à tout pour faire du chiffre. Il y a quelques mois, on parlait d’hyper-présidence. Désormais que le temps des illusions est derrière nous, Sarkozy n’est plus qu’un super VRP ! Un VRP en puissance dont la règle première est celle de tout vendeur conscient que la fierté est la première chose dont il faut se délester lorsque l’on exerce ce dur métier : « le client est roi ».
Le client est roi même s’il est par ailleurs un criminel. Il est roi même s’il déambule dans votre magasin en écrasant ses clopes un peu partout sur votre belle moquette neuve, même s’il vous traite comme le dernier des larbins. Il est roi parce qu’il sait – et vous le savez également – qu’il est venu lâcher du lest de son portefeuille en maroquin chez vous. Il est le roi parce qu’il est aussi votre chiffre d’affaires.
Le plus beau paradoxe est donc le suivant : « à quoi ça sert d’être la cinquième puissance du monde quand on est aussi dépendant des autres ? ».